ou notre vie de confinés

 

 

 

index des jours

01

02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31  

 




21, (Mai 2020)

 

dans une autre page : Linky, EDF, Enedis (ex-ErDF), Areva  & co

à la date du jour, 928 communes s'opposent au 'Linky'

 

 


31 Mai 2020 

     

- - Août 2015, pages 20 et 21, par François Denord, Rachel Knaebel & Pierre Rimbert 

Le révélateur grec

L’ordolibéralisme allemand, cage de fer pour le Vieux Continent

"Je me sens proche de l’ordolibéralisme allemand d’après-guerre", a déclaré le président du Conseil européen, M. Donald Tusk, à propos du dossier grec. Née outre-Rhin il y a huit décennies, cette forme continentale de néolibéralisme étend son influence.

«Si quelqu’un voulait encore une preuve du danger que font peser les référendums sur le fonctionnement des démocraties modernes, la voilà", fulminait le site de l’hebdomadaire Der Spiegel le 6 juillet 2015, après l’annonce des résultats de la consultation grecque. La sidération provoquée en Allemagne par ce "non" retentissant s’explique par la collision frontale entre deux conceptions de l’économie et, plus largement, des affaires publiques.

La première approche, qu’incarnaient début juillet les dirigeants grecs, reflète un mode de gouvernement proprement politique. Le suffrage populaire prime sur la règle comptable, et un pouvoir élu peut choisir de changer les règles. La seconde, à l’inverse, subordonne l’action gouvernementale à la stricte observance d’un ordre. Les politiques peuvent agir comme ils l’entendent pourvu qu’ils ne sortent pas du cadre, lequel se trouve de facto soustrait à la délibération démocratique. Le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble personnifie cet état d’esprit. "Pour lui, les règles ont un caractère divin", a observé son ancien homologue grec Yanis Varoufakis.

PDF

 

 

 

 

     

- La France Insoumise - Alexandre Marcel - 30 Mai 2020, texte de Louis Georges Tin

Raz le bol

J'en ai assez, dès qu'on parle de violences policières, qu'on nous explique que les policiers font un métier difficile, surtout en banlieue, qu'ils représentent la République et qu'ils sont mal payés.

Si un professeur tabasse un collégien, et qu'on lui demande des explications, accepterait-on qu'il réponde :

"vous savez, je fais un métier difficile, surtout que je suis en banlieue, que je représente la République et que je suis mal payé" ?

Non ! Depuis quarante ans au moins, tous les châtiments corporels dans l'Education nationale ont été bannis. Car ils ne sont ni justes, ni efficaces. Si difficile que soit le métier, les violences d'enseignant sont et demeurent inacceptables, et en effet, on ne les accepte pas. La moindre gifle donnée par un enseignant entraînera des conséquences disciplinaires graves, et c'est bien normal.

C'est justement parce que l'enseignant représente la République, qu'il a un devoir d'exemplarité. Et c'est à lui de trouver les moyens de canaliser la violence des élèves. Il doit être formé pour cela, mais en aucun cas, il ne peut répondre à la violence par la violence, même s'il est mal payé. Car la violence n'est pas un complément salarial. Et si l'enseignant frappe l'élève, il sera mis à pied immédiatement.

PDF

 

 

     

- Opinions - Contribution externe - Publié le 28-05-202 - Un témoignage de Laurent Florizoone, professeur.

Retour à l'école : la nouvelle attitude des élèves m'inquiète

Lundi 18 mai 2020. Les écoles ont rouvert ce matin. Uniquement pour les élèves de dernière année. Je suis retourné au collège après neuf semaines de confinement, la durée habituelle des grandes vacances d’été. Mais la rentrée se fait avec les mêmes élèves, de la même classe et on les retrouve sans les avoir vraiment quittés, les cours ayant été assurés par ordinateur.

Journée étrange à vrai dire.

Les mesures d'hygiène sont drastiques au possible: marquage au pochoir sur le trottoir, le long du bâtiment, deux croix, un cercle, deux croix, un cercle ; longs lavabos en inox pour festivals d'été ou camps de réfugiés, installés dans l'entrée et sous le préau, distributeurs de savon, rouleaux de papier pour se sécher les mains ; flux de circulation imposés : accès interdits, sens uniques, sens interdits. On ne risque de se croiser que dans la cour de récréation.

PDF

 

 

 


30 Mai 2020 

     

- Perspectives > Les blogs du "Diplo" > La pompe à phynance

Perspectives (5) - par Frédéric Lordon, 29 mai 2020

Ouvertures

Il n’y a pas de plan tout armé. Il n’y a que des exercices de méthode, et de conséquence. D’abord poser ce que nous tenons pour nos orientations fondamentales ou nos urgences catégoriques. Ensuite, enchaîner logiquement nos idées à partir de là, c’est-à-dire en tentant autant que possible de les tenir à la hauteur de ce que nous avons posé.

Or nous disposons d’un point de départ très assuré : le capitalisme détruit les hommes, et il détruit la planète (et par-là re-détruit les hommes, mais d’une autre manière). Nous en tirons immédiatement les impératifs directeurs d’une autre organisation sociale :

1) dans le processus nécessairement collectif de la reproduction matérielle, les individus sont convoqués en égaux  : ils n’ont pas à être soumis à des rapports de subordination hiérarchique qui les maltraitent ;

2) une organisation sociale digne de ce nom se donne pour devoir de relever chacun de l’inquiétude de subsistance et de lui garantir, dans des conditions collectivement déterminées, la plus grande tranquillité matérielle sur toute la vie ;

3) la production globale, si elle est nécessaire, est décrétée a priori ennemie de la nature, donc subordonnée, dans cette mesure, à de rigoureux compromis, ce qu’on exprimera autrement en disant que l’activité économique doit tendre à sa propre minimisation relative.

PDF

 

 

Perspectives (4) - par Frédéric Lordon, 16 mai 2020

Problèmes de la transition

Nicolas Hulot, passé à l’état de flaque de sirop, est répandu partout dans la presse. Macron laisse entendre qu’il réfléchit à un "green deal à la française". Sur l’échelle ouverte de Richter du foutage de gueule, on se prépare des sommets — et les "jours heureux" nous sembleront comparativement un modèle de sincérité. Pendant ce temps, des économistes rêvent éveillés de "monnaie verte". Benoît Hamon sort de son catafalque. On ne parlera plus bientôt que de "transition", comme déjà l’Union européenne sous les avisés conseils de BlackRock. Comme avec "l’Europe sociale et démocratique", mais un niveau au-dessus, on essaye de nouveau d’estimer le temps que toutes ces imbécillités vont nous faire encore perdre.

La transition n’est pas une question "écologique" (pour "écologistes"). Il ne s’agit pas de transiter vers un "capitalisme-respectueux-de-l’environnement" — on appelle "quadrature du cercle" les projets de transition vers les cercles carrés, et ça n’a jamais très bien fonctionné. Il ne s’agit pas de sortir du capitalisme "pas encore vert". Il s’agit de sortir du capitalisme tout court.

PDF

 

Perspectives (3) - par Frédéric Lordon, 10 mai 2020

"En sortir" — mais de quoi et par où ?

Comme tout ce qu’il y a à dire sur la situation économique présente, et ses éventuelles issues, tiendrait difficilement en un seul texte, l’idée d’une sorte de (mini) série a semblé une possibilité, depuis la formulation de quelques hypothèses simples jusqu’à l’esquisse de voies de sortie, en passant par des essais de clarification du "problème" comme il se pose (ou comme on pourrait le poser).

Sauf les demeurés, tout le monde comprend maintenant qu’on ne se tirera pas véritablement de la situation présente par des rustines de politique monétaire ou de report de taxes. L’origine de ce virus, son lien de plus en plus clair avec l’écocide capitaliste, l’espèce de némésis virale déchaînée qui nous attend si nous continuons dans le mépris de toute chose qui n’est pas l’argent, suggèrent de poser enfin quelques questions sérieuses sur la manière, non dont nous produisons à domicile des respirateurs, mais dont nous vivons.

Demander, par exemple, s’il n’est pas temps de "sortir de l’économie", ou de choisir entre "l’économie ou la vie", c’est poser à nouveau des questions sérieuses. Sérieuses mais peu claires.

PDF

 

Perspectives (2) - par Frédéric Lordon, 5 mai 2020

Ils ne lâcheront rien

Partout de salutaires appels, des tribunes, des textes : après devra être différent, nous ne retournerons pas à la normale, il faut ne pas redémarrer comme avant. C’est bien. L’ennui peut-être, c’est qu’on ne trouve pas la première analyse des conditions concrètes dans lesquelles ce "il faut" aura à se mouvoir. Disons-le tout de suite, elles sont adverses. En fait même : hostiles.

Des pour qui le problème n’existe même pas comme une possibilité d’inconvénient, ce sont les gens de partis "de gauche", excités comme poux dans la paille fraîche à l’idée de 2022, collés à Skype ou à Zoom pour un grand "brainstorming" sympa. Objectif : "le retour de la gauche (dont-les-idées-triomphent)". "Les gars et les filles, voilà ce qu’on va faire : on va faire un chouette remue-méninge, tiens un Festival des idées où on se retrouvera tous, après on aura un programme, on trouvera un candidat, on sera tous unis autour de lui, du coup on va gagner les élections, et après, le monde, il sera plus comme avant". Une vraie farandole — ils sont trop mignons.

PDF

 

 

Perspectives (1) - par Frédéric Lordon, 28 avril 2020

Quatre hypothèses sur la situation économique

Comme tout ce qu’il y a à dire sur la situation économique présente, et ses éventuelles issues, tiendrait difficilement en un seul texte, l’idée d’une sorte de (mini) série a semblé une possibilité, depuis la formulation de quelques hypothèses simples jusqu’à l’esquisse de voies de sortie, en passant par des essais de clarification du "problème" comme il se pose (ou comme on pourrait le poser). Pour l’instant on a en vue trois volets. On verra bien, en cours de route, s’il en vient d’autres, ou pas, et à quel rythme.

❐ Hypothèse 1 : Ce qui vient est énorme

En matière d’économie, la seule hypothèse raisonnable d’où partir, c’est que ce qui s’annonce est énorme, titanesque et dévastateur. Alain Minc qui, début 2008, annonçait, pourtant après le premier coup de bélier de la crise des subprimes, que le système financier absorberait parfaitement ce choc finalement bénin et tout à fait dans ses cordes, prédit aujourd’hui que la crise sera relativement aisée à contenir et que "le système capitaliste ne va pas disparaître puisqu’il n’y a pas d’alternative".

Il a raison d’accrocher l’une à l’autre les deux propositions car, en effet, elles sont assez solidaires. Et finalement, en tout cas mises dans la bouche de Minc, porteuses d’espoir : car, providence logique, la boussole qui indique le Sud nous donne le Nord du même coup.

PDF

 

 

     

- 29th May 2020, by George Monbiot, published in the Guardian 27th May 2020

Culpable Negligence

The disastrous collapse of the UK’s pandemic response has been caused by the deliberate evisceration of our health services. Worse is coming.

Amid the smog of lies and contradictions, there is one question we should never stop asking: why has the government of the United Kingdom so spectacularly failed to defend people’s lives? Why has “this fortress built by Nature for herself against infection”, as Shakespeare described our islands, succumbed to a greater extent than any other European nation to a foreseeable and containable pandemic?

Part of the answer, as my column explored last week, is that the government knowingly and deliberately stood down crucial parts of its emergency response system. Another part is that, when it did at last seek to mobilise the system, essential bits of the machine immediately fell off. There is a consistent reason for the multiple, systemic failures the pandemic has exposed: the intrusion of corporate power into public policy. Privatisation, commercialisation, outsourcing and offshoring have severely compromised the UK’s ability to respond to a crisis.

Take, for example, the lethal failures to provide protective clothing, masks and other equipment (PPE) to health workers. A report by the campaigning group We Own It explains why so many doctors, nurses and other hospital workers have died unnecessarily of Covid-19. It reveals a system built around the needs not of health workers or patients, but of corporations and commercial contracts: a system that could scarcely be better designed for failure.

PDF

 

 

 

 

     

- Pierre-Paul Biron, Jeudi, 28 mai 2020

Jusqu’à 80% de cas de "COVID silencieux"

Une étude démontre que des patients infectés mais asymptomatiques seraient plus nombreux qu’estimé

La prévalence des gens porteurs de la COVID-19, mais qui sont asymptomatiques, pourrait être beaucoup plus grande qu’estimée, d’après une étude qui soulève des questions par rapport au déconfinement en cours.

Cette étude publiée dans la revue Thorax du British Medical Journal a étudié la prévalence des gens asymptomatiques sur un groupe de passagers confinés dans un navire où est survenue une éclosion.

Parmi les 128 passagers dont les tests ont été positifs, un total de 104 n’éprouvait aucun symptôme, soit 80 %. Une statistique qui fait dire aux experts que la proportion de gens porteurs de la COVID-19 sans jamais développer de symptômes est peut-être beaucoup plus grande qu’estimée.

PDF

 

 

 

     

- 27 mai 2020, Laurie Debove

Nouvelle étude : l’Arctique fond lorsque les plantes respirent moins à cause du trop-plein de CO2

En clair : nous pourrons bien replanter autant de végétaux que nous le voudrons, nous devons d’abord et avant tout drastiquement réduire nos émissions de CO2 pour maintenir les conditions de vie telles que nous les connaissons sur Terre.

Alors que les météorologues sont inquiets de la fonte précoce de l’Arctique, cette étude scientifique met en lumière un phénomène préoccupant : plus la concentration de CO2 augmente dans l’atmosphère, moins les plantes émettent de vapeur, et plus l’Arctique se réchauffe et donc fond.

Cette nouvelle étude montre pour la première fois les conséquences d’une réaction méconnue de l’équilibre écosystémique, également appelée forçage physiologique.

PDF

 

 

     

- vendredi 29 mai 2020 - ACTUALITÉ - Par Sacha MARTINEZ

Les arbres géants des forêts anciennes sont en train de mourir

Cette semaine, une étude publiée dans la revue Science révèle que les plus anciennes forêts de la planète sont en train de mourir à cause du dérèglement climatique. Une catastrophe. Ces grands arbres, censés absorber l’excès de CO2 dans l’atmosphère, finissent au contraire par en rejeter… Explications.

Les arbres géants des forêts anciennes s’éteignent.

Cette semaine, une étude couplant le résultat de 160 précédentes analyses portant sur les forêts du monde a été publiée dans la revue Science. Elle montre que les plus anciens massifs forestiers et les plus grands arbres de la planète sont en train de mourir, de plus en plus vite.

Avec la disparition de ces arbres, disparaît aussi un moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Car ces grandes forêts absorbent habituellement le CO2 en excès dans l’atmosphère. Pire, à leur mort, elles en rejettent à leur tour d’importantes quantités.

La cause de ce désastre ? Le dérèglement climatique, expliquent les scientifiques.

PDF

 

 

 

     

- STOP Nucléaire Drôme-Ardèche - Propos recueillis par Perrine Mouterde Et Nabil Wakim, 28 Mai 2020

Bernard Doroszczuk, président de l’ASN (Autorité de Sûreté du Nucléaire) face aux parlementaires.

Quand le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Bernard Doroszczuk reconnait que la France n'a plus les moyens d'entreposer les déchets nucléaires mais ne pose pas pour autant la question d'arrêter d'en produire. Un rapport annuel affligeant sur l'état de santé du nucléaire de la part de l'organisme de contrôle.

Attention ce genre d'entretien avec L'ADN est plus important dans les vides et les évitements que dans le langage ampoulé et prudent de ces scientifiques peureux de leur organisme de tutelle l'État mais aussi techniquement inquiets de l'état de cette industrie gérée par EDF, FRAMATOME, CEA et ANDRA.

Exemple : “Le niveau de sûreté a été acceptable, mais certains points nécessitent des améliorations."

Nucléaire : “un déficit de culture de précaution”

Le président de l’Autorité de sûreté s’inquiète d’un “recul de la rigueur” dans l’exploitation des centrales

PDF

 

 


29 Mai 2020 

     

- Accueil > Info > 29 mai 2020 / Justine Guitton-Boussion (Reporterre)

Total se rêve en vert ? Les associations détruisent son greenwashing

Le groupe pétrolier et gazier Total tient son assemblée générale des actionnaires ce vendredi 29 mai. L’entreprise a récemment publié de nouveaux engagements climatiques, vertement critiqués par les associations de protection de l’environnement. Elles dénoncent une stratégie de communication trompeuse depuis plusieurs années.

La question climatique devrait s’inviter au débat de la traditionnelle assemblée générale des actionnaires de Total, ce vendredi 29 mai. Depuis quelques années, la stratégie de communication environnementale de l’entreprise pétrolière et gazière a bien évolué. "Total a découvert le climat en 2016, avec la première publication de son rapport climat", rappelle Lucie Pinson, directrice de l’association Reclaim finance. Avant cette date, le groupe français se contentait de mentionner rapidement les risques environnementaux de ses activités dans des bilans non dédiés à la question.

Mais l’Accord de Paris de 2015, qui vise à limiter le réchauffement de la planète à 2 °C voire 1,5 °C, a changé la donne. La société civile et les actionnaires de l’entreprise ont pris conscience des enjeux environnementaux et ont demandé des changements aux multinationales. La stratégie de communication de Total s’est alors mise en marche. "Le groupe a annoncé des engagements climatiques, qui sont depuis régulièrement mis à jour," poursuit Lucie Pinson. "Cependant, on y trouve toujours les mêmes problèmes."

Depuis 2016, l’entreprise affirme avoir l’ambition de devenir "la major de l’énergie responsable" (elle fait partie des six plus grosses entreprises du secteur à l’échelle mondiale) et répète qu’elle "s’applique à réduire les émissions de gaz à effet de serre issues de ses activités". Pourtant, la firme continue d’investir massivement dans les énergies fossiles, cause principale des émissions de CO2. "En 2018, plus de 90 % des investissements de Total allaient dans des hydrocarbures (pétrole et gaz)," indique Cécile Marchand, chargée de campagne climat des Amis de la Terre. "La majeure partie de leur business est de continuer à explorer de nouvelles réserves de pétrole et gaz, de les transporter, de les raffiner et de les vendre. Et ils ne comptent pas du tout changer cette stratégie."

PDF

 

 

 

     

- Répression - par Sophie Chapelle, 29 mai 2020

Des militants du mouvement social dénoncent "une épidémie de répression antisyndicale et autoritaire"

Si la réforme des retraites a été suspendue, ce n’est pas le cas des poursuites judiciaires engagées à l’encontre de militants suite à des actions de blocages et des rassemblements. Depuis la fin du confinement, les convocations au commissariat se multiplient.

Photo de une : mobilisation de soutien le 12 mars 2020 aux huit militants convoqués au commissariat de Chalon-sur-Saône / © Eragon

Les convocations au commissariat ont repris immédiatement après la fin du confinement. Plusieurs militants engagés contre le projet de réforme des retraites, à Nancy, en font les frais. Poursuivies pour des faits "d’entrave concertée et avec violence ou voie de fait à l’exercice de la liberté du travail", neuf personnes devaient initialement être convoquées au commissariat de Nancy le 18 mars.

L’épidémie a conduit le parquet à demander le report de toutes "les enquêtes non urgentes". Le 16 mars, Emmanuel Macron annonçait même la suspension de la réforme des retraites.

Depuis le 11 mai, la machine répressive se remet en marche.

À Nancy, ce ne sont plus neuf mais treize convocations qui ont été envoyées, dont l’une auprès d’un mineur. Les militants poursuivis risquent trois ans de prison et 4500 euros d’amende ! Les faits remontent au 10 janvier, lors d’un rassemblement devant le dépôt de tramway et bus Kéolis, en plein mouvement de contestation contre la réforme des retraites.

PDF

 

 

     

- Entourloupe - par Olivier Petitjean, 28 mai 2020

Comment Total, Sanofi et consorts bénéficient d’une discrète aide publique malgré leurs profits

Les dirigeants de Total ont justifié le maintien de leur dividende, malgré l’épidémie du Covid-19, en assurant ne bénéficier d’aucune forme de soutien financier de la part des pouvoirs publics. Une posture trompeuse, car le groupe pétrolier bénéficie bien, en toute discrétion, d’aides financières indirectes.

Renoncer à verser des dividendes ? Hors de question pour Total. Fin mars, le groupe pétrolier annonçait solennellement qu’il

“ne sollicitera[it] pas le soutien de l’État pour faire face aux difficultés économiques créées par le Covid-19 que ce soit sous forme de soutien de trésorerie (prêts bancaires garantis, report de paiement des charges sociales ou fiscales) ou de recours au dispositif exceptionnel de chômage partiel".

Une décision que l’entreprise n’a pas hésité à présenter comme une "contribution à la solidarité nationale", mais qui permettait surtout de couper court à la controverse. Beaucoup réclamaient en effet une suspension du versement de dividendes pour faire face à la crise, a fortiori pour les entreprises bénéficiant d’aides publiques. Mais est-il vrai que le groupe pétrolier ne bénéficie d’aucun soutien des pouvoirs publics ? À y regarder de plus près, pas vraiment.

PDF

 

 

     

- Revue de presse - Catherine Frammery, publié vendredi 29 mai 2020

Bedos, ceux qui l’aimaient et les autres

Une pluie d’hommages déferle depuis l’annonce du décès du saltimbanque. Mais celui qui se présentait toujours comme un anar de gauche aurait adoré lire les piques que la presse de droite lui balance à son tour

“Je me suis cassé le cul à leur concocter des textes d’une acuité sociologique absolument étourdissante, et non, ce qui les branche, c’est les trucs que je pourrais balancer sur Chirac, sur Juppé et sur toute la bande de nullards qui sont provisoirement au gouvernement!”

Les revues de presse de Guy Bedos étaient le clou de ses spectacles. Il sortait ses petites fiches bristol et commençait à allumer, dégommer, tous azimuts, sans nuances. L’actu du jour, la déclaration d’un tel, la tête d’une autre.

Quand il se produisait loin de Paris il s’adaptait, et son auditoire rugissait de plaisir quand il ajoutait des piques lyonnaises, lilloises ou toulousaines à ses sketches rodés à Paris. Il s’y était même essayé à Alger, retrouve-t-on dans les archives de Liberté Algérie.

PDF

 

 

     

- 29 mai 2020 - Philippe Prigent avocat au Barreau de Paris

Interdiction de l’hydroxychloroquine : quand Olivier Véran patauge

Interdiction de l’hydroxychloroquine ? un échec juridique

La messe est dite selon quasiment tous les media : il est désormais interdit de prescrire l’hydroxychloroquine (HCQ) aux malades atteints de la covid19.

On n’entrera pas ici dans le débat médical où l’auteur de ces lignes applique la maxime socratique "la seule chose que je sais est que je ne sais rien". Il existe en revanche un problème juridique : le Gouvernement a-t-il vraiment réussi à interdire juridiquement la prescription de Plaquenil pour traiter la covid19 ?

"Spoiler alert", comme on dit avant de raconter la fin d’un film, c’est le même gouvernement qui ne sait pas commander des masques, des tests ou des respirateurs adaptés aux patients atteints de la covid19.

Le droit de la prescription d’un médicament repose sur une règle simple :  toutes les substances ne sont pas autorisées à la vente comme spécialité pharmaceutique mais une substance autorisée à la vente peut être employée à autre chose que ce qui a justifié l’autorisation de mise sur le marché.

PDF

 

 


28 Mai 2020 

     

- Info > 28 mai 2020 / Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Contre les avions et le béton, la bataille repart au nord de Paris

Dans la plaine de France, au nord de Paris, les élus ont voté l’agrandissement de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle et le bétonnage d’une partie des terres du triangle de Gonesse. Des associations écolos ont déposé un recours en contentieux contre cette décision, représentative d’un monde qui ne change pas sa façon de penser.

Toujours plus d’avions dans le ciel et de sols étouffés sous le béton : le "monde d’après" la pandémie de Covid-19 ressemblerait-il comme deux gouttes d’eau au "vieux monde"  ? Au nord de Paris, où les terres fertiles du triangle de Gonesse sont menacées d’urbanisation, où l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle pourrait accueillir 40 millions de passagers supplémentaires par an, c’est ce que laissent présager les documents d’urbanisme votés par les élus avant la pandémie et le confinement. Des militants écologistes ne l’entendent pas de cette oreille et se battent pour éviter la relance de « la machine infernale". Ils veulent enterrer définitivement des projets qu’ils jugent "anachroniques" et "climaticides".

Quinze associations, dont le Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), Notre affaire à tous (NAT) et France nature environnement (FNE), exigent conjointement l’abandon du projet de terminal T4 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle et la protection des terres agricoles du triangle de Gonesse, au nord de la capitale. Elles ont déposé, mercredi 13 mai, un recours en contentieux contre le schéma de cohérence territoriale de Roissy-Pays-de-France, adopté par le conseil communautaire le 19 décembre dernier. Ce document d’urbanisme permet, en effet, la construction d’un nouveau terminal au sein de l’aéroport Charles-de-Gaulle et l’urbanisation d’une partie du triangle de Gonesse.

PDF

 

 

     

- Philosophie et environnement - Recueilli par Barnabé Binctin, 28 mai 2020 - Photo : vue d’une exploitation de sables bitumineux en Alberta (Canada)

"La pandémie n’est pas une vengeance de la Terre, c’est le résultat de notre rapport à la nature"

Le nouveau virus, issu d’un contact entre l’humain et l’animal, pose la question de notre rapport au monde vivant. La philosophe Virginie Maris s’intéresse depuis longtemps à ces sujets : dans un livre passionnant, La Part sauvage du Monde (Seuil, 2018), elle interroge les voies d’une possible cohabitation entre humains et non-humains, en rappelant qu’il faut pour cela "restreindre notre territoire". Première partie de cet entretien.

Basta ! : Une certaine interprétation de la crise du Covid-19 consiste à y voir une forme de "vengeance" de la Terre, comme si l’émergence du virus agissait comme une rébellion face aux destructions environnementales imposées par les activités humaines… Que vous inspire la tonalité de ces propos ?

☛ Virginie Maris : Il y a deux lectures possibles à cette parabole. La première revient à dire que ce qui se joue relève d’une régulation naturelle et d’une certaine nécessité écologique, eu égard à notre niveau de consommation des ressources et à notre densité de population. En biologie, c’est un phénomène bien connu : on sait que les populations se maintiennent à un certain niveau de compatibilité avec ce qu’on appelle la "capacité de charge des milieux", la capacité des ressources à se régénérer d’elles-mêmes. À l’inverse, au-delà d’une certaine densité, il y a le risque d’une surexploitation des ressources, également l’augmentation de la transmission des pathogènes à cause d’une fréquentation trop rapprochée. Tout cela finit par induire une surmortalité de la population.

PDF

 

 

     

- The long read - By Gill Phillips, Thursday 28 May 2020- Illustration: Guardian Design

How the free press worldwide is under threat

From Mexico to Malta, attacks on journalists and publishers have proved deadly to individuals and chilling to broader freedoms. And now Covid-19 is being used as an excuse to silence more voices.

Just after 7am on the morning of 23 March 2017, journalist Miroslava Breach Velducea, a 54-year-old mother of three, was driving her 14-year-old son to school in the city of Chihuahua, Mexico, when a man walked up to her car and shot her eight times. According to reports, her son was not injured, but Breach died on the way to hospital.

The Mexican newspaper la Jornada reported that a cardboard note was found at the scene of the murder, which read: “For being a snitch. You’re next, Governor – El 80.” According to Mexican police, “El 80” was Carlos Arturo Quintana, son of the leader of an organised crime syndicate known as La Línea, which in its heyday controlled one of the lucrative smuggling routes for the supply and transfer of drugs from Colombia to the US. Three days before Breach was murdered, Quintana’s father had been killed in a confrontation between rival gangs.

