Economie distributive

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m à j : 26 Avril 2012



eco dist


 

Idée # 1

Économie Distributive
(en quelques pages)



Économie Équilibrée et Évolutive

Source :
  http://ecodistributive.chez-alice.fr/?page=argumentaire


Les gens de droite y trouvent plus de liberté d’initiative que dans le libéralisme,

les gens de gauche plus de solidarité que dans les États socialistes,

les écologistes peuvent enfin concilier développement et décroissance.


À la jonction du libéralisme et de l'intérêt collectif, l'Économie Distributive, Économie Équilibrée et Évolutive, véritable alternative au capitalisme, est la pierre angulaire de la sortie de la crise économique et financière. Elle comporte le minimum nécessaire de changements à opérer aujourd'hui. Elle offre un cadre évolutif où les problèmes écologiques, sociaux, culturels, éducatifs... peuvent enfin se résoudre dans la sérénité. Utopique au premier abord, elle est pratiquement plus facile à mettre en œuvre que n'importe quel programme de droite ou de gauche.

 

1. L'ÉCONOMIE DISTRIBUTIVE, ÉCONOMIE ÉQUILIBRÉE

 

1.1. LES 5 PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE DISTRIBUTIVE

1.  L’Économie Distributive est évolutive, les choix se font par des CONSULTATIONS DEMOCRATIQUES au niveau le plus local possible et en privilégiant au maximum les modes participatifs.

2.  Avec une MONNAIE DISTRIBUTIVE, de consommation, basée sur les biens et services disponibles sur le marché, qui s'annule lorsqu'on s'en sert : la monnaie redevient un simple pouvoir d'achat, avec lequel on ne peut plus spéculer !

Chaque mois, on comptabilise les biens et services qui seront fabriqués et mis en vente pour le consommateur final, on calcule la valeur que cela représente et on fabrique l'argent qui correspond. Cette monnaie est progressivement détruite au fur et à mesure que les biens et services sont achetés.

La masse monétaire est en permanence équivalente aux biens et services disponibles.

Dans les pays staliniens, les gens avaient de l’argent mais les magasins étaient vides.

Dans nos pays aujourd’hui, les magasins sont pleins mais les gens n’ont pas assez d’argent.

En Économie Distributive, les magasins sont pleins et les gens ont l’argent qui correspond.

Les achats et ventes entre entreprises ne s'effectuent plus en argent mais en comptabilité matière (comme cela s'effectue à l'intérieur des entreprises aujourd'hui), ils ne donnent pas lieu à création/destruction de monnaie.[1]

3. Répartition des revenus par un REVENU SOCIAL, un Revenu d'Existence, de la naissance à la mort, revenu unique, qui est un partage équitable des richesses, comme usufruit de l'énorme patrimoine que nous trouvons en naissant, patrimoine qui est le fruit d'une œuvre collective ; vue l'énorme richesse collective, il n'est pas nécessaire de sacrifier les riches, 80 % de la population gagnera mieux qu’aujourd’hui

4. PARTAGE DU TRAVAIL, qui est enfin possible puisque le revenu ne dépend plus du temps de travail :

·  en partageant le travail entre tout le monde, le temps de travail est diminué ;

·  libre choix de son activité (travail qui plaît, étudier à son rythme, s'occuper de ses enfants...)


Si des travaux plus pénibles ne trouvent pas preneur, on incite les gens en diminuant le temps de travail, ou en instaurant un service obligatoire de quelques années...

Si trop de personnes refusaient de s'impliquer pour la collectivité, on instaurerait un simple"RMNI", Revenu Minimum de Non Insertion (qui ne serait pas subi comme les RSA et RMI, mais un choix volontaire des gens de s'auto-exclure).

5.  La propriété privée laisse place à la PROPRIÉTÉ D'USAGE, améliorant la tranquillité de beaucoup de gens (qui n'étaient jamais assurés de réussir à payer leurs loyers ou emprunts, rendant précaires de nombreux propriétaires jamais à l'abri de mauvais payeurs).

Chacun est maître chez lui, indélogeable. Lorsqu'il veut vivre ailleurs, il choisit un nouveau logement parmi ceux qui sont disponibles et abandonne tout droit de regard sur l'ancien logement qui est alors disponible pour d'autres.

La crise du logement sera enfin résolue car il y a aujourd'hui deux fois plus de logement vacants que de familles mal-logées !


1.2.  Liberté-responsabilité, égalité-équité, fraternité-émancipation

Cette économie permet une vraie LIBRE INITIATIVE :

·  Chacun achète ce qu'il veut avec son argent (l'un préférera voyager souvent, l'autre manger dans des restaurants gastronomiques, un autre s'adonnera à son sport favori...). Mais tous pourront jouir d'un toit, de chauffage, de nourriture, de soins, de formations.

·  Les porteurs de projet nécessitant des moyens supplémentaires s'adresseront à la collectivité (comme on est habitué à le faire aujourd'hui en s'adressant à une banque) qui décidera en fonction du bien collectif (non plus en fonction du profit que la banque en retire).


et l'ÉPANOUISSEMENT DE CHACUN qui peut à la fois choisir son service social et également jouir de son temps libre (entreprendre, arts, loisirs...)

Elle permet de GÉRER L'ABONDANCE ET LES PÉNURIES.

La fabrication des biens se fait en fonction de la demande, comme aujourd'hui, mais sans l'influence mercantile :

·  le commerçant conseille en fonction de l'intérêt des gens et non plus en fonction de la commission sur la vente (qui n'existe plus), les producteurs n'ont plus besoin de pousser à la consommation et peuvent licencier leur personnel sans le précariser ;

· les prix sont calculés en fonction des matières premières, du temps de main d'œuvre, de la rareté et des impacts écologiques et non plus en fonction des profits du producteur et des actionnaires.


À chaque gain de productivité, c'est le temps de travail total qui diminue, donc tout le monde en profite. Les solutions efficaces les plus simples (aujourd'hui non rentables, comme le purin d'ortie ou les voitures qui consomment 1 litre au 100) peuvent enfin se divulguer.

L'homme a besoin de STIMULANTS : le revenu n'en est plus un, mais il reste les principaux : le besoin d'être actif, de se réaliser.

Quasiment personne ne peut rester longtemps sans rien faire. Qui refusera de s'impliquer dans une activité qui lui plaît et dans laquelle il se sent utile ? On pourra éviter les dérives du service public français en améliorant le fonctionnement du privé : chacun rend compte à son responsable et à ses usagers (élèves, clients, subalternes...) et peut se faire licencier s'il ne réussit pas à bien remplir son rôle (mais sans risquer une précarisation comme aujourd'hui).

Affranchie de la rentabilité et de la bataille pour l'emploi, une ère de coopération permet (enfin) aux acteurs concernés de résoudre les problèmes écologiques, sociaux, juridiques, culturels, éducatifs...


1.3.  ORIGINE DE L'ÉCONOMIE DISTRIBUTIVE

Les tout premiers ont-ils été lus ou écoutés ? Marx dans un texte rédigé au début de sa vie et publié en 1939[2], Edward Bellamy dans un roman publié en 1888[3] aux USA et Clifford Hugh Douglas en 1919 en Écosse ont évoqué une répartition des richesses de type"distributif".

En France, dans les années qui suivent la grande dépression née en 1929 et jusqu'en 1939 :

· Jacques Duboin, ancien député  et Sous-Secrétaire d'État au Trésor, fonde l'association"Le Droit au Travail et au Progrès Social" et le journal"La Grande Relève", revue de réflexions socio-économiques[4]. Il dénonce les énormes destructions de richesses destinées à lutter contre l'abondance qui faisait baisser les prix, il jette les bases d'une Économie Distributive[5] ;

·  Louis Even, catholique breton, fonde le journal "Vers demain". Il défend "Le Crédit Social" impliquant l'idée d'un dividende universel ;

·  Gustave Rodrigues, agrégé de philosophie, publie en 1934 "Le Droit à la Vie" en reprenant des idées de Bellamy ;

·  Georges Valois, sur la fin de sa vie (qui est passée par de multiples chemins), publie en 1936 un numéro spécial de "Nouvel Age" sur le même sujet ;


Une tentative de Front de l'Abondance en Juillet 1936 avorte, certains refusant de lui donner une coloration politique. Rodrigues et Valois meurent lors de la 2è guerre mondiale.

