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20, (Avril 2020)

 

dans une autre page : Linky, EDF, Enedis (ex-ErDF), Areva  & co

à la date du jour, 943 communes s'opposent au 'Linky'

ou notre vie de confinés

 

 

 

 



30 Avril 2020

     

- Enquête > 30 avril 2020 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Et si le coronavirus ouvrait la voie de l’autonomie alimentaire ?

En grippant les échanges, la pandémie de Covid-19 pourrait provoquer une grave pénurie alimentaire mondiale. La France n’en est pas là, mais son agriculture très spécialisée, inscrite dans les réseaux de libre-échange, ne la met nullement à l’abri d’un choc qui bloquerait les flux. Il est temps de poser la question de la relocalisation agroécologique de l’alimentation.

Après le Covid-19, le spectre de la pénurie alimentaire plane sur les populations les plus vulnérables. Le nombre de personnes en crise alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest pourrait ainsi passer de 17 à 50 millions entre juin et août 2020, estime la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). "Malgré les efforts des États, les populations sont aujourd’hui confrontées à des difficultés d’accès aux marchés alimentaires, à un début de hausse des prix et à une baisse de la disponibilité de certaines denrées de base, conséquences des mesures restrictives mises en place, de la fermeture des frontières et de l’insécurité dans certaines zones", a précisé l’ONG Oxfam mi-avril. Signe de la gravité de la situation, trois organisations onusiennes — FAO, OMS et OMC — ont publié un communiqué commun : "Nous devons nous assurer que notre réponse face à la pandémie de Covid-19 ne crée pas, de manière involontaire, des pénuries injustifiées de produits essentiels et exacerbe la faim et la malnutrition", écrivaient les directeurs des agences. En ligne de mire : la crainte d’une rupture des chaînes d’approvisionnement. Car la crise sanitaire a non seulement désorganisé le transport de marchandises — bateaux, camions circulent au ralenti — mais elle a également poussé nombre de pays producteurs à constituer des stocks… et donc à diminuer drastiquement leurs exportations. Riz en Asie du Sud-Est, céréales en Russie, blé au Kazakhstan, tournesol en Ukraine.

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- Opinions - Contribution externe - Publié le 29-04-2020

Lésions de l'ADN, cancers du cerveau : 434 médecins et 900 professionnels de la santé belges sonnent l’alerte sur la 5G

Une opinion signée par 434 médecins belges et 900 professionnels de la santé (voir la liste des signataires au bas de l'article).

Face au déploiement massif et inconsidéré des technologies sans fil, nous, professionnels de la santé, demandons au gouvernement de faire appliquer le principe de précaution afin de protéger la population et plus particulièrement les groupes les plus vulnérables dont font partie, notamment, les femmes enceintes et les enfants.

En pleine pandémie, alors que les citoyens sont confinés et que la société est mise à rude épreuve, Proximus a entamé ce 31 mars le déploiement de la future 5G dans 30 communes autour de Bruxelles.

Même s’il pourrait s’agir d’une simple coïncidence, ceci nous semble indécent à un moment où les Belges doivent lutter ensemble pour essayer de vaincre le drame humain qui nous préoccupe tous. Parallèlement, des organismes de défense des consommateurs se sont empressés de publier des articles pour affirmer la non-dangerosité de cette technologie.

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- Asie du Sud-Est - Julie Zaugg, Hongkong, publié mercredi 29 avril 2020

Singapour subit de plein fouet la seconde vague de Covid-19

Ex-bon élève du Covid-19, la ville-Etat a vu le nombre de ses nouvelles infections exploser au cours du mois d’avril. La maladie s’est propagée comme une traînée de poudre dans les dortoirs surpeuplés hébergeant ses travailleurs migrants

Des travailleurs migrants faisant la queue devant leur dortoir. Singapour, le 27 avril 2020. — © REUTERS/Edgar Su

Le 15 mars, Singapour semblait sur le point de dominer l’épidémie de Covid-19. La ville-Etat comptait à peine 200 cas, grâce notamment à une politique agressive de traçage des contacts des personnes infectées. Mais durant le mois d’avril, la machine s’est enrayée. La seule journée du 20 avril, le petit territoire a enregistré 1426 nouvelles infections. Il en compte désormais 14 423.

Or l’immense majorité de ces cas sont des travailleurs migrants occupant des logements densément peuplés. Singapour en héberge 1 million, provenant pour la plupart d’Inde, du Bangladesh et d’Indonésie. Parmi ceux-ci, 323 000 vivent dans des dortoirs.

"Ils oeuvrent pour la plupart sur les chantiers ou dans l’industrie navale, construisant des bateaux ou des plateformes pétrolières", détaille Nicholas Harrington, un sociologue qui a mené plusieurs études auprès de ces travailleurs.

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- par Thomas Coutrot, publié le 22 avril 2020

La Scic contre l’impéritie

Le travail n’est plus organisé en fonction du profit pour les actionnaires mais de l’utilité sociale.

L’impéritie. Ce terme peu usité désigne fort bien l’incompétence et l’irresponsabilité des arrogants personnages qui nous gouvernent, dévots aveugles des lois du marché mondial.

Cela commence à se savoir : l’ahurissante pénurie de masques et de tests n’est pas le fait de la malchance mais de décisions conscientes. Ainsi, malgré les alertes lancées par les syndicats, Bercy et l’Élysée ont laissé la multinationale américaine Honeywell fermer, il y a dix-huit mois, l’usine de Plaintel, dans les Côtes-d’Armor, qui pouvait produire 20 millions de masques par mois. Au nom de la liberté d’entreprendre, Honeywell a pu détruire ses machines – dont certaines étaient quasiment neuves – et délocaliser sa production de masques en Tunisie et en Chine.

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29 Avril 2020

     

- 29 avril 2020, par Alain Damasio - Blog : Le blog de Alain Damasio

Coronavigation en air trouble (2/3): petite politique de la peur

"Pourquoi, depuis une vingtaine d’années, d’abord par l’artefact terroriste, puis maintenant par cette pandémie, le sécuritaire s’enfonce-t-il si facilement dans le beurre de nos libertés ? De libertés aussi fondamentales que pouvoir sortir, bouger sans être géolocalisé, se réunir, manifester, tenir un rond-point, exprimer sa colère ?" Seconde partie des "coronavigations" : pourquoi cette orgie sécuritaire ? 

II. PETITE POLITIQUE DE LA PEUR

Pourquoi cette orgie sécuritaire ?

Une des questions que je me pose le plus depuis le confinement, c’est ça : pourquoi, depuis une vingtaine d’années, d’abord par l’artefact terroriste (dont le nombre de morts induit est juste dérisoire, en moyenne une dizaine de meurtres par an), puis maintenant par cette pandémie, le sécuritaire s’enfonce-t-il si facilement dans le beurre de nos libertés ? De libertés aussi fondamentales que pouvoir sortir, bouger sans être géolocalisé, se réunir, manifester, tenir un rond-point, exprimer sa colère ?

Pourquoi aussi peu de résistances, d’insoumissions spontanées et durables, d’envie de défendre ces libertés qu’on détruit un peu plus à chaque d’état "d’urgence" ? Alors que précisément ces moments devraient être ceux du plus rigoureux sang-froid démocratique ?

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- Alexandre Demidoff, publié mardi 28 avril 2020

Kamel Daoud: “En Algérie, le confinement c’est un souvenir de guerre ou un jour férié sans fin”

A Oran, la ville qui a servi de décor à “La Peste” d’Albert Camus, les mosquées sont vides, la peur est contagieuse et un silence sidérant règne entre 15h et 7h du matin. L’écrivain et journaliste algérien témoigne de ces jours inouïs où la réalité dépasse, dit-il, toutes les fictions imaginables

La chambre où il écrit est devenue son observatoire. A sa fenêtre, Kamel Daoud, 50 ans, guette les signes de vie derrière d’autres fenêtres. Mais tout est silence ces jours à Oran, sous une lumière grise qui est celle du mois d’août.

"Avec le ramadan qui vient de commencer, c’est un confinement dans le confinement", confie ce journaliste et chroniqueur influent, rédacteur en chef naguère du Quotidien d’Oran.

Pense-t-il alors à l’Oran d’Albert Camus, celle qui sert de théâtre à La Peste? Bien sûr.

En 2013, Kamel Daoud signait avec Meursault, contre-enquête (Actes Sud) une suite vertigineuse à L’Etranger. Le succès était retentissant. Depuis, l’écrivain déroule la pelote de ses fictions – Zabor ou les Psaumes (Actes Sud) – autant qu’il empoigne l’actualité.

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- 28 Avril 2020, Sévère article de Charlie Hebdo. - Une analyse de Charlie Hebdo.

“Un désastre. C’est tout simplement un désastre que vit actuellement la France.”

Le mot “crise” ne suffit plus à définir la situation présente.

La France vit des heures de désillusion aussi profonde que celles qu’elle avait connues en mai 1940.

La France pensait avoir le meilleur système de santé du monde, comme elle était convaincue d’avoir la meilleure armée du monde en 1940. Et puis, sous nos yeux, tout s’est effondré à une vitesse inimaginable. On se demandait pourquoi la France avait manqué d’avions efficaces, d’armements modernes comme des chars d’assaut, et pourquoi les soldats portaient encore des bandes molletières alors que les soldats allemands avaient des bottes en cuir.

Aujourd’hui, on s’interroge pour comprendre pourquoi il n’y a pas assez de masques, pourquoi il n’y a pas assez de respirateurs artificiels, pourquoi la France est obligée d’importer les produits réactifs pour fabriquer des tests de dépistage. On perd notre temps à discuter de problèmes d’intendance qui n’auraient pas dû exister si le système de santé français était vraiment le meilleur du monde. Mais le système de santé français n’est pas le meilleur du monde.

La France n’est plus un grand pays, mais une petite nation mesquine, bouffie d’orgueil et de prétention. Et en face d’un virus microscopique, l’orgueil et la prétention, ça ne sert à rien.

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28 Avril 2020

     

- 28 avril 2020 - Monique Chemillier-Gendreau - par Les invités de Mediapart, Édition : Les invités de Mediapart

Vers des jours heureux...

Le séisme inédit du Covid-19 est l’occasion que le monde doit saisir pour rompre avec sa destruction amorcée. Il faut saisir cette opportunité pour poser les fondements d’une société mondiale juste et viable. La juriste internationale Monique Chemillier-Gendreau, professeur émérite de droit public et de sciences politiques, soumet à la discussion un document de référence qui fera date.  

“Quand croît le péril, croît aussi ce qui nous sauve”(Hölderlin)

Un virus inconnu circule autour de la planète depuis le début de l’année. Péril mortel et invisible, nous obligeant à nous écarter les uns des autres comme si nous étions dangereux les uns pour les autres, il a retourné les tréfonds des sociétés comme on retourne un gant et il a mis au grand jour ce que l’on tentait jusqu’ici de masquer. Sans doute provoque-t-il un nombre important de morts et met-il sous une lumière crue les limites des systèmes de santé des pays développés, y compris les plus riches d’entre eux. Sans doute, ailleurs, expose-t-il les populations de pays plus pauvres à un extrême danger, les contraignant pour se protéger à accomplir une obligation impossible, le confinement. Mais ceci n’est que la surface des choses.

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- par France Inter, publié le 27 avril 2020

L'après confinement selon Boris Cyrulnik : "on aura le choix entre vivre mieux ou subir une dictature"

❐ Invité du "Téléphone Sonne", Boris Cyrulnik a donné sa vision sur l'après-confinement. Retrouvez ici les réponses du neuropsychiatre données au micro de Claire Servajean.

Le Covid-19 laissera-t-il un traumatisme ? 

☛ Boris Cyrulnik : "Peut-être pas un traumatisme, mais un problème à résoudre. 

On a cru pendant 70 ans que les épidémies appartenaient au passé. On découvre que cette épidémie a probablement été provoquée par l'hyper technologie : celle de l'élevage qui concentre les animaux, et accroît l'effet de serre, mais aussi celle du transport des aliments, de l'aviation (le virus ne se déplace pas, c'est nous qui le transportons). 

On a oublié qu'on appartenait au monde vivant : on partage la planète avec les animaux. Si on enferme les animaux, si on fait de la surpopulation dans les élevages, on crée les conditions de fabrication de virus. Ensuite les avions et les autres moyens de transport font le reste. Bref, si on massacre le monde vivant, on partira avec lui. 

C'est la leçon dont les scientifiques et les politiciens devront tenir compte. C'est une banalité, mais on l'avait oubliée. 

On pensait qu'on était au-dessus des lois de la nature. Eh bien non, on n’est pas au-dessus, on est dans la nature. Et si on ne change pas l'an prochain, il y aura une autre épidémie de virus." 

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- Entretien > 28 avril 2020 / Propos recueillis par Hervé Kempf

Alain Damasio : "Pour le déconfinement, je rêve d’un carnaval des fous, qui renverse nos rois de pacotille”

Comment penser les conséquences politiques, collectives et individuelles de la pandémie de Covid-19 et du confinement ? Dans cet entretien, l’écrivain Alain Damasio remet notamment le concept de biopolitique au goût du jour, s’intéresse à notre rapport à la mort, vante le pouvoir de l’imaginaire et de l’expérience vécue, indispensables pour envisager une autre suite.

Alain Damasio est écrivain de science-fiction. Son dernier roman, Les Furtifs, a été publié en avril 2019 aux éditions La Volte.

Reporterre — Êtes-vous en colère avec ce qui se passe en ce moment ?

Alain Damasio — Clairement, je suis en colère, mais pas contre la pandémie elle-même. Je perçois et vis ce virus comme complètement naturel. Je suis en colère contre la façon dont notre gouvernement gère cette crise d’une façon pathétiquement verticale, centralisée et ultrasécuritaire, en faisant assumer à la population son incompétence crasse. Sur les trois axes clés de la lutte, à savoir les tests, les masques et les lits, la Macronerie a totalement échoué, rendant obligatoire ce confinement qu’on subit.

Ce gouvernement nous martèle depuis deux ans : "Nous sommes l’innovation, nous sommes la réactivité, nous sommes la performance", et au moment crucial où il faudrait "performer", plus personne ! Jugeons Macron et ses laquais sur leurs propres critères, c’est-à-dire en tant que managers supposés de "la start-up nation". Même se procurer des masques, négocier les achats, ils en ont été incapables. C’est une faillite complète. Et si l’on met ça en regard avec ces infirmières qu’on a matraquées et gazées à bout portant un mois avant le déclenchement de la pandémie, avec les grèves et démissions des médecins qui ont été traités avec un mépris absolu avant d’être érigés en héros, oui, ça fout la rage ! Mais cette rage, il faut l’apprivoiser et en faire quelque chose. La transformer en rage du sage.

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27 Avril 2020

     

- 27 avr. 2020, par Alain Damasio - Blog : Le blog de Alain Damasio

Coronavigation en air trouble (1/3)

"Je ne suis ni philosophe ni sociologue. Pas plus un psy ou un savant. Encore moins un prophète, même si l’anticipation fait partie de mon travail. Je suis un écrivain de science-fiction. Donc par choix et par nécessité: un bâtard. Un hacker de pensées, d’imaginaires filants, de perceptions furtives et de sensations vibratoires..." Première partie des "coronavigations" d'Alain Damasio: ce que le coronavirus fait à nos corps, nos psychés, nos perceptions, nos libertés. 

"Vivre est le métier que je veux lui apprendre. Il s’agit moins de l’empêcher de mourir que de le faire vivre. Vivre, ce n’est pas respirer, c’est agir, c’est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes qui nous donnent le sentiment de notre existence. L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années, mais celui qui a le plus senti la vie […]”

— Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation
  
Je l’ai souvent dit : je ne suis ni philosophe ni sociologue. Pas plus un psy ou un savant. Encore moins un prophète, même si l’anticipation fait partie de mon travail. Je suis un écrivain de science-fiction. Donc par choix et par nécessité : un bâtard. Un hacker de pensées, d’imaginaires filants, de perceptions furtives et de sensations vibratoires. Ma force, comme tout artiste il me semble, est de pouvoir être traversé. D’éponger les pluies chaudes du réel comme ses remontées acides, de prendre l’empreinte des cris et de restituer les vents qui passent dans mes veines. En essayant de ne jamais peindre mon moi sur le monde mais le monde sur moi, comme l’intimait Deleuze. Puis de regarder ce que ça dessine. Et tenter alors de l’écrire, comme on tatouerait une peau qui mue.

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- Tribune > 27 avril 2020 / Dimitri de Boissieu

L’éducation à la nature est primordiale, finançons-la

Le confinement nous rappelle à quel point nous avons besoin des sensations que nous offre le monde naturel. Pourquoi ne pas en profiter pour impulser une vaste politique d’éducation à la nature ? C’est ce que propose l’auteur de cette tribune, en suggérant notamment l’instauration d’une taxe spécifique. Pour notre plus grand bien, et celui de la transition écologique.