PDF

 

 

 

 


27 Mai 2020 

     

- 26th May 2020 - By George Monbiot, published in the Guardian 20th May 2020

The Machine Stops

The government knowingly and deliberately de-prepared the UK, even as the pandemic began to bite.

We are trapped in a long dark tunnel, all of whose known exits are blocked. There is no plausible route out of the UK’s coronavirus crisis that does not involve mass suffering and death. If, as some newspapers and Conservative MPs insist, the government eases the lockdown while the pandemic is still raging, the eventual death toll could be several times greater than today’s. If it doesn’t, and we spend all the warm months of the year in confinement, the impacts on our mental and physical health, jobs and relationships, could be catastrophic.

We have been told repeatedly that the UK was unprepared for this pandemic. This is untrue. The UK was prepared, but then it de-prepared. Last year, the Global Health Security Index ranked this nation second in the world for pandemic readiness, while the US was first. Broadly speaking, in both nations the necessary systems were in place. Our governments chose not to use them.

The climate modeller James Annan has used his analytical methods to show what would have happened if the UK government had imposed its lockdown a week earlier. Starting the lockdown on March 16, rather than March 23, his modelling suggests, would by now have saved around 30,000 lives, reducing the rate of illness and death from coronavirus roughly by a factor of five.

PDF

à lire Monbiot, il synthétise les constantes créées par la gestion "néo-libérale" -- tout pour le profit maximum réservé à peu au plus court terme possible, sans la moindre considération sociale ou environnementale -- et il établit des constantes de gouvernement qu'on retrouve, et c'est déplorable, dans tous les pays dits "avancés" : taper sur les services publics afin de les marchandiser, réduire tout forme de pression fiscle sur les plus riches, compenser en préssurant les salaires des plus faibles, utiliser les possibilités offertes par la mondialisation pour optimiser les gains, abandonner toute forme intellignete de politique prospective, et, surtout, ne jamais se sentir ni responsable ni redevable.

 

 

 

     

- Entretien > 26 mai 2020 / Entretien avec Nicolas Girod

Pour un plan de sortie de crise écologique, "il faut doubler le nombre de paysans”

Alors qu’une vingtaine d’associations et syndicats publient un "plan de sortie de crise", Reporterre s’est concentré sur les mesures de reconversion sociale et écologique de la production agricole proposées : alimentation, emploi, rémunération, installation, libre-échange…

Mardi 26 mai, vingt organisations associatives et syndicales [1] ont publié un plan de sortie de crise. Dans ce document, elles défendent 34 mesures pour répondre aux enjeux sanitaires, sociaux, économiques et écologiques auxquels font face nos sociétés après la pandémie de Covid-19. Le plan vise à "faire la démonstration qu’il y a des alternatives au capitalisme néolibéral, productiviste et autoritaire, et que ces alternatives sont crédibles, désirables et réalisables, à condition que les moyens politiques soient mis au service des objectifs de transformation sociale et de préservation de l’environnement”.

Parmi ces mesures, plusieurs ont trait à la mise œuvre d’une reconversion sociale et écologique de la production agricole. Reporterre dresse un état des lieux de ces propositions avec Nicolas Girod, éleveur dans le Jura et porte-parole de la Confédération paysanne.

Lire le "plan de sortie de crise"

PDF

 

 

 

     

- Enquête > 27 mai 2020 / Moran Kerinec (Reporterre)

En plein déconfinement, la gestion des tests reste bancale

Le gouvernement et les autorités sanitaires ont insisté sur la nécessité de dépister massivement pour réussir le déconfinement. Mais cette stratégie nationale doit louvoyer entre nombre d’écueils, dont la bureaucratie ministérielle.

"Protéger, tester, isoler." Le gouvernement a fini par l’affirmer : la sortie du déconfinement passera par la capacité à dépister systématiquement et préventivement les cas de Covid-19. Pour assurer la bonne marche du déconfinement, le cap a été fixé à 700.000 tests par semaine. Mais la France a-t-elle les moyens d’assumer cette ambition ? Le pays a subi des retards à répétition dans la gestion de la crise sanitaire, une gestion chaotique de la fourniture de masques, des blocages administratifs, la mise en place d’une cellule test controversée, le silence face aux alertes internes, le scandale des automates chinois, et son million d’écouvillons inutilisables. Des failles auxquelles s’additionnent les difficultés à comptabiliser les dépistages effectués. Deux semaines après le début du déconfinement, Reporterre fait le point sur les conditions de travail des dépisteurs, les chiffres du dépistage, et la collecte des données des dépistés.

Aujourd’hui, la stratégie nationale de dépistage s’appuie essentiellement sur les tests nasopharyngés PCR réalisés à l’aide d’écouvillons, des cotons-tiges d’une dizaine de centimètres. Si lors de son point quotidien du 19 mai, la Direction générale de la santé (DGS) a annoncé effectuer 50.000 tests quotidiens, les informations recueillies par Reporterre montrent que le chiffre réel est bien en dessous de cette estimation : "Nous réalisons entre 30.000 et 40.000 tests par jour", dit le Dr Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes (SDB). Un chiffre obtenu grâce aux données enfin centralisées du SI-DEP (Système informatique de dépistage), tout juste mis en place le 11 mai, et auquel a eu accès le Dr Blanchecotte.

PDF

 

 

 

 

 

 

 

 

     

- Tribune > 27 mai 2020 / Achille Warnant et Damien Zaversnik

Non au retour à un État fort, misons sur le local et sur la société

Plutôt que le retour à un État fort, "l’antidote au Covid-19 passe par un nouveau pouvoir d’agir des citoyens à l’échelle des territoires", estiment les auteurs de cette tribune. Ils misent sur une réinvention profonde de notre État providence et la création d’une "société providence".
Achille Warnant est doctorant en géographie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) (Géographie-Cités) et Damien Zaversnik est haut fonctionnaire territorial et président de l’association La Cordée, qui œuvre pour la promotion de la diversité sociale dans les secteurs public et para-public. La liste des signataires de cette tribune est en fin de texte.

"On ne pourra pas, après cette crise, continuer de gouverner le monde avec les outils, les institutions, les idées du passé." La déclaration paraît d’actualité. Elle date pourtant du 23 octobre 2008, autant dire une éternité. Prononcée par Nicolas Sarkozy à l’occasion d’un discours "vérité" destiné à rassurer les marchés autant que les épargnants, l’annonce ne sera jamais suivie d’effets.


Une décennie plus tard, alors que la crise sanitaire liée au Covid-19, encore largement devant nous, provoque l’affolement des marchés et que le ministre de l’Économie en personne évoque « une situation comparable à 1929", il est permis de douter que les "outils, les institutions et les idées" aient été, depuis, réellement renouvelés.


La France bénéficie pourtant, grâce à son système redistributif, de puissants amortisseurs contre les crises économiques. Chaque année, plus de mille milliards d’euros de taxes, d’impôts et de cotisations sociales sont prélevés, puis redistribués par les administrations publiques, soit 46 % du PIB (+ 4,5 points que nos voisins européens). Ce système complexe assure le financement des services publics, protège les individus contre les risques qui peuvent les affecter au cours de leur vie (vieillesse, maladie, chômage, accident du travail) et permet d’amoindrir les inégalités sociales et territoriales.

PDF

 

 

 

 

 

 

 

     

- SOCIAL - 27 mai 2020 Par Dan Israel et Ellen Salvi

La réforme des retraites, "victime collatérale" de la pandémie

Objet d’actualité et de divisions pendant des mois, la réforme des retraites a subitement disparu des radars. Au gouvernement et dans la majorité, personne n’en a plus jamais entendu parler depuis le début de la crise sanitaire. Pour beaucoup, elle est tout simplement enterrée.

Des mois de débats, une mobilisation sans précédent, une discussion parlementaire tranchée par un 49-3 et puis… rien. Depuis plusieurs semaines, la réforme des retraites, qui aurait dû déboucher sur la création d’un régime "universel" par points, a disparu des radars.

Pour l’heure, chacun s’en tient à ce qu’Emmanuel Macron avait annoncé le 16 mars, lors de sa deuxième allocution consacrée à la crise sanitaire, à savoir la "suspension" de toutes les réformes en cours, à commencer par celle-ci. Mais dans les faits, beaucoup considèrent que le sujet n’est plus d’actualité.

"C’est fini, on peut mettre le texte à la poubelle", assure un conseiller ministériel. Le 3 avril, sur TF1, Édouard Philippe avait confirmé qu’"un certain nombre de réformes" n’avaient "plus lieu d’être dans la situation actuelle", sans s’avancer davantage sur le devenir de celle que l’exécutif souhaitait voir adoptée avant l’été.

Depuis lors, aucun des acteurs du dossier n’a plus jamais entendu parler du sujet. "On est dans un processus d’évaporation", estime Frédéric Sève, le "Monsieur Retraites" de la CFDT, seul syndicat d’envergure favorable au principe d’un régime universel.

PDF

 

 

 

 

     

- Libertés - Recueilli par Rachel Knaebel, 27 mai 2020 - Photo de une : © Anne Paq

État d’urgence sanitaire : "La figure du danger était celle du terroriste, demain, ce sera le malade"

L’état d’urgence sanitaire a été prolongé jusqu’en juillet. Il permet au gouvernement de limiter les déplacements autorisés et d’imposer des mesures d’isolement et de quarantaine. Ce nouvel état d’urgence rappelle celui de 2015, contre le terrorisme. Ces dispositions d’exception risquent de devenir permanentes, alerte Sarah Massoud, du Syndicat de la magistrature. Entretien.

Basta ! : La loi de prolongation de l’état d’urgence sanitaire telle qu’elle a finalement été adoptée le 11 mai semble-t-elle plutôt moins dangereuse pour les libertés que le projet initial ?

☛ Sarah Massoud : Le texte final est moins rude en termes d’atteintes aux libertés individuelles que le projet de loi initial. Mais il y a quand même dans la loi finale prorogeant l’état d’urgence sanitaire une philosophie qui demeure, et que nous contestons, celle du tropisme de l’exception. Le texte a été amendé plutôt dans un sens favorable sur la question du fichier de suivi des malades du Covid, mais nous devons rester très vigilants sur sa mise en oeuvre

PDF

 

 


26 Mai 2020 

     

- Témoignage - Emmanuelle Skyvington, publié le 25/05/2020.

“Lettre au policier qui m’a tiré dessus : j’ai perdu mon œil, mon cerveau et la personne que j’étais”

Elle est allée à Paris pour la deuxième fois afin de manifester avec les Gilets jaunes. Grièvement blessée au visage par un tir de LBD40, Vanessa Langard, 36 ans, raconte sa mutilation dans le documentaire “Ma blessure d’âge adulte”, disponible sur France.tv. Elle s’adresse aujourd’hui au policier qui lui a tiré dessus.

15 décembre 2018, acte V de mobilisation des Gilets jaunes. Toulouse, Nantes, Bordeaux, Marseille… des rassemblements ont lieu dans toute la France. Vanessa Langard, fille et petite-fille de militaires, décide d’aller manifester à Paris pour la première fois depuis son adolescence. Une demi-heure après son arrivée en bas de l’avenue des Champs-Élysées, elle est grièvement blessée au visage par un tir de LBD40 (lanceur de balles de défense d’un calibre de 40 millimètres, communément appelé "flash-ball").

Aujourd’hui, elle raconte son histoire dans un documentaire poignant de Matteo Moeschler, lui aussi blessé lors d’une manifestation. Diffusé en replay sur France.tv jusqu’au 5 juin, Ma blessure d’âge adulte multiplie les témoignages de mutilés des manifs et demande des comptes au pouvoir et aux forces de l’ordre. Après avoir parlé avec Vanessa Langard, nous avons décidé de publier cette lettre, qu’elle adresse au policier qui lui a tiré dessus.

PDF

 

 

 

 

     

- - Notre série: le monde d’après (3/25) - Entretien - 16 mai 2020 Par Martine Orange

Benjamin Coriat: "L’âge de l’anthropocène, c’est celui du retour aux biens communs"

La pandémie de Covid-19 traduit l’entrée brutale dans l’ère de l’anthropocène, celle des grandes ruptures marquées par les changements climatiques et les risques sanitaires à échelle mondiale. De nouvelles politiques publiques s’imposent pour l’économiste Benjamin Coriat.

Jamais l’humanité n’avait connu un tel événement : quelque quatre milliards de personnes dans le monde se sont retrouvées en même temps placées en confinement. Il y avait eu plusieurs alertes par le passé : le VIH, le Sars, Ebola. Mais avec la pandémie de Covid-19, nous entrons dans une nouvelle ère, prévient l’économiste Benjamin Coriat. Dans une longue tribune publiée sur le blog des Économistes atterrés, il alerte sur les menaces nouvelles qui pèsent sur l’humanité. L’anthropocène, ou plutôt le "capitalocène" comme il l’écrit, qui a conduit à une destruction massive de la planète par un système économique à la recherche du profit à court terme, expose l’ensemble de la planète aux risques de changement climatique mais aussi de pandémies et d’épidémies à répétition.

Face à ces nouvelles menaces, les outils classiques keynésiens ne peuvent suffire à répondre à l’urgence. Avec l’anthropocène, de nouvelles politiques publiques s’imposent dès maintenant, selon Benjamin Coriat. Des politiques publiques qui redonneraient tout leur sens aux services publics, aux biens communs, qui se trouveraient placés sous le contrôle des citoyens. Afin d’en finir avec cette gestion administrée par l’État qui a conduit à des faillites comme celle de l’hôpital public. "Il faut retracer une perspective crédible. Il faut montrer au grand nombre que l’on peut, que l’on doit “refaire société”", explique-t-il. Entretien.

PDF

 

 

     

- - Notre série: le monde d’après (5/25) - Entretien - 29 avril 2020 Par Romaric Godin

Jean-Marie Harribey: entamer une "grande bifurcation"

L’économiste Jean-Marie Harribey rappelle que la crise sanitaire actuelle se produit dans une crise profonde du capitalisme. Il en appelle à un changement radical, appuyé sur trois orientations : réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie.

La crise qui s’est ouverte avec la crise sanitaire s’est muée rapidement en une crise du capitalisme qui s’annonce plus profonde qu’on a pu le croire initialement. Le niveau de chute des PIB et la responsabilité des politiques publiques néolibérales posent nécessairement la question d’une possibilité d’un retour à une "normalité" dont, au reste, plus personne ou presque ne se revendique. Alors qu’Emmanuel Macron prétend désormais vouloir défendre un "État protecteur" et renforcer les salaires des métiers selon leur "utilité sociale". Mais que signifierait vraiment un changement profond de modèle ? Et pourquoi n’est-il pas envisageable de revenir en arrière ?

Jean-Marie Harribey est économiste, membre des Économistes atterrés et de la Fondation Copernic. Il a publié peu avant l’annonce du confinement un ouvrage sur l’état du capitalisme contemporain, Le Trou noir du capitalisme. Pour ne pas y être aspiré, réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie (Le Bord de l’eau, 2020). Il tente d’expliquer en quoi la crise actuelle n’est pas aussi "extérieure" au capitalisme qu’il n'y paraît et comment elle pourrait être systémique. Puis il dessine les traits de ce qu’il appelle la "grande bifurcation" et qui serait un véritable changement de paradigme.

PDF

 

 

     

- - Notre série: le monde d’après (6/25) - Entretien - 28 avril 2020 Par Fabien Escalona

Benjamin Bürbaumer: "Il faut en finir avec le développement inégal en Europe"

Une autre intégration européenne, plus solidaire, serait possible. Selon l’économiste Benjamin Bürbaumer, il faut passer par des ruptures unilatérales avec l’intégration existante pour fabriquer "de l’amitié durable entre les peuples".

Le sommet européen tenu le 23 avril n’aura pas démenti les analyses les plus eurocritiques. Dix ans après la crise des dettes souveraines, en pleine crise sanitaire inédite, laquelle menace d’aggraver la longue dépression dans laquelle le capitalisme s’est englué, l’Union bute toujours sur le même problème : son incapacité à produire des politiques de solidarité réellement ambitieuses. Peut-on imaginer une autre intégration européenne, et si oui, comment ? 

Benjamin Bürbaumer, économiste au Centre d’économie de l’université Paris-Nord, a codirigé Europe, alternatives démocratiques (La Dispute, 2019), un ouvrage dont les bonnes feuilles ont été publiées dans le Club de Mediapart. Selon lui, les propositions qui fleurissent dans le débat public restent trop focalisées sur la question du financement. L’Union européenne (UE) enferme surtout ses États membres dans des trajectoires de développement inégales. Il n’y aurait pas d’autre choix que d’en passer par des ruptures unilatérales pour tisser des solidarités durables entre les peuples du Vieux Continent. Entretien. 

PDF

 

 

     

- - Notre série: le monde d’après (4/25) - 30 avril 2020 Par Khedidja Zerouali

Entre craintes et espoirs, "le monde d’après" vu par les travailleurs

Postière, médecin, caissière, infirmier, assistante maternelle, danseuse, professeure, contractuel dans la fonction publique s’interrogent elles et eux aussi sur "le monde d’après".

Depuis le début de la crise sanitaire, Juan a des envies de syndicalisme. Il lui faudrait une organisation qui défende à la fois ses intérêts et ceux de sa femme. Lui est médecin généraliste libéral à Toulouse et, comme de nombreux soignants, il a manqué de tout pour se protéger, protéger ses patients et pratiquer sereinement. Sa femme, médecin elle aussi, doit en plus affronter la précarité, puisqu’elle n’a pas eu son diplôme du bon côté des frontières. Elle est malaysienne et Padhue, c’est-à-dire "praticienne à diplôme hors Union européenne".

"Comme tous mes confrères qui ont des diplômes hors de l’UE, elle se retrouve dans un labyrinthe bureaucratique. C’est une situation complètement absurde, encore plus en pleine pandémie. Ils ont des contrats et des conditions de travail qui sont pires que le dernier des internes. Ce sont des professionnels low cost et jetables."

Arrivé d’Espagne il y a bientôt quatorze ans, Juan s’agace du fonctionnement des institutions françaises de la santé. Sa femme, qui n’a pas souhaité s’exprimer, est en CDD dans un hôpital en Ariège et, comme elle, Juan est de ceux que le gouvernement et son langage guerrier a propulsés en "première ligne".

Dans "le monde d’après", Juan espère que les institutions qui bloquent les Padhue dans la précarité, les mêmes qui ont été si lentes à s’organiser face au manque de moyens pour protéger ses soignants, sauront se remettre en question. D’ailleurs, il estime que si cette crise a bien montré une chose, c’est que les institutions ont été si inefficaces que les soignants ont dû se débrouiller seuls.

"On se sent seuls et ce n’est pas nouveau. Nous ne recevions déjà pas de réponse claire, avant la crise du Covid, sur la multiplication des déserts médicaux", raconte-t-il, la voix fatiguée. S’est ajoutée à cette situation une crise sans précédent et, là encore, la réponse institutionnelle n’était pas à la hauteur. Il raconte le système D, l’urgence, les masques toujours manquants, ceux donnés par les particuliers, le groupe WhatsApp pour s’organiser entre médecins mais surtout les moments, trop nombreux, où il se sentait seul face à l’épidémie.

PDF

 

 

 

     

- - Notre série: le monde d’après (1/25) - Analyse - 20 mai 2020 Par Mathilde Goanec

Joies et malheurs en télétravail

Le télétravail serait promis à un avenir radieux, après deux mois où un tiers des actifs ont testé le bureau à la maison, sans trop de dommages pour les entreprises. La réalité pourrait être moins idyllique, surtout en l’absence de cadre collectif.

Ah, le bureau qu’éclaire le soleil du matin, et cette tasse de café/thé/Ricoré qui fume près de l’ordinateur, dans une pièce à soi, nimbée de la délicieuse sensation du travail bien fait. Le télétravail pourrait s’apparenter à une semaine sans lundi, à une charmante manière de creuser en douceur un passage entre la vie personnelle à la vie professionnelle… tout en passant à travers les gouttes d’une épidémie mondiale.
Pour nombre de salariés, contraints au travail à distance depuis deux mois, il a plutôt ressemblé à une tour d’ordinateur et des dossiers ramenés à la hâte le 16 mars dans un grand sac de courses, à un portable jeté sur un coin de la table de la cuisine, à un dos cassé après des heures sur une méchante chaise. Sans même parler de ces visioconférences que le petit dernier a squattées, ou de la lessive étendue à la diable, pendant la réunion, alors que la webcam est débranchée.

Selon une étude publiée en 2019 par la Dares, 3 % des salariés pratiquaient le télétravail au moins une fois par semaine, avant l’arrivée du Covid-19.

D’autres études estiment qu’un quart des travailleurs, salariés ou non, y goûtaient régulièrement, sans forcément le formaliser.

De plus en plus plébiscité, il permet notamment dans les grosses agglomérations de réduire son temps de transport (et le stress qu’il peut engendrer), et de concilier le travail et des impératifs familiaux. Mais sa pratique, qui s’appuie sur le volontariat, est restée minoritaire en France, en raison de la frilosité d’un certain nombre d’entreprises ou d’administrations publiques.

PDF

 

 

 

     

Plan de sortie de crise (proposé par l'ensemble des assos et organisations ci-dessus.

PDF

 

 


25 Mai 2020 

     

- - France - 24 mai 2020 Par Jade Lindgaard

"L’idée de nous organiser par nous-mêmes, ça me touche"

Dans les quartiers populaires, d’innombrables formes d’entraide ont vu le jour face au Covid. Beaucoup veulent continuer à s’auto-organiser, agir par eux-mêmes sans attendre l’État. "L’assistance sociale, ce n’est pas notre idée, précise Gaspard, à Aubervilliers. On organise des coopérations portées par l’idée des communs."

D’habitude, elle coud ses propres créations, avec une prédilection pour le wax, associé à des cuirs mats ou brillants. Mais depuis le début du confinement, Chona Djaura, 34 ans, confectionne des masques en tissu. Une cinquantaine par jour, qu’elle assemble à la machine dans son atelier de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Son père est mort du Covid quinze jours après le début du confinement. "Il était en Ehpad. Ils n’avaient pas de masques." Coudre pour fournir aux autres l’étoffe protectrice. Pour se sentir utile. Et pour continuer à gagner sa vie, malgré tout.

Comme Chona, elles sont une trentaine de couturières réunies dans un réseau de confection créé en quelques jours à l’initiative de la régie de quartier de Saint-Denis. Des salarié·e·s de plusieurs structures avaient besoin de masques. À la suite d’un appel sur Facebook, trois personnes proposent de coudre bénévolement des protections. "Surtout, la demande augmentait : habitants, commerçants, associations… Personne n’en avait", se souvient Mathieu Glaymann, le directeur de la régie, qui emploie trente salarié·e·s. Début avril, tout le monde cherche des masques. Des infirmières du centre cardiologique du Nord, une clinique de Saint-Denis où séjournent quarante malades, demandent de l’aide sur le réseau social. Surblouses, charlottes : elles n’ont plus rien. À Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), la directrice d’une clinique réquisitionnée pour accueillir des patients Covid lance à son tour un appel : gants, surchaussures, tout manque.

PDF

 

 

     

- - Agriculture - 24 mai 2020 Par Amélie Poinssot

Des collectifs sèment les graines de l’autonomie alimentaire

L’épidémie a fait grossir ou naître des collectifs soucieux de produire sain et local, "de montrer qu’un territoire peut nourrir les gens qui l’habitent". En Vendée ou dans la Drôme, certains se préparent à affronter, demain, des ruptures dans la chaîne agroalimentaire.

«Ne pas nous remettre dans le système qui nous a conduits à cette situation." Dans les Deux-Sèvres, Kévin Certenais explique combien l’épidémie a accéléré la démarche de son collectif, Bocage a la patate. "Pendant le confinement, nous nous sommes dit qu’à la sortie, ça allait être rude, qu’on aurait besoin de faire des choses ensemble." Alors, avec d’autres membres de son collectif né il y a deux ans, en soutien à Notre-Dame-des-Landes, ils se sont mis à planter des patates sur des parcelles récupérées auprès de trois petites communes (Cerizay, Le Pin, Combrand). L’idée ? Planter et récolter ensemble, mais aussi décider de la distribution. Et éviter ainsi l’image stigmatisante du pauvre assisté.

Ils sont loin d’être les seuls : ici et là, de nombreux collectifs, créés peu avant la crise, ont accéléré leurs réflexions et leurs démarches. Constitués le plus souvent autour d’un noyau dur d’une quinzaine de personnes, ils cherchent en ce moment des terrains, commencent à semer et cogitent sérieusement sur l’"après". Traversés par la perspective d’une chute brutale de pouvoir d’achat et le risque d’une rupture d’approvisionnement alimentaire, ils font, à l’échelle locale, le choix de l’auto-organisation pour assurer une alimentation saine sur leur territoire.

PDF

 

 

     

- Analyse - Écologie - catastrophe - Une - 24 mai 2020

Canicule et réchauffement climatique – Le pire reste à venir

"Le système continuera de se réchauffer tant que nous n’aurons pas réduit les émissions à un niveau proche de la neutralité carbone".
 
Nouveaux records de température en Méditerranée

La tendance se confirme. Après une sécheresse précoce dans le nord de la France il y un mois, c’est maintenant une vague de chaleur intense et inédite qui s’abat sur la Méditerranée orientale. Cela n’est jamais arrivé si tôt dans l’année, alors que l’été est encore loin. En Italie, en Grèce, à Chypre et en Turquie, les services météorologiques locaux ont enregistré des températures jamais atteintes à cette période de l’année. La semaine dernière, il a fait jusqu’à 44,5 °C à Tire, en Turquie, 41,8 °C à Plora, en Grèce, 39,9 °C à Palerme, en Italie, et 43,5 °C à Morphou, à Chypre. La température est montée jusqu’à 48,1 °C dans la vallée du Jourdain, 46 °C à Jéricho, et 38 °C à Jérusalem.

PDF

 

 

     

- Coronavirus - franceinfoRadio France - publié le 06/05/2020

Tribune sur l’après-coronavirus : “Il faut que l'humain se rende compte que cette crise sanitaire a pour origine la crise écologique”, explique l’un des signataires

Gilles Bœuf, professeur de biologie et de biodiversité à la Sorbonne, invité de franceinfo, mercredi 6 mai, propose de profiter de la crise sanitaire du coronavirus pour "s'arrêter" et "réfléchir".

"Il faut absolument que l'humain se rende compte que cette crise sanitaire a pour origine la crise écologique", a expliqué ce mercredi 6 mai sur franceinfo Gilles Boeuf, professeur de biologie et de biodiversité à la Sorbonne.

Il fait partie des signataires de la tribune de 200 artistes et scientifiques du monde entier publiée ce mercredi dans le journal Le Monde pour lancer un appel contre un "retour à la normale" après la pandémie de coronavirus. Selon Gilles Boeuf,

"c'est l'irrespect du vivant non-humain" qui est à l’origine de cette pandémie. "Comment voulez-vous qu'on résolve nos problèmes avec les mêmes idées et les mêmes comportements qui sont à l’origine de la crise en question?", interroge l’ancien directeur du Muséum d’histoire naturelle de Paris. Pour commencer, "Arrêtons-nous, réfléchissons et faisons différemment", propose le scientifique.

PDF

 

 

     

- Alternatives > 23 mai 2020 / Marie Astier (Reporterre)

Déconfinés, les jardins familiaux peuvent enfin sourire au printemps

Pendant deux mois, les jardins familiaux d’Alès sont restés quasi déserts à cause du flou autour des mesures de confinement. Depuis le 11 mai, les jardiniers, beaucoup habitant le quartier populaire voisin, ont "retrouvé le moral" avec leur lopin de terre. Reportage dans un lieu solidaire et serein.