 

Après 1945 :

Le Droit au Travail et au Progrès Social prend en France le nom de Mouvement Français pour l'Abondance (MFA), et en Belgique, celui de Mouvement Belge pour l'Abondance (MBA). Ces deux associations acquièrent une très grande audience au cours des quinze années qui suivent la fin de la guerre mondiale et jusqu'à l'arrivée de la télévision. Ils n'ont plus à dénoncer la destruction de marchandises pour maintenir les profits, ni le chômage qui résulte de l'automatisation de la production, puisque les destructions de la guerre (de biens matériels et de main d'oeuvre) ont relancé l'économie. Mais ils affirment qu'il ne s'agit que d'un moment, et que la même crise structurelle réapparaîtra, en beaucoup plus grave, quand les progrès techniques feront que l'humanité sera en mesure de produire encore plus avec encore moins de main d'oeuvre. Moins de salaires seront versés, et le scandale de la misère dans l'abondance réapparaîtra.

Certains des membres du MFA choisissent d'orienter leur action vers la politique. Ils constituent, à l'initiative de Maurice Landrain, les GED (Groupes pour l'Économie Distributive), et se présentent, sans grand succès, à des élections à Paris. D'autres préfèrent militer au sein des syndicats de salariés, ce sont les GSED (Groupes de Salariés pour l'Économie Distributive), surtout actifs à St Nazaire et à Marseille où le militant le plus actif est le résistant Joseph Pastor.

 
Après 1975 :

·  Charles Loriant succède à Jacques Duboin à la présidence du MFA, qui devient le MFA-SD (Mouvement Français pour l'Abondance par le Socialisme Distributif). Ce mouvement perd peu à peu son originalité, donc son audience, et disparaît avec Charles Loriant.

·  Marie-Louise Duboin succède à son père, Jacques Duboin, à la direction du mensuel"La Grande Relève". L'analyse des événements permet de présenter de nouveaux arguments en faveur de l'Économie Distributive, d'en débattre et d'en actualiser les thèses, par exemple en proposant le contrat civique pour organiser la démocratie dans l'économie et veiller à la préservation des ressources et de l'environnement. Et aussi en ajoutant de la démocratie participative locale.

·  Jean Grenier a consacré sa retraite à faire connaître l'Économie Distributive dans le Sud Ouest de la France.

·  André Gorz, peu avant sa mort, est arrivé au distributisme.

·  Jean-Paul Lambert, dans Prosper, s'est intéressé à l’Économie Distributive. Il développe maintenant l’Usologie Politique (économie abolissant les profits monétaires, sans monnaie).

· La Maison de la Citoyenneté Mondiale de Roger Winterhalter, grâce à l'aide en 2009 d'un Fonds Social Européen, a lancé le"Colibri Solidaire et Distributif", revue des expériences d'économie Durable, Distributive et Solidaire[6].


1.4       TRANSITION A PORTÉE DE MAIN (cf. annexe pour plus de détails)


N'importe quel programme de droite ou de gauche est limité par le souci de rentabilité et par la fuite des capitaux. Avec l'Économie Distributive, on dépasse cet obstacle puisqu'on change de monnaie.  Et comme 80% des gens y gagnent mieux que dans le fonctionnement actuel, cette solution est facile à mettre en oeuvre :

Avec une grosse majorité démocratique,

· on décide de se libérer de l'Euro, du Dollar et du FMI. On comptabilise les biens et services disponibles dans les magasins. On crée la (nouvelle) monnaie correspondante. On partage cet argent équitablement, c'est le premier revenu d'existence. Le deuxième revenu d'existence correspondra à ce qui sera fabriqué le mois suivant ;

·  on décrète la propriété d'usage qui remplace la propriété privée. Chacun reste dans son lieu de vie, les cultivateurs continuent de cultiver, les employés continuent de faire tourner leurs usines... mais sans avoir de loyers et dividendes à payer ;


l'Économie Distributive est ainsi en place !

Libéré de la bataille pour l'emploi et de la rentabilité, on peut alors commencer à mieux répartir le travail, investir pour améliorer le cadre de vie (logements...), moduler les valeurs des biens et services en fonction de leurs coûts réels...

Les moyens informatiques rendent aisés les calculs des richesses et revenus, ainsi que l'utilisation de la monnaie.

Cela se fait à l'échelon d'un pays ou d'un groupe de pays. Les échanges avec les autres pays s'articulent sur le mode qui prévalait naguère  avec les pays d'Europe de l'Est (les monnaies n'étaient pas convertibles : les banques centrales comptabilisent (comptabilité matière) les échanges et veillent à équilibrer exportations et importations)... le temps que ces pays décident de la même économie.

Cette transformation de l'organisation sociétale et de nos modes de vie et de pensée se fait assez facilement dans la mesure où nombre d'individus savent déjà prendre les choses en main. (Ils sont  nombreux à le faire dans des associations, coopératives, conseils de quartier, écovillages...)

Pour aider les gens à s'y préparer, on peut créer une ANPED -- Agence Nationale pour la Préparation de l'Économie Distributive.

 


1.5.  DIFFICULTÉS A DÉPASSER

Erreurs de jeunesse...

Bellamy, Douglas, Marx (sur ce point) n'ont guère eu d'audience. Jacques Duboin en a eu plus, mais avec certains inconvénients qui ont refroidi certains de ses concitoyens :

·  comme la plupart des hommes de son temps plutôt scientistes, il avait une confiance"aveugle" en la science, il n'avait pas imaginé qu'on puisse arriver aux dérives anti-écologiques que l'on connaît aujourd'hui ;

·  sa conception était également fortement étatisée, comme pour la plupart de ses contemporains, il ne pensait pas que les individus de la base puissent réellement participer à la vie politique.


Il faut également prendre en compte la peur du politique, l'échec du Front de l'Abondance de 1936, la mort de plusieurs personnalités durant la 2ème Guerre Mondiale...

 

Pourquoi, 70 ans après, cette alternative était-elle encore confidentielle ?

Avec la deuxième Guerre Mondiale, la massive extermination de richesse et de main d'œuvre a permis une phase de croissance très confortable,"les 30 Glorieuses", qui a contenté la plupart des gens.

La formation à la critique a été (jusque là) peu développée, dans les sociétés occidentales, en particulier dans les champs de l'économie et de la politique. Les idées dominantes ont étouffé nombre de nouveautés. Le développement de la télévision dans les années 60 a confisqué l'attention au profit du développement de la société de consommation.

Depuis, chocs pétroliers, chômage en croissance... nous sommes englués dans des tentatives de réformes compliquées pour équilibrer au moindre pire les injustices et aberrations du système actuel. Individus, entreprises ou collectivités, nous sommes contraints par l'obligation de rentabilité et de croissance. De surcroît, la peur de manquer est toujours bien diffusée, faisant croire qu'il n'y a pas assez pour tout le monde, incitant chacun à se recroqueviller dans son individualisme. Trop peu de gens ont osé sortir des sentiers battus.

Le principal obstacle, bien évidemment, c’est que ceux qui contrôlent le système actuel (les banquiers internationaux, le cercle de Bilderberg,…) n’ont aucune envie de perdre leur immense pouvoir, ils utilisent leur propagande dans leurs médias pour décrédibiliser et/ou dénaturer toute alternative ! Leur force était de jouer sur la peur de la fuite des capitaux. La force de l'Économie Distributive est de changer de monnaie : les capitaux peuvent fuir, ce n'est plus un problème !

 

Quelles sont les principales réticences exprimées aujourd'hui et comment les dépasser ?

Ça ressemble à du communisme ? Ne déplorez-vous pas aujourd'hui le manque de prise en compte de l'intérêt collectif ? Oui, il y a besoin d'un minimum de gestion collective. Mais à l'inverse des planifications centralisées des dictatures staliniennes (qui se sont appuyées sur une falsification des pensées marxistes), l'Économie Distributive se base sur une double démocratie économique :

(1) Ce sont les consommateurs, en achetant les produits et services, qui induisent la production.

(2) Investissements et budgets prévisionnels ne sont pas centralisés auprès de technostructures, mais décidés à l'échelon local concerné.

(3) De surcroît, ce n'est pas un parti qui décide des rémunérations, mais un partage équitable des richesses.

(4) Facilitées par les pénuries, dans les pays staliniens, les spéculations étaient pratiquées allègrement. De telles spéculations ne peuvent plus avoir lieu en Économie Distributive.

(5) Au lieu de propriété collective gérée par un état centralisé, on vit en Économie Distributive avec une propriété d'usage.


Et le plus important :

(6) Dans les pays staliniens, les gens avaient de l’argent mais les magasins étaient souvent vides. En Économie Distributive, l’argent correspond précisément à ce qui est disponible en magasin.

L'Économie Distributive est donc très éloignée du collectivisme stalinien !

De toutes façons, les politiques ne sont pas capables de comprendre.