Dimitri de Boissieu est écologue de formation et éducateur à la nature et à l’environnement. Il est l’auteur de Bolivie, l’illusion écologiste (éditions Écosociété, 2019) et coauteur de Sortir ! Dans la nature avec un groupe] (Éditions écologistes de l’Euzière).

La crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui prouve que toutes les activités d’intérêt général, comme la culture, l’éducation, l’action sociale et l’environnement sont totalement indispensables à notre bien-vivre. Néanmoins, un des axes totalement négligés depuis plusieurs décennies par les pouvoirs publics est l’éducation à la nature et à l’environnement pour tous et toutes, à tous les âges de la vie.

De nombreux travaux de pédagogues, de scientifiques et de journalistes ont pourtant déjà montré qu’une fréquentation régulière de la nature est indispensable au bien-être des humains. En témoignent les écrits de Louis Espinassous, du réseau École et nature, de Sarah Wauquiez, de Matthieu Chéreau et Moïna Fauchier-Delavigne, de Richard Louv ou d’Anne-Caroline Prévot.

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& - Tribune > 25 avril 2020 / Réseau Sortir du nucléaire

Accident nucléaire : le coronavirus nous apprend que l’inimaginable peut devenir réalité

Les 34 ans de l’accident de Tchernobyl interviennent « dans le contexte d’une crise sanitaire inédite, qui rappelle que des phénomènes que l’on se refusait à envisager peuvent devenir réalité », expliquent les auteurs de cette tribune. Qui s’interrogent : en cas d’accident nucléaire, observerions-nous les mêmes phénomènes que pendant la crise du Covid-19 ?

Le réseau Sortir du nucléaire regroupe des associations françaises antinucléaires depuis 1997.

En cas d’accident nucléaire, observerons-nous les mêmes phénomènes que pendant la crise du Covid-19 ?

Comme nous le rappellent les incendies survenus ces dernières semaines, l’accident de Tchernobyl n’est pas terminé. Ce 26 avril, nous en commémorerons les 34 ans dans le contexte d’une crise sanitaire inédite, qui bouscule nos vies, rappelant que des phénomènes que l’on se refusait à envisager peuvent devenir réalité. 

Interrogeons-nous : ne risquons-nous pas de faire l’expérience de phénomènes similaires, voire pires, en cas d’accident de type Tchernobyl en France ? Cette éventualité ne relève pas de la spéculation : l’Autorité de sûreté nucléaire elle-même répète que ce risque est possible — son site invite même les associations, entreprises et élu·es locaux à examiner le rôle qu’ils seraient appelés à endosser dans cette pièce où ils n’ont jamais demandé à jouer. Tentons la comparaison.

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- Par Ivan Rioufol, le 27 avril 2020

Covid-19 : les dessous de la rage anti-Raoult

❐ Ce blog veut être celui de la liberté de la parole et de la confrontation des idées. Je me propose d’évoquer à chaud et succinctement, un fait d’actualité, une déclaration intéressante, ou un événement appelant un éclairage, une remarque. Je m’autorise à être subjectif, anecdotique, rapide. Il est loisible de débattre à partir de ces thèmes et sujets, ou d’autres que les lecteurs peuvent choisir. Car ce blog a pour objectif d’être un lieu d’échanges. Un rendez-vous régulier, amical et tolérant. Tout peut, ici, être dit, même s’il n’est pas interdit d’être argumenté et pertinent. La seule condition que je pose est de respecter les règles élémentaires de la civilité : les propos injurieux ou outranciers sont évidemment à proscrire. Un modérateur y veille. Bienvenue !

Une autre épidémie gagne une partie du corps scientifique et médical : la rage anti-Raoult. Elle a déjà contaminé aussi quelques intellectuels lucides, à commencer par Alain Finkielkraut. Le professeur marseillais, spécialiste mondialement reconnu en infectiologie et microbiologie, est devenu un repoussoir "populiste" pour le nouveau Parti de l’Ordre Sanitaire et ses milices.

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26 Avril 2020

     

- Politique - par Régis Debray, philosophe, publié le 13/04/2020

Le dire et le faire

Ce texte de Régis Debray est également publié dans la collection "Tracts" de Gallimard, qui fait paraître chaque jour des textes brefs et inédits, pour "trouver les mots justes" en temps de crise.

Me faisant part de l’angoisse montante de ses patients, notamment les plus âgés, un ami médecin me dit : "L’inflation de la communication, c’est peut-être un progrès, mais cela perturbe les certitudes."

On ne peut mieux résumer l’impression que donne ce tourbillon de propos plus ou moins autorisés qui fait perdre la tête, et le sens des choses.

C’est l’inconvénient du numérique, et sans doute un progrès de la démocratie que chacun puisse donner son opinion sur tout, et de préférence sur ce qu’il ne connaît pas. La parole prolifère en même temps que le virus. Elle ne touche que l’esprit, c’est beaucoup moins grave. Avec un bémol : la sournoise montée d’un certain nihilisme, dont je ne suis pas sûr, comme l’ami Finkielkraut, qu’il soit vaincu. Tout peut se dire, et son contraire, sans que rien ne différencie le fondé de l’infondé. Donc tout se vaut et rien ne vaut. Qui croire ? À qui s’en remettre ? Où est la parole d’autorité ?

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- - Justice sociale - Propos recueillis par Nolwenn Weiler - Photo : CC Tyler B Dvorak -
18 mai 2017

"Contrairement aux préjugés, le travail manuel exige de grandes compétences intellectuelles"

❐ Les travailleurs manuels, en particulier les femmes, seront-ils à nouveau les grands perdants du quinquennat qui se profile. Emmanuel Macron s’était autoproclamé "le candidat du travail".

Devenu Président, saura-t-il prendre en considération la réalité que vivent les femmes préposées au ménage, au service dans la restauration, à la chaîne des usines ou aux caisses des supermarchés ?

Dans son ouvrage Les souffrances invisibles, l’ergonome Karen Messing raconte en quoi les métiers de ces femmes sous-qualifiées exigent de grandes qualités cognitives, ignorées voire méprisées par la majeure partie de la société. Entretien.

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- Agriculture - par Sophie Chapelle, 17 avril 2020 - Photo : CC FlickR

Appel à travailler dans les champs : "Tout est fait pour maintenir un système qui précarise et appauvrit"

Face au manque de main d’œuvre étrangère, plus de 200 000 personnes se sont portées candidates pour rejoindre des exploitations agricoles. Des professionnels s’inquiètent cependant de cet afflux précipité de travailleurs, mal préparés à affronter des conditions d’emploi difficiles, voire dangereuses.

"Rejoignez la grande armée de l’Agriculture française."

En dépit des mesures de confinement, le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a appelé le 24 mars celles et ceux sans activité ou au chômage partiel à "travailler dans les champs". Cette déclaration a mis en lumière tout un pan de l’agriculture française qui vit d’emplois saisonniers habituellement pourvus par des dizaines de milliers de ressortissants venus de Roumanie, de Pologne, du Maroc ou d’Espagne.

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- 23 avril 2020, Augustin Langlade

Les lobbies profitent du coronavirus pour attaquer les lois environnementales et sociales

Les plus grandes entreprises de France réclament une mobilisation générale : plus de travail, plus de subventions, moins de règlementations. Et tant pis pour le climat.

Un vent de lobbying intense souffle sur la France confinée. Alors que la crise climatique est chaque jour plus grave, la plupart des entreprises françaises ou implantées en France exigent que l’État les épargne des normes environnementales en vigueur, en prenant pour prétexte la relance économique du pays.

Le monde d’après sera-t-il le refrain désespérant du monde d’avant ?

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- Info > 25 avril 2020 / Marie Astier (Reporterre)

La chute des prix du pétrole rappelle l’urgence de la transition énergétique

Le confinement et le ralentissement de l’économie mondiale ont fait chuter le prix du pétrole. Cette situation inédite nous aidera-t-elle à sortir des énergies fossiles ou va-t-elle compliquer la transition énergétique ? Reporterre a interrogé des spécialistes écologistes de l’énergie.

C’est peut-être la seule certitude : l’événement est une première inédit. Dans la nuit du lundi 20 avril au mardi 21 avril, le prix du pétrole est devenu négatif, atteignant les moins 37 dollars. Plus précisément, c’est sur le marché américain du West Texas Intermediate (WTI), le pétrole servant de référence de prix outre-atlantique, que les prix se sont effondrés. D’habitude, les barils de papier y volent de main en main. Mais ce jour-là, alors que les contrats arrivaient à terme, les vendeurs n’ont pas trouvé d’acheteurs. Avec le risque de devoir effectivement réceptionner ce pétrole jusqu’ici virtuel, et d’avoir à payer pour le stocker alors que les réserves sont déjà pleines, et que les prix du stockage s’envolent. Pour s’en débarrasser, les investisseurs se sont donc retrouvés prêts à payer.

Depuis, le prix est remonté dans le positif, mais restait vendredi 24 avril au plus bas niveau depuis plusieurs années. Tant du côté du WTI américain, que du Brent européen (le baril de référence en Europe). Comme si la réalité de la crise sanitaire avait brusquement rattrapé la bulle des marchés de matières premières : le confinement a fait chuter la demande de pétrole de 30 %, mettant l’ensemble de la planète en situation de surproduction de pétrole. Difficile de faire des prédictions, mais les analystes estiment que les prix n’augmenteront à nouveau que si la demande repart. Ils pourraient donc rester à ce bas niveau encore plusieurs mois. Dans ce contexte d’incertitude, les écologistes s’interrogent : la situation va-t-elle permettre de pousser vers une sortie du pétrole, facteur majeur des émissions de gaz à effet de serre, et d’accélérer la transition énergétique ? Ou la contrarier ?

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25 Avril 2020

     

- - Notre série: le monde d'après (5/20) - Entretien - 24 avril 2020 Par Amélie Poinssot

Virginie Maris: "Créer des territoires plus autonomes, plus résilients"

Dans un entretien à Mediapart, la philosophe Virginie Maris appelle à une position d’humilité face à la nature et invite à "démondialiser" nos modes de vie. L’horizon politique de l’après-Covid doit s’articuler autour du développement de territoires autonomes, résilients et solidaires.

Mettre en réserve des espaces de nature sauvage, s’affranchir du désir de contrôle : telles sont quelques-unes des pistes que prônait Virginie Maris dans un ouvrage paru l’an dernier aux éditions du Seuil, La Part sauvage du monde. Cette philosophe au CNRS rattachée au centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier écrivait notamment : "Une nature libre, autonome, foisonnante, c’est l’horizon que l’on pourrait viser lorsqu’on considère nos responsabilités mais aussi nos désirs et nos rêves vis-à-vis du monde naturel. Cette nature-là ne nous offrira pas un miroir avantageux de nous-mêmes, elle ne nous rendra que peu service. Nous nous y sentirons vulnérables, et, malvenus peut-être. Mais pourquoi faudrait-il que l’on soit partout chez soi, que nos champs, nos bêtes et nos usines remplissent tout l’espace ?"

Comment la réflexion de la philosophe se réoriente-t-elle à l’aune de la crise provoquée par le Covid ? Entretien.

Pour quelqu’un comme vous qui travaillez sur les notions de biodiversité et de nature sauvage depuis longtemps, l’épidémie de Covid-19 fait-elle apparaître quelque chose de nouveau ?

Virginie Maris : Une épidémie catastrophique comme celle-là n’est pas surprenante. Je m’attendais davantage à ce que cela passe par l’intermédiaire des animaux d’élevage, comme ce fut le cas lors d’épidémies précédentes. Cela nous interpelle quant à notre rapport à la nature, selon deux directions qui sont en tension l’une avec l’autre.

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- Tribune > 24 avril 2020 / Nancy Huston

Smartphone, habits, viande : prêts pour un nettoyage éthique ?

"Nous sommes coupables dès que nous nous levons le matin", écrit l’écrivaine Nancy Huston. Que l’on boive un jus d’oranges — d’où viennent les fruits ? —, pianote sur notre smartphone ou enfile un T-shirt made in Bangladesh, nous sommes accrocs à des milliers de produits criminels à l’apparence innocente. Prêts pour un nettoyage éthique ?

Nancy Huston est une romancière franco-canadienne. Elle a écrit de nombreux romans dont Cantique des plaines (Actes Sud, 1993), Lignes de faille, (Actes Sud, 2009) et Rien d’autre que cette félicité (Parole, 2019).

"Bolsonaro le militaire se saisit de la crise pour faire le nettoyage ethnique dans les favelas", écrit mon ami Jean Morisset [1], qui connaît bien le Brésil.

Et si, nous-mêmes, nous nous saisissions de la crise pour faire un peu de nettoyage éthique ?
D’ores et déjà, par exemple, nous savons que notre besoin irrépressible et impérieux de nous (passez-moi l’expression) torcher le cul avec une substance douce et agréable a entraîné des catastrophes – notamment au Brésil – car notre PQ est fait de cellulose, c’est-à-dire d’eucalyptus. Un végétal dont les plantations en monoculture ont nécessité la déforestation de grands pans de l’Amazonie, ce qui a causé le déplacement forcé des populations autochtones qui habitaient ces forêts et favorisé les terribles incendies de 2019. Ce savoir, trop abstrait apparemment, ne nous a nullement empêchés de nous précipiter massivement dans les supermarchés dès le début de la crise du coronavirus pour acheter des stocks importants de papier toilette afin de s’assurer au moins d’une chose : qu’après avoir fait caca, nous allions pouvoir nous essuyer avec une substance douce et moelleuse jusqu’à la fin des temps — jusqu’à l’Apocalypse !

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- Info > 24 avril 2020 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Contrairement à ses dires, le gouvernement soutiendra les entreprises pratiquant l’évasion fiscale

Jeudi 23 avril sur France Info, dans le cadre de l’examen au Sénat du projet de loi de finance rectificative et après la polémique autour de l’octroi de 20 milliards d’euros sans contreparties environnementales à des grandes entreprises, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire avait décidé de gonfler les muscles : « Il va de soi que si une entreprise a son siège fiscal ou des filiales dans un paradis fiscal, je veux le dire avec beaucoup de force, elle ne pourra pas bénéficier des aides de trésorerie de l’État », déclarait-il, enfonçant le clou par un un tweet.

Mais entre l’annonce et la réalité, le gouffre s’est rapidement creusé. En quelques heures à peine, le gouvernement est revenu sur cette déclaration en y apportant des nuances et de la confusion. Reporterre a dressé la chronologie de ce renoncement.

Au préalable, il faut rappeler que la France a une définition restrictive des paradis fiscaux. Elle n’en compte que onze à travers le monde : ni la Suisse, ni le Luxembourg en font partie, selon elle, ni ceux recensés par l’Union Européenne comme les Samoas américaines, les Fidji, Guam, Oman, le Samoa, Trinité-et-Tobago, les Îles Vierges américaines ou le Vanuatu.

Qu’importe. Aux yeux du gouvernement, la mesure n’était pas assez limitée. Dès jeudi 23 avril dans l’après-midi, il a publié une circulaire à destination de l’administration avec une modification par rapport au dispositif annoncé le matin. Seules les entreprises avec une filiale « sans substance économique » dans les paradis fiscaux seraient exclues, précisait le document.

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24 Avril 2020

     

ACTUALITÉ - jeudi 23 avril 2020, propos recueillis pas Édouard REIS CARONA

José Bové  : "On se découvre citoyens du monde à travers tous les risques encourus"

L’ancien député européen, agriculteur et figure du mouvement altermondialiste est confiné chez lui dans le Larzac. Il porte un regard sur la crise sanitaire qui secoue le monde et évoque l’après, qui sera déterminant sur le plan alimentaire et environnemental.

Comment allez-vous dans cette période si particulière ?

☛ Écoutez, je vais très bien. Ma compagne aussi. C’est vrai, on est un peu privilégiés, dans un hameau sur le Larzac, avec deux habitants au kilomètre carré ! On ne craint pas trop la contamination sur place, et notre confinement est loin d’être insupportable.

Comment occupez-vous vos journées ?

☛ En faisant des choses qu’on avait toujours remises à plus tard, notamment reconstruire des murets en pierre sèche créés par les anciens qui s’étaient ébranlés au fil des siècles. On a décidé de consacrer une partie de notre temps à ces activités extérieures, en plus du potager. Un confinement rural classique du retraité de l’agriculture qui essaye d’aider en même temps ses voisins. On fait les courses chacun notre tour. On fait en sorte que la vie de chacun soit la plus apaisée possible.