Alès (Gard), reportage - Les pousses tout juste mises en terre détachent leur vert clair sur le sol brun. Les tomates, à peine hautes de quelques feuilles dentelées, paraissent encore toutes petites au pied de leurs piquets. Les haricots ne dépassent que de quelques centimètres. Les fèves, plantées à la fin de l’hiver, dominent le carré, finissant de développer leurs grandes gousses.

"Avant les tomates, ici, il y avait les petits pois", explique Kaïssa, qui est jeune retraitée. "Ils étaient secs quand je les ai récoltés. C’est que, pendant le confinement, je ne suis pas venue pendant un mois et demi. Ce n’est pas grave, j’ai gardé les graines. On aurait pu faire mieux sans cette maladie. Mais on respecte les lois." La saison s’annonce belle, la vigne a commencé, pour la première fois, à former une multitude de futures grappes de raisin. Sur le lopin de cinquante mètres carrés de Kaïssa, l’espace est soigneusement exploité, les légumes se succèdent au rythme des saisons. Avec l’arrivée des températures clémentes, les cultures peuvent enfin s’y déployer.

PDF

 

 

 


24 Mai 2020 

     

- - Notre série: le monde d’après (22/25) - Analyse - 23 mai 2020 Par Fabien Escalona et Romaric Godin

Les quatre scénarios pour l’hégémonie politique du "monde d’après"

Quels seront les débouchés politiques de la crise sanitaire et du cortège de désastres sociaux à venir ? Entre restauration néolibérale, fuites en avant autoritaires et tentatives écosocialistes, exploration détaillée des futurs possibles de notre destin collectif.

En politique, avoir raison ne suffit pas. Certes, les gauches dénonciatrices du néolibéralisme et converties à l’écologie peuvent retirer de la situation une relative satisfaction intellectuelle. Après tout, la pandémie a révélé mieux que n’importe quelle canicule ou n’importe quel incendie de forêt le caractère insoutenable de notre mode de développement. Elle a mis en évidence les conséquences néfastes de la raison néo-managériale appliquée à l’État, autant que des inégalités de statut et de richesses impossibles à justifier par l’utilité sociale.

Pourtant, les hypothèses d’un maintien de l’économie politique en vigueur, voire d’une fuite en avant disciplinaire des États et des milieux d’affaires, sont tout aussi crédibles, et même davantage, que l’avènement d’une transformation démocratique, écologique et égalitaire de nos sociétés (voir les pistes dessinées en ce sens par les intervenants de notre série "Le monde d’après"). Une telle transformation risque en effet d’être empêchée par des rapports de force déséquilibrés entre groupes sociaux, et par les tactiques mises en œuvre par les élites dirigeantes afin de reproduire la passivité des populations gouvernées.

PDF

 

 

     

- Mars 2015, pages 4 et 5, par Renaud Lambert

Toutes les créances doivent être honorées, sauf...

Dette publique, un siècle de bras de fer

L’échec de leurs politiques a privé les partisans de l’austérité de l’argument du bon sens économique. De Berlin à Bruxelles, les gouvernements et les institutions financières fondent désormais leur évangile sur l’éthique : la Grèce doit payer, question de principe ! L’histoire montre toutefois que la morale n’est pas le principal arbitre des conflits entre créditeurs et débiteurs.

Il fut un temps où les Etats se libéraient facilement du fardeau de la dette. Il suffisait par exemple aux rois de France d’exécuter leurs créanciers pour assainir leurs finances : une forme balbutiante, mais commune, de "restructuration". Le droit international a privé les débiteurs d’une telle facilité. Il aggrave même leur situation en leur imposant le principe de continuité des engagements.

Si les juristes se réfèrent à cette obligation par une formule latine — Pacta sunt servanda ("Les conventions doivent être respectées") —, les traductions les plus diverses ont circulé au cours des dernières semaines. Version moralisatrice :

"La Grèce a le devoir éthique de rembourser sa dette" (Front national).

Version nostalgique des cours de récréation :

"La Grèce doit payer, ce sont les règles du jeu" (M. Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne).

Version insensible aux susceptibilités populaires :

"Les élections ne changent rien" aux engagements des Etats (M. Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemand).

PDF

 

 

     

- 22 mai 2020, Laurie Debove

Covid-19 : des cabinets d’avocat préparent les multinationales à attaquer les Etats en justice pour compenser leurs pertes

De grands cabinets d’avocats spécialisés mènent depuis plusieurs semaines un travail de veille intense sur les mesures prises par les Etats du monde en entier dans la lutte contre le covid-19. Ils incitent les multinationales, leurs clientes, à utiliser les accords d’investissement, au cœur des traités de libre-échange, comme un outil pour "demander réparation et / ou compensation pour toute perte résultant de mesures étatiques".

Dans une longue enquête, les ONG Corporate Europe Observatory (CEO) et Transnational Institute (TNI) lancent l’alerte. De grands cabinets d’avocats surveillent les mesures environnementales et sociales prises par les Etats dans la lutte contre la crise sanitaire, et préparent leurs clients, des multinationales, aux façons d’attaquer ces Etats en justice si les décisions allaient à l’encontre de leurs profits.

En jeu : des poursuites judiciaires à plusieurs millions de dollars dans des domaines aussi essentiels que l’eau, l’habitat et la santé.

PDF

 

 

     

- Info > 23 mai 2020 / Hortense Chauvin (Reporterre)

Une canicule sans précédent au printemps écrase l’est de la Méditerranée

Depuis le 16 mai, une vague de chaleur intense et inédite s’abat sur la Méditerranée orientale. Cela n’est jamais arrivé si tôt dans l’année, alors que l’été est encore loin.

C’est une triste première dans l’histoire de la Méditerranée orientale : une vague de chaleur intense et précoce frappe depuis le 16 mai la région, du sud de l’Italie à Israël. "On peut qualifier cet épisode d’exceptionnel, indique à Reporterre Emmanuel Demaël, prévisionniste à Météo France. La chaleur est estivale, déjà torride. C’est inhabituel pour le milieu du mois de mai dans la partie est du bassin méditerranéen."

En Italie, en Grèce, à Chypre et en Turquie, les services météorologiques locaux ont enregistré des températures jamais atteintes à cette période de l’année. La semaine dernière, il a fait jusqu’à 44,5 °C à Tire, en Turquie, 41,8 °C à Plora, en Grèce, 39,9 °C à Palerme, en Italie, et 43,5 °C à Morphou, à Chypre. "Nous avons traversé une grosse vague de chaleur qui a duré environ une semaine, raconte à Reporterre Marie, 31 ans, qui réside à Nicosie, capitale de l’île. Même si le déconfinement a commencé à Chypre, les rues étaient désertes l’après-midi, à cause des températures étouffantes."

PDF

 

 

 


23 Mai 2020 

     

- Entretien > 20 mai 2019 / Entretien avec François Léger

François Léger : « Les microfermes sont le chemin vers l’autonomie alimentaire et sociale »

Comment tendre vers « l’innovation écologique radicale » ? Pour le chercheur François Léger, chercheur en agroécologie, c’est en s’intéressant aux microfermes qui permettent l’autonomie alimentaire et sociale, et en repartant « de l’intime et du sensible pour repenser nos systèmes politiques ».

François Léger est enseignant-chercheur au sein d’une unité mixte Inra/ AgroParisTech dédiée à l’agriculture urbaine. De 2011 à 2015, il a coordonné une étude sur la « performance économique du maraîchage biologique en permaculture » à la ferme biologique du Bec Hellouin, située dans l’Eure.

Cet entretien est publié dans le livre Un sol commun, aux éditions Wildproject, paru en mai 2019, et repris en "Bonnes feuilles".

Marin Schaffner — Quels ont été vos premiers pas dans l’agroécologie ?

François Léger — J’ai fait de la biologie à l’université, où je me suis intéressé peu à peu à l’écologie des milieux anthropisés et en particulier des milieux agricoles, ce qui m’a orienté vers l’agronomie. J’ai enchaîné avec un doctorat d’écologie, sur la relation de paysans mexicains à leur environnement. Ce qui a été pour moi essentiel, ça a été de comprendre que ces paysans ne cultivaient pas simplement du maïs : ils construisaient et géraient durablement un agroécosystème. Cette « révélation » m’a orienté vers une interprétation de l’agriculture comme médiation technique entre les humains et les écosystèmes qu’ils habitent. Et les rencontres avec certains des promoteurs de l’agroécologie scientifique dans les années 1980 – Efraïm Hernandez Xolocotzi, Miguel Altieri – m’ont permis de trouver le cadre théorique qui me faisait défaut pour explorer cette voie et étudier des systèmes agricoles dans leur globalité écologique, sociale et culturelle.

PDF

 

 

     

- 20 février 2019 - Laurie Debove

Oui, une Europe agroécologique qui nourrit tous ses citoyens est possible

L’agroécologie conçoit des systèmes de production qui utilisent les fonctionnalités offertes par les écosystèmes. Elle les amplifie tout en diminuant les pressions exercées sur l’environnement (comme les émissions de gaz à effet de serre, les intrants chimiques que sont les pesticides) et à préserver les ressources naturelles.

Bonne nouvelle pour le futur ! Une étude démontre qu’il est possible de convertir toute l’Union Européenne à l’agroécologie en assurant la subsistance alimentaire de sa population. Les pertes de rendements des champs pourraient être compensées en réduisant du régime alimentaire européen le bétail nourri aux céréales.

PDF

 

 

     

- Par CA Publié le 19/05/2020

Le biologiste Gilles Boeuf redoute l'arrivée d'une pandémie beaucoup plus meurtrière si l'on ne change rien

Cet éminent biologiste français, récemment installé à Bordeaux, nous met en garde. Il faut trouver un autre type de croissance et consommer différemment. Arrêter de détruire, polluer, surexploiter, disséminer. Si on ne fait rien, des pandémies peut-être plus graves pourraient se multiplier.

Gilles Boeuf est catégorique. Si la vie reprend exactement comme avant, une nouvelle épidémie frappera.

"Qu'est ce qu'on fera alors ? On reconfinera ?" 

Gilles Boeuf est de ceux dont la parole compte. C'est un scientifique de renom, professeur d'université aujourd'hui retraité, il participe toujours à des conférences où il est invité pour partager son éternel combat pour la  biodiversité. 

Il a dirigé une institution, le Museum d'Histoire Naturelle de Paris. Il a pris une part active à l'organisation de la COP21 à Paris en 2015.

Le scientifique va plus loin.

"Le covid-19 se propage certes très vite, mais il n'est pas très virulent, et il s'attaque essentiellement aux personnes les plus fragiles".

PDF

 

 

 

     

- Mai 2020, pages 16 et 17, par Cédric Durand & Razmig Keucheyan

Covid-19 : après la crise… les crises

L’heure de la planification écologique

Percer à jour le fonctionnement du capitalisme ne fut pas le moindre des mérites de Martin Luther King. C’était, disait-il, le socialisme pour les riches et la libre entreprise pour les pauvres. Cela se vérifie en période normale : au cours des dernières décennies, l’État a par exemple construit un marché des dettes publiques, offrant ainsi délibérément aux opérateurs privés le contrôle sur le crédit dont il jouissait après-guerre.

Mais c’est encore plus vrai en période de crise. Les plans de soutien de l’économie mis en œuvre après le krach de 2008 s’élevaient à 1,7 % du produit intérieur brut (PIB) mondial. Pour la pandémie du coronavirus, nous en étions déjà début avril à 2,6 % (Le Monde, 4 avril 2020), cependant que certains pays, comme les États-Unis (10 %) ou le Royaume-Uni (8 %), allaient bien au-delà. Ces pourcentages n’enregistraient que les premiers efforts consentis par les États ; personne ne doute qu’ils augmenteront dans les mois qui viennent.

PDF

 

 

     

- Mai 2020, pages 1, 20 et 21; par Philippe Descamps & Thierry Lebel

Dossier : Covid-19, après la crise… les crises

Un avant-goût du choc climatique

L’abîme dans lequel un coronavirus a précipité de nombreux pays illustre le coût humain de la négligence face à un danger pourtant parfaitement identifié. Évoquer la fatalité ne peut dissimuler l’évidence : mieux vaut prévenir que guérir. Les atermoiements actuels dans la lutte contre le réchauffement climatique pourraient conduire à des phénomènes bien plus dramatiques.
 
En mars 2020, la crise sanitaire a relégué l’actualité climatique loin des titres. Pourtant, ce mois fera date comme le dixième de suite avec une température moyenne au-dessus des normales.

"Une telle série de dix mois “chauds” consécutifs à l’échelle du pays est inédite", note Météo France, dont les données permettent de remonter jusqu’à 1900.

L’hiver écoulé a battu tous les records avec des températures supérieures aux normales de 2 °C en décembre et janvier, puis de 3 °C en février. Pour se rassurer, on a préféré retenir l’amélioration spectaculaire de la transparence atmosphérique. Lueurs d’espoir : l’Himalaya redevenait visible à l’horizon des villes du nord de l’Inde, ou le mont Blanc depuis les plaines lyonnaises.

Nul doute que la mise à l’arrêt d’une bonne partie de la production entraînera cette année une baisse inégalée des émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais peut-on vraiment croire qu’une décrue historique va s’amorcer ? En révélant la vulnérabilité de notre civilisation, les fragilités associées au modèle de croissance économique mondialisée, du fait de l’hyper-spécialisation et des flux incessants de personnes, de marchandises et de capitaux, le Covid-19 provoquera-t-il un électrochoc salutaire ? La crise économique et financière de 2008 généra, elle aussi, une baisse sensible des émissions, mais elles sont rapidement reparties à la hausse ensuite, battant de nouveaux records…

PDF

 

 


22 Mai 2020 

     

  - Analyse - Santé - 22.05.20 - Par Philippe Huneman, Solange Haas et Philippe Jarn, Philosophe, Philosophe, Écologue

Pourquoi l’épidémie ?

L’épidémie de Covid-19 était-elle "prévisible" ? Le 16 avril, Emmanuel Macron a réaffirmé que non. C’est faux, elle était même inexorable, selon les écologues et les biologistes. Cependant, l’écologie est une science complexe, et ses chaînes causales sont souvent contre-intuitives. Pour penser la pandémie et son rapport au vivant, il faut donc emprunter un chemin de réflexion évolutif et non-linéaire, le même, d’ailleurs, qui permet de penser la crise climatique.

Les historiens de notre confinement verront probablement les épisodes "Professeur Raoult" et "Professeur Montagnier" comme des cas d’école de l’errance de la raison. Le second aura été de courte durée, mais pour qui connaît un peu les théories du complot et leur logique, il était au moins aussi prévisible que la pandémie elle-même. Pour mémoire ce prix Nobel, co-découvreur du virus du Sida et depuis lors fourvoyé dans des aventures alter-scientifiques plus ou moins cocasses, s’était en effet illustré en annonçant sur un plateau TV que le coronavirus SARS-CoV-2 relevait d’une manipulation visant à intégrer le VIH sur un virus de chauve-souris ordinaire. L’excitation fut intense mais brève. Rien ne permet raisonnablement de soutenir que ce virus n’est pas naturel, comme le biologiste Thomas Heams entre autres le démontre.

Dire contre Montagnier et ses sectateurs que le SARS-CoV-2 est naturel signifie qu’il n’est pas issu d’une manipulation intentionnelle. Le contraste conceptuel implicite oppose ici les causes naturelles, sans but, et ce qu’on appela traditionnellement, après des commentateurs aristotéliciens, les causes finales, censées relever d’une intention. En science, les choses de la nature, pour nous modernes, autrement dit depuis Galilée, n’ont aucun but.

PDF

 

 

     

- Climate change - Brian Kahn, Monday, May 21, 2020

The Arctic Is Unraveling as a Massive Heat Wave Grips the Region

⚠️ This Gif map is animated on-line : Climate Change Institute ⚠

It wouldn’t be spring in the climate change era without a massive heat wave in the Arctic.

Freakishly warm air has billowed up from Siberia over the Arctic Ocean and parts of Greenland, and the heat will only intensify in the coming days. The warmth is helping to spread widespread wildfires and to kickstart ice melt season early, both ominous signs of what summer could hold.

The Arctic has been on one recently. Russia had its hottest winter ever recorded, driven largely by Siberian heat. That heat hasn’t let up as the calendar turns to spring. In fact, it’s intensified and spread across the Arctic. Last month was the hottest April on record for the globe, driven by high Arctic temperatures that averaged an astounding 17 degrees Fahrenheit (9.4 degrees Celsius) above normal, according to NASA data.

PDF

 

 

     

- Agriculture - par Sophie Chapelle, 19 mai 2020 - Photo : CC Aqua Mechanical

Les ventes de pesticides et de glyphosate ont explosé en France

Une étude pilotée sous l’égide du ministère de la Transition écologique et solidaire révèle une hausse des ventes d’insecticides, fongicides et herbicides depuis 10 ans en France. Un bilan alarmant.

Entre 2009 et 2018, les ventes d’insecticides ont été multipliées par 3,5 ! Celles des fongicides ont progressé de 41 %, tandis que celles des herbicides ont augmenté de 23 %. Ces données sont issues d’une étude publiée en mai 2020 par le Commissariat général au développement durable, rattaché au ministère de la Transition écologique et solidaire. Cette explosion des ventes de pesticides révèle l’échec cuisant du plan Écophyto lancé en 2008, qui vise une réduction de l’utilisation des pesticides. La moyenne des quantités de substances actives vendues a augmenté de 22 % entre 2009-2011 et 2016-2018. Toujours selon cette étude, près d’un quart des substances achetées sont particulièrement préoccupantes pour la santé humaine.

PDF

 

 

 

     

- Reportage > 22 mai 2020 / Marie Astier (Reporterre)

Après deux mois de confinement, la gueule de bois des producteurs

Fermeture des marchés et changement d’habitude des consommateurs : de nombreux producteurs ont été affectés par les mesures sanitaires. Le déconfinement va-t-il leur permettre de retrouver leurs clients et la sérénité ? Reporterre a rencontré ceux et celles qui tiennent les étals des halles d’Alès, dans le Gard.

Alès (Gard), reportage - Derrière les étals, les producteurs scrutent d’un œil un brin inquiet les allées et venues. "La deuxième semaine du confinement, j’ai fermé tellement il y avait peu de monde", se rappelle Florence Lauriol, qui vend fromages de chèvre, viandes de porc et d’agneaux de son exploitation lozérienne. "On a perdu 30 % de notre activité pendant le confinement."

Aux Halles de l’Abbaye, ou "halles d’Alès", ancienne ville minière du Gard, au pied des Cévennes, les stands de producteurs se mêlent à ceux des métiers de bouche. Dans ses larges allées, cabas à la main, la plupart des clients ont le visage masqué. Ils se tiennent sagement à distance les uns des autres. Facile, les files ne sont pas bien longues… mais leur taille s’accroît depuis le déconfinement, se rassurent les habitués. Un petit soulagement, qui n’efface pas pour autant les difficultés.

PDF

 

 

 

     

- Alternatives > 22 mai 2020 / Manon Salé (Silence)

Café autogéré, voiliers solidaires... Rencontre avec les Sauvages de Caen

Café autogéré, restaurant coopératif, découverte de la navigation… depuis 2012, l’association caennaise Bande de sauvages multiplie les "expériences" dans un esprit d’ouverture et de curiosité.

Caen (Calvados) - Comment peut-on habiter à Caen sans avoir entendu parler de Bande de sauvages ? Du fait de sa taille et de son programme, difficile de passer à côté de l’association ! Elle est surtout connue pour ses trois activités majeures (que les Sauvages appellent "expériences") : le Café sauvage, Sauvages sur un plateau, et la Flotte sauvage. "On utilise le cadre juridique de l’association pour expérimenter des projets, explique Timothée, coprésident et également cofondateur de Bande de sauvages. Tous les projets ne marchent pas, mais on en tire du savoir à chaque fois."

Le Café sauvage est un espace autogéré en centre-ville, fondé sur le bénévolat. Une foule d’activités y sont organisées quotidiennement : des petits déjeuners-concerts, de la danse, des cafés linguistiques, de la méditation, etc. Il y en a pour tous les goûts !

Sauvages sur un plateau est, lui, un restaurant coopératif, qui se situe dans un quartier populaire plus excentré, à la Grâce de Dieu. Là, pas d’autogestion : les salariés encadrent les bénévoles qui, avant de travailler, doivent être formé·es. Mais le fonctionnement reste très horizontal. Tout comme au café, de nombreuses activités sont proposées au restaurant : un à trois ateliers gratuits et un événement culturel par semaine.

PDF

 

 

 


21 Mai 2020 

     

- Monde - Publié le 06 mai 2020, Sujet TV: Tamara Muncanovic, Antoine Silacci, Philippe Revaz - Adaptation web: Vincent Cherpillod

Enfants des années 30, Noam Chomsky et Edgar Morin redoutent un après-Covid totalitaire

Le monde d'après la pandémie: les régimes autoritaires vont-ils profiter de la crise pour imposer leur modèle de gouvernance ?

La pandémie de Covid-19 a permis à plusieurs régimes répressifs de renforcer leur autorité. Interviewés dans le 19h30 de la RTS mercredi, les contemporains des années 30 Noam Chomsky et Edgar Morin s'inquiètent de lendemains de crise aux accents autoritaristes.

Aux Philippines, le président Rodrigo Duterte a déjà étendu ses pouvoir pour lutter contre la pandémie. Coutumier des déclarations tonitruantes, il n'hésite pas à demander d'abattre les citoyens qui ne respectent pas le confinement. Depuis ce mercredi, il a privé d'antenne - officiellement, faute de licence - un groupe de télévision, profitant de la crise pour réduire toute opposition.

Ailleurs dans le monde, le virus semble donner des ailes aux régimes répressifs et décomplexe même certaines démocraties tentées par l'autoritarisme, à l'image de la Hongrie, où Victor Orban s'est fait octroyer les pleins pouvoir.

PDF

 

 

 

     

- Essai Société - Dossier : Les visages de la pandémie - par Thomas Coutrot , le 15 mai

"Mon activité est-elle essentielle ?"

Tandis qu’en Espagne ou en Italie les listes de secteurs essentiels ont fait l’objet d’un débat public, en France le gouvernement a confiné ce débat à la sphère privée. Ce serait en effet contester la subordination du travail au capital. Or un tel débat est aujourd’hui essentiel, sinon capital.

Au début de la période de confinement, parmi les salarié.es encore en activité, quatre sur dix ont participé à une discussion sur le caractère essentiel de son activité pour le pays pendant l’épidémie, et même cinq sur dix parmi les salarié.es qui travaillaient en présentiel, selon l’enquête "Le travail sous épidémie" menée en avril par l’Ugict-CGT auprès de 30 000 salariés. Au total 43 % des salarié.es, qu’ils en aient débattu ou non, jugent leur activité essentielle. Les autres apparaissent beaucoup plus soumis au risque de contagion du fait d’un manque flagrant de protections ; ceci interroge fortement sur les conditions de sécurité de la reprise du travail dans les secteurs non essentiels lors du déconfinement actuel. Ces interrogations sur l’utilité sociale du travail et les arbitrages entre le travail et la vie peuvent-elles préfigurer un vaste débat social sur la reconversion du système productif ?

La reconversion écologique du système productif ne peut plus être différée. Pour avoir la moindre chance de limiter le réchauffement à 2°C en 2100, il faut engager sans délais un processus de planification écologique afin d’organiser la décroissance des activités polluantes et la croissance des activités essentielles à la vie. Cela sera impossible sans un très vaste débat démocratique impliquant toutes les sphères de la société : entrepreneurs, salarié.es, associations, scientifiques, pouvoirs publics, etc. Bruno Latour a proposé un questionnaire qui permet d’engager ce débat : quelles sont les activités que nous ne voulons pas voire repartir après l’épidémie, et pourquoi ? Quelles sont celles que nous aimerions transformer ? Et celles que nous voudrions développer, ou inventer ? Comment assurer l’acceptabilité sociale de ces transformations, en fournissant garantie de revenu, formation et nouveaux emplois aux salarié.es impacté.es ?

PDF

 

 

 

 

     

- Tribune > 20 mai 2020 / Des collectifs, syndicats et territoires en lutte

Le 17 juin, agissons contre la réintoxication du monde

Pour les auteurs de cette tribune, le déconfinement doit être le moment de « construire de nouvelles manières d’habiter le monde ». Pour cela, il faut « accepter de rentrer en conflit direct avec ce qui l’empoisonne » : ils appellent donc à une série d’actions, blocages, occupations le 17 juin.

La liste des signataire est à la fin du texte, accompagnée des dessins d’Alessandro Pignocchi.

Nous avons aperçu pour la première fois dans nos existences ce qui serait encore possible si la machine infernale s’arrêtait enfin, in extremis. Nous devons maintenant agir pour qu’elle ne se relance pas.

Nous appelons en ce sens les habitant.e.s des villes et campagnes à déterminer localement les secteurs qui leur semblent le plus évidemment toxiques — cimenteries, usines de pesticides ou productions de gaz et grenades de la police, industrie aéronautique, publicitaire ou construction de plateformes Amazon sur des terres arables, unités d’élevage intensif ou installations de nouvelles antennes 5G, clusters développant la numérisation de l’existence et un monde sans contact avec le vivant, destructions de forêts et prairies en cours…

Nous invitons chacun.e localement à dresser de premières cartographies de ce qui ne doit pas redémarrer, de ce qui doit immédiatement cesser autour d’eux, en s’appuyant sur les cartes et luttes existantes. Puis nous appelons le 17 juin à une première série d’actions, blocages, rassemblements, occupations…

Viser sérieusement à se défaire de certains pans du monde marchand, c’est aussi se doter des formes d’autonomies à même de répondre aux besoins fondamentaux de celles et ceux que la crise sanitaire et sociale plonge dans une situation de précarité aggravée. Nous appelons donc aussi le 17 juin, dans la dynamique des campagnes Covid-entraide et « Bas les masques ! », à des occupations de terres en villes ou dans les zones péri-urbaines pour des projets de cultures vivrières, ainsi qu’à des réquisitions de lieux pour des centres de soins et redistributions.

PDF

La planche (1 A4 - pdf) d'Alessandro Pignocci

 

 

     

- Fabienne Pasau, le mercredi 20 mai 2020

"À partir du moment où on obéit comme des machines, désobéir devient un acte d'humanité" – Frédéric Gros

Est-il devenu urgent de désobéir ? Jusqu’à quel point désobéir est-il responsable ? Le philosophe Frédéric Gros questionne la désobéissance dans son ouvrage Désobéir (Albin Michel). Dans quel Monde on vit ? l’avait rencontré en octobre 2017, à l’occasion de la sortie du livre.

Frédéric Gros fait état de la désespérance du monde : la montée en puissance des inégalités, la dégradation de notre éco-sphère, le système de production de richesse par la dette, devant lesquels on reste passif. Ces problèmes sont globaux, mondiaux.

Alors pourquoi se résigne-t-on à l’inacceptable ?

☛ "Il faut arrêter de hisser le spectre de l’anarchie dès qu’on parle de désobéir. On est coupable aussi de ne pas avoir envie de savoir, pour ne pas se sentir responsable. J’essaie de définir une désobéissance sur fond de responsabilité politique.”

PDF

 

 

 

     

- Emily Duthion - Franck-Georges Rolland - Les Ateliers du Territoire - Rance Émeraude - Chacun propose 1 truc

SAINT MALO : OUI A UN REVENU POUR VIVRE DECEMMENT !

La crise sanitaire que nous vivons va avoir dans les semaines et les mois à venir de nombreuses conséquences économiques, sociales et sociétales.