De toutes façons, les électeurs ne sont pas capables de comprendre.

Politiques et gens de la base attendent que l’autre s’y mette. Et si moi je m’y mettais ?


L’Économie Distributive va rallier tous les humanistes :

Les partisans de la droite vont se réjouir : plus de liberté d’entreprendre que dans le libéralisme actuel !
Les partisans de la gauche également : enfin une vraie égalité économique, et une vraie solidarité !

Et les écologistes verront enfin une décroissance harmonieuse se mettre en place naturellement !

Si ça marchait, ça se saurait. Il y a trop peu de références... Beaucoup d'économistes, de politiques, de citoyens sont pris par l'urgence, le court terme et le besoin d'être rentable économiquement, attendant que les autres s'y mettent. Préférez-vous continuer à vous enfoncer ou bien...

Cette Économie Distributive n'a jamais été expérimentée.

Une expérimentation de l'ensemble de l'Économie Distributive implique, entre autres, une monnaie distributive (et une sortie du FMI), un Revenu Social Égalitaire (à la place des revenus du travail et des allocations redistribuées), une propriété d'usage... Cela ne peut se faire qu'à l'échelon d'un grand pays, pas à l'échelon local. Cela n'a pas encore été expérimenté.

Mais les différents principes de l'Économie Distributive sont ou ont déjà été vécus ça ou là. Le Revenu d'Existence en Alaska, au Brésil, le partage du temps de travail, la rencontre producteurs - consommateurs (AMAP...), l'autogestion dans certains rassemblements et certaines communautés...

Quasiment à chaque fois, ces expériences montrent leur faisabilité, mais également leurs limites, du fait qu'elles restent isolées. Le Revenu d'Existence tout seul ne permet pas de sortir de la compétition économique et de la croissance illimitée. Le partage du temps de travail a l'inconvénient de diminuer les salaires. Dans un rassemblement autogéré, comme dans les associations à but non lucratif ou les AMAP, il faut d'abord assurer ses moyens financiers et donc contribuer à la croissance... Ces expérimentations prouvent qu'il faudra les associer pour qu'elles offrent tous leurs fruits.

Il faut des gens responsables. Connaissez-vous beaucoup de personnes qui ne se considèrent pas responsables ? Des gardes-fous sont là : le budget que chacun doit gérer, les prix qui tiennent compte des coûts écologiques...

Il faudrait d'abord commencer en modifiant l'éducation. Mais qui finance aujourd'hui les écoles, universités et médias ? Le marché n'a t-il pas besoin d'un public docile, malléable, bien conditionné à consommer sans réfléchir ? Comment revenir à un enseignement non pollué par la rentabilité et la compétition en restant dans le système actuel ?

Ceux qui veulent profiter du système... pourraient avoir un"RMNI" qui leur permettrait de subsister mais pas de jouir comme les autres de la richesse. Les profiteurs seront-ils plus nombreux que dans notre système actuel ?

Ceux qui aiment dominer... vont perdre un moyen d'exercer du pouvoir sur autrui. Assurément. N'est-ce pas un bien ? Qui ici a envie de servir de dominé à ceux qui ont envie de pouvoir ?

La peur du changement ! Ceux qui aiment se plaindre... vont perdre des occasions de râler. L'Économie Distributive bouleverse ce que nous avons appris officiellement. Beaucoup de nous, habitués à une situation, ont du mal à la quitter, même si elle leur fait mal. Mais ne connaissons-nous pas suffisamment de méthodes pour accompagner le changement ?

Ça va causer une révolution et tout casser ! Pensez-vous que la crise financière soit résolue ? Vous savez que de grosses transformations sont nécessaires. Si on reste dans la croissance, avec ou sans Développement Durable, ça va exploser complètement (chaos et/ou dictatures financières). L’Économie Distributive va justement permettre d’éviter que les changements soient trop durs, en proposant le minimum nécessaire de changements.

Certains voudraient des étapes intermédiaires :

- se contenter d'un revenu d'existence associé à un revenu du travail limité par un Revenu Maximum Autorisé. Cela reviendrait à maintenir la bataille pour l'emploi, et donc la croissance.

- commencer par reprendre la compétence monétaire, supprimer l'intérêt et nationaliser les banques. Les ministères des finances vont se retrouver avec un pouvoir énorme et difficile ! Comment éviteront-ils les erreurs des gouvernements dits"communistes" d'autrefois ? Comment mettre en place ce type de mesure dans le capitalisme ?

Ces étapes intermédiaires sont difficiles, limitées et risquées. Or, le jour où l'on sera capable de mettre en place de telles mesures intermédiaires, on sera capable de mettre en place la totalité de l'Économie Distributive, les étapes intermédiaires seront inutiles !

Certains pensent qu'il suffit d'agir intérieurement et/ou localement. Ces aspects sont fondamentaux, mais ne contrecarrent qu'à la marge et difficilement la progression de la financiarisation qui s'approprie tout. Une communauté la plus autarcique possible aura toujours besoin d'un minimum d'échanges avec l'extérieur (ne serait-ce que pour réaliser une canalisation d'eau ou pour payer ses impôts locaux) et ne sera jamais totalement isolée des évolutions sociétales (dissémination des OGM, de la publicité, accaparement des terres par les multinationales...).

Certains voudraient aller encore plus loin : fonctionnement sans monnaie, gratuité, autogestion... comme cela existe déjà dans quelques endroits isolés. N'est-ce pas un idéal à rechercher ? Idéal qui fonctionne lorsque tout le monde est responsable et coopératif. Est-ce que ça ne représente pas un grand écart trop important pour la majorité des gens aujourd'hui ? N'avons-nous pas encore besoin aujourd'hui de quelques règles et limites pour éviter gaspillages et surconsommations ? Quel meilleur moyen qu'une monnaie distributive ? L'Économie Distributive est une étape intermédiaire très intéressante et à notre portée.

C'est trop utopique : C'est moins utopique que n'importe quel programme de droite ou de gauche qui est limité par le souci de rentabilité et par la peur de la fuite des capitaux. L'Économie Distributive est plus facile à mettre en œuvre puisqu'on dépasse l'obstacle en changeant de monnaie.

Le plus utopique, c'est plutôt de croire que le système actuel pourra perdurer. Voyons pourquoi.


 

2. IMPASSES DES SOLUTIONS CLASSIQUES

 

2.1. IMPASSES DU CAPITALISME

En occident, grâce au capitalisme, nous ne vivons plus de famine, notre confort a été grandement amélioré... Mais des problèmes inhérents à cette économie se font plus importants chaque jour.

 

2.1.1 Croissance sans limite obligatoire :

Le mécanisme du crédit avec intérêt oblige à rembourser plus d'argent que ce qui a été créé (puisqu'il faut rembourser les intérêts en plus du capital et que l'argent créé correspond au capital). La seule façon de créer l'argent manquant est... de réemprunter à nouveau. Le cercle est vicieux, les endettements augmentent nécessairement de façon exponentielle. Ceux qui prétendent pouvoir limiter le déficit public sont inconscients ou demeurés.

Nous sommes donc acculés à générer une croissance exponentiellement illimitée[7]... dans une planète limitée (d'après les calculs d'empreinte écologique[8], il faudrait aujourd'hui 3 ou 4 planètes pour permettre à tous les habitants actuels de la Terre de vivre avec le niveau de vie des Français) : il n'y a pas besoin d'être économiste pour comprendre que nous sommes dans une impasse économique.

On ne peut plus se dire humaniste et penser que les pauvres deviendront riches grâce à la croissance.

 

2.1.2 Gestion de l'abondance en créant de la rareté :

Dans notre organisation actuelle, une entreprise ne peut vendre ses produits que s'ils sont rares. Lorsque le marché est saturé (blé, voitures, services...), plutôt que de profiter collectivement de l'abondance, soit on impose de nouveaux besoins avec les répercussions que l'on connaît sur l'environnement, soit on détruit une partie des stocks pour recréer de la rareté et pouvoir vendre à nouveau à un prix plus élevé. C'est logique mais suicidaire, non ?

 

2.1.3 Environnement, social... les solutions simples et économiques ne peuvent pas se diffuser :

Toute innovation / solution (écologique, sociale...) simple, bon marché, ne peut guère être diffusée, car elle rapporte trop peu ou fait perdre de l'argent à ceux qui vivent de solutions plus onéreuses (même si elles sont moins efficaces).

 

2.1.4 Dans l'économie dite de"Libre initiative", les bonnes volontés sont souvent limitées :

Les personnes motivées et compétentes sont souvent limitées par la concurrence (il n'y a pas de place pour tout le monde), par les besoins de financement (dont les banques de crédit usent aujourd'hui de façon arbitraire, faisant passer l'intérêt particulier avant l'intérêt collectif) et surtout par les besoins de rentabilité économique. Les monopoles privés contrôlent désormais 80% de la vie publique.