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- Édito > 23 avril 2020 / Hervé Kempf (Reporterre)

Le test d’un gouvernement déficient et policier

L’attitude du gouvernement à l’égard du dépistage du coronavirus est révélatrice de son incapacité à analyser correctement les situations. Elle souligne l’urgence de changer un système politique fondée sur la verticalité et le pouvoir d’une oligarchie. Instaurer la 6e République sera une priorité de l’après confinement.

Le coeur des stratégies de lutte efficaces contre le coronavirus, bien plus que les masques ou le confinement, ce sont les tests. L’Allemagne et la Corée du sud, parmi d’autres, ont fait face à la pandémie en recourant tôt au dépistage. La France a mis deux mois à prendre conscience de cette réalité. Dépassée sur le nombre de lits de réanimation, la fourniture de masques, voire les blouses et les gants des soignants, elle est aussi restée aveugle à l’urgence du dépistage, mise en œuvre dès février par l’Allemagne (voir l’article de notre correspondante ici). Et la France pratique un confinement massif, appliqué avec brutalité par une police qui ne considère pas les citoyens comme des êtres responsables mais comme des délinquants potentiels ou avérés.

On peut incriminer, bien sûr, M. Macron. Son retard à comprendre ce qui se passait, ses injonctions contradictoires à quelques jours d’intervalle, son absurde rhétorique guerrière, son agitation inutile et parfois contre-productive - trois heures passées avec M. Didier Raoult ! Si la pandémie a fait un tri parmi les dirigeants de ce monde, M. Macron est clairement à ranger du côté de MM. Trump ou Bolsonaro plutôt que de celui de Mme Merkel ou M. Conte.

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La première ministre belge annonce le déconfinement...

 

     

- le regard de Gilles Clément sur l’actualité. - 22 avril 2020

Stratégie de la peur

Gilles Clément s’est exprimé la semaine dernière sur ce qu’il nomme « la stratégie de la peur ». Voici son texte.

Nous ne sommes pas en guerre. Le covid nous rassemble, il ne nous divise pas. Il ne fait aucune distinction entre riches, pauvres, blancs, noirs, chômeurs ou traverseurs de rues. Mais il se présente comme un imprévisible danger à tous, un commun à partager.

L’imprévisible danger,- quelle que soit sa nature -, place le pouvoir en devoir de contrôle absolu et légitime sous le prétexte d’une lutte contre le danger en question. D’où le vocabulaire guerrier utilisé pour développer sans complexe une stratégie de la peurdont l’utilité politique est la soumission. Il est facile de diriger un peuple soumis, impossible de procéder de la même façon avec un peuple libre.

Il faut donc asservir le peuple au masque, aux gestes barrière, aux distances règlementaires et à la consommation orientée : tous les magasins sont fermés sauf les grandes surfaces. Les multinationales du pouvoir ont tous les droits, y compris ceux de la transmission du virus par inadvertance, elles agissent au nom de la « guerre » contre l’ennemi, tout peut arriver.

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- Enquête > 23 avril 2020 / Moran Kerinec (Reporterre)

Dépistage du coronavirus : comment le gouvernement a tout raté

Les tests de dépistage sont au coeur des stratégies réussies de lutte contre le coronavirus. Mais en France, ils sont pratiqués avec parcimonie. Car le gouvernement a perdu deux mois avant de se rendre compte du problème, se reposant sur un confinement massif. Changements de cap incessants, lenteurs administratives, commandes mystérieuses de tests... Reporterre passe au crible l’échec de l’Etat.

L’absence de dépistage aux débuts de la crise du SARS-CoV-2 a laissé les spécialistes médusés : "Ce à quoi nous avons assisté en France est contraire à tout ce que nous avons appris sur les maladies infectieuses. Que ce soit le choléra, le paludisme ou la tuberculose, le premier réflexe, c’est de dépister, d’identifier les malades avec des tests qui permettent la recherche des sujets contacts", dit Annie Thébaud-Mony, directrice honoraire de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), et spécialiste du dépistage de la tuberculose. "C’est le niveau auquel on aurait pu s’attendre sur le Covid-19 : la mise en place d’une stratégie cohérente et efficace de soin, et d’identification des contacts. En Allemagne et en Suède, c’est ce qui a été fait." Comment expliquer ces ratés au démarrage ? Pourquoi la France n’a-t-elle pu mettre en place une campagne de dépistage sur le modèle de l’Allemagne ? Plusieurs rouages rouillés ont entravé la mécanique gouvernementale. Un retard qui a réduit la stratégie à un confinement massif et à subir une mortalité parmi les plus élevées du monde (plus de 20.000 morts par le coronavirus).

D’abord, il y a eu la communication inconsistante du gouvernement, virevoltant au fil des jours. "Nul ne peut combattre un incendie les yeux bandés", lançait le président de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus le 16 mars dernier, en conseillant : "Testez, testez, testez. Testez tous les cas suspects." Le message a peiné à passer dans l’exécutif français. Le lendemain de cette allocution, Jérôme Salomon, le directeur général de la santé (DGS) en France affirmait "[qu’]en circulation active, le test n’a pas beaucoup d’intérêt, aucun pays ne l’a fait". Il a fallu attendre le 20 mars pour qu’il change son fusil d’épaule : "Le passage en phase 3 épidémique entraîne aussi un changement de doctrine concernant les tests, argumentait alors le directeur de la DGS, la stratégie est ciblée, nous testons toutes les personnes fragiles, à risques, hospitalisées évidemment, mais aussi les foyers collectifs, les résidents d’établissements collectifs de personnes fragiles ou âgées et, évidemment, les professionnels de santé." Toutes ? Pas vraiment.

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- Reportage > 24 avril 2020 / Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre)

En Bretagne, Daniel Cueff, symbole de l’écologie sociale et héraut des anti-pesticides

Alors qu’il vient de quitter son écharpe tricolore, retour sur la marque de fabrique d’un des étendards de l’écologie sociale, l’homme du premier arrêté anti-pesticides de France : Daniel Cueff, maire pendant vingt ans de Langouët, en Bretagne.

Langouët (Ille-et-Vilaine), reportage - Le soleil traverse le quadrillage des panneaux photovoltaïques plantés devant la mairie. Ils s’orientent en fonction du soleil, comme un tournesol.

“Impressionnant, non ?”, sourit Daniel Cueff, le maire emblématique du village de Langouët, près de Rennes.

Dans cet instant songeur, difficile d’imaginer que lui et sa commune ont été au cœur d’une tornade politico-médiatique déclenchée en mai 2019, lors du vote d’un arrêté municipal interdisant l’épandage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations. Maire depuis vingt ans, il a définitivement raccroché son écharpe tricolore au soir du 15 mars dernier.

Le bureau de monsieur le maire ne paie pas de mine. La pièce est petite et meublée de chaises en plastique pour accueillir les visiteurs. Des distinctions coiffent le bureau. La moitié de la table de réunion est occupée par une caisse remplie de courriers de soutien à son arrêté anti-pesticides et par les cartons de son dernier livre Paysans, on vous aime (Indigènes éditions, 2020).

On lui propose de porter son écharpe tricolore pour lui tirer le portrait, une dernière fois en tant que maire. Très peu pour lui.

“Vous savez je suis régionaliste, le tricolore, ça ne me parle pas”.

Il évoque de Gaulle, Rocard, la centralisation à la française en opposition à l’approche allemande.

“Je pense que chaque région devrait lever l’impôt et l’utiliser en fonction de son territoire. On ne peut pas gérer une région littorale comme la Bretagne de la même manière que l’Alsace.”

Travailler avec le terrain, les pieds plantés dans le concret, c’est le fil rouge de cet intellectuel, docteur en sciences de l’éducation. Au point que sa marque de fabrique politique est imprégnée d’éducation populaire.

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- 24th April 2020 - By George Monbiot, published in the Guardian 22nd April 2020

Permanent Lockdown

We have been shut out of most of the UK’s open land for centuries. It’s time this changed.

In the name of freedom, we have been exposed, to a greater extent than any other European nation, to a deadly pandemic. In his speech in Greenwich on February 3, Boris Johnson lambasted governments that had “panicked” about the coronavirus, inflicting “unnecessary economic damage”. His government, by contrast, would champion our right to “buy and sell freely among each other”.

But as always, the professed love of freedom among those who represent the interests of the rich in politics is highly selective. If the government valued freedom as much as it says it does, it would do everything in its power to maximise the liberties we can safely exercise, while protecting us from harm.

In other words, it would take up the call to open London’s golf courses to public access. As the author and land campaigner Guy Shrubsole has discovered, there are 131 golf courses in Greater London, covering 11,000 acres. But they are open only to members, while millions of people swelter in tiny flats or edge round each other in minuscule parks, desperate for a sense of space and freedom. It would take up the call for private schools to open their playing fields and extensive grounds. It would open London’s locked green squares, and designate other tracts of private land in and around our cities for public access.

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- #9 des Tendances - par Régis DESMARAIS (son site), mercredi 22 avril 2020

Double pandémie, Covid-19 et virus de la folie

L’évocation d’un risque de poursuites pénales vise des médecins qui essayent de soigner leurs patients atteints du Covid-19. L’empirisme et les tentatives de soins se heurtent à la règle sacralisée des essais en double aveugle. Une sorte de folie conduit au renversement des valeurs : sauver la vie est accessoire au respect de règles pourtant inappropriées aux situations d’urgence.

Depuis la nuit des temps, l’espèce humaine tente de survivre aux éléments. Inlassablement, elle s’adapte aux circonstances et quand elle le peut, elle modifie son environnement pour le rendre moins hostile. La médecine, cet art de guérir, a laissé ses premières traces trente siècles avant Jésus-Christ. Obstinément et inlassablement, des hommes et des femmes ont tenté à toute époque de guérir en inventant et adaptant des traitements. L’empirisme, les essais, l’observation et le souci permanent d’agir, parfois vite, pour sauver une vie qui peut si facilement s’éteindre, ont été les moteurs de la médecine.

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23 Avril 2020

     

- Publié le 20/04/2020, Jean-Paul Brighelli, Enseignant et essayiste. - Dernier ouvrage paru : C'est le français qu'on assassine (Hugo et Cie, coll. Paradoxe, 2017)

Chers collègues enseignants : plus nous nous confinerons, plus la facture sera salée à l’arrivée

❐ Jean-Paul Brighelli s'interroge sur la réticence des enseignants et syndicats à retourner en classe le 11 mai, à la fin du confinement.

Chers collègues,

Vous qui hésitez à reprendre le travail dans vos écoles, vos collèges ou vos lycées à la mi-mai — étant entendu que le 11, cité par Macron, est une estimation, j’avais moi-même parié sur le 18…

Vous et vos syndicats, qui capitalisent sur la peur, comme si le risque 0 existait, affirmez qu’il est hors de question de reprendre le collier tant que la situation ne sera pas sûre. Mais elle ne le sera pas tant que vous ne serez pas vaccinés (d’ici un an, en mettant les choses au mieux), étant acquis apparemment qu’avoir attrapé le coronavirus ne protège pas d’une récidive — comme pour la grippe. Les labos doivent se frotter les mains à l’idée d’un vaccin à fabriquer chaque année en fonction des mutations de la petite bête.

Alors, attendrez-vous un an pour revenir au travail ? Pour serrer vos parents dans vos bras ? Pour parler à nouveau aux gens que vous aimez ? Tel médecin — ravi apparemment d’avoir d’un coup tant de pouvoir — annonce qu’il faudra conserver une "distanciation physique" pendant au moins deux ans. C’est son épouse et ses enfants qui doivent être contents…

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  quand j'ai eu lu cette 'opinion', ma première réaction fut sans doute de l'indignation : comment peut-on 'en même temps' reconnaître que les enseignants sont maltraités -- en oubliant sous-payés -- qu'on les oblige à appliquer des "méthodes et errances pédago-démagogiques" qui, depuis bien plus de 20 ans en fait, visent à vider l'enseignement de son contenu, et leur suggérer l'abnégation jusqu'à "mourir en scène" ? Cette provocation indécente pourrit la chronique. Pourtant, ce monsieur, normalien, agrégé qui n'a probablement pas enseigné en zone problématique ni connu les fins de mois de jeunes certifiés d'aujourd'hui, soulève une réflexion intéressante sur les dégâts de la période sur les enfants et, plus loin encore, sur l'attitude professionnelle imaginable face à ce danger pernicieux et invisible. Lui se pense, se voudrait "hussard noir de la République" (il a du oublier que Chevènement nous avait affublés de ce sobriquet lorsqu'il était incapable de revaloriser les carrières), en Molière des salles de classe, on attend. Brassens l'a chanté tellement mieux que moi :

"Mourir pour des idées, d'accord, mais de mort lente."

Pour le plaisir : https://www.youtube.com/watch?v=iZpNgSaYWts

 

 

 

 

     

  - 27 mars, 2019

Les ultracrépidariens : des personnes qui donnent leur avis sans avoir de connaissances sur le sujet

Qui sont les ultracrépidariens ?

Les ultracrépidariens, loin d’être en voie d’extinction, sont de plus en plus nombreux chaque jour. Ce sont ces personnes qui donnent leur avis sur tout mais sans avoir de connaissances ou de compétences sur les sujets évoqués.

Elles ne se taisent jamais, nous corrigent, nous suggèrent des tonnes de choses, veulent sauver le monde et sous-estiment les véritables experts dans un domaine.

Il est curieux de voir à quel point notre langage est riche. Nous disposons de termes vraiment spéciaux pour définir ces comportements que nous voyons si souvent autour de nous. L’ultracrépidarianisme est sans aucun doute l’un de ces mots aussi difficile à retenir qu’à prononcer. Il est cependant surprenant de savoir qu’il existe depuis très longtemps et qu’on l’utilise presque partout dans le monde.

En anglais, on utilise le mot ultracrepidarianism, en espagnol, ultracrepidarianismo, en bosniaque, ultrakrepidarianizam… Nous avons tous donné un nom à ce profil qui possède une tendance presque obsessionnelle à donner son avis sur des sujets qu’il ne contrôle même pas. 

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- Opinions - Contribution externe - Publié le 23-04-2020, Une opinion de Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques associé à l’ULB.

Monsieur Comte-Sponville, au temps de la pandémie, nos parents, nos vieux, sont notre honte à jamais

Le philosophe André Comte-Sponville, 68 ans déjà, se livrait récemment dans un entretien en regrettant le scandaleux retour en grâce de la science et l’obsession de nos sociétés à faire de la santé une valeur suprême au détriment de notre liberté. Éternel débat il est vrai de savoir si la médecine peut être toute puissante et faire de la santé un moyen d’accéder au bonheur ou une fin en soi. D’autant actuellement.

Pour lui, nous devons vraiment sortir de ce pan-médicalisme et apprendre à ré-apprivoiser la mort et accepter une certaine fatalité : tout n’est pas contrôlable, tout n’est pas guérissable, tout n’est au fond pas gérable, qui plus est, en temps de crise sanitaire inédite. Sans cette acceptation, nous perdrons tous notre liberté et les moyens de vivre. Un peu à l’image de la guerre qui fait des morts, le philosophe finissait par déplorer de manière assez indécente que nos sociétés sacrifient la vie et l’avenir des jeunes pour espérer sauver toute la société : parmi elle, quelques petits vieux. Surtout quand on ne peut manifestement selon lui pas les sauver :

"Ce qui m’inquiète, ce n’est pas ma santé, c’est le sort des jeunes."

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L'article d'André Comte-Sponville

 

 

 

 



22 Avril 2020

 

 

 

     

- Alexandre Demidoff, publié mercredi 22 avril 2020 - Virus

Dominique Bourg: "Ce virus est un avertissement de la nature, très salutaire"

Responsabilisation sans précédent des individus, affirmation de la puissance de l’Etat, urgence de jeter les bases d’une société plus complexe capable de répondre aux défis de la planète… Ancien professeur à l’Université de Lausanne, le philosophe franco-suisse invite à réparer le vivant

"Droite et gauche s’affrontent sur la façon de produire plus de richesses et de les répartir. Or, c’est le substrat de civilisation auquel on doit renoncer", estime Dominique Bourg.

❐ Archimède hors de sa baignoire. A l’écran, via visioconférence, Dominique Bourg embrasse large, avec cette générosité qui a caractérisé son enseignement à l’Université de Lausanne.

❐ Le philosophe franco-suisse, auteur d’Une Nouvelle Terre (Desclée de Brouwer) et de Parer aux risques de demain (Seuil) – avec Jean-Louis Schlegel – tire les leçons de cette grande pause qui s’impose à la planète. Et si c’était l’occasion de réformer nos conduites, nos politiques, d’inventer une civilisation plus complexe, plus sympathique, selon les termes de ce penseur qui aime les mêlées?