L’une d’elles va être pour des milliers de personnes, l’accentuation de la précarité, de la pauvreté et plus précisément l’incapacité ou l’impossibilité de vivre...tout simplement !

Auto-Entrepreneurs, étudiants, indépendants, intérimaires, saisonniers, agriculteurs, salariés à temps partiel ou en chômage partiel...dans cette liste non exhaustive, beaucoup n’auront plus de revenu ou pas assez de revenu pour avoir ou conserver un toit, se nourrir et nourrir leurs familles, se déplacer et régler les factures de première nécessité.

Via des dispositifs habituels mais aussi nouveaux, des sommes considérables vont être délivrées notamment par l’Europe, l’Etat, la Région, le Département afin de ne pas réduire ou priver l’accès à chacune et chacun de ses besoins essentiels.

PDF

 

 

 

     

- France - Parti pris - 20 mai 2020, Par Ellen Salvi

Qui peut croire en la "réinvention" de Macron?

Le président de la République assure que rien ne sera plus jamais comme avant la crise sanitaire. Mais tout, dans ce qu’il dit ou fait, laisse présager du contraire. D’autant que le même homme avait lancé les mêmes promesses de changement… il y a un an et demi.

Emmanuel Macron l’avait assuré : "Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé." C’était le 10 décembre 2018, en plein mouvement des "gilets jaunes". S’exprimant depuis l’Élysée, le président de la République avait pris le ton des grands jours pour amorcer ce qu’il allait bientôt baptiser "l’acte II" de son quinquennat. Au sortir d’une telle crise, il le promettait, plus rien ne serait comme avant.

Un an et demi après, le chef de l’État l’a de nouveau répété : "Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier." Cette fois, la crise est sanitaire – elle sera aussi économique et sociale –, mais les mots sont les mêmes. Dans la majorité, chacun esquisse ses plans pour l’après. Toutes les options institutionnelles sont ressorties des tiroirs : le remaniement, le référendum et la dissolution. "Il ne faut rien écarter", affirme le chef de file des eurodéputés La République en marche (LREM) Stéphane Séjourné.

PDF

 

 

 

     

- Reportage > 20 mai 2020 / Margaux Solinas et Martin Bertrand (Reporterre)

Aux Pays-Bas, l’opposition à la 5G va jusqu’au sabotage

Incendies criminels, manifestations, procès contre l’État… Aux Pays-Bas, le déploiement de la 5e génération de la technologie du réseau sans fil (5G) suscite méfiance et réactions de la part de la population.

Amsterdam (Pays-Bas), correspondance - Un bonsaï mort trône sur le rebord de la fenêtre de Jurgen Weber dans son appartement de Rotterdam. L’homme d’une cinquantaine d’années l’observe avec un sourire inquiétant. "Il était à côté du routeur wifi pendant deux mois, il en est mort , annonce-t-il. C’est comme la 5G. Toutes les radiations qui en émanent sont néfastes." Il est important de préciser qu’un bonsaï nécessite énormément de soins pour être maintenu en vie.

Jurgen Weber est allemand. Il est installé aux Pays-Bas depuis une vingtaine d’années et s’essaye à de multiples activités. Il est aujourd’hui directeur d’une fondation qu’il a créée, appelée Innovatief Nederland. Dans son discours endiablé contre les nouvelles technologies, il explique sa vision du futur. "Nous allons tous finir comme des robots avec une technologie telle que la 5G. Il faut en finir avec ces méthodes et nous ouvrir à d’autres solutions plus naturelles." Jurgen ne précise pas quelles sont ses solutions, elles semblent n’appartenir qu’à lui. Son cas illustre la colère et l’angoisse de certains Néerlandais face au déploiement de la 5G dans le pays.

PDF

 

 

     

- Les vidéos Les podcasts Les émissions spéciales - Par Lucas Gautheron et Théophile Kouamouo, 11 Février 2020

❐ Le Média se donne pour devoir de réagir à l’actualité quand elle s’accélère, mais aussi d’explorer de nouvelles formes et de nouvelles thématiques à travers des émissions spéciales, réalisées en interne ou en partenariat avec d’autres médias et/ou ONG et associations.

Abattre le capitalisme : mode d'emploi

Essayez de regarder cette vidéo sur www.youtube.com

Économiste, philosophe spinoziste et auteur de nombreux ouvrages théoriques comme son dernier livre Vivre sans, Frédéric Lordon était l’invité de l’association de polytechniciens X-Alternative, le 6 Février dernier à Paris. Dans la période particulière que la France vit en ce moment, sa parole était naturellement attendue. D’autant plus que le thème - "Conditions de réalisation d'une alternative à l'ordre néolibéral" - entrait en résonance avec le mouvement social qui se cristallise autour de la contestation de la réforme du code de travail.

Frédéric Lordon a tenu à “présenter” le monstre néolibéral sous ses trois visages : anthropologique, économique et politique. Il s’est particulièrement appesanti sur le “programme politique” qui le sous-tend.

PDF

 

 

 


20 Mai 2020 

     

- 20 mai 2020, par Paul Cassia - Blog : Le blog de Paul Cassia

Demain les drones

Loin de s’opposer au déploiement des drones par la préfecture de police comme le lui demandaient la Ligue des droits de l’homme et la Quadrature du Net, le Conseil d’Etat a admis la nécessité et la légitimité d’une surveillance collective et personnalisée de l’espace public par ces appareils.

Le modèle chinois de société continue de se diffuser avec le virus du covid-19. On l’a vu avec le confinement strict et généralisé, imposé sous peine de sanctions pénales contraventionnelles puis délictuelles du 17 mars au 10 mai 2020 (v. "Le confinement : 67 millions de privations arbitraires de la liberté de circuler", 13 mai 2020). La décision Surveillance par drone rendue le 18 mai 2020 par le juge du référé-liberté du Conseil d’Etat (n° 440442) ouvre désormais la voie à une surveillance massive par drones de pans entiers sinon de l’ensemble de l’espace public, à la discrétion des autorités publiques nationales ou locales.

Mettant en œuvre une technique bien éprouvée du grignotage des libertés publiques au commode prétexte de l'intérêt supérieur tenant à la sauvegarde d'une santé publique mise en péril par la pandémie de coronavirus, la préfecture de police avait expérimenté, dès le début du confinement le 17 mars 2020, la surveillance de secteurs parisiens (non-identifiés) par un drone quelques heures par jour, officiellement pour repérer d’éventuels manquements à l'assignation collective à domicile de la population et le cas échéant les signaler en temps réel aux contrevenants via le haut-parleur intégré au drone. Les images captées par le zoom numérique 3x du drone, qualifié “d'ultra puissant” par le fabricant chinois de l'appareil, étaient retransmises en direct au centre de commandement de la préfecture de police.

PDF

 

 

 

 

     

  - Face au Covid - par Rachel Knaebel, 20 mai 2020

Plus de tests, plus de santé de proximité, moins de discours martiaux : comment l’Allemagne s’en sort mieux

L’Allemagne n’a pas multiplié les tracasseries administratives pendant son confinement, moins strict. L’endiguement du virus y semble pourtant plus efficace qu’en France, avec quatre fois moins de décès. Explications.

Avec 175 000 cas enregistrés depuis le début de l’épidémie et 8000 morts au 19 mai, l’Allemagne semble s’en sortir bien mieux que la France – 142 000 cas confirmés et plus de 28 000 décès – dans la crise du coronavirus. Moins touché, le pays a commencé à déconfiner fin avril. Certaines classes ont repris l’école dès le 27 avril.

Des classes de lycée, de collège et d’école primaires rouvrent progressivement. L’accueil redevient normal dans les crèches et jardins d’enfants dans plusieurs régions. Les commerces ont repris, les restaurants commencent à servir à nouveau des clients.

L’Allemagne a adopté dès mi-mars des mesures sanitaires. À Berlin par exemple, les musées ont fermé le 14 mars, suivis une semaine plus tard par les écoles, cinémas et commerces non essentiels. Les rassemblements de plus de deux personnes ont été interdits, sauf pour les membres d’un même foyer. Il n’était officiellement autorisé de sortir que pour des activités nécessaires. Outre-Rhin, prendre l’air, faire une balade, demeuraient des activités jugées essentielles. Des amendes étaient prévues, des contrôles de police aussi. L’Allemagne n’a cependant pas mis en place un système d’”attestations de sortie” comme en France. Les parcs, jardins, forêts, n’ont en général pas été fermés au public.

PDF

 

     

- Culture. - cinéma français - Michel Piccoli - Lundi, 18 Mai, 2020, Maud Vergnol

Michel Piccoli est mort

Légende du cinéma français, l'acteur Michel Piccoli, célèbre pour ses rôles dans "Le mépris" avec Brigitte Bardot, "Les choses de la vie" ou plus récemment "Habemus papam", est décédé le 12 mai à l'âge de 94 ans, a annoncé aujourd'hui sa famille dans un communiqué. "Michel Piccoli s’est éteint dans les bras de sa femme Ludivine et de ses jeunes enfants Inord et Missia, des suites d’un accident cérébral", indique ce communiqué de la famille transmis à l'AFP par Gilles Jacob, ami de l’acteur et ancien président du Festival de Cannes. 
 
En 2007 à l'occasion de la sortie du film "Toits de Paris", l'Humanité Dimanche l'avait rencontré.

"Je ne vis pas dans la nostalgie" nous disait-il.

Un entretien que nous vous proposons de redécouvrir aujourd'hui. 

Godard, Buñuel, Sautet, Malle, Oliveira ou Pierre Granier-Deferre (“Une étrange affaire”), Michel Piccoli a tourné avec les plus grands. À 82 ans, il multiplie les projets ambitieux, devant ou derrière la caméra. Il est actuellement à l'affiche des “Toits de Paris”, du cinéaste kurde Hiner Saleem.

PDF

 

 

 

     

- Lettres d'interieur - mardi 19 mai 2020, par Augustin Trapenard

"Michel a fait sa grande valise et nos baisers volent vers ses lèvres endormies..." - Emmanuelle Béart

Emmanuelle Béart est comédienne. Dans cette lettre adressée au comédien Michel Piccoli, dont la disparition vient d'être annoncée, elle dit adieu à un monstre sacré du cinéma, qui fut son partenaire de jeu dans "La Belle Noiseuse" de Jacques Rivette.

 

Avignon, le 18 mai 2020

Ce soir nous ne sommes pas septembre – et j’ai froid en ce doux jour de mai.

S’il faut que tu partes, pars, ô mon ami – du jour où l’on vient le départ est promis.

Michel a fait sa grande valise et nos baisers volent vers ses lèvres endormies, nos mains redessinent les trajectoires de chacun de ses souvenirs. La bicyclette des choses de la vie parcourt les sentiers de nos mémoires.

Tes gestes tes regards tes mots ta voix résonnent comme la beauté du cinéma en plein soleil, toutes générations entremêlées.

Michel, tu les aimes mes pieds ? 

PDF

 

 

 

     

- Par Aude Blacher, publié le 19/05/2020

Covid-19 : deux mois après leur infection, de nombreux patients présentent de nouveaux symptômes

Ils se croyaient parfois guéris. Mais plusieurs semaines voire plusieurs mois après l'infection au Covid-19, ils sont des centaines de patients à ressentir des symptômes. Des atteintes très polymorphes que les médecins peinent encore à expliquer. 

Fièvre, courbatures, céphalées, perte de goût et d’odorat… C’est sur la base de ces symptômes que Dominique Lemaire a été diagnostiqué positif au Covid-19 le 18 mars. Puis sont venues les difficultés pour respirer. Une gêne qui ne l’a toujours pas quitté deux mois après.

"Si je vais chercher du pain, je suis mort. Une conférence téléphonique, je suis épuisé. Et puis il y a les céphalées hyper violentes, l’urticaire, les vertiges, les fourmillements dans les jambes et dans les mains alors que je n’ai jamais eu de problèmes de circulation avant", énonce-t-il dans un inventaire à la Prévert.

PDF

 

 

 

 


19 Mai 2020 

     

- Françoise Degois, publié le 17 mai 2020

Emmanuel Macron ou la mascarade perpétuelle

Souvent, Twitter a du génie. Ce matin, alors qu’ Emmanuel Macron faisait son discours au milieu de nulle part, célébrant la France unie, les légendes des images pleuvaient : "La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf", ou “On lui a dit que le costume était trop grand ?" ou, plus drôle encore, la photo du chef de l’Etat, planté au milieu d’un champ et cette  phrase drolissime "au loin, les éoliennes, et sur l’estrade, le vent".

C’est dire à quel point ce déplacement, le premier qui n’est pas consacré au covid-19, depuis le début de la pandémie, c’est dire si ce déplacement est tombé comme un cheveu sur la soupe.

Non pas que les réseaux sociaux soient la France, mais ils indiquent une tendance réelle de ce que peut percevoir l’opinion.

En l’occurrence, une mascarade au sens premier du terme, ce divertissement italien où, à l’origine, les aristocrates jouaient des scènes de la mythologie, dans une feu d’artifice de poésie, de danse et de musique. Aujourd’hui, c’est donc bien à une mascarade gaulliste à laquelle nous avons assisté.

PDF

 

 

     

- Info > 19 mai 2020 / Hortense Chauvin (Reporterre)

2020, "l’année de tous les dangers" pour le secteur associatif

Les mesures de confinement ont aussi pénalisé le secteur associatif, qui a dû mettre à l’arrêt la plupart de ses activités rémunératrices. De nombreuses associations, notamment environnementales, craignent désormais que les dons ne se raréfient avec la crise économique, ce qui mettrait en péril la poursuite de leurs actions.

"2020, c’est l’année de tous les dangers." À l’évocation de la situation économique de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), son directeur général, Yves Verilhac, ne cache pas son inquiétude. Comme un grand nombre d’associations, la LPO a été fortement affectée par la crise sanitaire et les mesures de restriction mises en place par le gouvernement. "C’est une année qui va être très, très compliquée pour nous", confie-t-il.

Une récente enquête du Mouvement associatif, l’organe représentatif des associations françaises, montre que la LPO n’est pas la seule à craindre pour son avenir : 40 % des associations employeuses se déclarent inquiètes quant à leurs difficultés de trésorerie. Près d’un quart des répondants affirment disposer d’à peine trois mois de budget devant eux. Les associations sociales et environnementales sont les plus touchées.

PDF

 

 

     

- Tribune > 18 mai 2020 / Des paysan·nes, agronomes, citoyen.nes, précaires, chercheur.euses, entrepreneur.euses, commerçant.es

Créons une sécurité sociale de l’alimentation pour enrayer la faim

En France, nous peinons encore à mettre à l’abri de la faim. Les auteurs de cette tribune proposent donc la mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation, pour plus d’équité sociale, pour transformer notre modèle agricole et prendre ainsi soin de l’environnement.

Les auteurs de cette tribune sont Ingénieurs sans frontières – Agricultures et Souveraineté alimentaire (ISF-Agrista), une association composée majoritairement d’agronomes qui œuvrent pour la souveraineté alimentaire et la mise en place de modèles agricoles respectueux des équilibres socioterritoriaux et écologiques, et le Réseau Civam, qui met en lien les agriculteurs, les ruraux et la société civile pour promouvoir une agriculture plus économe, autonome et solidaire visant à nourrir, préserver et employer dans les territoires.

L’épidémie de Covid-19 et les mesures prises pour l’endiguer sont venues percuter le traitement politique et médiatique de la crise sociale et économique préexistante. Les problèmes structurels qui caractérisent le modèle agricole et le système alimentaire construits ces soixante dernières années sont mis en lumière. La précarité alimentaire explose : amputés d’une partie de leurs revenus, privés des cantines scolaires, beaucoup de personnes ont eu affaire pour la première fois à l’aide alimentaire.

Les associations auxquelles cette aide a été déléguée accueillent depuis plusieurs années déjà 5,5 millions de bénéficiaires réguliers. Et, loin d’être préparées à l’irruption d’une telle situation, contraintes de protéger leurs bénévoles souvent âgés, elles ont peiné à faire face. Dans l’urgence, des collectivités ont débloqué des aides financières, parfois importantes, et ont organisé, ou réorganisé, des distributions alimentaires, tandis que des collectifs citoyens ont déployé toutes les formes possibles d’actions de solidarité. Mais l’efficacité de ces interventions a été grandement diminuée par l’absence d’une politique nationale cohérente : deux mois pour débloquer un budget d’urgence à destination des associations d’aide alimentaire !

PDF

 

 

     

- Entretien - 18 mai 2020, par Antoine Perraud

Geneviève Azam: "Refuser la marchandisation de la biodiversité"

L’économiste Geneviève Azam analyse ce que le virus a dévoilé de nos sociétés capitalistes ultralibérales à bout de souffle et d’exploitation, à partir de sa lecture de Karl Polanyi (1886-1964) et de son maître livre : La Grande Transformation.

En février dernier, paraissait un texte passé relativement inaperçu, du fait de la pandémie : Second manifeste convivialiste. Pour un monde post-néolibéral (Actes Sud). Sachons ne pas perdre de vue que "le triomphe du capitalisme rentier et spéculatif doit être compris comme l’aboutissement et le point culminant d’une aspiration de l’espèce humaine à la démesure". Le premier Manifeste convivialiste (Éditions du bord de l’eau), en 2013, autour de la Revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales) et du sociologue Alain Caillé, s’interrogeait déjà : "Comment faire obstacle à l’accumulation de la puissance, désormais illimitée et potentiellement auto-destructrice, sur les hommes et sur la nature ?"

Parmi les signataires, une économiste de Toulouse, Geneviève Azam. Membre d’Attac, elle collabore à Politis et à la revue d’écologie politique Terrestres. Elle publie des livres qui donnent à réfléchir : Le Temps du monde fini, vers l’après capitalisme, ainsi que Osons rester humain : les impasses de la toute-puissance (Les Liens qui libèrent, 2010 et 2015). Ou récemment : Lettre à la Terre (Le Seuil, collection "Anthropocène", 2019). Enfin, elle prépare pour septembre une édition augmentée d’un essai écrit avec François Valon : Simone Weil ou l’expérience de la nécessité (Le Passager clandestin, collection "Les précurseurs de la décroissance", 2016).

PDF

 


18 Mai 2020 

     

- Politique - Par Augustin Herbet, 30 avril 2020

L’allégeance aux groupes dominants : la principale limite des partis "verts" européens

Les élections européennes de mai 2019 auraient été le théâtre d’une "vague verte", si l’on en croit la couverture médiatique qui en a été effectuée. Au-delà des manchettes de journaux, elle témoigne surtout de la recomposition du bloc néolibéral. Les principaux partis "verts" européens, bien loin d’incarner l’aspiration à une écologie populaire qui se renforce de jour en jour sur le vieux continent, se présentent comme les garants du statu quo. Refusant de remettre en cause les structures économiques et institutionnelles dominantes à l’origine du désastre environnemental, ils récoltent les suffrages traditionnellement destinés aux sociaux-démocrates.

L’écologie serait-elle devenue le supplément d’âme des classes supérieures ? Un simple rouage du système politique dominant ?

Le succès relatif des partis "verts" européens peut s’expliquer par trois facteurs. La préoccupation écologique est devenu une préoccupation politique cruciale à la faveur de l’aggravation du réchauffement climatique et de ses conséquences visibles, notamment par le biais des phénomènes climatiques extrêmes. Ils ont su s’appuyer sur des groupes sociaux en expansion, en possession d’un très fort capital culturel par le biais de diplômes. Enfin, ils ont adopté un logiciel gramscien, sortant l’écologie de la case gauche radicale où elle était enfermée, et n’hésitant pas dans certains cas – allemand et finlandais en l’occurrence – à s’adresser clairement à l’électorat de droite sensible aux thèmes écologistes. En agissant de la sorte, ils ont pu adopter une position relativement centrale et attirer un nouvel électorat. Mais ces succès peinent à cacher les limites bien plus importantes des écologistes.

PDF

 

 

     

- By George Monbiot, published in the Guardian 13th May 2020, 17th May 2020

University of Life

Ecology and Earth systems, from which all life flows, should be at the heart of learning.

Imagine mentioning William Shakespeare to a university graduate and discovering they had never heard of him. You would be incredulous. But it’s common and acceptable not to know what an arthropod is, or a vertebrate, or to be unable to explain the difference between an insect and spider. No one is embarrassed when a “well-educated” person cannot provide even a rough explanation of the greenhouse effect, the carbon cycle or the water cycle, or of how soils form.

All this is knowledge as basic as the intelligence that Shakespeare was a playwright. Yet ignorance of such earthy matters sometimes seems to be worn as a badge of sophistication. I love Shakespeare, and I believe the world would be a poorer and a sadder place without him. But we would survive. The issues about which most people live in ignorance are, by contrast, matters of life and death.

I don’t blame anyone for not knowing. This is a collective failure: a crashing lapse in education, that is designed for a world in which we no longer live. The way we are taught misleads us about who we are and where we stand. In mainstream economics, for example, humankind stands at the centre of the universe, and the constraints of the natural world are either invisible or marginal to the models.

PDF

 

 

 

     

- Enquête > 18 mai 2020 / Maïlys Khider (Reporterre)

Grandes marques, agences de marketing... La publicité surfe sur le coronavirus

Alors que la consommation matérielle a chuté, comme les recettes des annonceurs, les entreprises tentent de sauver leur peau en faisant de la pandémie un argument de vente.

La pandémie de coronavirus et le confinement ont fait lourdement chuter la consommation matérielle. Face à cette situation, nombre de publicitaires se démènent pour continuer à vendre ou ne pas tomber dans l’oubli, métamorphosant la crise du Covid-19 en argument marketing : "Vous êtes confinés et inquiets ? La solution : achetez."

Les entreprises de télécommunication ont été les premières à s’engouffrer dans la brèche, revendiquant une place "indispensable" dans de nombreux domaines : vie sociale, cours à distance, courses en ligne, etc. Dans une campagne vidéo en quatre épisodes intitulée « Les Voisins", l’opérateur Free a décliné des thèmes tels que l’éloignement, la solitude, ou la solidarité. Dans l’une des scènes, on entend, sans les voir, deux voisins discuter : "Je me disais, c’est drôle qu’on ne se rencontre que maintenant." Après un échange de numéros pour "éviter de parler de balcon à balcon", le slogan de la marque est détourné et transformé en : "Free, ils restent chez eux, ils ont tout compris."

Sans tarder, la concurrence, en l’occurrence Orange, a lancé sa propre opération. #Onresteensemble permet l’envoi de messages vidéo, à destination de grands-parents par exemple, diffusés durant les créneaux de publicité d’émissions à grande écoute, comme N’oubliez pas les paroles, Questions pour un champion ou C dans l’air.

PDF

 

 

 

     

- Analyse - 17 mai 2020 Par Romaric Godin

Comment récompenser l’utilité sociale des métiers

Emmanuel Macron se montre déjà incapable de respecter sa promesse du 13 avril de mieux prendre en compte l’utilité commune des métiers. Il est vrai que c’est pour lui une gageure, tant ces notions s’opposent à sa structure idéologique.

C’était la grande leçon du confinement. Alors qu’une immense partie de la population cessait de travailler pour demeurer chez soi, de nombreux Français restaient à leurs postes, malgré les risques, pour assurer une vie la plus « normale » possible à la nation. Se soigner, se nourrir, vivre dans des conditions décentes d’hygiène, disposer d’une infrastructure de communication performante ont été autant de services qui ont été réalisés grâce au travail d’hommes et de femmes habituellement peu visibles, rarement mis en avant et surtout fort mal rémunérés.

Éboueurs, infirmiers, caissiers, manutentionnaires, agents de nettoyage, techniciens divers ou encore routiers ont continué à travailler, souvent en s’exposant au virus, sur leurs lieux de travail et dans les transports en commun. Leur apport à la société et la nécessité de leur labeur sont devenus évidents. À quoi aurait ressemblé le confinement sans ceux qui sont venus décharger les produits et les placer dans les magasins d’alimentation, sans ceux qui ont ramassé les ordures dans les rues ou sans ceux qui ont nettoyé les divers locaux accueillant encore du public ?

PDF

 

 


17 Mai 2020 

     

- Enquête > 16 mai 2020 / Gaspard d’Allens (Reporterre)

Retour dans la nature : la vie sauvage s’est épanouie, respectons-la

Oiseaux, insectes, mammifères... Ces 45 jours d’accalmie, en pleine période de reproduction, ont permis un début de "réensauvagement". Naturalistes et organisations environnementales appellent à un déconfinement pédagogique pour éviter un afflux massif dans les espaces naturels. Et plaident pour une "nouvelle culture de l’humilité".

La faune et la flore sauvage ont bénéficié pendant deux mois d’un répit salvateur. Comme une respiration. Un temps suspendu rompant l’éternelle prédation de l’humain sur la nature. En son absence, elles ont pu s’épanouir, se développer là où on ne les attendait pas, gagnant les rues des villes, nichant dans les interstices libérées de notre emprise. Alors que la population française restait cloîtrée entre quatre murs, la nature s’est, elle, littéralement, déconfinée.

"Les animaux ont occupé des espaces qui leur étaient auparavant interdits", confirme le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg, joint par Reporterre. "C’est une situation inédite, une première dans l’histoire. Des lieux comme l’estran – la bande littorale à cheval entre les marées — n’ont pas été foulés par l’humain pendant plusieurs mois."

PDF

 

 

 

     

- POLITIQUE - Parti pris - 16 mai 2020 Par François Bonnet

Les mutations très politiques de la société française

La crise sanitaire se révèle être aussi une expérience politique tout à fait inédite. De larges pans de la société se sont mis en mouvement : auto-organisation, solidarités et initiatives multiples. Cette soudaine réappropriation d’enjeux très politiques déborde les acteurs institutionnels et les forces classiques.

On le sait, le pouvoir ne cesse de le répéter. Le déconfinement est d’abord un défi sanitaire, apprendre à vivre avec l’épidémie de Covid-19. Mais ce que l’exécutif ne dit pas est combien ces premiers jours de liberté surveillée et les mois à venir vont constituer une expérience politique tout à fait inédite.

Ouvertes par cette crise sanitaire, de multiples failles fracturent aujourd’hui des dispositifs de pouvoir et de décision jusqu’alors verrouillés. La société s’y engouffre tout entière. L’ensemble pourrait offrir des opportunités radicalement nouvelles dans les années à venir. Et, pourquoi pas, redessiner complètement le champ politique.

Car quel est l’état des lieux d’une crise extraordinaire par sa soudaineté et son ampleur ? Le pouvoir central est déliquescent, affrontant une défiance, voire un rejet, sans précédent – plus fort que partout ailleurs en Europe. Sa sous-estimation des premiers mois de l’épidémie, son impréparation, les postures guerrières d’un chef de l’État à l’épée de bois, les mensonges et les discours infantilisants : tout le monde ou presque l’a compris et le considère comme acquis.

PDF

 

 

     

- Mouvement social - par Ivan du Roy, 8 mai 2020

Entre l’omnipotence des égoïsmes et l’énergie libérée de l’entraide, qui façonnera le "monde d’après" ?

Il faudra bien plus que de sympathiques appels à "changer" pour qu’un monde meilleur puisse émerger de la crise sanitaire, sociale et économique que nous vivons.

À bas bruit, malgré le confinement, deux visions du monde se préparent à s’affronter.

Il y a celle qui nous donne de l’espoir pour la suite : les formes multiples d’entraide – individuelle ou collective, spontanée ou planifiée – qui ont émergé. D’abord illustrées par le dévouement des soignants évidemment. Faisant fi des risques de contamination pour eux et leurs proches, sans rancœur après avoir subi une année de mépris ministériel, et plusieurs décennies d’abandon progressif de l’hôpital et d’absence de reconnaissance, ils et elles se sont investis à fond dans leur mission : prendre soin de chacun et sauver le plus de vies possible.