 

2.1.5 La propriété privée prive de plus en plus de gens :

Il y a deux fois plus de logements vacants que de familles mal-logées en France[9]. Il est plus rentable de spéculer sur des logements vides que de les louer. La loi sur les réquisitions n'est jamais appliquée.

Les propriétaires sont de plus en plus précarisés : l'insécurité économique qui pèse sur les locataires  se répercute sur le paiement des loyers, ce qui augmente la crainte des propriétaires qui comptaient sur leurs rentes pour financer leur retraite de se retrouver sans revenus suffisants. Ou, pour le propriétaire qui s'est endetté pour investir, de ne plus pouvoir rembourser ses emprunts.

Nombre d'usines et d'outils de production sont sabordés car les actionnaires gagnent souvent mieux à les stopper.

Beaucoup d'inventions sont restées dans les tiroirs, jalousement gardées à l'écart par des propriétaires cupides.

Les successions sont de plus en plus absurdes. Or les biens dont on hérite ne sont pas que le fruit du travail de nos aïeux, ils résultent d'un héritage collectif de plus en plus conséquent au fur et à mesure que les techniques se complexifient. De surcroît, si l'on remonte à l'avènement de la propriété privée, on risque de mettre à jour tellement d'injustices et de scandales que beaucoup de titres de propriétés pourraient être très lourds à porter.
 

2.1.6 Il est normal qu'il y ait de moins en moins de travail :

Une entreprise qui utilise beaucoup de main d'œuvre a souvent intérêt à s'implanter dans un pays à faible coût de main d'œuvre. Beaucoup de tâches pénibles disparaissent grâce à la mécanisation. Il y a de moins en moins besoin de nous en tant que force de travail dans nos pays. N'est-ce pas une bonne  chose que de se libérer des travaux pénibles ? Oui, mais c'est problématique pour beaucoup de gens...


2.1.7 Plus l'économie fleurit, plus la population s'appauvrit :

Au début du capitalisme, la richesse était partagée par le biais des salaires versés à la main d'œuvre. La population s'enrichissait grâce à ce salariat. Aujourd'hui, la richesse provient de machines qui ne reçoivent pas de rémunération, le salariat diminuant, la richesse reste de plus en plus dans les mains du capital. La population ne s'enrichit plus, elle s'appauvrit. (La part des salaires dans le PIB a baissé de 10% au profit de celle de l'actionnariat depuis une vingtaine d'années.)


2.1.8 Les États peuvent de moins en moins intervenir dans l'économie :

Les USA, depuis 1913 et pour 99 ans, ont accordé la concession de la création monétaire à la FED, une banque appartenant principalement aux familles Rothschilds, Rockefellers et Morgans. La banque centrale du pays le plus influant économiquement est privée !

Les États européens ont également"privatisé" leur compétence en gestion de la monnaie. S'interdisant d'en émettre et recourant à l'emprunt, ils sont de plus en plus endettés et ont de moins en moins de marge de manœuvre pour d'éventuelles redistributions supplémentaires ou soutiens de certains secteurs.

 

L'État français a de moins en moins de marge de manœuvre :

1 : L'État ne peut plus émettre de monnaie scripturale : contrairement aux banques privées qui peuvent très facilement financer les projets en ouvrant des crédits ex nihilo, une loi de 1993 interdit à la Banque centrale française d'accorder un crédit à l'État (qui correspondait à une création directe de monnaie).

2 : Pour assurer ses paiements au jour le jour, le Trésor public utilise principalement l'argent des dépôts sur son propre compte (par les correspondants du trésor) et des chèques postaux (CCP). Or, depuis 2002, les particuliers ne peuvent plus être correspondants du trésor. De surcroît, de moins en moins d'argent est déposé sur les CCP (les particuliers sont obligés, lorsqu'ils veulent emprunter, de s'adresser à une autre banque).

3 : Les possibilités d'augmentation des prélèvements (impôts et taxes) sont de plus en plus limitées. (L'économie étant de plus en plus fragile, la peur de la fuite des capitaux...)

4 : Les recettes provenant du patrimoine immobilier et des entreprises nationales ne sont pas illimitées, vu que l'État a déjà beaucoup vendu.

5 : Avec la croissance exponentielle des intérêts, son déficit ne peut qu'augmenter. Or, le traité de Maastricht impose aux gouvernements de limiter leur déficit quelles que soient les circonstances.


En résumé, l'État ne peut donc plus créer de monnaie et doit limiter ses emprunts. Il ne lui reste plus qu'à diminuer ses dépenses, comme la plupart des pays surendettés du Sud.

Depuis les emprunts d'États de 2008 (pour juguler la crise financière), les États des pays"riches" sont dans le même engrenage que les Pays en Voie de Développement dans les années 1980 : obligation d'emprunter pour payer les emprunts des années précédentes, gonflement exponentiel de leur dette, ajustements structurels (aujourd'hui appelés"rigueur") imposés par le FMI et la Banque Mondiale... La plupart des pays du Sud sont encore plus pauvres qu'avant et c'est désormais la seule perspective possible pour les pays du Nord si l'on n'annule pas toutes les dettes.

Faudra-t-il une nouvelle destruction massive des richesses et de la main d'œuvre, telle que celle opérée par la 2ème Guerre Mondiale, pour relancer la vie économique... pour revivre les '30 Glorieuses' ?

Ou apprendra-t-on à coopérer et partager, affranchis de l'obligation de rentabilité et de compétition ?



2.2.  IMPASSE DU COMMUNISME STALINIEN

Les régimes dits"communistes" ont donné lieu à des capitalismes d'État et des dictatures, en s'appuyant officiellement sur la doctrine marxiste, mais qui était en réalité du"marxisme stalinisé" (souvent en contradiction avec les pensées de Marx). La planification venant d'en haut, la population avait très peu de liberté.

Ils ont été mis en place dans des situations de pénurie, ce qui n'a pas arrangé les affaires. Sans tenir compte des premières réflexions de Marx sur la dissociation du travail et des revenus.

Mais surtout, les monnaies utilisées avaient deux tares : primo elles sont restées thésaurisables et secundo elles étaient contrôlées par les gouvernements qui détenaient ainsi un pouvoir énorme ! Corruption et spéculation ont pu continuer...

L'épanouissement des populations n'étant pas la motivation première, la plupart des régimes dits "communistes" n'ont que très partiellement redistribué les richesses et ont abouti à des impasses.



2.3.  IMPASSE DE L'ÉCONOMIE SOCIALE ET DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

L'économie capitaliste nous emmène dans un mur. Les dynamiques d'Économie Sociale et Solidaire et de Développement Durable permettent l'émergence d'alternatives micro-économiques souvent très intéressantes. Elles permettent à des gens de s'ouvrir à d'autres possibles que le modèle classique, de commencer à changer les mentalités et les pratiques. Elles préparent une transformation radicale du monde.

Mais, même à but non lucratif, elles sont coincées par l'obligation de rentabilité. Leur pérennité dépend bien souvent de la poursuite de l'exploitation des pays du Sud. De surcroît, elles côtoient toujours la monnaie habituelle avec intérêt, elles restent finalement elles aussi dans la croissance exponentiellement illimitée.

L'Économie Sociale et Solidaire et le Développement Durable ne seront durables et ne solutionneront l'équation de l'Empreinte écologique que lorsqu'ils résoudront le volet de la finance durable.
 

2.4.  ET LA DÉCROISSANCE ?

Les promoteurs de la Décroissance nous alertent judicieusement de toutes ces dérives. Ils proposent des solutions très intéressantes, surtout sur le champ de la transformation individuelle, et des projets très autarciques. Mais sur le plan macro-économique, ils ne proposent que des demi solutions pas assez pertinentes : Revenu de Base et reprise en main démocratique de la création monétaire sans changer les fondamentaux du capitalisme. Et en plus il manque des propositions sur la propriété.

Gérer la création monétaire est périlleux tant son incidence sur l'économie est énorme. Celui qui détient les rênes possède un pouvoir énorme. Comment la population pourrait-elle aujourd'hui contrôler ses responsables alors qu'elle n'a pas réussi à contrôler les banques coopératives ni ses ministres ? Cette question est d'autant plus cruciale qu'il y aurait un Revendu de Base à générer...

Techniquement, nous pourrions aisément sortir de la société de consommation et d'obsolescence programmée, en améliorant qualité, fonctionnalité et productivité, supprimant du jour au lendemain des millions de postes de travail devenus inutiles. Et relocaliser la production agricole en embauchant quelques millions de travailleurs. Mais comment permettre financièrement cette transition ?