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- Sylvie Logean, publié mardi 21 avril 2020 - Covid-19

Le plasma des personnes guéries peut-il venir à bout du coronavirus?

Méthode connue depuis la fin du XIXe siècle, la transfusion de plasma de convalescent est aujourd’hui utilisée par de plusieurs hôpitaux pour lutter contre le Covid-19. En Suisse, l’Hôpital universitaire de Bâle a été le premier à se lancer

Traiter les personnes atteintes du Covid-19 en leur transfusant du plasma de patients convalescents? L’idée, centenaire, a largement été utilisée par le passé, notamment durant l’épidémie de grippe espagnole de 1918, mais aussi de SRAS en 2003, de H1N1 en 2009, de MERS en 2012 et d’Ebola en 2014. L’approche fait aujourd’hui l’objet de plusieurs essais cliniques dans le monde, y compris en Suisse, où l’Hôpital universitaire de Bâle fait office de précurseur.

Simple en apparence, le concept consiste donc à transfuser du plasma d’individus guéris du Covid-19. Une fois extrait du sang et ainsi débarrassé des globules rouges, des globules blancs et des plaquettes, le plasma – composé à 91% d’eau – contient notamment des nutriments, des lipides, mais aussi plusieurs centaines de protéines, dont environ 20% d’immunoglobulines. Ces anticorps, lorsqu’ils sont spécifiquement dirigés contre le virus, pourraient conférer une immunité à des patients souffrant d’une forme plus ou moins sévère de la maladie.

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- Enquête > 22 avril 2020 / Gaspard d’Allens (Reporterre)

Le gouvernement permet aux préfets de déroger à des normes environnementales

En pleine pandémie, le gouvernement publie un décret qui fragilise, encore une fois, le droit de l’environnement au profit d’une future relance économique. Les associations écologistes alertent sur les menaces qu’il pourrait entraîner et le manque de transparence qui entoure sa publication.

Alors que la crise sanitaire charrie son lot d’inquiétudes et que la récession guette, l’exécutif cherche de nouveaux outils pour relancer économiquement le pays. En plein confinement, il a publié le 8 avril dernier un décret passé curieusement inaperçu. Celui-ci permet aux préfets de déroger à certaines normes réglementaires dans des champs d’application aussi vastes que la construction, le logement, l’urbanisme, l’emploi, les subventions, l’aménagement du territoire mais aussi l’environnement.

Concrètement, dans ce dernier domaine, le préfet pourra, à l’avenir, restreindre la durée d’une enquête publique, passer outre une étude d’impact, limiter certaines consultations préalables ou même déroger à la nomenclature dite ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement). Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a jugé la mesure « utile pour faciliter la reprise de notre pays ». De leur côté, les associations écologistes s’inquiètent et voient dans cette dérogation un véritable « sabotage du droit de l’environnement ».

En soi, le récent décret n’a rien de nouveau. C’est un copié-collé d’un précédent décret de 2017 qui expérimentait cette mesure dans deux régions — les Pays de la Loire et la Bourgogne-Franche-Comté — ainsi que dans dix-sept départements pour une durée de deux ans. Le texte a ensuite été reproduit tel quel pour être généralisé à l’ensemble du territoire. Il comporte les mêmes garde-fous : pour déroger aux normes réglementaires, l’arrêté préfectoral doit être justifié par un motif d’intérêt général, répondre à des circonstances locales et être compatible avec les engagements européens et internationaux de la France. Il doit aussi « avoir pour effet d’alléger les démarches administratives, de réduire les délais de procédure ou de favoriser l’accès aux aides publiques ».

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- Info > 22 avril 2020 / Marie Astier (Reporterre)

Moins d’avions, plans bas carbone pour les entreprises : les mesures post-crise du Haut Conseil pour le climat

Crises sanitaire et climatique ont des causes similaires, constatent les scientifiques du Haut conseil pour le climat dans un nouveau rapport. Pour mieux se préparer à l’avenir, ils proposent au gouvernement des mesures pour que la relance économique mette enfin la France sur la voie d’un développement climato-compatible.

Est-ce la même inaction qui saisit nos gouvernants quand il s’agit de prendre au sérieux une pandémie comme celle du Covid-19 ou de lutter contre le changement climatique ? C’est le premier constat du Haut Conseil pour le climat, dans un rapport spécial paru hier mardi 21 avril au soir.

Composé d’experts du climat et de la transition énergétique, créé en 2019, le Haut Conseil est une instance consultative indépendante chargée d’évaluer la compatibilité de la politique du gouvernement avec l’accord de Paris sur le climat. Face à la crise, il a décidé de s’autosaisir. Son rapport « Climat, santé : mieux prévenir, mieux guérir » tente de tirer les premières leçons de la réponse française à la crise du Covid-19, d’évaluer son impact sur le climat, et trace des pistes pour une relance « verte » plutôt que « grise ».

Crises sanitaire et climatique ont de nombreux points communs, constatent d’abord les experts du climat. Première ressemblance : les alertes n’ont pas été entendues par les gouvernements. Ainsi, ces crises « n’ont pu être empêchées »… et ont des causes structurelles similaires, notamment « la pression insoutenable que nous exerçons sur les milieux naturels », indique Corinne Le Quéré, climatologue et présidente du Haut Conseil pour le climat. Les « choix politiques (…) ont conduit, depuis plus de quarante ans, à des transformations écologiques, sociales et économiques majeures : mondialisation des échanges, (...) éparpillement planétaire des chaînes de valeur, délocalisation, flux tendus, intensification des mobilités de toute nature, réduction de l’intervention de l’État, recul de l’État-providence et de l’accès aux services publics, baisse de la protection sociale », détaille le rapport. « Au-delà de l’urgence immédiate, nous devons donc remédier à ces causes profondes afin de réduire nos vulnérabilités face aux crises sanitaire et climatique », poursuit Corinne Le Quéré.

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21 Avril 2020

     

- Société - Par Bruno Latour, philosophe et sociologue, 30 Mars 2020

Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise

Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : "Relançons le plus rapidement possible la production", il faut répondre par un cri : "Surtout pas !". La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

Il y a peut-être quelque chose d’inconvenant à se projeter dans l’après-crise alors que le personnel de santé est, comme on dit, "sur le front", que des millions de gens perdent leur emploi et que beaucoup de familles endeuillées ne peuvent même pas enterrer leurs morts. Et pourtant, c’est bien maintenant qu’il faut se battre pour que la reprise économique, une fois la crise passée, ne ramène pas le même ancien régime climatique contre lequel nous essayions jusqu’ici, assez vainement, de lutter.

En effet, la crise sanitaire est enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de "sortir" de la première, nous n’en avons aucune de "sortir" de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre. En tout cas, ce serait dommage de ne pas se servir de la crise sanitaire pour découvrir d’autres moyens d’entrer dans la mutation écologique autrement qu’à l’aveugle.

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le lien vers le questionnaire

mes réponses

 

 

     

- Édito - 15 avril 2020, par Nasier Ockham et h16.

Coronavirus : le coût de l’incompétence

Il aura fallu 58 jours après les premiers cas de Covid-19 en France pour qu’Olivier Véran, apparemment ministre de la Santé, déclare :

“Nous étions un pays qui n’était pas préparé à une crise sanitaire du point de vue des masques et des équipements de protection en raison de décisions prises il y a neuf ans.”

Deux jours plus tard, Sibeth Ndiaye, égale à elle-même, affirmera cependant avec aplomb :

“On ne peut pas dire qu’il y a eu un défaut d’anticipation de cette crise, bien au contraire."
Nous avons à présent dépassé les 80 jours d’épidémie sur le territoire français et les mêmes prodiges sont maintenant durs à la tâche sur une éventuelle sortie de confinement, pendant qu’Emmanuel Macron, soignant avant tout sa communication, va rendre visite au Professeur Raoult.

Devant ces prouesses d’organisation de nos dirigeants, difficile de se départir de l’image d’un poulet sans tête courant en tous sens.

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- Cerveaux non disponibles - 20 Avril 2020

TÉMOIGNAGE SOIGNANT

"Salut, ça c'est moi, pépouze, entre deux cafés, je suis infirmier aux urgences. Je pose avec ce graphique que vous avez probablement tous vu. Celui de l'évolution de l'épidémie en fonction d'un confinement ou pas et cette ligne horizontale indiquant notre capacité de lit maximale en France. Regardez bien cette ligne surlignée, on en reparle à la fin :

Cela fait maintenant plus de 10 ans que je trimbale mes baskets auprès de malades. Ce qu'on vit depuis 2 mois est particulier mais ça fait 10 ans que je vis des journées de dingue, parfois apocalyptiques. 10 ans que je vois des patients qu'on ne peut pas soigner correctement par manque de moyens : pas assez de personnel, pas assez de places. Inutile de vous décrire des centaines d'anecdotes relatives au délabrement du système de santé public, j'en ai trop. Nous sommes descendu dans la rue cet hiver, le gouvernement actuel à envoyé les CRS nous gazer la tronche et nous casser la gueule alors qu'on ne réclamait rien d'autre que pouvoir soigner les gens dignement.

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- Enquête - 1ère partie > 21 avril 2020 / Émilie Massemin (Reporterre)

Cuisine, ménage, enfants... Le confinement exacerbe les inégalités hommes-femmes

Pour les femmes, la vie familiale confinée n’est pas toujours facile : ménage, cuisine, enfants... En fait, le confinement ne fait qu’accentuer un déséquilibre déjà existant dans les couples hétérosexuels. D’autant que la période n’est pas propice au déclenchement de discussions houleuses.

"Retourner travailler avec un masque et des gants, te laver les mains dix fois, se faire insulter et menacer par un type, espérer avoir tout bien fait. Rentrer chez soi, éviter les poignées de porte, se relaver les mains… et réaliser que ton homme, qui ne travaille pas, n’a pas fait le travail scolaire avec ta fille de sept ans." "La semaine dernière, réunion en visioconférence à 11 h 30 avec quatre collègues femmes. Elles étaient toutes dérangées toutes les cinq minutes parce qu’il fallait surveiller la cuisson du repas ou parce que l’ado ou le mari passait en demandant "qu’est-ce qu’on mange" ou une autre question de m***." "Les maris de mes copines s’enferment dans leur bureau et gueulent qu’ils travaillent, eux. Ils n’émergent que pour les repas. Moi, je suis en télétravail et mon compagnon est en congé parental. J’essaie de m’occuper de notre puce de temps en temps pour lui ménager des pauses. Si je traîne peinarde pendant cinq minutes, je culpabilise. Je ne pense pas que ce sentiment effleure les mecs dans cette situation..."

Pendant le confinement, la plus grave menace qui pèse sur les femmes reste la violence conjugale, en très forte hausse. Mais pour celles qui en sont épargnées, la vie familiale confinée n’est pas toujours facile. Avec la fermeture de nombreux services d’aide à la personne et la fermeture des établissements scolaires, plus moyen de déléguer une grosse partie des tâches parentales et domestiques aux crèches, écoles, femmes de ménage, cantines scolaires, pressing... Et, pour l’heure, ce surcroît de travail est assumé par les conjointes et les mères. Coline Charpentier enseignante d’histoire-géographie au collège et mère d’un garçon de deux ans et demi qu’elle élève avec son conjoint, a ouvert le compte Instagram "T’as pensé à ?" en novembre 2018, consacré à la charge mentale subie par les femmes de son entourage – elle comprise.

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- Enquête - 2ème partie > 21 avril 2020 / Émilie Massemin (Reporterre)

Plombées par les tâches domestiques, les femmes se soutiennent

Pour faire face à un surplus de tâches domestiques — bien souvent assurées par les femmes — durant le confinement, certaines ont mis en place un soutien moral et organisationnel, via des groupes de parole par exemple. Plus largement, la période pousse à l’interrogation : comment penser ces tâches collectivement ?

Depuis le début du confinement, l’emploi du temps d’Anissa Baaziz, responsable de site et mère de deux garçons de cinq et sept ans, est millimétré : "Le matin, école à la maison jusqu’à 16 h ; puis travail professionnel pendant une heure et demie, tâches ménagères – rangement, serpillière, repas, lessives –, repas et coucher des enfants, préparation du dîner pour mon mari qui travaille encore à l’extérieur et vaisselle. Je n’ai pas une seconde à moi !" Pour supporter la charge de travail supplémentaire durant le confinement — due à l’absence, notamment, de relais normalement assurée par la crèche ou l’école et au manque de partage des tâches ménagères — le soutien moral et organisationnel s’organise entre femmes.

Membre de l’association Ensemble pour les enfants de Bagnolet, Anissa Baaziz a vite participé à la mise en place d’un groupe de discussion informel des mères du quartier sur la messagerie WhatsApp. "On discute, on cherche des solutions : j’imprime des documents pour des mères qui n’ont pas d’imprimante, on s’envoie des leçons et des recettes de cuisine et on parle de tout, même si c’est vrai que le travail domestique est en bonne place. Mon mari et les maris des copines ne sont pas dans le groupe mais connaissent son existence et nous transmettent parfois des messages."

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- Opinion - Professeur Marc Chesney, directeur du Centre de compétence en finance durable de l'Université de Zurich,
publié lundi 20 avril 2020

De la peste au coronavirus

La fin de la pandémie peut déboucher sur un progrès si l’on considère la santé comme un bien public et si l’on sort de la logique financière et de la globalisation débridée, écrit le professeur Marc Chesney, directeur du Centre de compétence en finance durable de l’Université de Zurich

Un rat, dans Bourbon Street déserte, La Nouvelle Orléans. Mars 2020. — © Keystone-sda.ch

L’œuvre d’Albert Camus, La Peste, s’interprète souvent comme métaphore de la peste brune, c’est-à-dire du nazisme qui, en se propageant, laisse dans son sillage morts et malheurs.
 
Ce roman est aussi prophétique, dans le sens où il anticipe et décrit l’apparition et la diffusion d’une épidémie. La ville d’Oran était coupée du reste du monde pour contenir la propagation de la peste. Aujourd’hui, à l’heure de la globalisation, ce sont les individus qui sont confinés et les pays qui ferment leurs frontières. Le monde s’isole… de lui-même.

Ce qui était inimaginable encore récemment est devenu réalité. L’économie est à l’arrêt. Notre espace vital s’est considérablement réduit. La marche du temps est enrayée. Nous voici amenés à dénombrer les morts, en une macabre comptabilité journalière.

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- Sélection - Youness Bousenna, publié le 19/04/2020.

Cours en ligne de prestige : 10 enseignements passionnants du Collège de France

Lieu du savoir et de sa transmission, le Collège de France met les enseignements de ses professeurs à la disposition de tous sur son site. Littérature, religions, origines de l’homme ou histoire de continents, ces dix cours ont de quoi assouvir toute soif curiosité !

Comme on sait, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Le Collège de France, dont l’origine remonte à l’institution des lecteurs royaux par François Ier en 1530, n’est pas aussi vieux que la Sorbonne (fondée au XIIIe siècle), mais il abrite depuis cinq cents ans l’excellence du savoir.

Établissement unique, il a la double vocation d’accueillir la recherche et d’enseigner au public "le savoir en train de se constituer dans tous les domaines, des sciences ou des arts".

Et la bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas besoin d’habiter le Quartier latin pour en profiter : les cours sont accessibles sur son site Internet en format vidéo et audio, avec des ressources écrites. Nous avons sélectionné dix de ces enseignements pour vous inviter à découvrir cette inépuisable matière, en profitant du confinement pour faire le tour du monde, des savoirs et du temps.

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20 Avril 2020

     

- Travailleurs invisibles - par Stéphane Le Lay, 20 avril 2020

Eboueurs : l’héroïsation éclaire le mépris social d’une lumière plus intense

Que retenir du traitement médiatique des éboueurs présentés comme des remparts vivants à la propagation d’un processus mortel ? Cette attention à l’utilité sociale des "derniers de cordée" renvoie t-elle à de la reconnaissance ? Pour le sociologue du travail Stéphane Le Lay, il n’est "pas sûr que la ‘gratitude collective spontanée’ survive longtemps à l’épidémie de coronavirus". Voici pourquoi.

Les articles de presse et autres reportages télévisés mettant sur le devant de la scène "ceux qui sont d’ordinaire invisibles" se sont multipliés. Selon moi, cette soudaine attention consécutive à la pandémie de coronavirus ne traduit pas un réel intérêt pour ces travailleuses et travailleurs du "bas de l’échelle".

Elle constitue avant tout la marque d’une sidération puis d’un sentiment de peur parmi une large frange de la population. Comment sont présenté.e.s les éboueures et éboueurs dans l’espace public médiatique ? En dehors de quelques supports, généralement courts, qui ont donné la parole aux intéressé.e.s et n’en ont pas retenu que l’accessoire, j’ai repéré trois types de traitement.