PDF

 

 

     

- #Science - #Climat - 12/05/2020, Vincent Lucchese

Climat : des températures invivables pour l'homme atteintes plus tôt que prévu

Des conditions de température et d’humidité que le corps humain est incapable de supporter ont été atteintes pour la première fois dans l’histoire des mesures météorologiques, souligne une étude parue dans la revue Science Advances. Les climatologues n'attendaient pas l'émergence de telles conditions à cause du réchauffement avant 2050.

Des terres gelées du Groenland au désert du Sahara, l’être humain est capable de s’adapter, et même de vivre, dans des conditions extrêmes. Mais il existe une limite à l’adaptation. Des niveaux de températures et d’humidité telles que le corps humain est incapable de survivre. Que vous soyez en parfaite santé, à l’ombre, allongé, immobile, hydraté et ventilé n’y changerait rien : l’être humain meurt en quelques heures à peine dans de telles conditions. Heureusement, ces conditions n’existent plus sur Terre depuis plus de 3 millions d’années. Malheureusement, avec le réchauffement climatique, elles viennent à nouveau d’être atteintes.

PDF

 

 

 


16 Mai 2020 

     

- Publié samedi 16 mai 2020 - Opinion

Travail. Démocratiser. Démarchandiser. Dépolluer

OPINION. Que nous apprend cette crise? Qu’il faut démocratiser l’entreprise, démarchandiser le travail et dépolluer l’environnement, écrit un collectif de plus de 3000 chercheurs issus d’universités du monde entier. Leur appel urgent est publié simultanément dans les médias de 23 pays, dont "Le Temps" pour la Suisse

Que nous apprend cette crise? En premier lieu que les humains au travail ne peuvent être réduits à des "ressources".

Les caissier.ère.s, les livreur.se.s, les infirmier.ère.s, les docteur.e.s, les pharmacien.ne.s, et toutes celles et ceux qui nous ont permis de continuer à vivre dans cette période de confinement, en sont la démonstration vivante. Cette pandémie nous montre aussi que le travail lui-même ne peut être réduit à une "marchandise".

Les soins de santé, la prise en charge et l’accompagnement des plus vulnérables sont autant d’activités qui doivent être protégées des seules lois du marché, sans quoi nous risquons d’accroître toujours plus les inégalités, jusqu’à sacrifier les plus faibles et les plus démunis. Pour éviter un tel scénario, que faut-il faire? Permettre aux employés de participer aux décisions. C’est-à-dire démocratiser l’entreprise. Démarchandiser le travail. C’est-à-dire que la collectivité garantisse un emploi utile à toutes et à tous. Au moment où nous faisons face à la fois au risque pandémique et à celui d’un effondrement climatique, ces deux changements stratégiques nous permettront non seulement d’assurer la dignité de chacun, mais aussi d’agir collectivement pour dépolluer la planète et la sauver.

PDF

Un appel très opportun qui synthétise bien la problématique du "comment redémarrer".

 

 

     

- Propos recueillis par Édouard REIS CARONA, vendredi 15 mai 2020

Nicolas Vanier : "La planète, elle, n’a pas la possibilité de déposer le bilan"

L’aventurier, écrivain et réalisateur Nicolas Vanier est un écologiste convaincu. Connu pour ses expéditions dans le Grand Nord, tiré par des chiens de traîneau, il a signé plusieurs films sur les grands espaces. Il travaille actuellement à l’adaptation du feuilleton de Cécile Aubry, Poly. La crise sanitaire que nous traversons ne le laisse pas insensible.

Comment s’est passé votre confinement dans votre ferme du Loiret ?

☛ Plutôt très bien dans la mesure où, effectivement, j’ai choisi depuis très longtemps de vivre dans cette ferme qui appartenait à mon grand-père, au milieu des champs et des bois. On ne pouvait pas véritablement parler de confinement puisqu’il m’était possible, autant que je voulais, d’aller dans la forêt, respirer et écouter le chant des oiseaux qui, pour une fois, n’était pas pollué par le bruit des avions passant dans le ciel.

PDF

 

 

 

     

- Tribune - Par Un collectif, 8 mai 2020

Défendons la liberté d’informer sur le secteur agro-alimentaire

Intimidations, plaintes, procès… Enquêter sur le secteur agroalimentaire n'est pas sans risque. Un collectif appelle à soutenir la journaliste Inès Léraud, victime de ces pratiques, afin de préserver une liberté d'informer menacée.

Sur la plage de Saint-Maurice, proche de l'estuaire du Gouessant, à l'été 2011. Les algues vertes qui s'échouent sur ces rivages dégageant un gaz potentiellement mortel. Photo Fabrice Picard.VU pour Libération

Tribune. La crise sanitaire actuelle nous le montre : la vigilance pour la sauvegarde des libertés fondamentales est un combat à reprendre sans trêve. Pour certains, cet attachement semble un luxe dont on pourrait se passer quand la situation est dictée par l’urgence. Cette idée reçue constitue une erreur dangereuse. C’est pourquoi, même si tout semble nous inviter à regarder ailleurs et à s’accommoder de régressions démocratiques prétendument inévitables, il nous importe de porter à la connaissance publique une affaire qui attire notre plus grande attention.

Nous sommes des militants associatifs, agriculteurs, scientifiques, auteurs, avocats, journalistes, syndicalistes, élus, citoyennes et citoyens. Nous estimons qu’il est de notre devoir, moral et civique, de faire connaître la situation inacceptable rencontrée par la journaliste Inès Léraud. Nous appelons à la soutenir alors que des intimidations et procès visent à faire taire son activité. Plus généralement, nous entendons défendre la liberté d’informer face aux intérêts privés qui aimeraient la restreindre.

PDF

 

 

 

     

- La rédaction, 12 mai 2020

Le plan de relance "durable" de Jean-Marc Jancovici

The Shift Project, le think tank présidé par Jean-Marc Jancovici, a décidé de saisir l’opportunité de la crise sanitaire et économique pour interpeller les pouvoirs publics et l’opinion et convaincre de la nécessité d’un plan de relance pour construire une société décarbonée, plus résiliente et plus frugale. Il vient de lancer une consultation.

Jean-Marc Jancovici est une des voix qui compte en France sur les grandes questions de l’énergie. Inlassablement depuis des années, ce professeur et polytechnicien, adepte de la décroissance, dénonce les faux-semblants, les lâchetés et les partis pris idéologiques qui, selon lui, ruinent la transition énergétique. 

Le think tank qu’il préside, The Shift Project, créé en 2010, a décidé de profiter de l’opportunité de la crise sanitaire et économique que nous traversons pour interpeller les pouvoirs publics et l’opinion et bâtir le plan de relance dont il rêve pour construire une société décarbonée et plus résiliente.

"Ce n’est pas souhaitable de repartir avec notre système économique actuel, car il pose le problème de la dépendance aux énergies fossiles et il ne sera plus viable dans quelques années", explique Jean-Marc Jancovici.

Il reconnait aussi que

"la spécificité de notre approche et sa difficulté, c’est la sortie d’une hypothèse de croissance."

PDF

 

 

     

- 15 mai 2020, Régis de Castelnau

La loi Avia est évidemment une atteinte gravissime à la liberté d’expression.

Interview croisée donnée à Atlantico avec Anne-Sophie Chazaud à propos de la loi Avia et des conditions de son adoption.

Atlantico.fr : La loi Avia intervient dans un contexte où les débats d’opinion  semblent de plus en plus tendus, antagonistes, violents, avec notamment une génération rompue aux échanges vifs sur les réseaux sociaux. Pourquoi cependant cette loi n’est-elle pas adaptée au contexte actuel ?

☛ Anne-Sophie Chazaud : S’il est vrai que les réseaux sociaux sont un lieu où s’échangent parfois des propos agressifs voire violents et s’il semble exister un relatif consensus pour dénoncer ces excès, la volonté de mettre cet espace de libre parole en coupe réglée et sous contrôle inquisitorial ne fait absolument pas l’unanimité.

Les grandes plateformes internet peuvent effectivement servir de déversoir sans filtre aux propos les plus débridés. Chacun de nous en a fait l’expérience : il n’est qu’à lire parfois certains commentaires que peuvent laisser des internautes sous les articles publiés en ligne, sur les publications Youtube, ou encore les noms d’oiseaux qui peuvent s’échanger sur Twitter ou Facebook, avec parfois l’onction de l’anonymat et l’active agitation des trolls (où la Macronie n’est pas en reste), pour admettre qu’on peut à l’occasion avoir le sentiment de visiter des égouts peu ragoûtants où s’épand l’absence de capacité à argumenter selon les règles du respect, de la courtoisie, de l’humanisme et du débat contradictoire.

PDF

 

 

 

 


15 Mai 2020 

     

- Enquête > 14 mai 2020 / Gaspard d’Allens (Reporterre)

Priver les Français de nature, la société de contrôle jusqu’à l’absurde

Les deux mois qu’a duré le confinement, les Françaises et les Français n’ont plus pu sortir librement dans la nature. Et la menace de cette interdiction n’est pas dissipée. Cette politique a nécessité des moyens policiers démesurés, avec drones et hélicoptères, maltraitant les humains, qui ont un besoin vital d’accéder aux espaces naturels.

Pendant deux mois, les Français ont été privés de printemps. Assignés à résidence, les yeux collés aux écrans, ils ont été comme coupés du vivant. Depuis fin mars, plusieurs arrêtés préfectoraux ont interdit l’accès aux espaces naturels pendant toute la période du confinement. Finies les balades en forêt, les marches au bord de l’eau, le plaisir d’être dehors alors que les jours s’allongent et que la nature se réveille. Au nom de la lutte contre la pandémie, les Français ont été arrachés à leurs biens communs.

La situation se poursuit aujourd’hui. Avec le déconfinement, le littoral reste sous haute surveillance. Les bivouacs en montagne restent interdits en Savoie et en Haute-Savoie. Les parcs urbains et périurbains sont inaccessibles dans les départements classés rouge. Et ce qui a été ré-autorisé dans les départements verts reste incertain : par un décret publié le 11 mai 2020, le gouvernement permet aux préfets de réinstaurer à tout moment une réglementation identique à celle en vigueur pendant le confinement.

PDF

 

 

     

- Chronique > 14 mai 2020 / Corinne Morel Darleux (Reporterre)

Au temps du coronavirus, où est la frontière entre fiction et réalité ?

Notre chroniqueuse, qui vit dans un village drômois, fut en proie à un sentiment d’incrédulité durant ce confinement. Des violences policières aux livraisons absurdes, des plages fermées à la pénurie de masques... Comment survivre à une telle dose d’absurdité ?

Lors d’une de ces réunions en visioconférence qui ont émaillé nos semaines de confiné-es, un ami syndicaliste nous faisait remarquer que la pandémie ne construisait pas de vécu commun. Cette phrase toute simple m’a semblé très juste. Selon que l’on vit en ville, dans un pavillon ou un studio, dans un quartier de banlieue ou à la campagne, selon qu’on a des enfants ou non, des ressources financières évidemment, mais aussi selon que des proches sont décédés ou non, selon son âge et ses pathologies, l’inquiétude n’est pas la même. Les conditions d’existence en période de confinement et la possibilité même de la distanciation physique non plus, de toute évidence. La présence du virus ne se vit pas avec la même acuité.

Dans un petit village aux confins de la vallée de la Drôme, la pandémie touche parfois même au phénomène de “suspension de l’incrédulité” (suspension of disbelief). Ce terme désigne l’opération mentale qui consiste à accepter, le temps d’une fiction, de désarmer son esprit rationnel pour mieux se plonger dans l’imaginaire. C’est ainsi qu’on accepte le temps d’un film ou d’un roman que des cygnes se mettent à parler, des chiens à voler ou des gouvernements à reconnaître leurs erreurs sans en questionner la véracité. C’est la joie de l’improbable, de l’absurde, de la prestidigitation.

PDF

réflexion salutaire : comment sortir de tant d'absurdité dans laquelle un autoritarisme obtus et débridé tente de masquer incompétence, incurie et rapacité ? Comment rendre aux urbains le sens de la vie, tel qu'on le (re-)connaît à la campagne ?

 

 

     

- Opinions - Contribution externe- Publié le 15-05-2020

Perdre 6000 enfants par jour à cause du coronavirus est inacceptable

Une opinion de Koen Van Bockstal, directeur général d'Unicef Belgique.

Six mille. Par jour. En plus. La pandémie de Covid-19 peut nous coûter très cher. Pas directement à cause du coronavirus, non. Tandis que le Covid-19 continue d’affaiblir les systèmes de santé, d'autres maladies évitables, gagnent à nouveau du terrain dans le monde entier.

1,2 million d’enfants peuvent décéder au cours des six prochains mois du fait d’un recul mondial de la couverture des services de santé vitaux tels que les services de planification familiale, les soins prénatals et postnatals, les vaccins et les soins préventifs. A titre de comparaison, 614 074 enfants de moins de 5 ans vivent aujourd'hui en Belgique. Donc, la moitié de ce nombre.

Le chiffre "habituel" de 2,5 millions d'enfants de moins de 5 ans qui meurent tous les six mois est déjà criant. Presque 50% de plus ? De causes évitables ? C'est inacceptable pour l'Unicef. Mais si les enfants sont en danger, les mères le sont aussi. Au cours de la même période, 56 700 décès maternels pourraient également subvenir.

PDF

 

 

 

     

  - 14 mai 2020 - Sources : france3 Aquitaine, Entretien par Marie Neuville 

Barbara Stiegler : “la crise sanitaire actuelle est le pur produit du néolibéralisme”

❐ En cette journée de printemps Barbara Stiegler est radieuse. Le succès qu’elle remporte actuellement n’enlève rien à la simplicité qui est naturellement la sienne. Avant le confinement, ses conférences faisaient déjà un carton.

Il y a deux ans, la spécialiste de Nietzsche s’installe à Bordeaux où elle enseigne depuis quinze ans, (elle y est responsable du master : soin, éthique et santé). A cette époque elle n’imagine pas à quel point la société va traverser de telles turbulences.

Et alors qu’elle découvre la capitale girondine son quotidien est confronté aux mobilisations citoyennes. Elle va s’en faire le témoin privilégié.Entretien par Marie Neuville 
 
 
La crise sanitaire semble être le révélateur des failles du modèle néolibéral français de la santé publique. Vous l’aviez expliqué dans votre livre "Il faut s’adapter". Etait-ce prémonitoire ?

☛ Barbara Stiegler : Je n’ai eu aucune prémonition, j’ai même pris tardivement la mesure de cette pandémie. Mais c’est vrai sur le fond, mon livre démontre l’écueil du modèle néolibéral, un choix qui entraîne l’explosion des mobilités, l’accélération des rythmes, la compétition effrénée pour les ressources, autant de facteurs qui conduisent à une destruction des systèmes, qu’ils soient sanitaires, éducatifs, sociaux ou qu’ils touchent des corps vivants et des écosystèmes.
Des crises comme celle-là vont se reproduire si on ne change pas.

PDF
 

 

 

     

- Santé - Enquête - 14 mai 2020 Par Pascale Pascariello, Antton Rouget, Alexander Abdelilah, Guillaume Krempp et Robert Schmidt (We Report)

“Le virus se propage”, “il faut dépister”: ces alertes de médecins qui ont été ignorées

L’épidémie de Covid-19 circulait déjà dans la population française fin février, selon une enquête de Mediapart. Extrêmement restrictive, la stratégie de dépistage nationale a empêché de détecter cette réalité. Les autorités ont alors pris plusieurs semaines de retard décisives dans la lutte contre la propagation.

Tout est allé si vite dans la vie d’Alain*, informaticien en Haute-Loire. Le 28 janvier, sa femme, Lucie*, qui travaille dans un cabinet d’expertise-comptable, se sent fatiguée. Elle tousse, ressent des maux de tête et une perte de goût. Trois jours plus tard, son médecin traitant lui diagnostique une grippe sévère, "il faut que tu te reposes”.

Le 1er février, c’est au tour d’Alain de ressentir le même coup de fatigue. Le 3 février, le médecin le place en arrêt et lui prescrit une radio des poumons. Résultat : "syndrome grippal". Le jour suivant, "c’est une journée infernale, on tousse au point de s’étouffer". Le 6, "ça va un peu mieux" : Alain retourne même au travail. Le 8 février, Lucie recommence à tousser. À 14 heures, elle s’étouffe et décède dans les bras de son mari avant même l’arrivée des secours. Les massages cardiaques n’y feront rien.

Lucie est morte au terme d’une "vie saine consacrée à nos enfants, notre famille, nos amis et notre travail", raconte son époux. Elle avait 51 ans, ne présentait pas d’antécédents médicaux, et ne rentrait pas d’un séjour en Chine. Près de quatre cents proches, amis, collègues et connaissances se sont pressés à son enterrement, dans l’église de son village.

PDF

 

 

 


14 Mai 2020 

     

- Tribune > 13 mai 2020 / Nancy Huston

Ces hommes qui aspirent à la croissance infinie et au contrôle total sont des monstres purs

Pour l’écrivaine Nancy Huston, "nous avons tendance à innocenter les responsables en raison de leur puissance". Les responsables des crises que nous vivons, ce sont ceux qui refusent la fragilité de la vie et veulent dominer la "Nature" — "une forme de mégalomanie spécifiquement masculine".
Nancy Huston est une romancière franco-canadienne. Elle a écrit de nombreux romans dont Cantique des plaines (Actes Sud, 1993), Lignes de faille, (Actes Sud, 2009) et Rien d’autre que cette félicité (Parole, 2019).

Lentigny (Loire), le 24 avril 2020 — Je suis en train de lire Le Dernier Homme de Mary Shelley, roman d’anticipation qui, paru en 1826, raconte un épisode de la peste qui efface purement et simplement l’espèce humaine en l’an… 2100 !

Cette écrivaine britannique, que nous connaissons surtout comme l’auteure de Frankenstein , doit sans doute son imagination débridée au fait que sa vie a baigné dans la mort dès le jour de sa naissance. Sa propre mère, la penseuse féministe Mary Wollstonecraft, meurt de fièvre puerpérale dix jours après l’avoir mise au monde. Quand Mary [alors Wollstonecraft Godwin] n’a que dix-sept ans, mais vit déjà [hors mariage] avec le poète Percy Bysshe Shelley, elle donne le jour à sa première enfant, une fille qui meurt dix jours plus tard. Sa demi-sœur meurt ensuite d’une overdose de somnifères. Puis l’épouse de Shelley, Harriet, se noie par désespoir alors qu’elle est enceinte de cinq mois [vingt jours après la mort de Harriet, fin 1816, Percy Bysshe Shelley épouse Mary, qui prend alors son patronyme]. Frankenstein paraît en 1818 quand Mary a vingt ans ; ses deux autres enfants mourront dans les deux années qui suivent, et, peu après, le poète lui-même se noiera accidentellement. Après cette série presque invraisemblable de deuils précoces, la jeune femme n’a sans doute le choix qu’entre dépression et résilience — elle choisit la résilience.

PDF

 

 

     

- Édito > 12 mai 2020 / Hervé Kempf (Reporterre)

Le monde d’après sera un champ de bataille

Le système dominant n’est pas prêt à laisser le monde d’après prendre la voie écologique. Le "monde d’après" est riche d’idées, mais elles ne sont pas partagées par tous. Des choix clairs ne passeront que par des rapports de force difficiles.

Sortons-nous d’un sas entre deux mondes, comme le plongeur qui remonte des abysses et revient à l’air libre, ou comme le cosmonaute qui, après le vide de l’espace, retrouve la capsule salvatrice ? C’est l’impression qu’on pourrait avoir, en ces premiers jours de déconfinement, après deux mois d’une expérience hors du commun. Il y aurait eu le monde d’avant le confinement, et il y aurait le monde d’après.

C’est ce que l’on imaginait, à la fin du mois de mars, quand on a compris que se produisait une extraordinaire mise à l’arrêt de l’économie mondiale, un temps de suspension, une grève générale spontanée. Nous étions tout à la fois pétris par l’anxiété générée par cette maladie inconnue, mais passionnés de découvrir que… tout pourrait changer ! Il y a eu, après la sidération, un moment d’enthousiasme, alors que les griots habituels du capitalisme se taisaient, un moment où l’on a rêvé à tout ce que l’on pourrait faire de neuf. Même le Financial Times, un des organes de presse majeurs de l’oligarchie, se laissait aller à des prescriptions qui n’auraient pas détonné dans Politis ou L’Humanité : "Des réformes radicales — inversant l’orientation politique dominante des quatre dernières décennies — devront être mises sur la table", écrivait-il le 3 avril (en anglais).

PDF

 

 

 

     

- Mai 2020, page 3 - par Chantal Mouffe 

Controverse sur le populisme de gauche

Ce que Pierre Rosanvallon ne comprend pas

La crise sanitaire a rouvert la chasse aux “populistes”. À l’instar des caricatures — MM. Donald Trump et Jair Bolsonaro —, ils mépriseraient la science, la séparation des pouvoirs, la complexité, l’État de droit. Avocat d’une démocratie apaisée, consensuelle, Pierre Rosanvallon reprend à son compte certaines de ces critiques, arbitraires, du populisme. Une théoricienne réputée de ce courant lui répond.

Vassily Kandinsky. — "Gegenklänge" (Accords opposés), 1924 - Photographie : Centre Pompidou, MNAM-CCI - RMN-Grand Palais

Dans son récent ouvrage Le Siècle du populisme, Pierre Rosanvallon s’étonne du fait que, contrairement aux autres idéologies de la modernité comme le libéralisme, le socialisme, le communisme ou l’anarchisme, le populisme ne se rattache à aucune œuvre d’envergure. Il s’agirait pourtant, selon lui, d’une proposition politique dotée d’une cohérence et d’une force positive, mais qui n’a été ni formalisée ni développée.

Dans son livre, Rosanvallon se propose de définir la doctrine populiste et d’en faire la critique.

Cette doctrine, il la construit de manière arbitraire, à partir d’éléments provenant de sources très hétérogènes et en reprenant les clichés déjà exposés dans la plupart des critiques du populisme.

PDF

 

 

 

     

- L’EXPRESSO - Groupe Grenelle, 14 Mai 2020

Tribune : Des hauts fonctionnaires du ministère dénoncent le projet réactionnaire de JM Blanquer

"Nous observons, consternés, un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs et ne pouvons nous taire".

C'est un groupe d'une quinzaine de hauts fonctionnaires de ce même ministère (Dasen, inspecteurs généraux, cadres du ministère) qui nous a fait parvenir cette tribune. Les mentions de deux rapports internes non publiés de l'Inspection générale montre l'origine du texte. Ils dénoncent une "mise au pas" du ministère qui va des cadres aux enseignants de terrain astreints à suivre des guides pédagogiques.

Plus que "l'aveuglement scientiste" de ce dernier, ils démontent les politiques menées par JM Blanquer depuis 2017.

D'abord sur l'enseignement professionnel, officiellement "réévalué", alors que s'applique en fait un véritable hold up sur l'avenir des jeunes des lycées professionnels à qui on ferme toute perspective de poursuite d'études. Même logique pour les autres lycéens, engagés avec les E3C dans une course perpétuelle à la performance qui élimine les faibles. La "priorité au primaire", proclamée par JM Blanquer, est en fait la "priorité aux maternelles privées", favorisées par la loi Blanquer.

PDF

 

 

     

- Flash Eco - Par Le Figaro avec AFP, 13/05/2020

Aux États-Unis, les hôpitaux licencient car la pandémie rapporte moins

Près d'un million et demi de personnes ont perdu leur emploi depuis mars dans le secteur de la santé aux Etats-Unis, dont 135.000 dans les hôpitaux, les revenus de ces derniers ayant été amputés par la chute du nombre de patients non-Covid-19.

Depuis mars, les opérations et examens non urgents ont été annulés dans la plupart des hôpitaux du pays. Le confinement a réduit le nombre d'accidents, et beaucoup de patients souffrant de maladies chroniques évitent les hôpitaux par crainte d'être contaminés par le nouveau coronavirus.

A New York, des soignants de toutes spécialités, voire du reste du pays, ont prêté main forte pour gérer le tsunami de patients Covid-19. Mais dans d'autres régions moins frappées par la pandémie, des hôpitaux se sont retrouvés avec des lits vides.

A Miami, les urgences de l'hôpital pour enfants n'accueillent plus qu'une centaine de personnes par 24 heures, au lieu du double auparavant. Les vacations des infirmières non salariées ont été supprimées début avril, comme celles de Dayna James, 40 ans, qui travaillait aux urgences deux jours par semaine.

PDF

ou la logique capitaliste menée à son terme le plus absurde et mortifère : le rêve de nos dirigeants, non ?

 

 

 

     

- Ce post a juste vocation à susciter l'esprit critique et nous faire réfléchir - trouvé sur Facebook le 14/5/2020

❐ Ce texte n'est pas de moi (auteurs en fin de page) mais il me semble intéressant de le partager!! Bonne lecture.

La confusion organisée, selon Hannah Arendt

Edouard Philippe, Premier ministre, a annoncé samedi qu’il existe un “risque sérieux” d’une “seconde vague”, potentiellement plus meurtrière que la première :

“Le risque d’une seconde vague, qui viendrait frapper un tissu hospitalier fragilisé, qui imposerait un re-confinement, qui ruinerait les efforts et les sacrifices consentis […], est un risque sérieux”, a-t-il déclaré lors de la présentation du plan de déconfinement à partir du 11 mai.

Au même moment, le Pr Didier Raoult, spécialiste en épidémies, disait exactement le contraire :

“La deuxième vague, c’est de la science-fiction”.

Lorsque, en tant que citoyen “de base”, vous vous faites ainsi ballotter par des informations contradictoires, sans aucun moyen de savoir qui dit vrai, c’est le signe que vous êtes en danger, selon la philosophe Hannah Arendt, rescapée du nazisme et spécialiste des systèmes totalitaires.

PDF

 

 


13 Mai 2020 

     

- Info > 13 mai 2020 / Célia Izoard (Reporterre)

Réouverture des écoles : les mesures préconisées sont "inhumaines"

Un mètre de distance entre chaque élève, repas sans contact physique, interdiction de jeux collectifs… Le protocole prévu pour la réouverture des écoles semble lunaire. "Le plus grave, ce ne serait pas d’échouer à faire respecter ces règles. Ce serait, évidemment, de réussir", dit une institutrice.

Tarn, correspondance - Il y a quinze jours, une directrice de maternelle du Tarn-et-Garonne a été démarchée par une entreprise proposant, pour l’école à l’heure du Covid-19, des cloisons en carton à clipser aux tables pour séparer les enfants dans des box. L’idée lui a paru délirante, elle en a ri. "Vous vous rendez compte ? On nous propose de mettre nos élèves dans des boites en carton maintenant !”

Entre-temps, le personnel enseignant a découvert le protocole sanitaire de l’Éducation nationale régissant la reprise des petites classes à partir du 11 mai. Il impose un mètre de distance entre chaque élève à tout moment de la journée, la prise de repas sans contact physique, l’interdiction des jeux collectifs et des échanges d’objets entre enfants. En plus d’organiser un sens de circulation avec marquage au sol, il faut "nettoyer et désinfecter plusieurs fois par jour poignées de porte… interrupteurs… sanitaires", "tout objet manipulé après utilisation". Et si les enfants courent, maintenir entre chacun une "distanciation de dix mètres". Ces obligations s’appliquent aux petits de trois ans comme à ceux de dix, et les mairies ont commencé à commander des demi-cubes en plexiglas pour isoler les enfants pendant les repas.