Le Revenu de Base ne sera jamais suffisant pour assurer à chacun de payer ses crédits et de maintenir son niveau de vie. La recherche de revenus d'activités sera nécessaire, les gens seront maintenus dans la compétition, la publicité et l'obsolescence programmée continueront. De surcroît, les propriétaires augmenteront les loyers et absorberont une partie du Revenu de Base... Difficulté supplémentaire de taille : les services publics risquent de manquer de financements car les recettes des États diminueront avec la baisse de la croissance.

Le jour où un gouvernement aura le pouvoir de mettre en place les propositions des Décroissants, ne serait-il pas également possible d'aller encore plus loin : dissocier totalement le travail du revenu, les partager équitablement, avec une monnaie distributive et la propriété d'usage ?


3. AVANCÉES ET PERSPECTIVES

Mettrons-nous un jour en place cette Économie Distributive, Économie équilibrée ?

Beaucoup de gens répondent que"non, il est trop tard !". Ils invoquent trois raisons. La première est que les dérives écologiques et sociales seraient allées trop loin, le chaos serait obligatoire. La deuxième est que les puissants seraient trop forts, on ne pourrait rien faire contre la dictature financière qui se tisse. La dernière est qu'une évolution de conscience, énergétique et spirituelle serait déjà enclenchée et métamorphoserait complètement la Terre entière dans un futur très proche.

Dans ces trois cas, l'Économie Distributive ne servira à rien. Mais nous n'y sommes pas encore, nous avons encore la possibilité d'agir ici et maintenant. Tant que nos États sont encore des démocraties, nous avons une clef dans notre bulletin de vote.

Progrès et régressions se succèdent. Les gens se réveillent et se rendorment. L'ampleur de la réussite du rassemblement du Larzac en 2003 en France, la palme d'or du film Fahrenheit 9/11 en 2004, le"non" au référendum du 29 mai 2005 en France qui a temporisé la progression du tout économique, les succès des films d'Al Gore[10] et de  Paul Grignon[11],  l'obtention d'un Fonds Social Européen pour le lancement du Colibri Solidaire et Distributif en 2009[12]... Le vol de la démocratie en Europe avec le traité de Lisbonne et les démissions des gouvernements grecs et italiens en 2011, les démonstrations de force des militaires à chaque tentative de manifestation alter-mondialiste, la mise en place d'ajustements structurels en Europe...

La plupart d'entre nous accepte tout ça car nous avons appris depuis tout petit qu'il n'y avait pas d'alternative au capitalisme."Fatalement, on est obligé de vivre dans le marché, il faut se battre les uns contre les autres pour avoir un travail, pour avoir une maison..." Vous savez maintenant que c'est faux : il y existe au moins une alternative qui pourrait métamorphoser le capitalisme. Le chantier de la finance durable est ouvert depuis 2008. Serons-nous assez nombreux à nous emparer du sujet ? L'histoire du 100è singe[13] nous montre que cela peut aller très vite. Dès qu'un pays réussira à débattre de ce sujet, ça se propagera chez les voisins.

Si chacun fait sa part, avance en lui-même, localement et globalement...

 

CONCLUSION

Nous n'avons plus besoin de marcher sur la tête de notre voisin.

Cette présentation vous a-t-elle interpellé ? Assurément, elle a besoin d'être décortiquée et étoffée en calculs économiques, en propositions de plan de transition... Je recommande les livres de Marie-Louise Duboin :

-"Mais où va l'argent ?" (éditions du Sextant)
à ceux qui veulent comprendre pourquoi le système actuel va nécessairement dans le mur ;

-"Les affranchis de l'an 2000" (éditions Voici la clef)
à ceux qui veulent mieux comprendre le fonctionnement de l'Économie Distributive,

 

et les revues :

-  la Grande Relève, revue de réflexions socio-économiques : http://economiedistributive.free.fr/spip.php?rubrique1 ;

-  le Colibri Solidaire et Distributif, revue des expériences qui se rapprochent de l'Économie Distributive : http://www.lecolibri.org.

 

Vous avez compris les nécessités de lever certains tabous (les côtés utopiques et suicidaires de la croissance, du plein emploi...) et de réfléchir autrement. Vous venez d'entrevoir qu'il existe (au moins) une alternative au capitalisme, à la jonction du libéralisme et de l'intérêt collectif. Parlons-en autour de nous, faisons la connaître.

Bien sûr, dans le fonctionnement actuel, chacun doit continuer à vivre. Continuons à faire progresser les pratiques de sobriété heureuse, d’Économie Sociale et Solidaire et même de Développement Durable… Mais en même temps, réfléchissons à ce qu'il faudra faire demain !

Nous avons tous à gagner dans ce changement de société.

 

 

Eric Goujot
http://ecodistributive.chez-alice.fr



ANNEXE : MISE EN OEUVRE DE L'ÉCONOMIE DISTRIBUTIVE

 

Comment mettre en œuvre l'Économie Distributive, avec ses 5 principes (monnaie distributive, partage du travail, revenu universel, démocratie participative locale, propriété d'usage) ?

 

Du premier pays à la Terre entière

Un pays ne peut passer en Économie Distributive (ED) que lorsque ses magasins sont suffisamment remplis. Ce n'est donc accessible qu'aux pays"riches".

Quand l'ED commencera à être considérée dans un pays"riche", la connaissance se propagera chez ses voisins. Et comme au moins 80% des gens comprendront qu'ils y gagneront mieux, on peut imaginer que plusieurs pays décident en même temps de passer en ED, avec une très large adhésion de la population, ralliant les humanismes de tous bords, en dehors des clivages politiques.

Le FMI et la Banque Mondiale perdent ainsi leur hégémonie et certains pays du Sud en profitent pour s'affranchir des politiques d'ajustement structurel : ils se recentrent logiquement sur des cultures vivrières, s'appuient sur des monnaies régionales et commercent équitablement avec les pays distributistes (Économie Transitoire). On imagine qu'au bout de quelques années, leurs magasins se remplissent pour de bon, que les gens réussissent à s'organiser, que la corruption s'estompe... et qu'ils passent en ED.

Il y a fort à parier que la plupart des populations ne laissent plus le choix à leurs dirigeants et que très rapidement, chaque pays adopte un mode distributiste ou transitoire (en fonction des richesses présentes dans ses magasins).

 

Mise en oeuvre dans un pays

Une (très forte) majorité politique est élue sur un programme de mise en oeuvre de l'ED.

Le jour J

Le gouvernement reprend la compétence de la monnaie, annule son ancienne monnaie capitaliste, instaure la nouvelle monnaie distributive et le Revenu social :

·       On comptabilise la valeur de tout ce qui est en vente à destination de la population,

·       on fabrique l'argent qui correspond à cette valeur,

·       cette masse monétaire est distribuée égalitairement à la population, c'est le 1er revenu social.

·       Ensuite, chaque mois, on évaluera ce qui sera fabriqué et mis en vente dans le mois, on fabriquera l'argent correspondant, que l'on distribuera égalitairement...

Pour une transition confortable, la première année, chaque personne garde son travail antérieur. Ceux qui n'en avaient pas choisissent avec le Pôle Emploi et les élus locaux une mission d'intérêt général de 30h par semaine (en fonction des besoins locaux : services à la personne, dépollution et réhabilitation des lieux de vie, études, formations...). Les retraités peuvent participer mais ne sont pas obligés. Pour assurer efficacité au travail, chacun doit rendre des comptes à sa hiérarchie, mais également à ses usagers (élèves, clients, subalternes...). Si des travaux pénibles ne trouvent plus assez de main d'oeuvre, on diminue leur temps de travail afin de les rendre attractifs. Ceux qui refusent de poursuivre leur travail ou de s'employer à une mission d'intérêt général ne touchent qu'un Revenu Minimum de Non Insertion.

Pour assurer une transition en douceur, on continue les mêmes activités (exception faite des activités nuisibles), tant que les usagers-consommateurs les consomment. Mais en améliorant leur qualité (augmentation de leur durée de vie...), en mutualisant, en standardisant, en relocalisant, en améliorant la réutilisation, le recyclage... En cas de diminution des ventes due à une baisse des besoins des consommateurs, on baisse la production et on licencie le personnel correspondant (qui se choisira alors des missions d'intérêt général).

La propriété d'usage remplace la propriété privée, et assure à chacun de rester dans son lieu de vie, permet aux cultivateurs de continuer de cultiver, aux employés de faire tourner leurs usines. Les logements inutilisés sont mis à disposition des personnes sans logement ou des gens de passages. Les terres non cultivées sont disponibles pour les gens qui veulent s'y installer.