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- Posted in Surveillance et Vie privée - Données personnelles - posted on14 avril 2020

Nos arguments pour rejeter StopCovid

Hier, Emmanuel Macron a invité le Parlement à débattre de l’éventuelle application StopCovid développée par son gouvernement. Nous venons d’envoyer aux parlementaires le résumé de nos arguments (PDF, 1 page), tel que repris ci-dessous.

L’application StopCovid serait inutile, dangereuse pour nos libertés et pourrait même aggraver la situation sanitaire. L’administration et le Parlement doivent cesser d’investir toute ressource humaine ou économique dans ce projet vain et dangereux. L’urgence est partout ailleurs.
(OKLM # au calme)

Une efficacité hasardeuse

❐ Utilisation trop faible

➠ de premières approximations évaluent que plus de 60%, voire plutôt 80% ou 100% de la population devrait utiliser l’application pour que celle-ci soit efficace, à condition encore qu’elle produise des données fiables ;

➠ seulement 77% de la population française a un smartphone et cette proportion baisse à 44% pour les personnes de plus de 70 ans, alors qu’elles sont parmi les plus vulnérables ; (...)

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- #Économie - #Politique - 02/12/2018, Vincent Lucchese

Kate Raworth : "Nous devons briser notre dépendance à la croissance"

Croissance verte ou décroissance ? L’économie peut-elle passer d’un modèle dégénératif à un modèle régénératif ? Les taxes peuvent-elles vraiment changer les comportements ? Autant de questions auxquelles Kate Raworth apporte de passionnantes réponses dans son ouvrage La théorie du donut, paru le 15 novembre aux éditions Plon. Nous avons rencontré cette économiste britannique qui dénonce les dogmes qui façonnent nos politiques en se drapant dans une légitimité scientifique que l'on peut remettre en question. Elle propose surtout une nouvelle vision qui replace l’économie au coeur du vivant et tente de remplacer l’obsession du PIB par un indicateur bien plus croustillant - et pertinent : le donut.

"L’économie façonne le monde dans lequel nous vivons", dit Kate Raworth. Si tel est le cas, son bilan est pour le moins désastreux : le changement climatique menace des milliards d’êtres humains, la vie sur Terre meurt, les inégalités explosent et l’étude de notre effondrement annoncé devient une science.

Pour cette économiste, chercheuse associée invitée à l’Institut du Changement environnemental de l’université d’Oxford et associée principale à l’Institut pour le Développement durable de Cambridge, il est donc grand temps de changer de paradigme et de transformer des dogmes économiques vieux de deux siècles.

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- Accueil - Campagnes - Climat - Le 15 avril 2020

Total : des actionnaires se rebiffent et déposent une résolution climat

Oui, vous avez bien lu : un groupe de onze actionnaires de l’entreprise Total a déposé une résolution climat, pour la toute première fois en France.

Parmi eux, se trouvent notamment Meeschaert, Crédit Mutuel, AG2R, Banque Postale… Jamais des actionnaires d’une entreprise française n’avaient soumis au Conseil d’administration une résolution environnementale, dont voici le texte :

"Le rapport de gestion contiendra, outre les informations sur la situation de la Société et son activité pendant l’exercice écoulé et les autres éléments requis par les dispositions des lois et règlements en vigueur, la stratégie de la Société telle que définie par le Conseil d’Administration pour aligner ses activités avec les objectifs de l’Accord de Paris, et notamment ses articles 2.1(a) et 4.1, en précisant un plan d’action avec des étapes intermédiaires pour (i) fixer des objectifs de réduction en valeur absolue des émissions, directes ou indirectes, de gaz à effet de serre (GES) des activités de la Société liées à la production, la transformation et l’achat de produits énergétiques (Scope 1 et 2) et à l’utilisation par les clients des produits vendus pour usage final (Scope 3) à moyen et long terme et (ii) les moyens mis en œuvre par la Société pour atteindre ces objectifs."
 
Pour être suivie d’effets, cette résolution doit d’abord être votée lors de la prochaine Assemblée générale de l’entreprise. Mais qu’est-ce que cela impliquerait ?

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19 Avril 2020

     

- La pompe à phynance - par Frédéric Lordon, 17 avril 2020

Patience

Bien sûr il y a d’abord la souffrance physique (de ceux qui sont malades), la souffrance morale (des proches, des soignants), la souffrance psychique (du salariat chair à canon). Mais il y a aussi, pour bon nombre d’autres, la souffrance politique : assister à ce délire, et n’y rien pouvoir. À un moment, on en revient toujours à l’os : la politique, c’est la co-présence des corps parlants — et agissants. L’épidémie met en panne la politique. Elle ne laisse debout que le gouvernement — qui, précisément, prospère en étant séparé. Et n’aime rien tant que les sujets à l’isolement.

Mais c’est vrai qu’il y a de quoi souffrir au spectacle passif d’un gouvernement emporté dans le chaos psychique de son chef. Même la presse la mieux disposée — Le Point, Le Figaro, L’Obs — sort passablement ébranlée du compte-rendu que Macron donne de sa propre action. Qui "assume totalement" le premier tour des municipales. On peut lire le même jour un article du site subversif France Inter, intitulé "Comment le Covid-19 a décimé les conseils municipaux", qui donne une idée assez juste de l’estomac requis pour "assumer" aussi facilement — mais nous savons que "j’assume", dans la bouche d’un homme de pouvoir, est par excellence l’indice du sociopathe.

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    - - 16 avril 2020, par Ludivine Bantigny - Blog : Le blog de Ludivine Bantigny

Entre les deux il n’y a rien? Jeter des ponts concrets entre aujourd’hui et demain

Ce texte est né d'un enthousiasme, d'un espoir et d'une frustration. Enthousiasme devant le foisonnement des solidarités. Espoir devant tant d'affirmations que "rien ne sera comme avant". Frustration devant le manque de maillons entre l’urgence et le "monde d’après". Contribution à une très vaste discussion collective dont nous avons vraiment besoin.

Dans son récit plein d’espoir, de force et de rage, Entre les deux il n’y a rien, l’écrivain Mathieu Riboulet évoquait celles et ceux qui

"posent leurs intelligences, leurs coeurs et leurs corps au milieu du chemin pour que le cours des choses dévie."

Que le cours des choses dévie : plus que jamais, nous en éprouvons aujourd’hui non seulement l’envie, mais la nécessité. Cet incroyable temps en suspens met en crise les certitudes les plus établies et les préceptes les plus chevillés. C’est un moment historique, au point que certains le perçoivent comme le vrai début du siècle. Printemps 20 : un tournant du temps. Qu’en ferons-nous, collectivement ?

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- 18 avril 2020 Par Romaric Godin

Crise économique: les leçons de 1848

La violence de la crise économique du Covid-19 n’a guère de précédents en France en temps de paix que la crise de 1929 et celle de 1848. Cette dernière porte en elle un certain nombre de leçons et de mises en garde.

L’histoire ne se répète pas, c’est entendu. Pourtant, certaines circonstances du passé éclairent l’époque et mettent en garde contre les tentations de penser trop vite notre présent. La crise du coronavirus a mis à terre l’économie capitaliste que l’on croyait invincible. Le commerce et l’industrie sont à l’arrêt, la "richesse" créée sera peut-être cette année la plus faible depuis quinze ans. Le PIB pourrait chuter de 10 à 15 %. Partout, l’État s’active pour amortir le choc, vient, en pompier du capitalisme, compenser les pertes. Les milliards pleuvent et les gouvernements aiguisent leurs discours les plus sociaux pour apaiser une éventuelle colère et former une hypothétique "union nationale".

Ce type de situation est assez rare en régime capitaliste en période de paix. Mais il est un précédent qui mérite qu’on s’y penche, celui de 1848. Certes, les deux époques sont différentes et les deux crises très lointaines en apparence. D’un côté, un virus, indépendant de la volonté des hommes, de l’autre, une révolution, produit de cette volonté. D’un côté, une économie capitaliste très avancée, de l’autre, un capitalisme naissant dans une société encore très largement rurale. Il ne s’agit pas de plaquer le passé sur le présent, mais de montrer comment les forces économiques et sociales ont réagi à une crise qui présente des éléments communs.

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18 Avril 2020

     

- 15 avril 2020, Pierre Jassogne

"Cette crise est vraiment notre dernière chance"

❐ Le 1er mai, Olivier De Schutter prendra les fonctions de rapporteur des Nations unies pour l’extrême pauvreté et les droits humains. Pour Alter Échos, le professeur de droit international de l’UCL lance un appel à changer notre modèle de développement, considérant la crise sanitaire actuelle comme un dernier avertissement.

Alter Échos : Ne plus vouloir du monde d’hier… Vous portez avec d’autres ce message parce que la crise a illustré la fragilité d’un modèle de développement fondé à tout prix sur la recherche de l’efficience. Alors de quoi ce sera fait le monde qui s’annonce ?

☛ Olivier De Schutter : Il y a une transaction, un "trade-off", entre efficience et résilience. L’efficience, c’est l’approfondissement de la division internationale du travail, les économies d’échelle, l’automatisation de la production, les chaînes mondiales d’approvisionnement. Tout notre modèle de croissance est fondé sur cela, mais les coûts pour la collectivité d’un tel modèle sont énormes, car il en résulte une concurrence mortifère entre États : la segmentation de la production permet aux entreprises de recruter des travailleurs là où les salaires sont bas et les droits syndicaux méprisés, de polluer là où les normes environnementales sont les moins exigeantes, et de payer leurs impôts là où les taux d’imposition sur les sociétés sont les plus faibles ; mais les États dès lors se livrent une concurrence fiscale qui les prive de revenus, et les mesures visant à protéger les travailleurs et la santé des populations sont contestées au nom d’une compétitivité internationale à préserver.

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- Actualités - 17/04/2020, par Philippe Reltien et Cellule investigation de Radio France

Le laboratoire P4 de Wuhan : une histoire française

Enquête - Voulu et construit avec l’aide de la France, le très sensible laboratoire de virologie P4 de Wuhan, qui fait aujourd’hui l’objet de beaucoup de spéculations, a peu à peu échappé au contrôle des scientifiques français. Selon nos informations, un vaccin contre le Covid-19 y a récemment été testé.

A l'intérieur du laboratoire P4 de Wuhan en février 2017.• Crédits : Johannes Eisele - AFP

Avec ses 11 millions d'habitants, on dit de Wuhan que c’est la plus française des villes de Chine. On y trouve un musée de l'urbanisme français et une gare TGV dont le toit évoque un oiseau migrateur.

Anne-Isabelle Sigros, qui était cheffe de chantier pour l'agence d’architecture AREP, s’en souvient :

"On était dans des marais et des champs. On a planté la gare là, et aujourd’hui la ville l’a rejointe."

Sur la rive Nord, on trouve encore des traces de la concession française, non loin du désormais célèbre marché couvert aux poissons de Huanan. Sur l’autre rive, les avenues rectilignes, qui filent vers l'aéroport, aboutissent à une zone industrielle où prospèrent une centaine d'entreprises françaises, parmi lesquelles Peugeot-Dongfeng, Renault, Eurocopter, Schneider Electric, L'Oréal ou encore Pernod-Ricard...

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- 16 avril 2020, Régis de Castelnau

Contrôle du confinement par les gendarmes : excès de zèle et arbitraire.

Sur la base des très mauvaises habitudes prises par les forces de l’ordre dans la répression des mouvements sociaux et l’utilisation de violences considérables couvertes par la hiérarchie et la justice, la police et surtout la gendarmerie se croient à nouveau tout permis.

Des quatre coins de la France remontent des histoires plus invraisemblables les unes que les autres où l’on voit des Français déjà soumis à la violence d’un confinement-incarcération (légitime), subir en plus les excès de zèle et l’arbitraire d’un grand nombre d’agents publics qui oublient leur mission républicaine et en donnant le sentiment difficile à dissiper qu’ils poursuivent deux objectifs.

D’abord imposer leur pouvoir de la façon la plus punitive possible, et ensuite, quoi qu’elles en prétendent, remplir les caisses de la manne dont l’État est privé avec la quasi disparition des infractions automobiles. Répression d’ailleurs éminemment sélective, puisque sur ordre paraît-il de leur hiérarchie (voir le Canard enchaîné) il leur a été demandé de surtout ne pas intervenir dans les banlieues difficiles. Ce qui permet à ceux qui sont enfermés de voir les vidéos sur lesquelles paradent des irresponsables impunis.

Il est clair que ces fautes n’auront aucune espèce de conséquence ni de rappel à l’ordre, ni de procédures disciplinaires vis-à-vis de corps dont ce pouvoir a eu déjà un pressant besoin et pense que ce sera également le cas pour le jour d’après pour affronter la colère populaire. Alors il faudra utiliser la loi et former des recours contre ces procès-verbaux abusifs. Et si nécessaire le moment venu saisir le juge pénal.

Atlantico m’a demandé mon avis.

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- L'Obs avec AFP, publié le 16 avril 2020

Le président du conseil scientifique met en garde contre "un rebond du virus à l’automne"

Jean-François Delfraissy a fait cette mise en garde dans une interview au quotidien italien "La Repubblica". Mercredi, il était interrogé par les sénateurs.

Le président du conseil scientifique a mis en garde contre un rebond de la pandémie de Covid-19 à la rentrée. Interrogé dimanche par le quotidien italien "La Repubblica", Jean-François Delfraissy a tempéré les espoirs de voir la maladie disparaître avec la chaleur.

"Toutes les pandémies du siècle dernier se sont apaisées pendant la saison estivale", a-t-il reconnu, avant d’ajouter : "Cette fois, nous voyons que le virus se propage également dans les régions chaudes. Soyez donc prudents. L’autre chose que nous voyons de l’histoire des épidémies est que nous devons nous préparer à un rebond du virus à l’automne.”

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- Michel Guillaume - Publié samedi 18 avril 2020 - Grande interview

André Duvillard: “Il faudra se poser la question de notre autonomie sur certains biens essentiels”

C’était le piège que posait la globalisation. Ces vingt dernières années, la Suisse a sensiblement réduit ses dépenses pour les réserves stratégiques, de sorte qu’elle est devenue trop dépendante de l’étranger à l’heure de lutter contre le coronavirus, estime le délégué au Réseau national de sécurité

❐ Il est un rouage clé de la politique de sécurité de la Suisse: depuis huit ans, André Duvillard assume la fonction de délégué au Réseau national de sécurité, qui regroupe l’ensemble des instruments dont disposent la Confédération, les cantons et les communes.

A ce titre, il s’exprime souvent sur la cybercriminalité, la lutte contre le terrorisme et la nécessité d’un plan national contre la radicalisation.

Mais jamais encore on ne l’avait entendu sur l’éventualité d’une pandémie, un scénario qui a pourtant fait l’objet d’un grand exercice en 2014 déjà.

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17 Avril 2020

     

    - 16 Avr 2020

Propositions pour un retour sur Terre de Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton

Penser écologiquement et socialement le monde de demain, celui de l’après Covid-19, préoccupe et nourrit de nombreuses réflexions. Afin de nourrir le débat, nous republions ici en intégralité les Propositions pour un retour sur Terre proposées par Dominique Bourg, Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton et mises en ligne d’abord sur le site La Pensée Écologique.

La pandémie du Covid-19, et plus précisément la façon dont un grand nombre de pays tentent d’y répondre, peuvent nous permettre d’analyser la donne plus générale qui nous échoit. L’enjeu est une véritable bascule de civilisation avec un socle commun, consensuel, à partir duquel l’adversité démocratique – le jeu majorité et opposition – peut à nouveau se déployer et s’exprimer. Quel est ce socle commun ? De quelle bascule s’agit-il ?

PDF (23 pages)

 

 

 

     

- 28 mars 2020, Aline Fares

Pour renflouer les banques et grandes entreprises: utilisons leurs dividendes

Ce qu’il faut à la santé publique, ce ne sont pas des philanthropes qui un jour se réveillent en se disant qu’il y a le feu et qu’il serait peut-être bon de prêter main forte pour aider à éteindre l’incendie (mettre quelques usines textiles au service de la fabrication de masques et de blouses, par exemple), mais ce sont des individus et des entreprises qui arrêtent d’attiser le feu, en permanence, tout le temps.

Bonne nouvelle : les dividendes 2019 promis par les entreprises européennes à leurs actionnaires, 340 milliards dont 60 milliards par les entreprises du CAC 40, n’ont – à quelques exceptions près – pas encore été payées. La saison des Assemblées Générales, qui statuent sur le paiement de ces dividendes, va commencer. Il y a donc beaucoup d’argent dans les caisses des banques et autres multinationales qu’il serait fort utile de ne pas transférer aux actionnaires à un moment où ces entreprises affrontent la crise et sollicitent le soutien généreux de la puissance publique.