PDF

Pourquoi faut-il toujours sacrifier les enfants ? Les dégâts psychologiques du confinement sur les tout petits ne sont même pas évalués qu'on leur pourrit l'évasion ??? Quand les décisions concernant la vie pratique de ce pays seront-elles confiées aux acteurs de cette vie pratique ??? Ce à quoi on assiste est toujours aussi révoltant :

 

 

 

 

     

- Ma vie au poste - Samuel Gontier, publié le 12/05/2020.

À la télé, le déconfinement se passe merveilleusement bien (1/2)

Ma vie au poste, le blog de Samuel Gontier La France croule sous les masques, C8 et CNews militent pour le déconfinement de la bêtise

Dimanche, alors que les éditorialistes des chaînes d’info tancent les enseignants et plaignent les chefs d’entreprise, France 2 et Laurent Delahousse prévoient une reprise parfaitement organisée des transports, du travail et des écoles.

Chronique du déconfinement, en deux parties.

"Le ministre de l’Éducation se satisfait que demain 50 % des professeurs seront à pied d’oeuvre", se désole David Doukhan, du Parisien, interrogeant Sibeth Ndiaye dimanche midi sur BFMTV. "Je ne comprends pas." C’est aberrant. "Pourquoi c’est pas 100 % ?" C’est ahurissant. "Est-ce que seulement 50 % des caissières sont allées sur le front, est-ce que seulement 50 % des policiers sont allés travailler ?"

Certainement pas. Ces professions ne comptent pas 50 % de tire-au-flanc.

"Que se passe-t-il avec les profs en ce moment ?"

Il se passe, comme toujours, que ce sont des feignants.

PDF

 

 

 

     

- © Reporters - Santé - AFP - Publié le 13-05-2020

Coronavirus: voici les deux symptômes les plus fréquents en Europe

Les maux de tête et la perte d'odorat sont les symptômes les plus fréquents du Covid-19 chez les patients européens atteints d'une forme légère à modérée, selon une étude qui souligne que la maladie prend des formes différentes selon l'âge et le sexe. 

Sept malades sur dix ont été atteints par chacun de ces deux symptômes, conclut l'étude publiée dans le Journal of Intern Medicine et réalisée auprès de plus de 1.400 patients avec une infection par le nouveau coronavirus confirmée par un test de dépistage.

Les autres symptômes les plus fréquents étaient le nez bouché (67,8%), la toux (63,2%) et la fatigue (63,3%), suivis par les douleurs musculaires (62,5%), le nez qui coule (60,1%) et une perte de goût (54,2%). En revanche, la fièvre n'a été signalée que par moins de la moitié des patients (45,4%).

PDF

 

 


12 Mai 2020 

     

- Une vie, une oeuvre par Romain Masson - Émission de 2018

Pierre Desproges (1939-1988) - "Je ne suis pas n’importe qui"

“Il ne suffit pas d'être heureux. Encore faut-il que les autres soient malheureux.“

Trente ans après sa mort, portrait intime par ses proches d’un homme tendre et angoissé, à l’humour sans ambiguïté ni concession :

"me courber me fait mal au dos. Je préfère rester debout".

Inclassable trublion, spécialiste des blagues potaches, éternel gamin dans la vie de tous les jours, roi de la provocation, père attentionné, amateur de bon vin, travailleur acharné, écorché, grand pessimiste, bon vivant… Pierre Desproges surprend par ses multiples facettes, parfois contradictoires.

“J’ai le plus profond respect pour le mépris que j’ai des hommes.” - Fonds de tiroir, Éditions du Seuil.

Mort en pleine gloire voilà trente ans, Pierre Desproges nous parle toujours. Bien sûr, certains textes, très liés à l'actualité, ont vieilli. Mais beaucoup d'autres, qui traitent de thèmes universels et chers à l'humoriste, résonnent encore aujourd’hui. 

“Tout dans la vie est une affaire de choix, ça commence par la tétine ou le téton, ça se termine par le chêne ou le sapin.“ Textes de scène, Éditions du Seuil.

PDF

 

 

     

- 11 mai 2020, Régis de Castelnau

Décideurs publics devant le juge pénal : réponse à Éric Zemmour et à quelques autres

Un certain nombre de spécialistes, de beaucoup de choses, mais semble-t-il pas de droit pénal, Éric Zemmour en tête, se sont élevés contre l’hypothèse de poursuites des ministres élus et fonctionnaires devant le juge pénal pour les fautes commises dans l’exercice de leurs responsabilités dans la gestion de la pandémie Covid 19. Le principal argument consistant à dire que le contrôle de l’exécutif relève du Parlement et que le recours au juge pénal n’est pas conforme à la séparation des pouvoirs. Cette position passablement rustique repose, outre la volonté de mettre leurs amis du pouvoir défaillant à l’abri, sur une double confusion sémantique.

Alors rappelons que le Parlement contrôle et que le juge… juge. Les mots ont un sens, et ce n’est pas la même chose.

Le Parlement dans ses prérogatives de contrôle du gouvernement apprécie éventuellement des erreurs au nom des citoyens qui l’ont mandaté, et les sanctionne en votant la censure. Le juge établit des fautes prévues dans le code pénal et les sanctionne d’une peine prononcée en application du même code, le tout à la demande du parquet et des victimes.

Le Figaro m’a demandé mon avis. Je reproduis ci-dessous mes réponses. Avec une petite mise à jour concernant la dernière question relative à la triste pantalonnade de la tentative d’auto-amnistie préventive voulue par un pouvoir terrorisé à l’idée d’avoir à rendre des comptes sur son incroyable incurie.

PDF

 

 

 

     

- Alternatives > 12 mai 2020 / Hortense Chauvin et Lorène Lavocat (Reporterre)

Vélo, sécurité alimentaire, taxation des riches.. La sphère écolo pousse pour un "après" plus vert

La pandémie, en révélant les failles du fonctionnement néolibéral de notre société, a ouvert la voie aux appels et propositions pour un "monde d’après" différent. Les initiatives, issues des associations, des syndicats ou des partis politiques, se multiplient. Mobilité, agriculture, urgence sociale, éducation, santé, financement, Reporterre a recensé une partie des propositions récentes.

Le 16 mars dernier, Emmanuel Macron affirmait solennellement que "le jour d’après ne [serait] pas un retour au jour d’avant". Le président s’en mordrait-il les doigts ? Car si le gouvernement semble bien décidé à privilégier le sauvetage des entreprises, associations, syndicats et partis l’ont pris au mot. Depuis quelques temps déjà se multiplient les appels et les propositions pour le "monde d’après”.

Rien que la semaine du 4 mai, pas moins de six initiatives ont vu le jour, portées par des ONG, des laboratoires d’idée (think tanks) ou des organisations politiques. Sans oublier l’offensive médiatique de Nicolas Hulot, le 6 mai, qui a déployé ses "100 principes pour créer un élan collectif". Dernier en date, un recueil illustré intitulé Et si… ?, porté par Alternatiba, esquisse "ce à quoi pourrait ressembler le monde de demain si était mise en œuvre la métamorphose écologique et sociale de nos territoires".

PDF

 

 

 

     

- Épidémie - par Rachel Knaebel, 7 mai 2020 - Photo : © Anne Paq

Ficher les patients Covid et leur entourage : des médecins dénoncent "un précédent très dangereux"

Demander aux médecins généralistes de saisir dans un fichier les noms et coordonnées des personnes contaminées au Covid-19 et de leurs contacts : c’est ce que prévoit le projet de loi de prolongation de l’état d’urgence sanitaire. "Soigner n’est pas ficher, soigner n’est pas contraindre !" dénoncent des médecins.

Les médecins généralistes n’avaient pas vraiment été intégrés dans la stratégie de lutte contre la contamination. Le gouvernement fait désormais appel à eux pour pister, voire ficher, les patients après le déconfinement. Le projet de loi de prolongation de l’état d’urgence sanitaire, en discussion cette semaine au Parlement, prévoit que les généralistes "participent à la mise en oeuvre" d’un système d’information sur les "personnes atteintes par ce virus et aux personnes ayant été en contact avec elle".

"L’Assurance maladie demande aux médecins généralistes de collecter des données personnelles sur leurs patient·e·s atteint·e·s du coronavirus, mais également sur leurs proches et les personnes avec lesquelles ils et elles sont en contact", note le Syndicat de la médecine générale (SGM), minoritaire dans la profession et qui défend une vision sociale de la médecine.

PDF

 

Statistiques sur la pandémie au 11/5

 

 

     

- Tribune - Par Claire Desmares-Poirrier , Paysanne, activiste de la ruralité positive, 12 mai 2020

Lettre d’une néo-rurale aux candidats à l’exode urbain

Canicule, pandémie, est-ce cela vivre en ville ? Devoir fuir à chaque menace ? Non, si nous imaginons un "monde d'après" rural, solidaire, connecté et ouvert.

A la Couvertoirade, en Aveyron. Photo Jacques Pierre. Hemis

Lettre d’une néo-rurale aux candidats à l’exode urbain

Tribune. On parle d’un million de Franciliens qui ont quitté la ville à l’annonce du confinement. Et demain, combien feront le chemin inverse ?

Si vous hésitez encore à prendre la route du retour, je vous en supplie, oubliez ça ! Il n’y a plus rien à construire en ville, ce qui vaut vraiment la peine est là, sous vos yeux. Car dans toutes les grandes agglomérations flotte un même sentiment : la vulnérabilité. Après la canicule de l’été dernier, la pandémie, finalement c’est ça vivre en ville, devoir fuir à chaque menace, tous les six mois.

Et vous qui avez passé deux mois enfermé, par responsabilité pour ne pas propager le virus, pour un emploi qui ne se télétravaille pas, ou faute de point de chute ailleurs, où en êtes-vous ?

PDF

 

 

 


11 Mai 2020 

     

- 11th May 2020, by George Monbiot, published in the Guardian 8th May 2020

Michael and Me

How did the radical film maker Michael Moore become a hero of the far right?

Denial never dies; it just goes quiet and waits. Today, after years of irrelevance, the climate science deniers are triumphant. Long after their last, desperate claims had collapsed, when they had traction only on alt-right conspiracy sites, a hero of the left turns up and gives them more than they could have dreamt of.

Planet of the Humans, whose executive producer and promoter is Michael Moore, has now been watched 6 million times on YouTube. The film does not deny climate science. But it promotes the discredited myths that deniers have used for years to justify their position. It claims that environmentalism is a self-seeking scam, doing immense harm to the living world while enriching a group of con artists. This has long been the most effective means by which denial – most of which has been funded by the fossil fuel industry – has been spread. Everyone hates a scammer.

PDF

 

 

     

- 11 mai 2020, par Jean François Corty - Blog : Le blog de Jean François Corty

Inégalités face à la mort et Covid-19, l’histoire d’une arrogance collective

La mort depuis quelques semaines s’invite tous les soirs, l’habitude était pourtant de vivre l’instant. L’épidémie de Covid 19 révèle aussi des inégalités face à la mort et l’incapacité de notre société de respecter la dignité humaine des plus vulnérables dans l’épreuve. Par Smain Laacher, sociologue et Jean-François Corty, médecin.

La mort depuis quelques semaines s’invite tous les soirs à heure fixe. Elle nous signifie sa présence : en hausse, en baisse, ou sous forme de "plateau". Le décompte est impeccable, tenu au mort près. Avalanche de chiffres et de pourcentage pour nous rappeler combien le virus est actif et la menace réelle.

L’habitude était prise pourtant de vivre l’instant. L’habitude était d’avoir perdu la mémoire, de beaucoup de choses et d’évènements dont les épidémies récentes. La "grippe de Hong Kong" a fait, souvenons-nous, plus de 30 000 morts en France à la fin de l'année 1969. Une éternité ? Elle a provoqué, selon l’OMS, la mort d'un million de personnes à travers le monde. Comment peut-on garder la mémoire de cet évènement ? A-t-on fait l’effort approprié pour le constituer et le penser comme une chance extra-ordinaire de mieux faire face aux catastrophes sanitaires a-venir ?

PDF

 

 

     

- Politique - Natacha Polony, Directrice de la rédaction, publié le 07/05/2020

Contrôler des crétins ou informer des hommes libres

"Aujourd'hui se pose la question de notre retour à la vie. Et l'on se gardera de ces discours va-t-en-guerre sur l'héroïsme et les couards. Il est parfaitement légitime de craindre pour soi et pour les siens. Car justement, il n'est pas question du front mais de la vie. Et de la juste mesure entre l'inconscience et la trouille.”

"Qui apprendrait aux hommes à mourir leur apprendrait à vivre."

Cette phrase de Montaigne résonne étrangement à nos oreilles alors que les sociétés occidentales ont redécouvert brutalement la fragilité de nos existences. La promesse de progrès continu du bien-être, qui est au cœur du capitalisme consumériste, repose sur un fantasme de toute-puissance et de maîtrise absolue de la nature que le dérèglement climatique et la disparition de la biodiversité avaient déjà largement attaqué, mais qui se heurte désormais à un virus insaisissable et trompeur. Le premier réflexe fut de s'en remettre entièrement à "ceux qui savent", sans que l'on sache très bien s'il fallait inclure sous cette appellation les praticiens (hospitaliers, bien sûr, car les médecins de ville ont été méprisés tout au long de cette crise), les épidémiologistes (dont la science est celle des projections plus ou moins aléatoires) ou l'administration de la santé (qui a apporté de multiples preuves de sa capacité à prescrire tout et son contraire). Quoi qu'il en soit, l'urgence était non pas d'éviter des millions de morts, le virus ne nous promettait pas une telle hécatombe, mais d'éviter des morts dont nous savions qu'elles étaient évitables.

PDF

 

 

     

  via  - Politique - Source : Vu du Droit, 4 mai 2020

Auto-amnistie préventive de la Macronie : technique du coup d’éponge – par Régis de Castelnau

Toute la presse a répercuté les inquiétudes qui se sont fait jour au plus haut sommet de l’État concernant la mise en cause de la responsabilité pénale des décideurs publics de l’État (ministres et hauts fonctionnaires) dans le traitement de la crise du Covid 19. Jusqu’au président de la République qui a été jusqu’à fustiger, en les traitant d’irresponsables, les victimes qui osaient d’ores et déjà saisir les tribunaux pour faire valoir leur droit fondamental de s’adresser à la justice.

C’est chose normale, légitime et la marque d’un État de droit. Le Parlement contrôle l’activité politique du gouvernement, le juge pénal est saisi des fautes pénales commises par les personnes.

PDF

 

 

 

 

     

- Muriel Moreau - Kiko Kilovolt

Hannah HARENDT

Pour ne pas nous laisser mener par le bout du nez

Edouard Philippe, Premier ministre, a annoncé samedi qu’il existe un “risque sérieux” d’une “seconde vague”, potentiellement plus meurtrière que la première :

“Le risque d’une seconde vague, qui viendrait frapper un tissu hospitalier fragilisé, qui imposerait un re-confinement, qui ruinerait les efforts et les sacrifices consentis […], est un risque sérieux”, a-t-il déclaré lors de la présentation du plan de déconfinement à partir du 11 mai.

Au même moment, le Pr Didier Raoult, spécialiste en épidémies, disait exactement le contraire : “La deuxième vague, c’est de la science-fiction”.
Lorsque, en tant que citoyen “de base”, vous vous faites ainsi ballotter par des informations contradictoires, sans aucun moyen de savoir qui dit vrai, c’est le signe que vous êtes en danger, selon la philosophe Hannah Arendt, rescapée du nazisme et spécialiste des systèmes totalitaires.

PDF

 

 


10 Mai 2020 

     

- Numérique - Sociologie - 24.04.2020, par Lydia Ben Ytzhak

“Il n’existe pas d’application capable de remplacer une politique de santé publique”

Le sociologue Antonio A. Casilli nous livre son regard sur l’utilisation d’outils numériques par de nombreux pays pour accompagner le déconfinement.

Membre de l’Institut interdisciplinaire de l'innovation et chercheur associé à l’Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain, vous étudiez depuis 2009 les effets des plateformes et des outils numériques sur la société et la vie privée. Alors que l'on commence à préparer le déconfinement en France, quels sont les différents scenarii observés dans le monde ?

☛ Antonio Casilli : La première possibilité est de ne suivre que les personnes infectées et d’en restreindre la circulation. C'est le cas en Corée du Sud où les itinéraires des personnes contaminées sont reconstruits grâce aux données des mobiles et des cartes bleues. Hong Kong, quant à lui, impose désormais des véritables bracelets électroniques pour assurer le respect de la quarantaine par les personnes venant de l’étranger. Ensuite, il y a la possibilité de suivre tout le monde. En Chine, cela a été réalisé via les données de géolocalisation des citoyens de Wuhan, obtenues par les télécoms d’État. De son côté, Singapour a mis en place une application, TraceTogether, basée sur le Bluetooth. Même si elle ne géolocalise pas les usagers, elle relève toutes les personnes croisées sur une période de 14 jours. Elle a été très faiblement adoptée, par 12 % de la population. Impossible donc d’en évaluer l’efficacité contre le virus. La France, à l'instar d’autres pays européens, s’oriente vers cette même technologie, avec une application Bluetooth, StopCovid, dont l’installation serait volontaire mais qui aurait vocation à être adoptée par tout le monde, et pas seulement les personnes en quarantaine.

PDF

 

 

 

 

 

     

- - 25/2/2020 - Gaël Giraud, Nicolas Dufrêne, Pierre Gilbert

Comment financer une politique ambitieuse de reconstruction écologique ?

Si l’importance cruciale de la reconstruction écologique de nos sociétés n’est plus à démontrer et fait l’objet d’un large consensus, son ampleur, son financement et les modalités de sa mise en œuvre demeurent très largement discutés, ce qui en fait un objet politique de toute première importance. Une véritable reconstruction écologique suppose en effet des moyens financiers importants, difficiles à mobiliser sans une action déterminée de l’État, des banques centrales et des institutions financières publiques afin de compenser ce que le marché seul ne pourra pas réaliser. Une telle action ne peut que reposer sur une vision différente de la politique monétaire et budgétaire sur les plans théorique et pratique. Cette note propose des solutions concrètes pour parvenir à un financement adéquat de la reconstruction écologique, en distinguant ce qui peut être effectué dans le cadre juridique et financier européen actuel et ce qui pourrait être obtenu en allant au-delà de ce cadre. Elle insiste également sur la différence d’ambition entre le Green deal présenté aujourd’hui au niveau européen et le Green New Deal tel qu’il est souhaité par de nombreux acteurs.

PDF

 

 

 

 

 

     

- "Manière de voir" #148 • août - septembre 2016, par Evelyne Pieiller

Artistes, domestiqués ou révoltés ?

Quand le New Deal salariait les artistes

A l’aube du XXe siècle, il avait fallu panser — et surtout penser — les grandes blessures infligées au narcissisme de l’homme moderne par la théorie de l’évolution, le marxisme et la psychanalyse. Ce fut violent et, sur fond de transformation de leur rôle et de leur statut social, les artistes choisirent entre la tour d’ivoire, la place de déchiffreur des secrets de leur “moi” ou du monde, ou au contraire la mission d’énonciateur de la réalité commune. Mais les millions de morts d’une guerre mondiale dont l’absurdité se fait jour, la naissance de l’URSS, la recomposition de l’Europe, la montée du fascisme obligent à reformuler le questionnement. L’art doit-il, peut-il être engagé ? Y a-t-il une vérité objective ? Comment traduire l’aspiration à la révolution sociale par une révolution esthétique ? En bref, et pour schématiser : figuration ou abstraction, réalisme ou formalisme ?

Période saisissante où, avec le surréalisme, le futurisme, l’expressionnisme, le Bauhaus, etc., les codes de représentation et d’expression, intégrant pour certains les ressources des arts "populaires", cinéma et music-hall, sont bouleversés.

Quant à la définition du rôle de l’art, l’histoire va hâter les réponses. La notion d’art dégénéré, articulée par les nazis en 1933, et le concept de réalisme socialiste, imposé principalement par Andreï Jdanov en URSS, conduisent à roidir les choix : l’avant-garde ne peut être que progressiste, l’œuvre engagée ne peut être que populiste. Mais les années 1930 proposent aussi, parfois, la possibilité de dépasser ces contradictions, à la faveur de divers bouleversements qui mettent le peuple au centre de l’action et du débat.

PDF

 

 

 

 

 

     

- Janvier 2008, page 3, par François Ruffin 

Débat français à propos du pouvoir d’achat

Partage des richesses, la question taboue

Afin de "défendre le pouvoir d’achat", le gouvernement français envisage une série de mesures – monétisation des congés non pris, travail le dimanche, implantation plus facile des hypermarchés. Une donnée du problème est presque toujours occultée : en vingt ans, la part des salaires dans le produit intérieur brut français a baissé de 9,3 %, ce qui correspond à plus de 100 milliards d’euros en partie transférés vers le capital. Cet élément central du débat en est devenu le point aveugle.

“La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les quarante-cinq dernières années."

D’où sont tirées ces lignes ? D’un texte de la Confédération générale du travail (CGT) ? Nullement : elles viennent d’un article de la Banque des règlements internationaux (BRI), une institution qui réunit chaque mois, à Bâle (Suisse), les banquiers centraux afin de "coordonner les politiques monétaires" et d’"édicter des règles prudentielles". Ce n’est pas vraiment un repaire de marxistes ; pourtant, leur exposé sur cette "marge [de profit] d’une importance sans précédent" se poursuit sur vingt-trois pages.

Et qui redoute le pire ?

"J’ai attendu et j’attends encore quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires" car "la part des salaires dans la valeur ajoutée est historiquement basse, à l’inverse d’une productivité qui ne cesse de s’améliorer". Or "ce découplage entre faibles progressions salariales et profits historiques des entreprises fait craindre (...) une montée du ressentiment, aux Etats-Unis comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché".

PDF

 

 


09 Mai 2020 

     

- Politique - Par Lenny Benbara, 30 avril 2020

À l’assaut du ciel

L’heure est venue. L’occasion présente est trop importante pour manquer de la saisir. Il faut en effet tenter de mettre au jour ce qui se joue dans l’extraordinaire crise devant nous. Malgré le temps que le confinement offre à chacun, il reste difficile de lire les conséquences de la multiplication des crises qui feraient passer la tempête de 2008 pour une vulgaire bourrasque. Ce qu’on sait, tout simplement, c’est qu’un grand changement culturel a commencé et qu’une nouvelle étape de décomposition de l’hégémonie néolibérale s’est enclenchée. Ce basculement reste indécis, car il peut déboucher sur deux modèles de société antagoniques : le néolibéralisme autoritaire, dépecé de la nécessité d’un consentement élargi, ou un compromis keynésien écologique.

On le pressentait, l’année 2020 démarrait de façon cauchemardesque. Entre les risques de guerre avec l’Iran, propices à allumer la poudrière du Moyen-Orient, et les incendies en Australie, il était difficile de ne pas penser que tout foutait le camp. À vrai dire, cela fait bien un an et demi que le sentiment que le sol se dérobe sous nos pieds traverse les esprits. Malgré la prompte amnésie collective, il est irréalisable d’oublier que les gilets jaunes ont bien mis en branle toute la structure sociale et fait trembler le pouvoir en place. Ils ont pressé on ne sait quel interrupteur qui semble toujours enfoncé sur ‘On'. Si ces événements n’ont pas de lien évident ni objectif, ils ont tout de même révélé que quelque chose couvait. Ils ont construit le sentiment épars qu’un mécanisme s’est cassé à l’intérieur du néolibéralisme et que d’autres à-coups étaient devant nous.

PDF

 

 

 

     

- Tribune > 9 mai 2020 / Des soignantes et des soignants

Appel des soignants : la plus grande menace sur notre santé est le réchauffement climatique

La dégradation des conditions de vie sur Terre, à cause de la pollution et du réchauffement climatique, aura des conséquences délétères sur la santé, expliquent les autrices et auteurs de cette tribune. En tant que soignantes et soignants, ils soutiennent le plan de sortie de crise proposée par la Convention citoyenne pour climat.

Les soignants à l’origine de cet appel — docteur Alicia Pillot, médecin généraliste, Cathy Faitg, cadre sage-femme et docteur Claire Carré, médecin généraliste — expliquent que leur « démarche n’est reliée à aucun parti politique ». L’appel a déjà reçu le soutien d’associations comme Asef, Sera ou FNE.

Nous traversons une crise sanitaire d’une ampleur extraordinaire. Cette crise du Covid-19 met nos vies en péril, et vient nous rappeler que la santé est notre bien le plus précieux. Elle nous invite à admettre avec humilité notre vulnérabilité, mais aussi à reconnaître avec courage et honnêteté nos responsabilités. Par-dessus tout, ces temps étranges et suspendus nous donnent l’occasion de prendre du recul sur nos choix individuels et collectifs. Et cette confrontation collective à la mort vient nous questionner sur le sens profond de nos vies et de notre Histoire.

En tant que soignants, nous sommes en première ligne pour affronter l’épidémie. Nous sommes chaque jour qui passe présents aux côtés des malades, de leurs familles, des personnes âgées, isolées ou fragiles. Nous côtoyons l’angoisse, la détresse vitale et parfois la mort. Certains d’entre nous paient de leur vie cet engagement professionnel.

Alors, regardons en face ce qui nous met en danger.

PDF

 

 

 

     

- Enquête > 9 mai 2020 / Émilie Massemin (Reporterre)

Le confinement a permis le retour du silence et du plaisir d’écouter

Le confinement a entraîné une diminution du bruit créé par les transports motorisés. On a redécouvert et savouré les bruits discrets du voisinage, de la nature environnante. Cet épisode entraînera-t-il une prise de conscience durable des enjeux de la pollution sonore ?

"J’ai eu le Covid-19 le premier jour du confinement et je suis restée longtemps attentive uniquement aux bruits”, raconte Karina. “Il y avait quelque chose de nouveau et de réjouissant : le silence. Je pensais que c’était la fièvre qui rendait l’atmosphère ouatée… Non, c’était l’arrêt de notre frénétique activité." Comme Karina, une soixantaine de personnes de tous âges et de toute la France ont raconté à Reporterre l’évolution de leur environnement sonore depuis le début du confinement, mardi 17 mars. Tous les témoignages concordent, ou presque : le Covid-19 met les corps et les esprits à rude épreuve… mais soulage les oreilles.

À Paris, la différence est criante. "La rumeur perpétuelle de la ville s’est éteinte, remarque Valentin, habitant du 18e arrondissement. Les chantiers se sont tus. Presque aucun bruit de moteur dans les rues attenantes. À peine quelques échos du boulevard et les éboueurs en début de soirée. Chose inimaginable : j’entends le train, à plus d’un kilomètre ! Les cloches aussi ! Leurs vibrations résonnent dans cet air serein, donnant au quartier une atmosphère de village." Nouara, qui vit près d’une caserne de pompiers, d’un commissariat et de plusieurs bars dans le 10e arrondissement, revit : "Les sirènes, les klaxons, les personnes qui parlent trop fort et qui chantent font partie de mon quotidien, jour et nuit, dès le printemps. Tous ces bruits ont largement diminué depuis le confinement."

PDF

 

 

 

     

- France - 8 mai 2020 Par Sophie Boutboul

Enfants maltraités: le risque d’un raz-de-marée à la sortie du confinement

Après le 11 mai, des violences cachées à l’intérieur des familles pendant des semaines vont émerger, d’une ampleur sans doute inédite. Tous les indicateurs sont au rouge. Et le système de protection des mineurs n’aura pas été à la hauteur.

Pendant trois jours, fin avril, Nathalie* a essayé d’appeler le 119 pour signaler que la petite amie de son fils était violentée par son frère. Démunie, elle a même tenté de contacter Adrien Taquet, le secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance, sur Facebook : "Monsieur, cela fait 3 jours que j’essaie de signaler une adolescente en danger au 119 [le service national d’accueil téléphonique – ndlr]. C’est scandaleux de ne pas réussir à les joindre. Service débordé. Que faire ?" "Au bout de onze fois", Nathalie a pu rapporter enfin "les coups de poing et de pied" découverts.