Les échanges avec les autres pays s'articulent sur le mode qui prévalait naguère avec les pays d'Europe de l'Est (les monnaies n'étaient pas convertibles) : les banques centrales comptabilisent (comptabilité matière) les échanges et veillent à équilibrer exportations et importations.

Les succursales des entreprises nationales en territoire étranger sont"abandonnées". Les unités de production qui appartenaient à des entreprises étrangères sont"nationalisées". En contrepartie, les entreprises étrangères"dépossédées" se partagent les unités"abandonnées", sauf celles des pays en Économie Transitoire qui sont confiées à leurs gouvernements.

 

Par la suite, tranquillement :

On commence à évaluer et à mettre en place de meilleurs calculs des prix, qui tiennent compte des coûts globaux.

On recense les manques en matière de logement et l'on commence à investir dans la réhabilitation des logements insalubres.

On commence à réfléchir sur de nouveaux partages des temps (temps de travail, de formation, de loisir, sabbatique, de retraite...) de façon à permettre à chacun de se former, de se recycler, d'élever ses enfants, de se faire plaisir... tout en assurant la production nécessaire.

Au bout d'un an, on réévalue le temps de travail moyen de façon que chacun travaille le même nombre d'heures. On décide également du temps de travail des boulots pénibles.

On pourra aussi s'entendre sur d'éventuelles modulations de revenu en fonction des âges, si l'on estime que les besoins sont vraiment différents.

 

Les préparatifs :

Dans les mois qui précédent le début de l'ED, on commence à évaluer les biens et services, mais également les outils de production inutilisés.

Le recensement des bénéficiaires du Revenu Social est facile : toute personne résidant dans le pays se fait ouvrir un compte courant dans la banque de son choix. (Le n° de compte contient le n° de sécurité sociale afin qu'une personne ne puisse ouvrir qu'un seul compte.)

L'ED requiert-elle une nouvelle constitution ou peut-elle s'insérer dans la constitution en place ? Que faire des traités existants (Maastricht, traités bilatéraux...) ? Le bon sens et l'assurance de construire une société réellement équitable nous permettent de trouver des réponses pragmatiques.

Cette transformation de l'organisation sociétale et de nos modes de vie et de pensée se fera assez facilement dans la mesure où les individus savent déjà prendre les choses en main, comme ils sont déjà nombreux à le faire dans les associations, coopératives, écovillages... D'où l'importance de l'Économie Sociale et Solidaire, des premières expériences de démocratie participative, des Villes en Transition... qui prendront tout leur sens en Économie Distributive.



[1]     Une deuxième option est possible : on intégrerait dans la masse monétaire la valeur de tous les produits que les entreprises s'achètent, celles-ci se verraient alors allouer un budget en fonction de leurs programmes de production. La masse monétaire serait alors considérablement plus volumineuse et les calculs de sa répartition entre les individus et les entreprises seraient plus fastidieux.

[2]  Dans les Grundrisse, publiées en 1939 sous le titre Rohenwurf par l'Institut Marx-Engels-Lénine à Moscou puis en 1953 par Dietz à Berlin,"La distribution des moyens de paiement devra correspondre au volume de richesses socialement produites et non au volume du travail fourni." Cf. article d'André Gorz Transversales/Science-culture n°3, 3è trimestre 2002.

[3]  Dans le roman"Looking Backward", il ébauche une économie de type distributiste plutôt militaire.

[4]     Grande Relève : 88 Boulevard Carnot – F-78110 Le Vésinet – 01 30 71 58 04 (les lundis et mardis  de 15h à 18h) – http://economiedistributive.free.fr/spip.php?rubrique1

[5]     Une ED avec planification, et dans la croyance que les progrès de la science résoudrait tous les problèmes (conception largement partagée à l'époque).

[6]     Colibri Solidaire et Distributif : 20 rue Paul Schutzenberger – 68200 Mulhouse – 06 84 94 00 53 – www.lecolibri.org

[7]     Cf. vidéo"La Dette publique pour les nuls" sur http://www.dailymotion.com/video/xlev1n_la-dette-publique-pour-les-nuls_news

[8]     Cf. http://www.wwf.fr.

[9]     D'après le rapport 2010 de la Fondation Abbé Pierre, il manquait 900 000 logements et l'on comptait 1,8 à 2,5 millions de logements vacants.

[10]    Attention à l'insidieuse peau de banane qui s'y trouve glissée (tenter de nous  faire croire que la croissance verte permettrait de sauver la planète.

[11]    Je recommande les 35 premières minutes  de sa vidéo"Argent Dette" (http://vimeo.com/8088058).

[12]    Cf. 7 premiers numéros de 2009 à 2011 sur http://www.lecolibri.org

[13]    Cf. extrait du livre"Le Centième Singe" de Ken Keyes, Jr à la page http://www.naute.com/anecdotes/singe.phtml






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Idée # 2

Article du 18 août 2009

La clé indispensable d'une alternative au capitalisme

 

Dans le contexte de crise, la nécessité de trouver des solutions fait émerger nombre d'alternatives. Jusqu'où doivent-elles aller pour améliorer durablement notre quotidien ? Une alternative ou une transition (pour passer du système en place à un autre mode de fonctionnement) ne réussira que si elle se démarque suffisamment du système en place, sinon celui-ci l'absorbera et la galvaudera.

 

Exemples d'alternatives récupérées et galvaudées

L'agriculture biologique en France aura vécu très peu de temps. Le système dominant avait commencé par retarder au maximum son arrivée, en marginalisant et dénigrant ses pionniers. L'opinion publique s'étant malgré tout intéressée au sujet, le système a accepté et pris les rênes de la bio en établissant les cahiers des charges AB, pour finalement la rendre minable en 2009 en imposant du laxisme et des aberrations (OGM...). Fort heureusement, la plupart des producteurs continuent à produire réellement bio. Mais s'ils veulent le prouver, le logo officiel AB n'est plus suffisant, ils doivent revenir à de"vieux" labels peu connus, comme Nature & Progrès et Demeter. Les conséquences sont graves : de grosses confusions et tromperies pour les non avertis et le retour à la case marginalité pour les vrais bio.

Les éoliennes en France n'ont toujours pas été acceptées malgré leur indéniable intérêt. D'abord marginalisées, sabotées par EDF, l'opinion publique s'étant malgré tout intéressée au sujet, le système dominant a commencé par de grosses, hideuses et bruyantes éoliennes qui ont dégoutté une partie de la population, écolo inclus. Alors qu'il existe pourtant plein d'exemples réussis, même en France.

L'insuffisance des 35h en France a anéanti l'idée du partage du travail. Il y a eu un double problème :
1. On a mis en place les 35h sans changer le mode de répartition des richesses, cela a provoqué une baisse des revenus, du coup, nous ne sommes pas allé jusqu'au bout et, globalement, il y a plus de gens moins bien lotis.
2. On a de surcroît choisi une solution extrêmement difficile à mettre en oeuvre (passer de 39h à 35h posait d'énormes problèmes d'organisation et a conduit nombre d'entreprises à garder le même fonctionnement hebdomadaire, tout en finançant les jours de RTT (Réduction du Temps de Travail) par des gains de productivité, donc sans embauche - alors que le passage en semaine de 4 jours aurait été plus facile à organiser et surtout, en créant une grosse différence de temps de travail, aurait obligé à une embauche massive).
Le manque d'embauche et la baisse de revenus des salariés ont provoqué non seulement un dégoût des gens, mais surtout l'idée qu'on ne peut pas partager le travail. Même les syndicats ont abandonné l'affaire. Quelle belle réussite pour le développement du capitalisme !

Le système peut étouffer dans l'oeuf en faisant semblant de s'intéresser à un dossier, pour mieux le classer sans suite. Les changements d'heure d'hiver – heure d'été avaient été remis en cause pour de bon il y a quelques années. Il aura suffit qu'un"illustre" politique (au service du système dominant) prenne la question en main pour l'expédier aux oubliettes. Le président Chirac a fait semblant d'étudier le sujet, a vite décrété que ce sujet était trop difficile, puisqu'il devait se gérer sur 10 ans. La suppression du changement d'heure est maintenant considérée comme irréalisable, l'opinion publique est à nouveau dans la croyance qu'on ne peut rien changer. Qu'en sera-t-il des Grenelles ?

Même les pensées marxistes ont été récupérées. D'abord galvaudées et falsifiées par Staline, elles ont été absorbées par le capitalisme sous l'action de Gorbatchev et des gouvernants-dictateurs chinois. Au point que la majeure partie des gens confondent actuellement  communisme, socialisme, Marxisme et dictature chinoise.

