Utopie

 
 


m à j : 07 Février 2013





01 définitions
02
enjeux
03 presse
04 documents





 

01. définition
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  • L’utopie (mot forgé par l'écrivain anglais Thomas More, du grec οὐ-τοπος « en aucun lieu ») est une représentation d'une réalité idéale et sans défaut. C'est un genre d'apologue qui se traduit, dans les écrits, par un régime politique idéal (qui gouvernerait parfaitement les hommes), une société parfaite (sans injustice par exemple, comme la Callipolis de Platon ou l'Eldorado de Candide) ou encore une communauté d'individus vivant heureux et en harmonie (l'abbaye de Thélème dans Gargantua de Rabelais en 1534), souvent écrites pour dénoncer les injustices et dérives de leurs temps.

  • Les utopistes situent généralement leurs écrits dans des lieux imaginaires pour éviter la censure politique ou religieuse : un pays lointain et mythique (Les Aventures de Télémaque, Livre 7, Fénelon, 1699), île inconnue par exemple (L'Île des esclaves, Marivaux, 1725), ou montagne inaccessible (la découverte de l'Eldorado, dans Candide, 1759).

    Une utopie peut désigner également une réalité difficilement admissible : en ce sens, qualifier quelque chose d'utopique consiste à le disqualifier et à le considérer comme irrationnel. Cette image de l'utopie est évoquée dans Fahrenheit 451 où une nation tout entière n'accepte pas de lire des livres, de peur que cela ne lui ouvre les yeux par rapport à la fausse utopie dans laquelle elle vit. Cette polysémie, qui fait varier la définition du terme entre texte littéraire à vocation politique et rêve irréalisable, atteste de la lutte entre deux croyances, l'une en la possibilité de réfléchir sur le réel par la représentation fictionnelle, l'autre sur la dissociation radicale du rêve et de l'acte, de l'idéal et du réel.

    Genre opposé, la dystopie — ou contre-utopie — présente non pas le meilleur des mondes mais le pire.

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  • Dans le sens courant du terme, l'utopie est un rêve irréalisable. Thomas More fut le premier à utiliser ce mot pour désigner la société parfaite qu'il imaginait. Dans le mot utopie, la racine grecque topos, signifiant lieu, est précédée d'une lettre remplaçant aussi bien le préfixe eu qui veut dire bien que le préfixe ou, la négation. L'utopie est un bon lieu inexistant. Elle est, dira Jean-Jacques Wunenburger, « la relation de l'imagination historique avec cet ailleurs qui n'est jamais tout à fait nulle part, et qui nous déporte toujours vers du nouveau. »

    Certains penseurs considèrent les utopies comme des choses positives, qui favorisent le progrès de l'humanité; d'autres les considérent comme une invitation au totalitarisme. Pour comprendre ces interprétations opposées il faut situer l'utopie par rapport à l'idéal et par rapport à l'idéologie.

    L'idéal, l'idéal de justice par exemple, est inaccessible à la manière de l'étoile. On sait qu'on ne l'atteindra jamais, mais on peut espérer faire de modestes progrès vers le bien en le prenant comme repère dans la nuit de l'action. Solon, le fondateur du premier état de droit, est le parfait exemple de l'homme qui avait pris un idéal de justice comme guide, sans se faire d'illusions sur les obstacles auxquels il se heurterait en chemin. En raison même de son altitude et du mystère qui l'entoure, l'idéal protège l'homme d'action contre la tentation de détruire le médiocre présent pour hâter l'avènement de l'avenir radieux.

    L'utopie est irréalisable, mais plutôt à la manière d'un devis, dont la réalisation supposerait des conditions qui n'existent pas. Des précisions imaginaires, semblables à celles que l'on trouve dans les plans et les scénarios, y remplacent le mystère de l'étoile. Tôt ou tard, un chef charismatique ayant une mentalité d'ingénieur et persuadé que l'homme peut réussir là où Dieu a échoué, ne résistera pas à la tentation de transformer l'humanité, c'est-à-dire de lui enlever sa forme actuelle, et la remplacer par l'utopie. Les pires crimes lui paraîtront alors justifiés. Est-il besoin d'évoquer ici le souvenir de Staline, d'Hitler et plus près de nous, de Saddam Hussein.

    Certaines utopies, les cités idéales de Platon, de saint Augustin ou de Thomas More sont plus proches de l'idéal que du devis; d'autres comme le projet de Staline, celui de Marx ou celui des millénaristes libéraux actuels sont plus proches du devis. Dans la mesure où l'on prétend pouvoir la situer dans un lieu déterminé, à un moment précis de l'avenir, l'utopie s'éloigne de l'idéal pour se rapprocher du devis.

    Pour le sociologue Karl Mannheim, l'utopie est une forme d'idéal constituant à ses yeux un contrepoids à l'idéologie. Il entend par utopie « toute orientation qui transcende la réalité et brime les normes de l'ordre existant, contrairement à l'idéologie qui exprime le statu quo ». On ne s'étonnera donc pas que Mannheim soit attaché aux utopies. En conclusion de Idéologie et utopie, il écrit: « La disparition de l'utopie amène un état de choses statique, dans lequel l'homme lui-même n'est plus qu'une chose. Nous serions alors en présence du plus grand des paradoxes imaginables : l'homme qui a atteint le plus haut degré de maîtrise rationnelle de l'existence deviendrait, une fois démuni de tout idéal, un pur être d'instincts ; et ainsi, après une longue évolution tourmentée, mais héroïque, ce serait précisément au stade le plus élevé de la prise de conscience, quand l'histoire cesse d'être un destin aveugle et devient de plus en plus la création personnelle de l'homme, que la disparition des différentes formes de l'utopie ferait perdre à celui-ci sa volonté de façonner l'histoire à sa guise et, par cela même, sa capacité de la comprendre. »


    Qu'est-ce que l'utopie? (Gallica Utopie)

    Quelques autres définitions (Anachron Library, en anglais)



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02. enjeux
e agora

Nicolas Berdiaeff avait déjà mis le monde en garde contre les utopies, il y a un siècle, dans un propos qu'Aldous Huxley cite au début du Meilleur des mondes: « Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu'on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante. Comment éviter leur réalisation définitive ?... Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d'éviter les utopies et de retourner à une société non utopique moins "parfaite" et plus libre. »
* * *

L'utopie, avons-nous dit, est un idéal en forme de devis. Elle a ainsi partie liée avec la technologie et le millénarisme, comme le prouvent à souhait les films de science-fiction. Walter Benjamin a mis en lumière le lien entre les machines et l'utopie dans son analyse du phalanstère de Fourier. « La plus intime impulsion donnée à l’utopie fouriériste, il faut la voir dans l’apparition des machines. Le phalanstère devait ramener les hommes à un système de rapports où la moralité n’a plus rien à faire. Néron y serait devenu un membre plus utile de la société que Fénelon. Fourier ne songe pas à se fier pour cela à la vertu, mais à un fonctionnement efficace de la société dont les forces motrices sont les passions. Par les engrenages des passions, par la combinaison complexe des passions mécanistes avec la passion cabaliste, Fourier se représente la psychologie collective comme un mécanisme d’horlogerie. L’harmonie fouriériste est le produit nécessaire de ce jeu combiné (1). »




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03. presse







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04. documents
vdi  > http://www.laviedesidees.fr/+-utopie-+.html








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