À l’écoutante, elle a précisé que l’adolescente de 17 ans avait déjà appelé, en personne, plusieurs jours auparavant. "Mais ils lui ont juste dit de faire le 15 [le Samu – ndlr] à la prochaine crise”, regrette Nathalie. “Il n’y a pas eu d’information préoccupante ["IP" dans le jargon, soit un courrier adressé aux départements chargés de protéger les mineurs en danger, plus précisément à leurs cellules de recueil des informations préoccupantes (CRIP) qui évaluent les alertes des médecins, enseignant.e.s, etc. – ndlr]. L’écoutante s’est excusée, m’a dit que ce n’était pas normal." Une "IP" a finalement été émise.

Le directeur du 119 explique à Mediapart qu’il est obligé de "prioriser les appels provenant de mineurs". "Pour les adultes, il faut persévérer", admet Pascal Vigneron. Sur les cinq premières semaines de confinement, le 119 a en effet observé une augmentation de 35 % des appels par rapport à la même période l’an dernier. La semaine du 13 avril, 14 531 appels ont même été enregistrés, et jusqu’à 2 000 en une journée.

PDF

 

 

 


08 Mai 2020 

     

- Actualité - jeudi 7 mai 2020, Propos recueillis par Édouard REIS-CARONA

Edgar Morin : "Toutes les choses que l’on apprend nous ouvrent un nouvel inconnu"

À 98 ans, le sociologue, penseur et philosophe, docteur honoris causa de 34 universités à travers le monde, porte un regard particulièrement intéressant sur la crise du coronavirus et ses conséquences sur les activités humaines. Entretien.

  Écoutez l’entretien complet en podcast : http://pm22100.net/docs/MP3/200508_Edgar_Morin.mp3 (53 MO)

Comme allez-vous après deux mois de confinement ?

☛ On tient le coup. Ce confinement est un peu compensé par l’intensité de ce que je vis. Je lis beaucoup, je suis sollicité, j’essaye de donner une opinion que j’aimerais éclairée. Bref, je suis même davantage fatigué qu’en temps ordinaires.

Je ne profite pas des bénéfices secondaires d’être chez moi. Mais tout cela me stimule parce que je sens, tout en étant enfermé, que je participe à une grande aventure, qui est celle du pays et même de l’humanité.

PDF

 

 

 

     

- Sylvain Reymond, 05/05/2020, #Économie, #Pandémie

L’économie sociale et solidaire s’impose comme la locomotive de l’économie de demain

❐ Sylvain Reymond : Diplômé de Science Politique à la Sorbonne, Sylvain débute sa carrière au sein du Cabinet du Président du Conseil général du Puy-de-Dôme. Il rejoint l’agence EXCEL\TBWA en 2011, où il conseillera les entreprises dans leurs stratégies de développement et politiques RSE et acteurs de l’ESS dans leurs stratégie de développement (fundraising). En 2015, il prendra la direction du pôle mécénat et partenariats solidaires du réseau Les Entreprises pour la Cité présidé par Claude Bébéar. Il y porte notamment la vision renouvelée d’un « mécénat plus performant », faisant partie intégrante des investissements citoyens et de la stratégie de l’entreprise. Administrateur des Fondations Deloitte et 29 Haussmann ou encore du Social Good Accelerator (SOGA), il est Membre du Conseil des Générations Futures de la Ville de Paris. Il est actuellement Directeur Général de Pro Bono Lab, spécialiste de l’engagement par le partage de compétences en France et dans 30 pays du monde via le Global Pro Bono Network.

Au regard de la crise économique liée à l'épidémie de Covid-19, le temps n’est-il pas venu d’investir massivement dans l’économie sociale et solidaire  ? C'est le souhait de Sylvain Reymond, Directeur Général de ProbonoLab, qui explique pourquoi le gouvernement doit selon lui orienter son plan de relance vers l'ESS.

C’était il y a quelques mois. Nous sortions à peine de la mise en application de la loi PACTE que déjà, par dizaines, des entreprises de toutes tailles dévoilaient leurs "raisons d’être". Certaines allaient même jusqu’à faire évoluer leurs statuts pour y définir une "mission" sociale de long terme, au-delà de leurs ambitions économiques à court ou moyen terme.

PDF

 

 

 

     

- Enquête > 7 mai 2020 / Marie Astier (Reporterre)

Le gouvernement profite du confinement pour imposer des projets contestés

Reprendre les enquêtes publiques à propos de projets potentiellement néfastes pour l’environnement, et ce, malgré le confinement : une bonne décision du gouvernement ? Pas vraiment. Sans réunions publiques, uniquement par "voie dématérialisée", cela "permet des enquêtes publiques au rabais pour autoriser au plus vite des projets destructeurs".

Si le gouvernement voulait profiter du confinement pour passer en catimini des projets néfastes pour l’environnement, il ne se conduirait pas autrement. Alors que les enquêtes publiques [1] – une procédure de participation du public obligatoire pour les grands projets – avaient été suspendues, sauf cas exceptionnel, il confirme que certaines d’entre elles peuvent se tenir malgré le confinement (et le déconfinement partiel).

C’est ce que prévoit, parmi la jungle de textes réglementaires gérant la crise sanitaire, le décret du 21 avril 2020.

Demander à nouveau l’avis du public, une bonne nouvelle ? Pas vraiment : le décret "permet des enquêtes publiques au rabais pour autoriser au plus vite des projets destructeurs", a dénoncé l’association France Nature Environnement (FNE) dans un communiqué. "C’est comme si la consultation du public était une formalité dont il faut s’acquitter le plus vite possible", juge Morgane Piederrière, juriste à l’association. "Nous sommes très inquiets du message que cela envoie."

PDF

 

 

     

- NUMÉRIQUE - 8 mai 2020, par Jérôme Hourdeaux

La Cnil s’inquiète d’un possible transfert de nos données de santé aux Etats-Unis

Au nom de l’état d’urgence, le gouvernement a accéléré la mise en place du Health Data Hub, une plateforme devant centraliser la quasi-totalité de nos données de santé. Dans un avis, la Cnil relève, notamment, que le contrat "mentionne l’existence de transferts de données en dehors de l’Union européenne". La directrice du projet, Stéphanie Combes, dément.

Tandis que tous les yeux sont rivés sur les débats autour de l’application StopCovid et du dispositif de fichage envisagé dans le cadre des enquêtes épidémiologiques de suivi des personnes infectées, le gouvernement a autorisé, au nom de l’état d’urgence sanitaire, le déploiement anticipé du Health Data Hub, la plateforme devant centraliser l’ensemble de nos données de santé, hébergées par Microsoft et, s’inquiète la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), potentiellement transférables aux États-Unis.

Alors que le projet était encore en cours de déploiement, et que tous les textes d’applications ne sont pas encore prêts, le gouvernement a pris le 21 avril dernier, au nom de l’état d’urgence sanitaire, un arrêté modifiant celui du 23 mars sur l’organisation du système de santé durant l’épidémie. Il autorise le Health Data Hub, ainsi que la Caisse nationale de l’assurance-maladie (Cnam), à collecter, "aux seules fins de faciliter l’utilisation des données de santé pour les besoins de la gestion de l’urgence sanitaire et de l’amélioration des connaissances sur le virus Covid-19", un nombre considérable de données.

PDF

 

 


07 Mai 2020 

     

- Mai 2020, pages 18 et 19, par Raphaël Kempf 

Covid-19 : après la crise… les crises

Et le gouvernement décida de confiner les libertés

L’érosion continue des libertés individuelles observée depuis le 11 septembre 2001 connaît, en France, une accélération brutale avec le confinement de la population et l’état d’urgence sanitaire. En l’absence de contre-pouvoirs, les droits fondamentaux succomberont-ils à un virus ?

John Crossley. — " Cast Off" (Larguer les amarres), 2017 - © John Crossley - Eames Fine Art Gallery, Londres

"Je veux être d’une absolue clarté : les dispositions qui ont été prises sont temporaires", a affirmé la ministre de la justice française, Mme Nicole Belloubet.

Elle ajoutait dans la foulée que la loi du 23 mars pour faire face à l’épidémie de Covid-19

"n’autorise en aucun cas l’édiction de règles et de décisions durables au-delà de ce que l’urgence justifie".

Ce texte crée d’une part un régime juridique d’exception — l’état d’urgence sanitaire — et donne d’autre part au gouvernement le droit de légiférer par ordonnances dans les domaines les plus étendus — du droit du travail au droit des sociétés… Or rien dans cette loi initiale ne prévoyait de limites temporelles aux dispositions adoptées en matière, par exemple, de procédure pénale. Peu après — répondant peut-être aux nombreuses critiques —, les ordonnances du 25 mars en ont fixé. Mais la pétition de principe de la garde des sceaux affirmant que ces mesures n’entreront pas dans le droit commun à l’issue de l’état d’urgence contredit l’histoire des lois d’exception : elles finissent par se normaliser.

PDF

 

 

 

     

- 06 Mai 2020 - Billet de blog - Pierre Bouvier

En mémoire de la Grande Famine, les Irlandais au secours des Amérindiens touchés par le Covid-19

Il y a cent soixante-dix ans, la nation choctaw avait envoyé de l’argent en Irlande lors de la "famine de la pomme de terre". Aujourd’hui, les Irlandais se mobilisent pour aider des communautés navajo et hopi.

Des automobilistes font la queue pour un dépistage du Covid-19, à Monument Valley (Utah), en territoire navajo, le 17 avril. KRISTIN MURPHY / THE DESERT NEWS VIA AP

"Go raibh maith agat", "Eire remembers. Mile buiochas", "From Ireland, 170 years later, the favour is returned !" ou encore "With love from Ireland"…

Sur la page du site de collecte de fonds GoFundMe du Navajo & Hopi Families Covid-19 Relief Fund, les messages de soutien et d’encouragement se succèdent, en anglais et en gaélique.

Lancé le 18 mars par le Rural Utah Project Education Fund, ce fonds de secours fait appel au financement participatif. Il est destiné à venir en aide aux familles des peuples amérindiens d’Amérique du Nord navajo et hopi, très durement touchés par le Covid-19 en raison notamment de leurs conditions de vie très précaires. La nation navajo a ainsi l’un des plus hauts taux de prévalence du Covid-19 des Etats-Unis. Mercredi 6 mai, les dons atteignaient plus de 2,6 millions de dollars (environ 2,4 millions d’euros).

PDF

 

 

 

 

     

- Environnement - mercredi 6 mai 2020, propos recueillis par Édouard REIS CARONA

Pablo Servigne : "Il faut un rapport au monde plus sage, pour mieux vivre ces chocs"

L’auteur et conférencier Pablo Servigne s’intéresse depuis des années aux questions de transition écologique et d’agro-écologie. C’est aussi l’un des créateurs de la "collapsologie", ce mouvement qui étudie l’effondrement possible de la civilisation industrielle. La crise du coronavirus, ses conséquences, la vulnérabilité du modèle de nos sociétés, l’urgence alimentaire… Il répond à toutes ces questions.

Au début du confinement, vous étiez sidéré et boulimique d’informations. Cela va mieux ?

☛ J’étudie depuis une dizaine d’années les risques systémiques et globaux. Une pandémie, on n’en parlait pas trop parce que ça faisait peur et qu’on en a un peu marre de passer pour des oiseaux de mauvais augure. Du coup, on ne l’a pas vu venir. J’ai été surpris par mon état de sidération. J’ai eu vraiment peur alors que la peur, ça fait 10 ans que je me la coltine et je pensais être, non pas vacciné, mais habitué. En fait, j’ai eu peur qu’on réagisse mal globalement. Et puis, personne ne connaît ce virus.

PDF

 

 

 

     

- ACTUALITÉ - mercredi 6 mai 2020, propos recueillis par Bruno ALVAREZ

Après le Covid-19, faut-il craindre un virus encore plus dangereux ?

Dengue, chikungunya, Zika, West Nile, encéphalite à tiques… Ces maladies émergentes inquiètent aussi les scientifiques. Si la pandémie de coronavirus focalise toute l’attention, ces autres virus transmis par des animaux nous menacent aussi. Ils restent donc très surveillés. Explications avec Yannick Simonin, virologiste, maître de conférences en surveillance et étude des maladies émergentes à l’Université de Montpellier.

Le Covid-19 provoque une crise sanitaire mondiale sans précédent. Faut-il déjà redouter un Covid-20 puis 21 voire une pandémie pire encore dans les années à venir ?

☛ C’est une vaste question. Ce qui est sûr, c’est que depuis plusieurs années maintenant, on s’attend à l’émergence de nouveaux virus. Je ne dis pas qu’on s’attendait à l’émergence d’une maladie comme le Covid-19 telle qu’on la connaît actuellement. Mais les scientifiques qui travaillent dans le domaine de l’émergence virale en ont conscience depuis quelques années.

Si on regarde les coronavirus, on y a déjà été confronté par le passé sous d’autres formes avec le Sars-CoV ou le Sars-CoV-1. Mais si nous sommes conscients que les coronavirus peuvent émerger, il est très difficile de les anticiper parce qu’ils viennent probablement d’animaux avec des réservoirs que l’on a encore du mal à formellement identifier. Donc le risque d’émergence d’un coronavirus en particulier est très difficile à prévoir.

PDF

 

 

 

 


06 Mai 2020 

     

- Brèves > 6 mai 2020

"Le temps est venu" : Nicolas Hulot lance des propositions pour changer le monde

Mardi 6 mai, Nicolas Hulot a lancé avec sa Fondation Nicolas Hulot un appel et des propositions pour changer a société dans la foulée de la pandémie. Voici le texte, mis en ligne par la Fondation :

"La crise tragique du Covid-19 a démontré notre fragilité, notre communauté de destin où que nous vivions et notre capacité, face aux dangers tangibles et immédiats de s’affranchir des dogmes politiques et économiques. Cet enseignement ne doit pas rester vain. Car les sondages le répètent, l’opinion publique appelle de ses vœux un monde nouveau où le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité et les inégalités sociales structureraient les décisions politiques et économiques. Les initiatives se multiplient mais ne s’imposent pas et les décisions ne sont pas encore à la hauteur de l’enjeu. C’est pourquoi Nicolas Hulot appelle chacune et chacun à changer d’état d’esprit, à partager un horizon commun, en lançant 100 principes déclinés autour de l’accroche “Le Temps est venu”  ; une matrice pour réussir l’avenir. Avec une ambition folle : faire de cette crise sanitaire une crise salutaire.

100 principes pour créer un élan collectif

"Le temps est venu de dresser un horizon commun", "le temps est venu de redonner du sens au progrès"... Nicolas Hulot a décliné 100 principes autour de "Le temps est venu de". Une manière d’alerter sur le fait que si nous ne tirons pas les enseignements de cette crise, si nous ne décidons pas de regarder dans la même direction : transition écologique, justice sociale et prospérité économique ne resteront que des voeux pieux. Au-delà, #LeTempsEstVenu souhaite offrir à une pensée majoritaire dans le pays, mais minoritaire au cœur des instances du pouvoir, l’instrument pour se reconnaître, se rassembler dans toutes sa force et ses nuances.

En écho à ces 100 principes, 200 prix Nobel, scientifiques, personnalités engagées et artistes internationaux se sont rassemblés pour signer une tribune intitulée “Le temps est venu", à l’initiative de Juliette Binoche et d’Aurélien Barrau, parue ce 6 mai 2020 dans Le Monde.

PDF

 

 

 

 

     

- France > 6 mai 2020 Par Fabrice Arfi

Un appel de Vincent Lindon: "Comment ce pays si riche…"

Le comédien a confié à Mediapart une longue réflexion, lue face caméra chez lui, sur ce que la pandémie révèle du pays qui est le nôtre, la France, sixième puissance mondiale empêtrée dans le dénuement (sanitaire), puis le mensonge (gouvernemental) et désormais la colère (citoyenne). Un texte puissamment politique, avec un objectif: ne pas en rester là.

"Spécialiste en rien, intéressé par tout", comme il se définit lui-même, Vincent Lindon cultive une parole publique rare que la crise insensée que nous vivons a libérée. Radicalement absent des réseaux sociaux – il n'est ni sur Facebook, ni sur Twitter, ni Instagram, ni nulle part de ce genre –, le comédien a décidé de confier à Mediapart une longue réflexion, lue face caméra chez lui, sur ce que la pandémie révèle du pays qui est le nôtre, la France, sixième puissance mondiale empêtrée dans le dénuement (sanitaire), puis le mensonge (gouvernemental) et désormais la colère (citoyenne).

Ce n’est pas un comédien qui s’exprime ici, et encore moins un artiste coincé dans son écosystème, celui de la culture ; le mot est d’ailleurs absent de son texte. Non pas que le sujet ne lui soit pas d’une importance cruciale – il l’est, vu le péril qui guette (voir nos articles ici, ici, ou là) –, mais c’est au-delà de cet horizon que regarde le comédien.

Vincent Lindon parle à hauteur de citoyen. Un citoyen qui, d’où il est – et qui sait d’où il vient et où il est –, regarde la cité tétanisée par une crise sanitaire agissant au fil des semaines comme le puissant bain révélateur d’autres crises (sociale, politique et morale) qui sourdent dans le pays depuis si longtemps.

PDF

 

 

 

 

     

- Politique - Par Maurice Szafran, le 04.05.2020

Coronavirus: la folle charge d'Emmanuel Todd contre Macron

EDITO - Un entretien d'une virulence extrême d'Emmanuel Todd accordé à L'Express est passé sous les radars ce week-end. Le démographe y défend notamment la nécessité de punir violemment nos dirigeants actuels -par la prison et les sanctions financières- pour leur gestion de la crise épidémique. Une interview glaçante qui rappelle les pires heures idéologiques du stalinisme.

"On doit faire des exemples, avec des peines de prison et des sanctions financières. La société française a besoin de morale, et il n’y a pas de morale sans punition", affirme Emmanuel Todd à l'encontre du gouvernement dans un entretien accordé à L’Express.

Dans le dernier (et excellent) numéro de L'Express, un entretien est passé quasi inaperçu, celui du démographe Emmanuel Todd. C'est fort dommage. Dissimulé comme à l'accoutumée derrière la "science" et ses "recherches", l'intellectuel, profitant de la pandémie du Covid-19, porte une charge d'une violence inouïe contre Emmanuel Macron et l'Europe. Inutile d'y prêter plus que cela attention car l'obsession anti-européenne et la haine recuite envers le président de la république ne sont plus chez lui qu'habitude et routine. Ce n'est qu'une démonstration supplémentaire de l'ultra violence politique (et verbales) qui habite Todd, celui qui rappelons-le, avait accusé de racisme(!) les millions de Français "Je suis Charlie".

Mais la conclusion de l'interview accordée à notre confrère mérite toutefois que nous nous y arrêtions. Car elle augure de ce qui pourrait advenir dans les mois qui viennent.

PDF

❐ il est remarquable de lire d’un “journal” qui promeut la chasse aux fraudeurs s’ils sont “assistés”, donc pauvres, que le principe de redevabilité est “stalinien”. On notera l’élégante présentation d’Emmanuel Todd, et le coup de pied de l’âne, au passage, à Michel Onfray. Du grand “journalisme” de droite.

 

 

 

 

     

  - - Info > 7 avril 2020 / Guillaume de Maisoncelle (Reporterre)

La recherche « au service de l’économie » : les scientifiques se rebiffent

Le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) suscite la colère de la communauté scientifique, qui craint une précarité accrue et une remise en cause de leur indépendance. Certains chercheurs dénoncent une loi qui veut mettre « la recherche au service de l’économie ».

Alors que l’épidémie de Covid-19 vient rappeler l’importance d’une recherche libre et indépendante, le projet du gouvernement menace cette autonomie. En février 2019, le Premier ministre, Édouard Philippe, a annoncé la préparation d’une loi de programmation pluriannuelle de la recherche visant à « redonner à la recherche de la visibilité, de la liberté et des moyens ». La loi doit être présentée au Parlement courant 2020 pour être adoptée en 2021.

Pour élaborer cette loi, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a commandé trois rapports préparatoires parus en septembre 2019. Ces rapports, réalisés par des groupes de travail composés de scientifiques français et étrangers, de directeurs d’organismes de recherche, de présidents d’université, de parlementaires et d’acteurs industriels, portaient sur la question du financement de la recherche, sur l’attractivité des emplois et des carrières scientifiques et sur la recherche partenariale et l’innovation.

Ils ont provoqué une vague de contestation inédite de la communauté scientifique. Dans une tribune publiée le 4 mars, 800 universitaires ont menacé de démissionner de leurs responsabilités administratives pour protester contre le projet de loi. De plus, les manifestations et grèves générales se sont multipliées à l’appel de la coordination des facs et labos en luttes, avec notamment la mobilisation massive du 5 mars, qui à réuni plus de 25.000 personnes d’après les organisateurs.

PDF

 

 

 


05 Mai 2020 

     

- franceinfoRadio France - publié le 27/04/2020

TRIBUNE. #NousLesPremiers : élus, personnalités publiques ou citoyens, ils s'adressent à Emmanuel Macron pour dessiner le "monde d’après"

Dans un texte sous forme de lettre ouverte à Emmanuel Macron, des signataires aussi divers qu'Anne Hidalgo, Bernard Stiegler, Cyril Dion ou Priscillia Ludosky appellent à "une démarche démocratique en trois étapes". Ils sont prêts à prendre leur part pour "dessiner ensemble un chemin" pour sortir de la crise du coronavirus.

Plusieurs maires de grandes villes, des présidents d'exécutifs locaux et des personnalités publiques envoient une lettre ouverte à Emmanuel Macron, intitulée "Un scénario démocratique pour le 'monde d’après'", dans cette tribune pour franceinfo. Ils proposent trois étapes pour un plan de relance "juste et durable" après la crise due au coronavirus : une phase de consultation citoyenne, puis la création d'un Conseil national de la Transition et enfin la création d'une Assemblée citoyenne du futur.

Monsieur le Président de la République,

Dans votre dernière allocution, vous déclariez : "Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies. Et nous réinventer. Moi le premier."

Nous les premiers, citoyens, associations, maires, présidents de régions et de départements, élus locaux, syndicats, entreprises, gilets jaunes, acteurs de la transition écologique, sociale et démocratique… sommes prêts à dessiner ensemble un chemin qui tire "toutes les leçons de cette crise”.

PDF

 

 

 

 

 

 

 

     

- Collectif de 120 scientifiques - Publié mardi 5 mai 2020 - Opinion

La prochaine pandémie est prévisible, il est temps de prendre au sérieux la crise écologique

OPINION. La relation entre pandémie et destruction des écosystèmes est maintenant bien établie, mais elle est trop ignorée par le grand public et les instances de décision, écrivent plus de 120 scientifiques, dont deux Prix Nobel, dans une tribune collective

Prélèvement d’un échantillon de sang d’une chauve-souris pour une étude sur le coronavirus. France, avril 2020. — © REUTERS

La pandémie de Covid-19 était inimaginable pour beaucoup. Elle a suscité les pires théories complotistes. Pour de nombreux chercheurs, cependant, une épidémie à large échelle n’a pas été une surprise. Début 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait d’ailleurs introduit une "maladie X" dans la liste des pathologies pouvant potentiellement provoquer un "danger international", invitant les gouvernements à anticiper et à stopper les processus qui provoquent les épidémies de masse et pas seulement à répondre aux maladies lorsqu’elles apparaissent.

De nombreux laboratoires dans le monde consacrent leurs efforts à comprendre les dynamiques épidémiologiques des nouvelles maladies infectieuses comme le Covid-19. Des pandémies ont déjà eu lieu, d’autres sont à prévoir, c’est une quasi-certitude. Les problèmes sanitaires, médicaux, sociaux et économiques que nous découvrons et vivons en ce moment sont énormes. Mais ils ne sont pas les seuls problèmes à résoudre.

PDF

 

 

 

     

- Santé - M.R., publié le 04-05-2020

Un phénomène touchant les malades du coronavirus inquiète les médecins: "Cela va à l'encontre des bases de la biologie"

De nombreuses questions sur le covid-19 restent toujours sans réponse. Les médecins continuent d'en apprendre chaque jour sur cette nouvelle forme de coronavirus qui n'en finit pas de surprendre le monde scientifique.

Ces derniers jours, un phénomène inquiétant a été rapporté dans certains hôpitaux, y compris en Belgique. Des patients, atteints du covid-19, ont viré au bleu, sans pour autant présenter de difficultés à respirer. Le taux d'oxygène dans le sang de ces malades indiquait toutefois que la situation était grave.

En effet, alors qu'il s'élève à environ 95% chez une personne normale, le niveau d'oxygène dans le sang de ces patients a diminué jusqu'à atteindre les 70 à 80%, voire 50% dans les cas les plus graves, comme l'a rapporté le quotidien britannique The Guardian.

"Il y a beaucoup de gens qui arrivent à l'hôpital dans un tel état", a expliqué le docteur Jonathan Bannard-Smith, travaillant aux soins intensifs du Manchester Royal Infirmary.

Ce qui surprend d'autant plus ce médecin, c'est que les patients ne se rendent pas compte qu'ils sont en manque d'oxygène.

PDF

 

 

 

 

 

 

     

-  Analyse > 5 mai 2020 Par Romaric Godin

Quelles politiques face à la crise économique?

Après la crise sanitaire, la crise économique va prendre son autonomie. Se posera alors la question de la stratégie pour éviter le "bain de sang social" qui s’annonce. Faudra-t-il sauver tous les emplois ? Laisser le marché choisir ? Ou prendre une autre voie ?

Après la crise sanitaire, la crise économique semble inévitable. Car, malgré les chiffres catastrophiques du PIB, cette crise économique n’a pas encore réellement débuté. La structure économique est pour le moment largement suspendue pendant la diffusion du coronavirus. Mais, progressivement, la dégradation économique va prendre de l’ampleur et entrer dans une logique propre.

La crise sanitaire a contribué à stopper net le fonctionnement de l’économie marchande. L’État a pris le relais et a assuré le maintien d’un semblant de fonctionnement "normal" par deux moyens principaux : la garantie d’une partie des revenus via le chômage partiel, et le fonds de soutien aux indépendants et des prêts garantis censés compenser la perte de chiffre d’affaires des entreprises.

Ainsi, le circuit économique est-il maintenu tant bien que mal en vie par la grâce des autorités politiques : en théorie, les ménages peuvent consommer ce qui peut encore l’être, payer leurs loyers et acquitter leurs diverses factures, tandis que les entreprises peuvent conserver leurs effectifs, payer leurs fournisseurs et assurer un minimum de production. Mais ce circuit n’est possible non plus parce que les échanges de biens et services lui donnent les moyens de fonctionner, mais seulement parce que l’État s’est substitué au marché comme source de financement primaire. 

PDF

 

 

 

 

 

 

 

 

     

- par Frédéric Lordon, 21 avril 2020

Euro : le miracle ou la mort.

Après la near death experience, la full death experience ? Rattrapé de justesse par le "whatever it takes" de Mario Draghi en 2012, l’euro, passé à un cheveu, n’avait en réalité que gagné un peu de temps pour se reconstruire entièrement et se rendre capable d’encaisser le choc d’après.

Dont il était certain qu’il allait venir.

On le voyait plutôt arriver sous la forme d’une nouvelle crise financière géante puisque la déréglementation financière les ré-engendre comme le cycle des saisons les saisons, à plus forte raison quand aucun des problèmes fondamentaux de la sphère des marchés de capitaux n’avait été réglé — à la vérité il n’y a pas trente-six solutions pour supprimer les problèmes de la finance de marché, il n’y en a même qu’une : supprimer la finance de marché.