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- par France Inter, publié le 14 avril 2020

Le coup de gueule du philosophe André Comte-Sponville sur l'après-confinement

Le célèbre philosophe, auteur du "Petit traité des grandes vertus" (Seuil), André Comte-Sponville a publié une vingtaine d’ouvrages et a partagé dans "Grand Bien Vous Fasse" son sentiment quelque peu alarmiste quant à la société de l'après-confinement.

"La mort fait partie de la vie"

André Comte-Sponville : "Il faut d'abord se rappeler que l'énorme majorité d'entre nous ne mourra pas du coronavirus. J'ai été très frappé par cette espèce d'affolement collectif qui a saisi les médias d'abord, mais aussi la population, comme si tout d'un coup, on découvrait que nous sommes mortels. Ce n'est pas vraiment un scoop. Nous étions mortels avant le coronavirus, nous le serons après. 

Montaigne, dans Les Essais, écrivait : 

Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant.

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- Planète - By Carole Payrau, posted on15 avril 2020

Emmanuel Delannoy : "la crise sanitaire actuelle est bien celle de la biodiversité" (1/2)

C’est un “pas de côté” que nous propose de réaliser le perma-économiste Emmanuel Delannoy avec L’économie expliquée aux humains. Car lorsque la biodiversité elle-même, en l’occurrence l’insecte Cerambyx Cerdo, prend la parole pour évoquer la nécessité de changer de modèle économique, le message n’en a forcément que plus de poids… Retour sur le contenu de l’ouvrage avec son auteur.

Vous parlez dans votre ouvrage par la voix d’un capricorne, Cerambyx Cerdo. Que dirait-il face à l’actuelle crise sanitaire qui secoue le monde ?

☛ Sans vouloir jouer les prophètes, un rôle toujours lourd à assumer, cette crise est révélatrice de la fragilité de ces systèmes interconnectés à l’échelle mondiale. Il y a quatre mois, ce virus était porté par une espèce de chauves-souris parmi des centaines d’espèces de chauves-souris dans un coin reculé de la Chine. A présent, c’est une menace en train de gripper la machine économique mondiale.

Probablement, il faudra réfléchir à la façon dont on va, sans renoncer complètement à la mondialisation, ré-ancrer notre manière de créer de la valeur ajoutée. C’est un peu paradoxal !

On aura toujours des échanges mondiaux, mais il faudra qu’ils soient à bon escient.

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16 Avril 2020

     

- Jacques Le Houezec, 15 Avril 2020

Merci Ludo pour cette information et la traduction.

Konstantinos Farsalinos, a must read interview from Delfraissy.

Traduction : Il faut consulter la presse transalpine pour avoir l’avis du président du comité scientifique. Cela en dit long sur la presse française. Via Alexandre Monnin - Traduction Deepl et bibi

Coronavirus, par le scientifique qui conseille Macron : "Nous aussi nous nous dirigeons vers la phase 2 mais les personnes immunisées sont trop peu nombreuses. Risque de récidive".

Jean-François Delfraissy, l'équivalent transalpin de Brusaferro, est convaincu que nous pourrions disposer d'un vaccin dans l'année. "La France et l'Italie coordonnent leurs stratégies pour savoir quand et comment sortir du confinement”.

par notre correspondant ANAIS GINORI
12 avril 2020

PARIS - La France a également commencé à réfléchir à la phase 2. Et un avis qui compte, c'est bien celui de Jean-François Delfraissy. L'immunologiste français dirige le comité scientifique qui conseille Emmanuel Macron dans la crise sanitaire. Delfraissy, 71 ans, était une sommité de la recherche sur le sida, en première ligne contre le virus Ebola. Son groupe de "sages" comprend également un anthropologue et un sociologue.

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Il faut semble-t-il lire la presse italienne pour prendre connaissance de l'avis du professeur Delfraissy, chef du comité scientifique qui conseille le président... français ?!?!? On comprend mieux quand on lit la reconnaissance des carences initiales et de leur impact sur l'évolution de la pandémie chez nous.

 

 

 

 

 

     

- Politique - Par Romain Masson, le 25 mars 2020

Aurélien Bernier : "Après la mondialisation heureuse, on nous fait croire au localisme heureux"

❐ Collaborateur régulier du Monde diplomatique, ancien militant d’Attac et habitué du Comptoir, Aurélien Bernier s’inscrit dans le courant de la démondialisation et de la décroissance. Depuis plusieurs années, il développe une critique de la mondialisation et de l’Union européenne en réaffirmant le rôle de l’État et de la souveraineté populaire comme instruments de reconquête démocratique. Dans son dernier livre, "L’illusion localiste" (éditions Utopia, 2020), il pointe les écueils des discours qui surinvestissent le local et, en jouant le local contre le national, abandonnent la perspective d’une alternative globale au modèle néolibéral.

Le Comptoir : À l’heure où la mondialisation est de plus en plus contestée et où l’idée européenne fait de moins en moins rêver, le local semble constituer le nouvel horizon au sein duquel pourraient se développer des alternatives démocratiques, écologiques et sociales. Comment expliquer ce consensus ?

☛ Aurélien Bernier : Le localisme fait effectivement presque l’unanimité dans la classe politique et dans le monde militant, mais ce consensus cache des motivations très différentes. Pour la gauche écologiste dont je fais partie, il faut reconnaître que l’échelon local est souvent le seul moyen d’agir concrètement et d’obtenir des résultats. Face à la mondialisation, à l’Union européenne et à l’État libéral, nous sommes pour l’instant dans une position défensive et bien souvent en situation d’échec, y compris quand les mobilisations sociales sont puissantes, comme sur les mouvements des Gilets jaunes ou des retraites. Nous ne parvenons pas davantage à construire un débouché politique national aux luttes sociales, ce qui est assez déprimant. L’action locale, elle, peut produire des résultats concrets et à relativement court terme. Par contre, par leur nature même, les actions “de proximité” ont une portée limitée et le reconnaître n’enlève absolument rien à leur valeur ni au mérite de celles et ceux qui les portent. Ce qui me gêne dans certains discours localistes progressistes, c’est la survalorisation de l’action locale, comme si la somme de ces actions pouvait nous éviter de penser la prise du pouvoir national et sa transformation. Pour les libéraux, c’est autre chose. Le localisme est utilisé comme un rideau de fumée pour tenter de minimiser les responsabilités et les conséquences écologiques et sociales du capitalisme. Puisque plus personne ne croit à la “mondialisation heureuse”, on essaie de nous faire croire au “localisme heureux”.

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- Gideon Lichfield, 24 mars 2020

Il n’y aura pas de retour à la normale

Nos vies reprendront-elles leur cours après le confinement ? S'appuyant sur les modélisations de la pandémie du rapport de l'Imperial College, Gideon Lichfield estime que nos vies confinées et contrôlées ne sont pas prêtes de disparaître. Le bouleversement sanitaire et sécuritaire de nos sociétés sera massif.

❐ Nos vies reprendront-elles leur cours habituel après le confinement ? Rien n’est moins sûr. Le vote précipité à l’Assemblée nationale, le 21 mars, d’une "loi d’urgence" donnant au gouvernement le droit de légiférer par ordonnances pour restreindre les libertés publiques et pour modifier le droit du travail en imposant aux salariés une semaine de congé et la prise de RTT pendant la durée du confinement pose question. Le souvenir de l’état urgence terroriste ne doit pas être perdu. Décrété après les attentats de 2015 et présenté comme provisoire, il n’a en fait jamais été aboli. L’essentiel de ses dispositions, passées dans le droit commun en novembre 2017, sont devenues notre nouvelle normalité. En ira-t-il de même pour les expériences qu’autorise l’état d’urgence sanitaire ?

❐ Dans cet article, Gideon Lichfield s’appuie sur les modélisations de l’évolution de la pandémie réalisées par l’équipe des épidémiologistes de l’Imperial College de Londres, paru le 16 mars, et reprises par le Comité scientifique qui conseille Macron. Le pronostic qu’en tire l’auteur est clair : l’épidémie ne disparaîtra pas au bout de 2 ou de 6 mois. Nos vies confinées et contrôlées non plus. Nous entrons dans le temps du délitement : il faut nous préparer à un cycle long alternant périodes de privation de libertés, lors des résurgences du virus, et moments d’assouplissement de ces restrictions en périodes de décrue. Lichfield pronostique que le nouvel impératif de sécurité sanitaire va doucement envahir nos vies et les conduire vers plus de surveillance, de contrôle social et surtout d’inégalités.

❐ Sans adhérer à toutes les conclusions de cette analyse prospective, il a semblé intéressant et important à la rédaction de Terrestres de verser cette pièce au débat sur le bouleversement en cours.

❐ Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maxime Chédin

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ce texte, basé sur les données de l'Imperial College de Londres, a 1 mois; tout ce qu'on peut espérer : des progrès notoires dans le domaine scientifiques... Les options de confinement alternatif sinon sélectif ???

 

 

 



15 Avril 2020

     

- #Philosophie - #Pandémie - 14/04/2020, Vincent Edin - Image à la Une : Mathieu Potte-Bonneville / DR

Covid-19 : "Ne nous attendons pas à un après ressemblant à une aube radieuse"

Philosophe et directeur du département culture et création du Centre Pompidou, Mathieu Potte-Bonneville est spécialiste de Michel Foucault, l’un des penseurs les plus cités depuis de le début de la crise pour ses écrits sur le “bio-pouvoir" et la gestion politique des épidémies. Il est également l’auteur de Recommencer (Verdier, 2018) un stimulant essai sur ce verbe à mi-chemin entre la répétition et le renouveau. Deux bonnes raisons de discuter avec lui de la période trouble que nous traversons.

Usbek & Rica : Fut un temps où où la philosophie avait le dessus, où l’on se passionnait pour les querelles entre Jean-Paul Sartre et Raymond Aron. Aujourd'hui, on a parfois l'impression que les passes d’armes tournent essentiellement autour de la justesse des thèses du professeur Raoult. La philosophie serait-elle également malade du Covid-19 ?

☛ Mathieu Potte-Bonneville : D’abord, cette crise donne lieu à beaucoup de prises de paroles intellectuelles. Évidemment, on écoute et s’instruit beaucoup auprès des infectiologues et épidémiologues, mais les contributions sont aussi nombreuses et intéressantes du côté des sciences sociales, des politistes, des sociologues, des juristes, qui adossent leur propos à un savoir positif. Par comparaison, la parole des philosophes est un peu à la peine, car elle a toujours tendance à éterniser le moment présent. Quand Slavoj Zizek écrit : "Il nous faudra désormais apprendre à mener une existence plus fragile, menacée", on sent bien qu’il mise toute son autorité sur ce "désormais", comme si la philosophie devait être péremptoire et définitive. Il faut toute l’habileté et la générosité d’un Bruno Latour pour retourner cette posture et écrire un questionnaire adressé à chacune et à chacun d’entre nous...

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- #Science - #Philosophie - 03/06/2019, Thierry Keller et Blaise Mao

Michel Serres : "Le progrès est un paysage"

❐ Savant et philosophe, défenseur du monde des hommes, des choses et des vivants, Michel Serres est mort samedi 1er juin, à l'âge de 88 ans. Au printemps 2010, c'est ce personnage à part dans la galaxie intellectuelle française qu'Usbek & Rica avait choisi pour être le "grand témoin" de son tout premier numéro, paru le 3 juin 2010. Notre rencontre avec lui fut une véritable cure de jouvence.

Nous avons donc choisi de retranscrire ici l'intégralité de cet entretien.

C’est d’abord Temps des crises (Le Pommier, 2010), son dernier opuscule – 78 pages acérées – qui nous a donné envie de choisir Michel Serres comme premier grand témoin. Un ouvrage précis, audacieux, dont l’arc a immédiatement trouvé écho à nos préoccupations : le monde change plus qu’il n’a jamais changé depuis l’avènement de sapiens ; nous assistons à une recomposition en profondeur du "paysage humain". Les leçons pour demain ? Comprendre que l’homme ne peut plus poser la main sur son environnement comme jadis, qu’il va falloir apprendre à cohabiter, et même à collaborer avec le monde, cette "Biogée" (la vie et la Terre), grande oubliée de l’Histoire. Tout à coup, Serres, un monsieur fort respectable, un académicien que nous étions habitués à voir sur les plateaux de télé ou à entendre à la radio, un homme que nous avions lu il y a longtemps en faisant semblant de tout comprendre, surgissait dans notre univers en s’y imposant comme une boussole inattendue en ces temps d’errance intellectuelle.

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- Tribune > 14 mars 2020 / Gwen Fauchois

Coronavirus : apprendre de l’expérience du sida

Il y a beaucoup d’enseignements à tirer de l’expérience de la communauté de lutte contre le sida, rappelle l’auteur de cette tribune : porter l’attention aux plus vulnérables, ne pas s’en remettre totalement à l’Etat et chercher des réponses autonomes.

Je vois passer des comparaisons idiotes entre les épidémies de coronavirus et de VIH. Deux virus et deux épidémies qui médicalement ne sont pas comparables. Pourtant, s’il y a une communauté qui devrait partager son expérience, c’est bien la communauté sida. Mais existe-t-elle encore ?

L’expérience que l’épidémie de coronavirus sera aussi sociale.

L’expérience que l’Etat réagira avec retard. Et que ses priorités pourront différer des nôtres. Que sa conception de l’utilité générale est partielle et partiale.

L’expérience que le gouvernement, comme ceux qui l’ont précédé minimisera, prendra des décisions d’abord économiques, prétendra donner des leçons au monde entier sans tirer conséquence du délai qui nous a été donné pour essayer d’anticiper plutôt que de subir.

L’expérience qu’il commencera par nous expliquer que l’excellence française fait de nous l’exception mondiale, de celle qui arrête des nuages aux frontières.

L’expérience, que dans la réalité, la principale barrière tiendra sur le dévouement des soignants en première ligne qui sacrifieront y compris leur santé pour essayer d’épargner la nôtre.

Alors, forts de cette expérience, c’est aussi à nous de nous auto-responsabiliser à notre échelle.

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- - 20 février 2019, Laurie Debove

Oui, une Europe agroécologique qui nourrit tous ses citoyens est possible

L’agroécologie conçoit des systèmes de production qui utilisent les fonctionnalités offertes par les écosystèmes. Elle les amplifie tout en diminuant les pressions exercées sur l’environnement (comme les émissions de gaz à effet de serre, les intrants chimiques que sont les pesticides) et à préserver les ressources naturelles.

Bonne nouvelle pour le futur ! Une étude démontre qu’il est possible de convertir toute l’Union Européenne à l’agroécologie en assurant la subsistance alimentaire de sa population. Les pertes de rendements des champs pourraient être compensées en réduisant du régime alimentaire européen le bétail nourri aux céréales.

 

Produire moins, mais mieux

Les débats font souvent rage entre les défenseurs de l’agroécologie et ses détracteurs autour de la baisse des rendements induits par cette méthode agricole. S’il est possible de cultiver la terre de façon vertueuse, la quantité de nourriture produite serait-elle suffisante pour nourrir tout le monde ?

L’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), un institut de recherche français et indépendant, a mené une étude qui tranche le débat : oui, une Europe construite autour de l’agroécologie peut nourrir une population croissante avec une alimentation saine.

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- Lobbying - par Maxime Combes, 15 avril 2020

Les multinationales françaises à l’offensive contre la transition écologique

Un document révèle le lobbying mené actuellement par les grandes entreprises françaises auprès de la Commission, notamment du secteur automobile, pour reporter ou annuler toute régulation européenne en matière climatique ou écologique. Bien loin de l’image verte qu’elles tentent de se donner dans les médias.

Les dirigeants des entreprises multinationales françaises Renault, L’Oréal, Danone, Saint Gobain, Nestlé, Engie et Suez viennent de signer une tribune dans Le Monde et plusieurs médias européens, aux côtés notamment de Pascal Canfin (député européen LREM, ex-écologiste), Laurent Berger (secrétaire général de la CFDT), Elisabeth Borne (ministre de la Transition écologique) ou encore Yannick Jadot (député européen écologiste), appelant à mettre en œuvre des "investissements pour la relance verte et la biodiversité", qui doivent "servir d’accélérateurs de la transition vers la neutralité climatique et des écosystèmes sains".

 

 

     

- Info > 15 avril 2020 / Émilie Massemin (Reporterre)


Incendies dans la région de Tchernobyl : quelles conséquences ?

Les feux qui ont dévasté la zone interdite de Tchernobyl sont sous contrôle, selon les autorités ukrainiennes. Mais des incertitudes demeurent sur l’étendue des dégâts, notamment au niveau des entreposages de déchets radioactifs. Les associations s’inquiètent pour les villages voisins de la zone et leurs habitants, notamment les enfants.