 

Dispersion actuelle des alternatives

Beaucoup de gens sont motivés et se mobilisent pour faire mieux, mais au final, ne créent que du moins pire qui permet au pire de s'amplifier.

Parmi les innombrables d'exemples : pendant que les écolos créent Enercoop, EDF développe le nucléaire dans les autres pays. Pendant que les syndicats s'investissent pour l'employabilité et qu'on élabore le RSA (Revenu de Solidarité Active), les conditions de travail deviennent de plus en plus difficiles et nombre d'entreprises ferment...

Les sujets important sont tellement nombreux que nous sommes dispersés, noyés. Enseignement, recherche, bio-diversité, agriculture bio, produits chimiques, nucléaire, ionisation, OGM, expérimentation animale, sans-abris, fichage, liberté de la presse, médecines parallèles, solidarité internationale, commerce équitable, fonds éthiques, coopératives, associations locales... N'ayant que 24h dans une journée, chacun se choisit un ou quelques thèmes et n'a guère de temps pour soutenir les thèmes des voisins. Du coup, il n'a pas assez de monde pour soutenir les initiatives, qui restent trop marginales et inefficaces, pendant que le rouleau compresseur avance.

Nous avons l'impression de faire mieux lorsque notre banque est sociale (Caisse d'Epargne, Crédit Mutuel, Crédit Coopératif...), encore mieux lorsqu'elle est solidaire (La Nef), et l'on oublie d'aller plus loin en soulevant le problème central de la création monétaire (en croissance exponentiellement illimitée). Pendant ce temps, le rouleau compresseur avance : nous avalons des pilules insidieuses (Maastricht, Lisbonne, plan de relance du FMI...) qui privatisent un peu plus la création monétaire et amplifient les crises.

Nous faisons effectivement mieux lorsque nous utilisons des monnaies locales et/ou sociales. Mais ces monnaies complémentaires ne sont tolérées que dans la mesure où elles contribuent au maintien du système en place.

La bio, les éoliennes, les 35h, les médecines parallèles... ne pourront démontrer leur efficacité que lorsqu'elles n'auront plus besoin d'être rentables. C'est bien là le nerf de la paix.

 

Force et talon d'Achille du système

Jusqu'à ce jour, aucune alternative ni aucune idée humaniste n'a pu se propager et vivre sur la terre au profit de toutes les femmes et hommes, tout à été récupéré et galvaudé par le système dominant, dont le maillon visible est le marché, avec l'obligation de rentabilité économique. Rentabilité qui nous impose la compétition permanente.

Même une association à but non lucratif doit d'abord être rentable économiquement pour exister. Et comme le système nous fait croire qu'il n'y a pas assez pour tout le monde, nous sommes coincés dans la compétition les uns contre les autres pour obtenir notre part.

l  Les revenus sont rares car ils dépendent du travail, aujourd'hui rare. (On produit de plus en plus avec de moins en moins de main d'oeuvre. De surcroît, l'équation de l'Empreinte écologique devrait nous amener à diminuer nos activités économiques) ;

l  L'argent est rare à cause de l'usure : l'obligation de rembourser des intérêts nous oblige à rembourser toujours plus : croissance économique, endettement public et masse monétaire sont mécaniquement en augmentation exponentiellement illimitée (cf. vidéo"Argent Dette" du Canadien Paul Grignon).

Démocratie, liberté, tout est conditionné par les finances : on est libre que si l'on a de l'argent. Sans héritage financièrement suffisant, on doit d'abord travailler et, une fois le porte-monnaie rempli, s'il reste un peu de temps, on pourra enfin vivre sa liberté. Les politiques n'échappent pas à la règle bien sûr.

Le système dominant, ce n'est pas seulement les gros capitalistes, c'est aussi vous et moi, qui avons besoin de nous battre pour assurer nos fins de mois, ou plus précisément, qui sommes obligés d'être rentables économiquement. En Europe, l'augmentation des prix au passage de l'Euro a débuté non par les grosses sommes, mais par les prix des petites choses dans nos magasins, cafés, marchés de quartier : et ce sont beaucoup de petites gens qui ont dès le 1er janvier converti les prix au dixième de centime supérieur.

Autre exemple, en France dans les années 1992-93 : la suppression des conditions de ressources dans l'attribution des aides au logement aux étudiants a immédiatement fait grimper les prix des loyers du montant de l'aide, les propriétaires commentant l'augmentation par le propos laconique"ça ne change rien pour vous, locataire, vous payez toujours la même chose". Les propriétaires ont donc directement récupéré cette aide, initialement destinée aux étudiants (la question du côté social ou non de cette mesure n'est pas discuté ici). Or, les propriétaires, ce sont beaucoup de petites gens comme vous et moi.

Notons que les monnaies complémentaires sans usure nous libèrent localement de l'obligation de croissance exponentielle, mais pas de l'obligation de compétition. Pour devenir une véritable solution aux crises actuelles, elles devront inclure une répartition des richesses qui assurent à chacun une part réaliste et légitime.

Si cette prise de conscience est relativement nouvelle pour beaucoup, nous ne partons pas de zéro : quelques idées ont déjà été proposées, comme l'"Economie Distributive" qui associe notamment une monnaie distributive et un revenu social égalitaire.

Les alternatives qui ne suppriment pas les obligations de compétition et de croissance exponentiellement illimitée ne peuvent rien solutionner durablement. Une alternative digne de ce nom doit nécessairement changer la nature de la monnaie ET la répartition des revenus. Un nouveau paradigme !

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Idée # 3

Article du 28 octobre 2009

Pensée globale pour demain,

actions locales d'aujourd'hui


 

De plus en plus de voix appellent à revisiter l'imaginaire jusqu'aux frontières de l'utopie pour concevoir une autre économie, dans une sobriété heureuse. Pour que le fameux"Un autre monde est possible" ne soit pas un simple slogan et que d'autres choix puissent réellement être faits, que doit comporter un projet politico-économique pour être réaliste en 2010 ? Quels sont les problèmes racines à résoudre ? Quelles solutions proposer ? Quelles étapes locales proposer aujourd'hui ?

Une utopie réaliste doit nécessairement résoudre 3 aspects : 1. l'équation de l'empreinte écologique, qui nous oblige à sortir de la croissance ; 2. la diminution du travail, qui nous oblige à dissocier totalement le revenu du travail ; 3. la monnaie croissanciste, qui nous oblige à supprimer totalement les intérêts des monnaies.

Concernant le 1er problème, la mise en oeuvre d'une décroissance conviviale, sobriété heureuse : si tout le monde s'y mettait du jour au lendemain, les Etats ne récolteraient plus assez d'impôts et taxes, ils ne pourraient plus financer les services publics, tout se casserait la figure. L'utopie réaliste doit permettre un fonctionnement économique sobre tant au niveau local qu'au niveau global.

Sur le 2è point, il est important d'accepter la réalité actuelle : pour assurer notre revenu, nous sommes tous obligés de tirer la couverture à nous. Aucune réelle coopération ni réduction du temps de travail n'est possible tant qu'une partie de notre revenu dépend de notre activité. Mais alors, si les revenu ne dépendent plus du nombre d'heures travaillées, sur quels critères objectifs  pourrait-on répartir les salaires ? La productivité n'en est pas un. La responsabilité non plus... Est-il réellement possible de légitimer des revenus inégaux ? Ce genre de réflexions conduit nécessairement à une égalité des revenus.

Le 3è aspect est le plus crucial. Lorsque la masse monétaire mondiale provient à 80% des emprunts, comment rembourser les intérêts de ces emprunts sans s'endetter à nouveau pour faire apparaître l'argent manquant ? Les intérêts inhérents aux monnaies d'aujourd'hui nous obligent à une croissance exponentielle de la masse monétaire et des dettes. Certes, la spéculation aggrave la situation, mais même avec des intérêts à 0,1%, nous serions toujours dans une croissance exponentielle. Aucune sortie de crise sans suppression totale de l'intérêt de l'argent[1].

Par ailleurs, comment peut-on continuer à laisser les Etats s'endetter au profit des banques privées à qui ils ont donné le pouvoir de créer l'argent ? Ne pourraient-ils pas créer eux-même leur(s) monnaie(s) ? Sur quelles règles se baser pour créer l'argent nécessaire à l'activité économique ? Celui qui possède les rênes de la création monétaire détient un pouvoir énorme. Comment éviter les dérives des pays stalinistes où, bien souvent, les gens avaient de l'argent mais rien dans les magasins ? Comment éviter la dérive actuelle où les magasins sont pleins mais la plupart des gens n'ont pas assez d'argent pour acheter ?