Mais des intérêts si puissants y sont accrochés si fort qu’il fallait toute la naïveté du monde pour imaginer que, dans le cadre maintenu des institutions politiques du néolibéralisme, quoi que ce soit de sérieux pourrait être entrepris de ce côté-là. Obama, l’espace d’un instant, s’était cru doté d’un début de pouvoir de négociation et avait, dit-on, mis en demeure les moghuls de la finance en ces termes : "Entre les fourches et vous, il n’y a que moi". Les réalités du financement des campagnes et la promiscuité amoureuse des Démocrates et de Wall Street avaient eu vite fait de le ramener à la raison. L’affaire s’était soldée par le Dodd-Frank Act, pas tout à fait rien mais pas grand-chose non plus, comme les événements à venir se chargeront de le vérifier.

PDF

 

 

 


04 Mai 2020 

     

- covid-19 - Fabien Goubet, publié lundi 4 mai 2020

Quatre scénarios pour une deuxième vague

Des hôpitaux suisses submergés dès le mois d'août, des mesures partielles jusque 2021: un modèle épidémiologique esquisse ce qui pourrait nous attendre ces prochains mois. Une réouverture et un relâchement trop massifs précipiteraient la Suisse vers un pic de Covid-19 bien plus important que celui qu'elle vient de traverser

Deux mois. A partir du 11 mai, c’est peu ou prou le temps qu’il pourrait nous rester avant d’assister à un rebond spectaculaire de l’épidémie de Covid-19. Telle est du moins l’estimation formulée par le mathématicien lausannois David-Olivier Jaquet-Chiffelle et l’infectiologue biennois Daniel Genné, qui ont élaboré un modèle épidémiologique pour les mois à venir. Leurs résultats ne sont pas franchement optimistes.

Quel que soit le niveau de prudence des scénarios envisagés, leur simulation aboutit à un nouveau pic de cas de Covid-19 bien supérieur à celui que la Suisse vient de traverser, et à un nombre d’hospitalisations bien au-delà des capacités d’accueil en cas de relâchement généralisé.

Des prévisions explosives qui vont dans le même sens que celles d’un autre modèle d’une équipe de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et de l’Université Johns-Hopkins à Baltimore, récemment publié.

PDF

 

 

     

- Santé > 3 mai 2020 Par Yann Philippin et Antton Rouget

Masques: l’Etat s’efface derrière les supermarchés

Selon un décompte effectué par Mediapart, la grande distribution mettra en vente au moins 65 millions de masques chirurgicaux à partir de lundi. Personnels soignants et élus locaux font part de leur "consternation" face à la stratégie de l’État, qui n’a pas réquisitionné les stocks.

Le scandale des masques continue. Le ministre de la santé, Olivier Véran, a été envoyé au front, samedi, pour tenter de désamorcer la vive polémique sur la mise en vente dans les supermarchés, à partir du lundi 4 mai, d’un premier arrivage de plusieurs dizaines de millions de masques chirurgicaux, sur les quelque 500 millions que la grande distribution a annoncé avoir commandés.

Lors d’un point de presse à l’Élysée, Olivier Véran a indiqué que "la grande distribution a annoncé non pas des stocks de masques, mais des commandes de masques", insistant sur le fait qu’il ne fallait pas "confondre" les deux. Le ministre de la santé dit comprendre "l’émotion du monde de la santé", et a promis d’annoncer ce week-end une "augmentation massive" du nombre de masques distribués par l’État aux soignants. "Je comprends la polémique, j’espère aussi y mettre un terme", a-t-il conclu.

Le pari est loin d’être gagné, tant les annonces de ventes massives de masques en supermarchés ont indigné les soignants, qui ont été contaminés par milliers faute de protection au plus fort de la crise, et qui subissent toujours des manques de masques aujourd’hui, même si la situation s’est améliorée depuis les commandes passées en Chine par l’État.

PDF

 

 

     

- Parti pris - 4 mai 2020 Par Edwy Plenel

Le président destitué

Président du désordre, de la pénurie et du mensonge, Emmanuel Macron a manqué aux devoirs de sa fonction dans l’épreuve du Covid-19. La destitution de ce présidentialisme archaïque est un impératif politique afin de fonder une République vraiment démocratique.

Devant l’Assemblée nationale, le mardi 28 avril, Édouard Philippe n’a pas hésité à convoquer "la vertu", "cette antique qualité qui mêle la rectitude, l’honnêteté et le courage". C’était tout à la fin de son discours présentant "la stratégie nationale de déconfinement", où le premier ministre essayait de sauver la face d’un État en perdition sous l’effet des injonctions contradictoires, incohérentes et irresponsables de celui qui est supposément son chef, le président de la République (lire l’article d’Ellen Salvi).

Étonnant discours dont les précautions et les prudences, voire l’humilité – notamment sur "la pénurie de masques", enfin reconnue –, contrastaient avec les injonctions catégoriques, grandiloquentes et paternalistes des trois interventions présidentielles face à la pandémie du Covid-19. Mais, aussi lucide puisse-t-il être en secret sur le désordre semé par le chef de l’État dans cette épreuve, le premier ministre reste pris au piège d’un système institutionnel où tout procède d’un seul quand le sort de tout un peuple est en jeu.

Il a eu beau faire l’éloge de la représentation nationale, du débat et de la concertation, le résultat, désastreux, est là : une stratégie à nouveau décidée d’en haut, sans publicité ni discussion préalables, sur laquelle les députés ont dû se prononcer en même temps qu’ils en prenaient connaissance (lire l’article de Manuel Jardinaud), tandis qu’autorités et collectivités locales, syndicats et associations, bref toutes celles et tous ceux qui agissent sur le terrain, sont simplement invités à en compléter a posteriori les modalités d’application (voir notre interview vidéo de l’ex-DGS William Dab).

PDF

 

 

 

     

- Tribune > 30 avril 2020 / Des mis⋅es en examen de Bure

Pour que cesse le confinement de notre lutte et de nos amitiés

Depuis deux ans, une instruction judiciaire démesurée s’abat sur des militants qui s’opposent au projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires. Elle est menée d’une façon qui constitue une atteinte grave aux droits de la défense et aux libertés. Dans cette tribune, publiée en commun avec Mediapart, les "mis en examen" prennent la parole et demandent la fin de cette instruction inique.

Ce texte est porté par des personnes mises en examen dans le cadre de l’information judiciaire ouverte sur des militants de Bure. Il a été rédigé par le biais de complexes allers-retours du fait de leurs contrôles judiciaires qui les obligent à "s’abstenir de rentrer en relation" entre elles. Par cette tribune, elles souhaitent se réapproprier tant bien que mal une expression collective face à cette répression atomisante.

Ne pas avoir le droit de voir des amis. Leur faire courir un risque grave si on essayait malgré tout. C’est la douloureuse réalité de dizaines de millions de personnes depuis plus d’un mois. C’est la nôtre depuis bientôt deux ans. Deux ans, rien que ça, mais sans apéros en visioconférence et sans coup de fil pour savoir si ça va. Rien que des bribes de nouvelles qui passent de proche en proche : "X a pas mal déprimé ces derniers mois mais ça va mieux, tu lui manques", "Y s’est marié, tu ne savais pas ?", "Z vient d’être ajouté au dossier, tu ne peux plus lui parler non plus, je suis désolée". Des choses comme ça, abstraites, désincarnées.

Deux ans que le quotidien de nos vies et de notre lutte ont basculé : tout a été soudainement arrêté, suspendu le temps d’un enfermement de plusieurs jours en garde à vue, et tout a dû être réorganisé depuis, en entamant nos libertés fondamentales. Deux ans d’interdiction de se déplacer librement, d’interdiction de se réunir librement, de s’exprimer librement, de se défendre librement. Le risque ? Directement la prison "en détention provisoire" pour non-respect du contrôle judiciaire, comme l’un de nous en a fait l’amère et trop longue expérience pendant plusieurs mois.

PDF

 

 


03 Mai 2020 

     

- Répression - par Rachel Knaebel, 30 avril 2020

En prolongeant l’état d’urgence, le pouvoir privilégie une politique disciplinaire au nom de la prévention sanitaire

L’état d’urgence sanitaire va être prolongé au moins jusqu’à fin juillet. Des avocats, des juristes, des magistrats et des militants associatifs, regroupés dans un réseau de veille alertent sur les atteintes aux libertés depuis un mois, et s’inquiètent des nouvelles répressions à venir.

L’état d’urgence sanitaire décidé le 23 mars va être prolongé jusqu’à fin juillet.

Dans une note d’alerte rendue publique le 29 avril, un réseau de veille, qui regroupe des dizaines d’universitaires, d’avocats, d’associations, ainsi que le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France, alerte sur le risque que l’état d’urgence ne se termine jamais.

"Le risque de pérennisation des mesures attentatoires aux libertés au-delà de l’état d’urgence sanitaire est élevé", écrivent-ils. "La dernière expérience de l’état d’urgence, déclenché à la suite des attentats de novembre 2015, a illustré de manière particulièrement vive la problématique de la banalisation du registre de l’exception dans les réponses des pouvoirs publics à des situations de crise", souligne, dans la note, Stéphanie Hennette-Vauchez, professeure de droit à Nanterre.

PDF

 

 

 

     

- Entretien avec Dominique Plihon en 2 parties - propos recueillis par Barnabé Binctin :

29 avril 2020 - "Ceux dont on a le plus besoin pour survivre sont les plus dévalorisés par les élites néo-libérales"

Récession mondiale, effondrement du commerce international, explosion du chômage, endettement... Tous les signaux l’indiquent clairement : à la crise sanitaire succédera une crise économique. L’économiste Dominique Plihon, également membre d’Attac France, nous éclaire sur les mécanismes, l’origine, la nature et les conséquences de la crise. Premier volet de notre entretien.

Basta ! : Comment qualifieriez-vous la nature de la crise économique qui s’ouvre ?

☛ Dominique Plihon : C’est une crise systémique et endogène.

Systémique, car elle implique directement les systèmes politiques, économiques et écologiques dans lesquels on vit à l’échelle mondiale, et endogène, parce que c’est bien le dysfonctionnement du système économique qui est la cause de la pandémie : aujourd’hui, les activités économiques ont des impacts considérables sur la dégradation de l’environnement, des écosystèmes et de la biodiversité. La crise du coronavirus révèle les liens directs entre économie, écologie et santé. Les zoonoses – virus qui se transmettent des animaux chez l’humain – se répètent et se répandent d’autant plus vite sous l’effet de notre modèle économique.

PDF

 

1er Mai 2020 - “Nous avons les moyens d’annuler la nouvelle dette publique accumulée face à la crise"

L’endettement des Etats augmente fortement pour tenter de limiter les conséquences de la crise sur le secteur économique et les entreprises, protéger en partie les populations tout en renforçant le système de santé. Quels doivent être les objectifs de ces investissements et comment les financer ? Quel rôle doit jouer l’Union européenne et sa Banque centrale ?

Deuxième partie de notre entretien avec l’économiste Dominique Plihon.

Basta ! : La toute première réponse à la crise, en termes de politique économique, a consisté à annoncer des investissements importants dans le secteur hospitalier : que vous inspire ce soutien public ?

☛ Dominique Plihon : L’État a compris, bien tardivement, qu’il fallait investir dans le domaine de la santé, et ce dans toutes les directions : avoir des respirateurs et des lits supplémentaires, mais aussi financer des labos de recherche fondamentale – car cela constitue aussi une forme d’investissement.

PDF

 

 

 


02 Mai 2020 

     

- E Entretien - Santé - 02.05.20, Par Raphael Bourgois, Journaliste

Anne-Marie Moulin : "Au regard de l’histoire, le déconfinement n’a pas de modèle"

Depuis quelques jours s’esquissent les contours du plan de déconfinement. Médecin et spécialiste de l’histoire des épidémies, Anne-Marie Moulin observe avec attention ce moment inédit. L’histoire ne garde en effet pas trace d’un événement similaire, le déconfinement ne peut donc s’appuyer sur aucun modèle dans le passé. Malgré les tentatives de préparation, cette période semble devoir être autant soumise à l’improvisation que celle du confinement qui l’a immédiatement précédée.

❐ Anne-Marie Moulin a mené de front une carrière de médecin spécialisée en médecine tropicale et d’historienne des sciences. Aujourd’hui directrice de recherche émérite au CNRS, cette ancienne membre du Haut Comité de santé publique est une observatrice attentive de la pandémie de Covid-19. C’est aussi une spécialiste de l’histoire des épidémies et de l’immunologie, elle a notamment dirigé L’Aventure de la vaccination (Fayard) et publié Le Médecin du Prince. Voyage à travers les cultures (Odile Jacob). La nouvelle phase qui s’ouvre dans la gestion de l’épidémie, avec l’annonce du déconfinement, est tout à fait inédite, et malgré ses recherches Anne-Marie Moulin n’a trouvé aucun précédent, bien que la quarantaine soit un moyen utilisé depuis très longtemps pour se prémunir de la contagion. Ce silence de l’histoire est en soit une information, il nous amène à interroger les modèles sur lesquels on peut se fonder, mais aussi le rôle jouer aujourd’hui par les pouvoirs publics et la science, l’équilibre entre le gouvernement et le Conseil scientifique. L’incertitude qui domine n’empêche pas de dresser des perspectives en ce qui concerne la vie avec le Covid-19, que ce soit en matière de traitement, de vaccin ou d’avenir de la santé publique. RB

PDF

 

 

     

- Politique - Publié le 29/04/2020, Natacha Polony - Directrice de la rédaction

Confinés, déconfinés, surveillés

Les annonces du Premier ministre sur les modalités du déconfinement prouvent une chose : le confinement a été nécessaire parce que nous n’avions pas les moyens de ‘protéger, tester, isoler’.

Nous avons désormais les armes élémentaires ?

Nous allons donc enfin pouvoir reconstruire un équilibre entre liberté individuelle et sécurité collective.

Cette crise aura finalement eu pour mérite de rappeler aux pays occidentaux que la politique, plus encore en démocratie, ne consiste pas à gérer l’existant à coups de tableurs Excel mais à affronter l’imprévu, le tragique, l’Histoire, en protégeant les populations et en préservant le bien commun. Hélas, nos dirigeants sont formés pour être des marins d’eau douce. D’excellents pilotes de péniche, avec une connaissance précise de la mécanique des fluides sur canal artificiel. Les voilà au milieu d’un océan déchaîné, ou pire, à devoir passer le détroit de Magellan et barrer cernés par les récifs. Nul ne peut leur en tenir rigueur. Il faut juin 1940 pour révéler un de Gaulle, qui s’apprêtait à prendre sa retraite dans un anonymat total. Emmanuel Macron, Edouard Philippe et leur armée d’énarques ne peuvent faire que ce qu’ils ont appris à faire. De leur mieux.

PDF

 

 

     

- 28 avr. 2020, par Fanny Le Nevez - Blog : Le blog de Fanny Le Nevez

Maîtresse en maternelle, sans moi le 11 mai!

Un témoignage, parmi tant d'autres, pour dire l'inquiétude du monde enseignant face à la réouverture des écoles le 11 mai. Ceux qui espèrent gestes barrière et distanciation sociale ne savent rien de notre réalité. Ni héroïne, ni traîtresse, je connais mon métier et mes très jeunes élèves de 4 ans. Je voudrais qu'au milieu des enjeux sanitaires et économiques, on ne les oublie pas.

Depuis le début de l’épidémie de Covid19, j’ai tâché de continuer à faire mon boulot de maîtresse de petite section. Vous avez peut-être vu passer mes vidéos dans lesquelles j’essaie gaiement, parce que le ridicule ne tue pas, de maintenir le lien avec mes élèves depuis mon salon. Je suis contente d’y avoir consacré beaucoup de temps et d’énergie, je l’ai fait par choix et avec plaisir, pour mes élèves et leurs familles. Je suis prête à continuer, autant qu'il faudra. Et bien sûr, je n'ai qu'une hâte : retrouver les soixante petits élèves de mes deux classes de maternelle (j’ai deux postes à mi-temps).

Mais je ne vois pas quels aménagements ni quelles précisions pourront me convaincre de revenir à l’école le 11 mai. Je précise que je ne suis absolument pas opposée à une reprise avant la fin de l’année scolaire. Je m’attendais à reprendre en mai ou juin, mais certainement pas dans ces conditions, alors qu'on avait fermé les écoles avant de confiner la population !

PDF

 

 

     

- Entretien > 29 avril 2020 / Entretien avec Arthur Messaud

La dérive sécuritaire s’amplifie sous le couvert de la pandémie

Le gouvernement entend mettre en place une application pour téléphone intelligent destinée, selon lui, à lutter contre la propagation du Covid-19. Loin d’avoir prouvé une quelconque efficacité, StopCovid banalise le recours à la surveillance numérique et masque la mise en pratique de mesures liberticides, comme le recours aux drones ou à la reconnaissance faciale hors de tout cadre juridique.
Arthur Messaud est juriste et salarié de l’association La Quadrature du net.­

Reporterre — Hier, mardi 28 avril, les députés ont débattu sans vote du projet d’application de traçage StopCovid. Comment les outils numériques ont-ils émergé comme une solution à la crise ?

Arthur Messaud — C’est allé très vite. Au début, le sujet d’une application de traçage ne se trouvait pas au cœur des débats. D’ailleurs pour nous, à La Quadrature du net, l’enjeu est assez anecdotique par rapport à l’ensemble des outils de contrôle qui existent déjà comme les drones, la vidéosurveillance ou la reconnaissance faciale. Ces technologies sont bien plus dangereuses qu’une hypothétique application qui, de toute manière, n’existera peut-être jamais vu qu’elle n’est pas fiable. Je regrette que les médias et les politiques aient mis tous les projecteurs sur ce projet fumeux, avec souvent des positions caricaturales où on oppose bêtement les libertés aux enjeux de santé. Ce débat est inintéressant et il masque des choses plus importantes dont on ne parle malheureusement pas.

PDF

 

 



01 Mai 2020 

 



     

- Enquête en 3 volets

 

Enquête > 1/3 - 27 avril 2020 / Marie Barbier (Reporterre) et Jade Lindgaard (Mediapart)

La justice a massivement surveillé les militants antinucléaires de Bure

Des dizaines de personnes placées sur écoute, un millier de discussions retranscrites, plus de 85.000 conversations et messages interceptés, plus de 16 ans de temps cumulé de surveillance téléphonique : l’information judiciaire ouverte en juillet 2017 est une machine démesurée de renseignement sur le mouvement antinucléaire de ce village de la Meuse, selon les documents qu’ont consultés Reporterre et Mediapart.

Des visages pris dans une toile de flèches et de diagrammes. Sous chaque photo : date et lieu de naissance, surnom, organisation. Les individus sont regroupés en « clans », reliés à des lieux et à des cotes du dossier d’instruction. Certains visages sont grossis, d’autres réduits à la taille d’une tête d’épingle. Certaines personnes ont droit à une photo, d’autres apparaissent sous une forme de pictogramme – bleu pour les hommes, rose fuchsia pour les femmes.

Ce schéma a été réalisé par la cellule d’analyse criminelle Anacrim de la gendarmerie nationale. Son logiciel, Analyst’s notebook, permet de visualiser les liens entre des personnes via leurs numéros de téléphone, des lieux, des événements. Cette technique est habituellement utilisée pour résoudre des crimes particulièrement graves : elle a récemment ressorti l’affaire Grégory des ténèbres judiciaires, et est actuellement utilisée dans l’enquête sur le tueur multirécidiviste Nordahl Lelandais.

PDF

 

Enquête > 2/3 - 29 avril 2020 / Marie Barbier (Reporterre) et Jade Lindgaard (Mediapart)

L’État a dépensé un million d’euros contre les antinucléaires de Bure.

L’enquête pénale ouverte en juillet 2017 contre les opposants au projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo dans la Meuse, accusés d’avoir tenté de mettre le feu à un hôtel-restaurant, a nécessité l’engagement de moyens financiers considérables de la part de la justice et de la gendarmerie, d’après une enquête conjointe de Mediapart et Reporterre.

Cet article est le deuxième (sur trois) volet de notre enquête consacrée à l’enquête pénale contre les opposants au projet Cigéo. Retrouver ici le premier volet : « La justice a massivement surveillé les militants antinucléaires de Bure ».

Une cohorte d’expertises, de requêtes aux opérateurs de téléphonie, de gendarmes organisés en cellule pendant plusieurs années : alors que magistrats, avocats et greffiers ne cessent de dénoncer l’indigence de la justice française, l’enquête ouverte contre les militants antinucléaires de Bure semble bénéficier, elle, de moyens illimités.

Mediapart et Reporterre ont eu accès aux 15.000 pages du dossier d’instruction ouvert à l’été 2017 contre les opposants au centre d’enfouissement de déchets nucléaires, dans la Meuse. C’est l’un des plus gros équipements industriels en projet en France aujourd’hui et un chantier très sensible pour l’avenir de la filière nucléaire. Dix personnes y sont mises en examen, dont sept pour association de malfaiteurs, après deux départs de feu dans un hôtel-restaurant et l’organisation d’une manifestation non déclarée qui a tourné aux affrontements avec les forces de l’ordre.

PDF

 

Enquête > 3/3 - 1er mai 2020 / Marie Barbier (Reporterre) et Jade Lindgaard (Mediapart)

À Bure, la justice a bafoué les droits de la défense

Le dossier d’instruction, auquel Mediapart et Reporterre ont pu avoir accès, révèle une conception particulière de l’exercice des droits de la défense : des centaines de messages soumis à la confidentialité des échanges entre les avocats et leurs clients y figurent, alors qu’ils devraient être protégés par le secret professionnel. Par ailleurs, l’un des avocats du mouvement a lui-même été surveillé avant d’être mis en examen.

Cet article est le troisième et dernier volet de notre enquête consacrée à l’enquête pénale contre les opposants au projet Cigéo. Retrouver le premier volet : « La justice a massivement surveillé les militants antinucléaires de Bure » et le deuxième : « L’État a dépensé un million d’euros contre les antinucléaires de Bure ».

C’est un rapport de trente-sept pages annexé au dossier d’instruction — qui en compte déjà 15.000 — ouvert en juillet 2017 contre les opposants au projet d’enfouissement des déchets radioactifs (Cigéo) à Bure, dans la Meuse. Trente-sept pages de conversations téléphoniques retranscrites dans un dossier qui ne lésine pas sur les écoutes : d’après nos calculs, 85.000 conversations ont été interceptées par les gendarmes dans ce dossier (lire le premier volet de notre enquête). Si l’ensemble de cette surveillance de masse pose des problèmes éthiques, ces extraits-ci soulèvent des questions déontologiques : leur retranscription porte atteinte au secret professionnel qui, en droit, protège les échanges entre clients et avocats.

PDF

 

 

 

     

- Brèves > 30 avril 2020


Malgré le confinement, les appels à manifester le 1e mai fleurissent

Confinement oblige, ce vendredi 1er mai 2020 ne sera pas une journée internationale des travailleurs·euses comme les autres. Cependant, les initiatives se multiplient à travers l’hexagone afin de permettre à tous et toutes de se mobiliser, depuis chez soi.

25 organisations – syndicats, associations, mouvements – ont ainsi lancé un appel à mobilisation "pour donner au 1er mai 2020 un écho tout particulier dans le contexte de crise sanitaire". Elles ont établi une liste de revendications communes, sur l’accès à la santé, la lutte contre les inégalités, la protection de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique, la solidarité avec les populations des pays pauvres. En ce sens, les organisations demandent "un plan de relocalisation solidaire et écologique des activités de l’industrie, de l’agriculture et des services", ainsi qu’un "plan de développement de tous les services publics et une revalorisation des métiers d’utilité publique".

PDF

 

 

 



     

- Avril 2018, page 3, par François Pellegrini & André Vitalis 

Identification biométrique et contrôle social

L’ère du fichage généralisé

Au nom de la lutte contre l’usurpation d’identité (quelques centaines chaque année), le gouvernement français a autorisé en 2016 la création d’un mégafichier regroupant les données, notamment biométriques, de tous les titulaires d’une carte d’identité ou d’un passeport. Passée inaperçue dans le contexte sécuritaire actuel, cette décision ne pourrait que servir un éventuel régime autoritaire.

Créée par simple décret le 28 octobre 2016, en plein état d’urgence, la base de données des titres électroniques sécurisés (TES) concrétise un projet maintes fois repoussé par le passé au nom des libertés individuelles : l’informatisation des données biométriques de toute la population. Ce mégafichier fusionne et perfectionne deux répertoires administratifs existants : celui des dossiers de demande de passeport biométrique (vingt-neuf millions en janvier 2017) et le fichier national de gestion des cartes d’identité (cinquante-neuf millions de cartes délivrées depuis 2004). Nom, prénom, date et lieu de naissance, sexe, filiation, couleur des yeux, taille, adresse, mais aussi image numérisée du visage, empreintes digitales et signature de chaque individu se trouvent ainsi centralisés et stockés pendant deux décennies (quinze ans pour les mineurs).

PDF

 

 

 



     

- Idées - Par Giorgio Agamben, traduit de l’italien par Martin Rueff. Publié le 27 avril 2020

Giorgio Agamben : "Qu’est donc une société qui ne reconnaît pas d’autre valeur que la survie ?

TRIBUNE. Pour le philosophe italien, au nom de l’impératif sanitaire, nous sacrifions nos libertés, mais aussi nos conditions de vie normales, nos amitiés et jusqu’au respect de nos morts.

❐ BibliObs : depuis le début de l’épidémie de Covid, le philosophe italien Giorgio Agamben fait entendre une voix dissidente. Dans un premier texte, mis en ligne le 26 février, il dénonçait "l’invention d’une épidémie" et énumérait les nombreuses privations de libertés induites par le confinement : "Il semblerait que, le terrorisme étant épuisé comme cause de mesures d’exception, l’invention d’une épidémie puisse offrir le prétexte idéal pour les étendre au-delà de toutes les limites." Ce qui lui avait valu une vive réponse du philosophe Slavoj Zizek dans nos colonnes.

Dans un autre texte mis en ligne début mars, il estimait que

"les dispositions récentes transforment en fait chaque individu en un infecteur potentiel, exactement comme les lois sur le terrorisme considéraient, de facto et de jure, chaque citoyen comme un terroriste potentiel."

PDF

 

 

 



     

- 1st May 2020, by George Monbiot, published in the Guardian 29th April 2020

Bail Out the Planet

We have the opportunity to reshape our economies to support life on Earth. Governments should take it.

Do Not Resuscitate. This tag should be attached to the oil, airline and car companies. Governments should provide financial support to their workers while refashioning the economy to provide new jobs in different sectors. They should prop up only those sectors that will help secure the survival of humanity and the rest of the living world. They should either buy up the dirty industries and turn them towards clean technologies, or do what they often call for but never really want: let the market decide. In other words, allow these companies to fail.

This is our second great chance to do things differently. It could be our last. The first, in 2008, was spectacularly squandered. Vast amounts of public money were spent reassembling the filthy old economy, while ensuring that wealth remained in the hands of the rich. Today, many governments appear determined to repeat their catastrophic mistake.

The “free market” has always been a product of government policy. If anti-trust laws are weak, a few behemoths survive, while everyone else goes down. If dirty industries are tightly regulated, clean ones flourish. If not, the corner-cutters win. But the dependency of enterprises on public policy has seldom been greater in capitalist nations. Many major industries are now entirely beholden to the state for their survival. Governments have the oil industry over a barrel – hundreds of millions of barrels of unsaleable product to be more precise – just as they had the banks over a barrel in 2008. Then they failed to use their power to eradicate the sector’s socially destructive practices and rebuild it around human needs. They are making the same mistake today.

PDF

 

 

 









 


 

 

     

 

les 3 articles ci-dessus en 1 PDF