Trente-quatre ans presque jour pour jour après l’accident de Tchernobyl, est-on en train de vivre une nouvelle catastrophe nucléaire ? Depuis dix jours, plusieurs incendies, les pires que n’ait jamais connus l’Ukraine sur ce territoire, selon Greenpeace Russie, dévastent la zone interdite — dite "zone d’exclusion" — de trente kilomètres de rayon autour du réacteur accidenté, qui explosa le 26 avril 1986. Plus de 400 secouristes et pompiers, ainsi que trois avions et trois hélicoptères, sont intervenus pour éteindre les feux.

Mardi 14 avril, le service pour les situations d’urgence ukrainien assurait qu’il n’y avait plus de "feu ouvert", seulement des "foyers isolés" et des "feux couvants". Il faudra encore plusieurs jours avant d’éteindre ces derniers points chauds, a assuré la présidence ukrainienne dans un communiqué. La pluie, qui s’est mise à tomber mardi 14 avril sur la zone, devrait y contribuer. Reporterre revient sur les principaux enjeux entourant ces incendies.

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14 Avril 2020

     

- Coronavirus - Marc Allgöwer, publié lundi 13 avril 2020

Ces rapports qui prédisaient la pandémie

De l’Europe à l’Amérique du Nord, tous les Etats développés mènent depuis des décennies des simulations pour se préparer au risque d’une pandémie. Pourtant, les avertissements des experts sont restés lettre morte

De 2001 jusqu'en 2019, les Etats-Unis ont mené cinq simulations envisageant une pandémie d'origine naturelle ou résultant d'une attaque terroriste. — © Alamy Stock Photo

Nous sommes le 18 septembre 2001. A New York, les débris des tours jumelles fument encore. A Washington, le Pentagone est éventré. Le monde vient d’entrer dans l’ère de la guerre contre le terrorisme. Mais ce jour-là, le vice-président, Dick Cheney, prend conscience d’une autre menace en découvrant les conclusions d’un exercice conduit quelques mois plus tôt. La simulation, nommée "Dark Winter", décrit une attaque biologique au moyen du virus de la variole. Lorsque la présentation se termine, le vice-président lâche: "C’est terrifiant."

Les conclusions de "Dark Winter" comportent des ressemblances troublantes avec la pandémie de Covid-19.

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- 10 avril 2020 - Entretien inédit pour le site de Ballast

Le salariat, une classe révolutionnaire ? — entretien avec Claude Didry

En dépit du confinement et de la crise sanitaire, on ne compte plus les livreurs de repas à domicile contraints de travailler, au mépris de leur santé et du contrôle de la pandémie. Un signe de plus du déficit de droits et de protections sociales dont ces travailleurs ont à souffrir. S’intéresser au droit du travail, dans une perspective historique, peut dès lors nous éclairer : c’est ce qu’a fait le sociologue Claude Didry, auteur de L’Institution du travail. Du "louage d’ouvrage" du XVIIIe siècle aux dernières attaques contre le code du travail, il replace ce droit dans les dynamiques au long cours qui l’ont façonné. Pour le sociologue, la mise en place du contrat de travail a valeur de "révolution" : il participerait à la mise en place d’un véritable monde du travail, redéfinissant ainsi ce que représente l’activité professionnelle et les institutions qui l’encadrent. Nous en parlons ensemble.

Un parallèle a parfois été établi entre la situation des coursiers à vélos et autres chauffeurs Uber comme un retour au louage d’ouvrage du XIXe siècle. Une comparaison pertinente ?

Elle me paraît pertinente, avec certaines réserves qui tiennent précisément à l’existence d’un droit du travail et à un nombre croissant de salariés dans la population française (89 % de la population active occupée en 2019). Il faut également avoir conscience que l’on parle d’une part très réduite de la population active (quelques dizaines de milliers de personnes sur 29 millions d’actifs), quand on envisage la situation des livreurs de repas et des chauffeurs de plateforme. Revenons rapidement sur la production marchande dominée, au XIXe siècle, par la référence au contrat de louage d’ouvrage établi par le Code civil de 1804. Pour répondre aux attentes de sa clientèle, l’entrepreneur / négociant doit fournir une marchandise qui nécessite une succession d’opérations, c’est-à-dire d’ouvrages, relevant de différents métiers. Le louage d’ouvrage caractérise la relation contractuelle qui se noue entre cet entrepreneur / négociant et l’ouvrier qui prend en charge un ouvrage, sachant que celui-ci peut engager d’autres ouvriers — par un second louage d’ouvrage — et / ou mobiliser sa famille : l’important est que todo modo l’ouvrage soit livré en temps et en heure.

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- Reportage > 14 avril 2020 / Garance Diaconu (Reporterre)

Jeunes militants écologistes, ils cherchent un sens à leur avenir

Certains sont encore au lycée, d’autres bien avancés dans leurs études supérieures. Ces jeunes militantes et militants écologistes luttent pour le climat à Alterniba ou Youth for Climate et recherchent dans leurs études et futurs métiers un moyen pour servir leur combat.

Ils ont décidé d’accorder leurs études et leurs futurs métiers aux valeurs qui les animent. Marie, Erwan, Marin, Ivy, Tim, Sandy ou Émilie, toutes et tous sont engagés dans des mouvements militants écologistes. Impossible pour ces jeunes militants de choisir une profession qui ne leur semble pas utile dans la lutte. Quitte à traverser des moments de doutes, voire à se réorienter. "À la base, j’adore voyager, mon empreinte carbone est énorme", dit à Reporterre Marie, 17 ans, membre de Youth for Climate Paris, un mouvement de jeunes militants écologistes. "Je me voyais grande avocate dans un cabinet parisien, vivre dans un immense duplex et partir en voyage partout. J’ai un peu changé d’avis." La jeune étudiante en licence de droit lâche un petit rire. Désormais, c’est à l’Union européenne ou à l’ONU qu’elle souhaite travailler. Son objectif est d’être au cœur des négociations internationales sur le climat.

Marie a le regard franc et le sourire facile. Elle est encore lycéenne lorsqu’elle s’engage à Youth for Climate. En mars 2019, une première marche mondiale pour le climat est organisée. En parallèle, la Suédoise Greta Thunberg entame la première grève pour le climat à 16 ans. "Quand j’ai vu ce qu’il se passait à Paris, en Suède, je me suis dit qu’il y avait peut-être moyen de faire quelque chose. Avec un ami de ma classe, on s’est dit qu’on devait agir et pas juste rester manger bio chez nous. La première réunion c’était le 27 février. Le 15 mars on a organisé notre première marche, j’étais à Laval à l’époque. On a dû réunir 2.000 personnes", se rappelle-t-elle. Elle habite maintenant à Paris pour ses études et participe à l’organisation nationale de Youth for Climate. "Parfois ça me pèse, j’aimerais juste être quelqu’un de normal et ne pas être appelée par des journalistes, faire des plateaux télé. On a 17 ans, on n’est pas censé faire ça. Il y a des gens qui sont rémunérés et élus pour ça", dit-elle.

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- Accueil > Editorial > Info > 14 avril 2020

Les feux autour de Tchernobyl pourraient menacer le dépôt de déchets radioactifs

 Mardi 14 avril, 10h00


Le feu continue à parcourir la "zone interdite" autour du réacteur de Tchernobyl, accidenté en 1986 et à l’arrêt depuis 2000. Un haut responsable des services d’urgence a déclaré qu’il n’y avait "aucune menace" pour la centrale ou ses installations de stockage, tandis que le vice-ministre de l’intérieur Anton Gerashchenko a insisté : "Tout ira bien".

Mais il est à craindre que les incendies aient pris une ampleur considérable. Greenpeace Russie a déclaré que l’un d’entre eux se trouvait à un kilomètre de l’usine elle-même. La branche russe de l’ONG, citée par Reuters, a déclaré que le plus grand incendie couvrait 34.000 hectares, tandis qu’un second incendie, à un kilomètre seulement de l’ancienne usine, avait une superficie de 12.000 hectares. Bien que les incendies soient fréquents dans la région, Greenpeace a déclaré que cela pourrait être le pire depuis des décennies.

Les services d’urgence continuent de lutter contre l’incendie. L’Ukraine a envoyé des centaines de pompiers ainsi que des avions et des hélicoptères.

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Et si Gérard avait raison ?

Avril 2020, Gérard Filoche

Macron n’aime pas les vieux.

Les vieux c’est trop coûteux.

Alors Macron a voulu casser les retraites parce que le "stock de vieux" comme il l’a dit, est trop grand : 14 millions actuellement et demain 17 millions. Ca fout en l’air sa "règle d’or" : pas plus de 14 % du PIB pour les vieux ! (Et si le PIB se contracte de - 6 %, les pensions aussi)

Augmenter la CSG, désindexer les retraites des prix, invention d’un système de "points" sur 43 annuités de cotisations, Macron a tout fait pour imposer ça contre des milliers de manifestations, de grèves et contre 70 % de l’opinion.

Et puis est arrivée la pandémie du coronavirus : le monde de Macron n’y était pas du tout préparé.

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13 Avril 2020

     

- Novembre 2019, pages 1, 18 et 19, par Claire Lecœuvre, journaliste.

Des militants en quête de stratégie

Les écologistes tentés par l’action directe

Depuis plusieurs mois, les militants écologistes multiplient les coups d’éclat. Le durcissement concerne autant leurs modalités d’action que leur projet politique. Ils ne croient plus la préservation de l’écosystème compatible avec le modèle capitaliste de croissance. Cette nébuleuse saura-t-elle pour autant se rapprocher d’autres luttes et s’entendre sur des stratégies susceptibles de renverser l’ordre établi ?

Décrochages du portrait du président de la République, grèves pour le climat, blocages de sites d’Amazon, de Monsanto ou de BNP Paribas, actions locales tous azimuts : pas une semaine ne se passe sans un coup d’éclat mené au nom de la défense de la planète. De nombreuses personnes qui n’avaient jamais milité auparavant s’investissent et bousculent les organisations traditionnelles comme Greenpeace, les Amis de la Terre, Attac ou France Nature Environnement. Toutes se disent radicales, c’est-à-dire en premier lieu attachées à prendre les problèmes à la racine, au cœur du système économique et social qui les engendre.

"Nous sommes un mouvement radical dans le sens étymologique du terme, c’est-à-dire pour un changement profond, avec une critique radicale du système capitaliste", explique M. Gabriel Mazzolini.

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La situation du jour en BD (45 vignettes, PDF 18 MO)

Page d'origine sur Facebook : https://www.facebook.com/media/set?set=a.1111114169224793&type=3

 

     

- Crise sanitaire - Propos recueillis par Nolwenn Weiler, 10 avril 2020

Avec sa gestion de court terme, "le gouvernement affaiblit notre capacité collective à lutter contre le virus"

Absence de dépistage systématique, ce qui empêche chacun de savoir s’il est contaminé pour s’isoler, possibilité de faire travailler des salariés 60 h, au risque d’affaiblir leurs défenses immunitaires, absence de moyens pour les soignants… Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’Inserm et spécialiste des questions de santé au travail, est très sévère vis-à-vis de la gestion à court terme de la crise par le gouvernement. Entretien.

Basta ! : Vous avez travaillé avec les pionniers de la lutte contre la tuberculose, dont les travaux mettent en évidence l’importance cruciale du dépistage et questionnent la stratégie actuelle du gouvernement français. Il est urgent, dites-vous, de mettre en place une politique de test systématique, notamment pour les gens obligés de travailler. Pourquoi ?

☛ Annie Thébaud-Mony : Dans la lutte contre les maladies infectieuses, la stratégie cohérente consiste à tester le plus rapidement possible les personnes malades. Pour l’épidémie qui nous préoccupe actuellement, celle de Covid-19, cela permet de savoir très vite si la personne est contaminée ou pas. On peut alors entreprendre d’identifier – en s’appuyant d’abord sur le malade lui-même, mais aussi sur les médecins généralistes et les médecins du travail – les personnes avec qui le ou la malade a été en contact les jours précédents, les tester, voir ceux qui sont positifs, et les mettre immédiatement en situation de confinement.

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- À fond Coronavirus, cybersurveillance - 1 avril 2020, Jill Royer

Coronavirus et cybersurveillance

Depuis le mardi 24 mars, le nouveau conseil scientifique réuni par l’Élysée réfléchit à la mise en place de dispositifs de pistages géographiques des citoyens, pour combattre l’épidémie de Coronavirus. Nicole Belloubet a annoncé ne pas y être opposée, mais qu’il fallait encore réfléchir au sujet. Réfléchissons alors : de quoi parle-t-on exactement ?

Quels sont les données existantes ?

Il existe deux moyens de géolocaliser quelqu’un par son téléphone. Premièrement la plupart des téléphones intelligents disposent aujourd’hui d’un GPS. Le GPS utilise ses propres ondes radios, il fonctionne donc dès que le téléphone est allumé, même sans accès au réseau mobile. Un GPS est comme une boussole : le simple fait d’en utiliser un ne transmet pas la position de l’appareil à qui que ce soit. Cependant, les téléphones équipés de GPS enregistrent cette position et la transmettent aux nombreuses applications installées qui souhaitent l’utiliser. Google Maps, Tinder, Facebook, TripAdvisor demandent toutes à votre téléphone de lui transmettre les données du GPS.

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- 10 avril 2020, Régis de Castelnau

L’État Macron et la Pandémie Covid19 : malfaisants ou malfaiteurs ? 

❐ Depuis les aveux accablants d’Agnès Buzyn dans le Monde, et le premier article que nous avions publié sur le sujet, la question du passage des dirigeants publics devant le juge pénal après la crise est devenue un sujet de débat dans la grande presse et les réseaux se sont faits l’écho. Nous avons dit ici le caractère inéluctable de cette reddition judiciaire des comptes, en application des principes et des règles du droit pénal français. On répétera ici qu’il appartiendra aux juridictions régulières de se prononcer pour les culpabilités, mais qu’elles seront inéluctablement saisies par les victimes de la catastrophe. D’ores et déjà apparaissent un certain nombre de manquements gravissimes et établis susceptibles de recevoir des qualifications pénales. Il y en a d’autres et en particulier, toujours sur la question des masques, la nécessaire clarté sur ce qui s’est passé et la responsabilité des uns et des autres devront être établies par le juge pénal. Aujourd’hui, nous poursuivons le travail d’identification des suites pénales.

Nous avons interviewé Philippe Prigent avocat à la cour de Paris à propos de l’infraction de sabotage, particulièrement grave puisqu’elle relève de la catégorie des crimes justiciables de la cour d’assises.

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- Accueil - Santé - Santé publique - COVID-19 : tout sur la pandémie - Radio-Canada - D'après l'entrevue réalisée par Catherine Paradis, Publié le 9 avril 2020

Un pneumologue dénonce le confinement obligatoire des personnes âgées

❐ Beaucoup se demandent si les mesures de prévention contre le coronavirus imposées par le gouvernement vont trop loin. Le pneumologue de Saguenay, Christian Allard, est d’avis que oui, particulièrement celles qui touchent les personnes en résidences privées pour aînés.

Il croit qu’enfermer les aînés ne représente pas la meilleure solution pour préserver leur santé, alors que l’isolement, la solitude et le manque d’exercice physique sont des maux qui peuvent avoir des conséquences tout aussi désastreuses.

Le père de Christian Allard a 89 ans. Il est autonome et vit dans une résidence privée pour personnes âgées. Catherine Paradis a rencontré le pneumologue.

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- 31 Mars 2020

Pollution de l'air : encadrer les épandages pour limiter la propagation du coronavirus

Eau & Rivières de Bretagne fait partie des 4 associations demandant ce jour une restriction des épandages agricoles et une suspension des pulvérisations de pesticides.
 
Les épandages agricoles sont en partie responsables de la mauvaise qualité de l'air actuellement. Cet épisode de pollution amplifie la détresse respiratoire des malades atteints du coronavirus.

Nous demandons donc des mesures exceptionnelles de restriction d'épandage.
 
Alors que partout en France le niveau de pollution atmosphérique atteint des niveaux très bas, on constate qu'en Bretagne et sur la partie nord de la France, ces niveaux de pollution restent très élevés.

Ce phénomène, constaté par Air Breizh, vient d'être mis en évidence par les scientifiques de Air santé climat, qui en attribuent la cause aux épandages agricoles qui, de mars à mai, sont grands pourvoyeurs de particules fines et responsables de pics de pollution.

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12 Avril 2020

     

- Société - Par Bruno Latour, philosophe et sociologue, 30 Mars 2020

Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise

Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : "Relançons le plus rapidement possible la production", il faut répondre par un cri : "Surtout pas !". La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant.