Toute velléité de dompter le capitalisme sans résoudre ces 3 aspects est vouée à l'échec. Un programme réaliste doit donc proposer de l'argent sans intérêt, en lien réel avec l'activité économique et non dominé par quelques privilégiés, et une égalité des revenus. La monnaie distributive, associée à un revenu d'existence unique est une solution à portée de main. Cette monnaie est fabriquée en même temps que les biens et services mis en vente, et détruite à chaque acte d'achat : la masse monétaire correspond exactement à ce qui est disponible dans les magasins. Les gens perçoivent mensuellement le revenu d'existence, unique et égalitaire, qui correspond précisément aux richesses fabriquées dans le mois. On partage le travail entre tout le monde. La propriété privée, n'étant plus possible (puisqu'on ne peut plus accumuler plusieurs mois de salaires), est remplacée par la propriété d'usage. Le tout est géré démocratiquement, le plus possible localement et de manière participative.

Entreprises et individus n'ont plus intérêt à maximiser leurs ventes : la pub disparaît, la baisse de la consommation entraîne une baisse de la production et donc une diminution du temps de travail. On peut enfin se mettre d'accord pour que les prix tiennent compte des aspects écologiques. Une décroissance sélective se met en place naturellement. Plus d'impôts ni de taxes. La comptabilisation des richesses et leur partage n'est soumis à aucun pouvoir politique mais est la conséquence du travail et des décisions de la multitude des acteurs locaux.

Même si elle paraît au premier regard très utopiste, cette proposition est en fait plus facile à mettre en oeuvre que tous les programmes tentés jusqu'alors. Car d'une part cette proposition permettra à 80% de la population de vivre mieux, et d'autre part elle n'est pas coincée par les problème de rentabilité et de fuite des capitaux (les capitaux peuvent s'enfuir puisque du jour au lendemain on change de monnaie).

Cette proposition avait été pensée il y a 75 ans – à l'époque de la misère, où l'on jetait du lait dans les caniveaux et brûlait du blé et du café, car on en produisait trop...  – et enrichie  dans les années 80 sur les aspects écologique et démocratique. Pour plus de renseignements, reportez-vous au Colibri Solidaire et Distributif[2] et à la Grande Relève[3].

Cette solution comporte le minimum de changements nécessaires pour sortir des crises écologique, sociale et financière. Elle passera par des élections présidentielles et/ou européennes. En attendant, développons localement l'Economie Sociale et Solidaire et les monnaies complémentaires ! Non seulement elles préparent les mentalités à un futur distributif, mais en plus elles permettent d'améliorer la vie locale aujourd'hui.

L'ESS limite la recherche du profit financier, la spéculation, les délocalisations. Ces modes d'entreprise gagneraient à être connus et utilisés par un maximum.

Les monnaies complémentaires sont multiples et variées. Dans de nombreux pays, elles sont utilisées par des entreprises et des collectivités territoriales : on peut même payer une partie des taxes locales en monnaie locale. Elles peuvent aussi être fondantes (lorsque la dépréciation périodique de la monnaie permet une meilleure circulation de la monnaie sans risque de pousser à une surenchère de la consommation). Elles peuvent être sociales, comme le SOL qui contribue au développement de l'économie sociale, solidaire et locale. Mais toujours elles dynamisent le tissus local. Cf. Philippe Derudder et l'association AISES[4] pour plus de détails.

Voilà résumées des propositions utopiques et réalistes, pour demain avec un mode économique enfin focalisé sur les besoins des femmes et des hommes, et pour aujourd'hui avec des initiatives locales qui limitent l'accélération de la croissance et améliorent la vie locale.

[1]     Cf. livre"Mais où va l'argent ?" de Marie-Louise Duboin (éd Sextant) ; vidéo"Argent Dette" de Paul Grignon sur www.bankster.tv

[2]     www.lecolibri.org

[3]     http://economiedistributive.free.fr

[4]     www.aises-fr.org



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Idée # 4

Article du 3 juin 2010

La tentation du Revenu d'Existence

"Si j'étais machiavélique ou simplement avide de pouvoir et d'argent, je dirais assez rapidement OUI à l'instauration d'un Revenu d'Existence en France et même en Europe. Car même avec un niveau supérieur au SMIG, j'en tirerais à terme de gros bénéfices et j'augmenterais mon emprise sur le monde économico-politique."

En imaginant qu'on trouve des montages financiers pour généraliser le Revenu d'Existence, des problèmes vont immédiatement surgir.

Les consommateurs ayant plus d'argent, les commerçants et producteurs pourront enfin augmenter (légèrement) les prix. Les consommateurs seront tout de même contents, car ils pourront acheter plus qu'avant. Le pouvoir d'achat sera en partie absorbé par la distribution. Les exemples de récupération des avancées sociales par le marché sont nombreux.[1]

Car pour avoir un revenu complémentaire basé sur un travail, il faudra conserver son travail. Ce qui obligera toujours les travailleurs à forcer les consommateurs à acheter. Même si l'on produit déjà trop, on devra continuer la surenchère.

Tout ceci sera amplifié par la nécessité de croissance monétaire exponentielle. Cf. Argent Dette[2].

Un Revenu d'Existence dans le capitalisme conduit inévitablement à une récupération de la manne par le marché et ne supprime pas la croissance illimitée. Ce qui veut dire que tôt ou tard, la majorité des gens seront dans les mêmes difficultés qu'aujourd'hui. Pire, ils penseront que le Revenu d'Existence était un leurre, comme pour le partage du travail dont les gens sont dégoûtés. Seuls quelques riches seront encore plus riches.

Certains préconisent un Revenu Maximum Autorisé. En quoi ce RMA changera t-il la donne ? Limiter la dérive n'empêche pas la dérive, ne prenons pas des vessies pour des lanternes. Mais surtout : si une majorité démocratique avait le pouvoir de limiter les revenus des plus riches, n'aurait-elle pas la possibilité d'instaurer un Revenu unique Distributiste ?

Ce revenu nous épargnerait bien des négociations et pertes de temps (à tenter de tirer la couverture à soi). Unique, équitable et égalitaire (à moins qu'on explique comment rendre légitime des revenus inégaux[3]), il serait techniquement très facile à mettre en oeuvre : basé sur la production du mois (elle-même basée sur la consommation des gens des mois précédents, libérée de la publicité et de la nécessité de croissance) et versé en monnaie distributive (non thésaurisable et non spéculative, libérée de l'obligation de croissance exponentielle)[4].

Si j'étais avide de pouvoir et d'argent ou machiavélique, je mettrais vite en place le Revenu d'Existence, pour que les gens ne découvrent pas le Revenu unique Distributiste. Car avec lui, tout le monde pourrait profiter des richesses, gérer équitablement et écologiquement les pénuries... Je ne pourrais plus m'accaparer la Vie des gens.

[1]           Le système dominant, ce n'est pas seulement les gros capitalistes, c'est aussi vous et moi, qui avons besoin de nous battre pour assurer nos fins de mois, ou plus précisément, qui sommes obligés d'être rentables économiquement. En Europe, l'augmentation des prix au passage de l'Euro a débuté non par les grosses sommes, mais par les prix des petites choses dans nos magasins, cafés, marchés de quartier : et ce sont beaucoup de petites gens qui ont dès le 1er janvier converti les prix à la dizaine de centimes supérieure.

                Autre exemple, en France dans les années 1992-93 : la suppression des conditions de ressources dans l'attribution des aides au logement aux étudiants a immédiatement fait grimper les prix des loyers du montant de l'aide, les propriétaires commentant l'augmentation par le propos laconique"ça ne change rien pour vous, locataire, vous payez toujours la même chose". Les propriétaires ont donc directement récupéré cette aide, initialement destinée aux étudiants (la question du côté social ou non de cette mesure n'est pas discuté ici). Or, les propriétaires, ce sont beaucoup de petites gens comme vous et moi.

[2]              Cf. bibliographie sur http://ecodistributive.chez-alice.fr/index.php?page=liens

[3]              Comment légitimer des revenus inégaux ? La productivité n'est pas un bon critère, car on ne peut pas comparer sérieusement deux travailleurs (qui sont forcement dans des cadres différents, avec des aléas différents). La responsabilité non plus, car le chauffeur de bus a plus de vies en jeux qu'un médecin. D'autant que les études deviennent plus agréables grâce au Revenu unique Distributiste.

[4]              Plus de précisions à la page www.lecolibri.org/economies/aller-plus-loin-dans-l-economie-distributive


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