Il y a peut-être quelque chose d’inconvenant à se projeter dans l’après-crise alors que le personnel de santé est, comme on dit, "sur le front", que des millions de gens perdent leur emploi et que beaucoup de familles endeuillées ne peuvent même pas enterrer leurs morts. Et pourtant, c’est bien maintenant qu’il faut se battre pour que la reprise économique, une fois la crise passée, ne ramène pas le même ancien régime climatique contre lequel nous essayions jusqu’ici, assez vainement, de lutter.

En effet, la crise sanitaire est enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de "sortir" de la première, nous n’en avons aucune de "sortir" de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre. En tout cas, ce serait dommage de ne pas se servir de la crise sanitaire pour découvrir d’autres moyens d’entrer dans la mutation écologique autrement qu’à l’aveugle.

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- - Entretien - 28 mars 2020, par Fabien Escalona

Razmig Keucheyan: "La sobriété ne peut s’organiser que collectivement"

Le sociologue Razmig Keucheyan explore les pistes ouvertes par la crise sanitaire pour repenser nos besoins. Le défi à relever est double : les satisfaire de manière égalitaire, mais limiter ceux qui ne sont pas soutenables. 

❐ Qu’est-ce qu’une activité "essentielle à la Nation" ? Ce débat, ouvert par la crise sanitaire et la suspension de la vie sociale ordinaire, renvoie à la question des besoins individuels et collectifs à satisfaire en priorité. Une question qui avait été effacée par la trompeuse ère d’abondance dont nos générations sont issues, et qui perdurera bien après le pic de la pandémie.

À l’heure où la destruction du vivant et des ressources planétaires compromet de façon évidente la survie de notre espèce dans des conditions dignes pour tous, l’idée de besoins illimités, à combler "quoi qu’il en coûte", ne tient plus. Razmig Keucheyan, professeur de sociologie à Bordeaux, a justement consacré un livre à la théorisation des besoins humains et aux moyens politiques de les maîtriser. 

Nous lui avons demandé si la situation présente lui semblait ouvrir des pistes intéressantes. Et si un bagage théorique marxiste, qu’il assume pleinement, reste un équipement adéquat pour penser une auto-limitation des besoins. 

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- dimanche 05 avril 2020, Interview

Le professeur Raoult concentre la haine de ceux qui entrevoient dans le coronavirus une formidable occasion de faire de l’argent, par Michel Onfray.

Comment se passe votre confinement?

☛ Bien car le travail de philosophe est avant tout une activité de sédentaire qui suppose la solitude et l’isolement. Je lis, j’écris, je travaille. Je tiens un journal de cette pandémie car elle révèle, au sens photographique du terme, l’état de notre civilisation: un chef de l’Etat incompétent, une porte-parole du gouvernement qui avoue mentir pour protéger le chef de l’Etat et qui ne se fait pas faute de beaucoup le protéger, un gouvernement en capilotade, une ministre de la santé démissionnaire qui a menti sur la gravité de l’épidémie elle aussi avant d’assurer qu’elle avait dit la vérité au Président et au Premier ministre, des conflits d’intérêt entre madame Buzyn et son mari, inféodés aux laboratoires, donc à l’argent, et le professeur Didier Raoult, un français leader mondial en matière d’infectiologie, des annonces contradictoires qui montrent qu’Emmanuel Macron n’est pas un chef, qu’il ne sait pas trancher, décider, prévoir, et qu’il n’est en fait que l’homme de paille de l’Etat maastrichtien. Chacun a vu l’Europe de Maastricht s’effondrer et avec elle le libéralisme toucher le fond: on redécouvre les vertus des frontières, de l’interventionnisme de l’Etat, de la nécessité du service public, des nationalisations. C’est la vengeance de Colbert!

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- par Barnabé Binctin, 8 avril 2020

"La crise consacre la faillite de l’État en tant que puissance anticipatrice agissant au nom de l’intérêt général”, Corinne Morel Darleux

"Cette expérience de confinement ne préfigure en aucun cas ce que serait un programme écologiste", prévient Corinne Morel Darleux, militante "éco-socialiste" et auteure du livre "Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce" qui a connu un joli succès de librairie. Elle nous invite à remettre en cause "nos schémas d’analyse" pétris de croissance du PIB, et dresse des pistes d’action pour reprendre en main notre avenir devenu subitement incertain.

Basta ! : Cette crise sanitaire semble exacerber les plus grands maux contemporains – casse des services publics, extrême vulnérabilité de nos économies mondialisées, déséquilibres écologiques, disparité sociale face à l’épreuve du confinement... Comment l’appréhendez-vous ?

☛ Corinne Morel Darleux : Cette crise vient effectivement lever le voile sur beaucoup d’enjeux : le plus flagrant, aujourd’hui, étant l’état de délabrement du système hospitalier.

Jusqu’à présent l’alerte était difficile à faire entendre, elle crève désormais les yeux. Si on tire le fil, toute la pelote du "système" vient avec, notamment la question de la délocalisation de la production de biens de première nécessité – ceux liés à la santé bien sûr, mais aussi à l’alimentation, avec ses chaînes d’approvisionnement absurdes qui nous poussent à importer ce qu’on pourrait produire ici, ou à faire appel à de la main d’oeuvre d’autres pays… Ce qui explique la situation inquiétante en ce début de saison agricole. Il est beaucoup question des stocks de masques que les pays se disputent entre eux. On observe la même chose sur les produits alimentaires, avec des pays qui stockent pour leurs propres besoins et n’exportent plus.

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- Société - Publié le 28/03/2020, Maria Cezar, Chercheuse en philosophie

Le confinement, idéal pour se confronter à l'absurdité de nos existences

"Je m'adresse à vous, oui, vous là-bas, qui vous abrutissez devant Netflix une fois rentré de votre Open space." Pour Maria Cezar, le confinement doit nous aider à repenser la société, à commencer par l'utilité de nos métiers, notre finitude et nos conséquences directes ou indirectes sur la nature.

"Les hommes, n'ayant pu guérir la mort, la misère et l'ignorance, se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser", écrivait Pascal.

Frères et sœurs confinés, vous êtes à présent seuls face à vous-mêmes. Les lumières sont éteintes, le spectacle est terminé, et les masques tombent. Rideau.

Désormais, il n'est plus possible de noyer votre mal-être dans le divertissement, le consumérisme ou l'océan administratif des bureaux. Les publicités se taisent, et l'unique injonction que vous recevez de toutes parts, c'est celle de rester chez vous. Impossible d'échapper à votre condition d'êtres vivants et mortels, de roseaux pensants. C'est maintenant que surgissent les monstres, ces pensées que vous essayez de chasser chaque jour de votre esprit. Il ne faut pas les mettre à mort, mais les voir pour ce qu'ils sont. Le fantôme dans la machine est un ange gardien déguisé.

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- Société - Publié le 25/03/2020, Marylin Maeso

Et si le confinement nous apprenait le sens de la liberté ?

❐ Professeure agrégée de philosophie, spécialiste d'Albert Camus et auteure d'un essai, Les conspirateurs du silence (L'Observatoire).

La philosophe Marylin Maeso estime qu'il est important de relire Sartre et Camus, afin de retrouver le sens du mot "liberté".

Qu’est-ce qu’un homme confiné ?

Un homme contraint, cela va sans dire. À l’heure où nos sorties sont encadrées, limitées à quelques lignes sur une attestation, nos libertés semblent être devenues un luxe superflu, bien loin derrière l’impérieuse nécessité sanitaire. Ceux qui refusent de jouer le jeu, de se plier à ce nouveau régime draconien, seraient-ils donc les "rebelles" qu’on dit, animés par les derniers sursauts d’une liberté qui refuse de se laisser enchaîner ?

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11 Avril 2020

     

- Tribune > 23 mars 2020 / Les Résistants et Résistantes climatiques

Résistance climatique : c’est le moment !

La crise du coronavirus démontre qu’il est possible de changer rapidement le fonctionnement du système, pensent les auteurs de cette tribune. Afin de forcer nos dirigeants à prendre la mesure de l’urgence, ils proposent d’entrer sans attendre en résistance climatique.

Depuis deux ans, les mobilisations pour le climat se multiplient sans être écoutées. La crise du coronavirus vient démontrer à tous qu’une bascule rapide est possible et ne nécessite que deux choses fondamentales : de la volonté politique et du volontarisme citoyen. Afin d’y forcer nos dirigeants sans attendre, après le confinement, nous devons adopter une stratégie plus ambitieuse. Il ne nous faudra pas revenir à la normale mais entrer en résistance climatique.

Nous partons de l’idée qu’il est possible de maintenir une vie digne et heureuse sur Terre. Nous nous battons contre ce qui détruit le vivant. Nous agissons pour ce qui le préserve. Pour cela, suivant les recommandations scientifiques sur le climat et la biodiversité, nous visons une victoire climatique à travers une profonde transformation de nos vies et de nos sociétés. Notre objectif : une neutralité carbone effective en 2050 (accords de Paris, COP21) via une décroissance énergétique mondiale perceptible dès 2025. Attendu sans succès depuis des décennies, le miracle technologique ne nous sauvera pas. Nous devons quitter le business as usual, synonyme de mort précoce pour des milliards d’humains et d’espèces vivantes.

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- Entretien  - Propos recueillis par Audrey Garric, 10 Avril 2020

Pablo Servigne, théoricien de l’effondrement : “Cette crise, je ne l’ai pas vue venir, alors que je la connaissais en théorie” 

Crise sanitaire, chômage de masse, pénuries de médicaments, risque de rupture des chaînes d’approvisionnement… Le coronavirus est-il le signe d’un effondrement à venir de notre civilisation, tel que l’ont pensé les collapsologues ?

Pour Pablo Servigne, l’un des principaux théoriciens de la collapsologie, coauteur de plusieurs livres, dont le best-seller Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015), la pandémie de Covid-19 est une "crise cardiaque générale", qui montre l’"extrême vulnérabilité de nos sociétés".

Il appelle à renforcer les solidarités, le local, l’auto-limitation et l’autonomie.

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- Justice, Coronavirus - Covid 19, Toulouse - Publié le 09/04/2020, Jean Cohadon

Coronavirus : "L’ordonnance du 25 mars n’est pas seulement liberticide, elle est archaïque et hideuse" pour Me Simon Cohen

l'essentiel Le monde judiciaire, notamment les avocats mais également les juges d’instruction, n'en finit plus de réagir aux conséquences de l’ordonnance prise dans le cadre de l’urgence sanitaire le 25 mars . Un texte qui permet de prolonger sans débat la détention provisoire. Un ordonnance qui fait hurler Me Simon Cohen, avocat toulousain.

Pourquoi ces ordonnances vous mettent-elles tellement en colère ?

☛ Un juge à la Cour suprême des Etats Unis d’Amérique a constaté, en substance, que, finalement, dans toutes les démocraties, la lumière du soleil, c’est-à-dire la publicité, la transparence, la controverse reste le meilleur des désinfectants. C’est dans la pénombre de son cabinet, sans personne, ni requérants, ni public, ni avocats, que le président de la section du contentieux du Conseil d’Etat (qui connaît son nom ?), nommé par le pouvoir, a jugé le pouvoir, pour le conforter, en considérant que "l’ordonnance contestée (celle du 25 mars 2020) ne peut être regardée (sic) comme portant une atteinte manifestement illégale aux libertés fondamentales…".

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- - Les blogs du "Diplo" - La Valise diplomatique, par Martine Bulard, 10 avril 2020

État d’urgence sanitaire, gouvernement par ordonnances

Vive la crise ! (saison 2)

Pas un jour sans qu’un dirigeant politique, des trémolos dans la voix, n’apporte son soutien admiratif aux nouveaux héros, à toutes "celles et ceux qui sont en première ligne" (le personnel soignant), et même à "celles et ceux qui sont en deuxième ligne et permettent aux soignants de soigner" (discours de M. Emmanuel Macron à Mulhouse, 25 mars). Pour une fois que la France d’en haut rend hommage à celle d’en bas, on ne va pas s’en plaindre. Si ce n’est ce vocabulaire guerrier insupportable et peu approprié, comme la distinction entre première et deuxième lignes.

En fait, la pandémie a mis cul par dessus tête la hiérarchie des valeurs et des métiers. Les économies peuvent sans problème se passer des banquiers d’affaires, des spéculateurs, des communicants, des spécialistes en management, des experts autoproclamés, des éditocrates — la liste n’est pas exhaustive. Mais pas des soignants, des personnels de ménage, des caissières et des travailleurs dans les grandes surfaces, des livreurs, des postiers, des conducteurs de bus, métro, train, camions, des salariés des pompes funèbres, des ouvriers d’usines fabriquant des produits de première nécessité, des agriculteurs (là non plus, la liste n’est pas exhaustive). L’utilité sociale des gagne-petit crève les yeux tous les jours.

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- Récession - Par La Rédaction Issues - 10 Avril 2020

L’Italie réfléchit à un impôt de solidarité de la part des plus riches pour les plus pauvres

Les membres du Parti Démocrate italien proposent une contribution de solidarité, de la part des foyers les plus riches, pour lutter contre la pauvreté en cette période de crise sanitaire et économique.

“Les citoyens dont les revenus sont supérieurs à 80 000 euros devront payer une contribution de solidarité qui affectera la partie dépassant ce seuil”.

L’idée a été proposée par Graziano Delrio et Fabio Melilli, chefs de groupe du PD respectivement dans l’hémicycle et à la commission du budget. Le parti démocrate fait partie de la coalition au pouvoir.

“La somme versée sera de quelques centaines d’euros à des dizaines de milliers pour des revenus supérieurs à un million. Les recettes escomptées sont de 1,3 milliard par an”.

La pandémie a frappé violemment l’Italie et a provoqué une crise économique qui a accentué la pauvreté dans le pays. Face au risque de chaos social et d’émeutes, le gouvernement a récemment alloué 400 millions d’euros pour financer des bons de dépenses que chaque municipalité doit attribuer aux foyers les plus pauvres.

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10 Avril 2020

     

- #Climat - #Démocratie - Convention Citoyenne pour le Climat, 10/04/2020

Covid-19 : La Convention Citoyenne pour le Climat appelle à "rompre avec des pratiques destructrices"

Alors que la remise définitive des travaux de la Convention Citoyenne pour le Climat est différée par la crise sanitaire liée au Covid-19, ses membres ont choisi de s'exprimer dès aujourd'hui pour participer à la dynamique de sortie de crise. Usbek & Rica retranscrit ici l'intégralité de leur manifeste.

Image à la Une : L'assemblée de la Convention citoyenne pour le climat réunie au CESE (Conseil économique, social et environnemental), à Paris. Crédits : Convention citoyenne ©.

Nous nous exprimons, car la crise que nous traversons n’est apparemment pas sans lien avec le dérèglement climatique et la dégradation de l’environnement. De même que la maladie est une menace pour notre santé, le changement climatique est une menace pour notre planète et ses écosystèmes. 

La perte de biodiversité, la destruction des milieux naturels, sont des témoins de la crise écologique, mais sont aussi pointés comme des facteurs importants de la crise sanitaire d’aujourd’hui.

La multiplication des échanges internationaux et nos modes de vie globalisés sont à l’origine de la propagation rapide de l’épidémie et peuvent aussi aggraver la crise climatique. Tous ces facteurs augmenteront encore demain les risques sanitaires et les inégalités sociales.

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- François Ruffin - 10-04-2020

The Lancet : critique des choix français face au Covid-19.

The Lancet est la revue internationale de référence en matière de médecine. Ils viennent de publier un article sur la politique française face au Covid-19, qu'on vous traduit ici (merci à notre super bénévole Robin).

La clé ? "Les autorités ont fait valoir que le dépistage n'était pas nécessaire", malgré les recommandations de l'OMS et l'exemple sud-coréen. Une erreur que nous pointons depuis le début de la crise.

"La réponse française au COVID-19: des difficultés intrinsèques au rapport entre la science, la santé publique et la politique.

Face aux critiques, les autorités françaises affirment que leur politique à l'égard de la pandémie du syndrome respiratoire aigu sévère Coronavirus 2 (SARS-CoV-2) est fondée sur des preuves - elles ont nommé un comité consultatif de 11 scientifiques pour aider à gérer la crise. Cependant, dans les situations où les décideurs sont confrontés à une incertitude radicale, s'en tenir aux approches conventionnelles pourrait compromettre le rapport entre science et politique.

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- Avril 2020, pages 1 et 22, par Serge Halimi

Covid-19, et la vie bascula

Dès maintenant !

Une fois cette tragédie surmontée, tout recommencera-t-il comme avant ? Depuis trente ans, chaque crise a nourri l’espérance déraisonnable d’un retour à la raison, d’une prise de conscience, d’un coup d’arrêt. On a cru au confinement puis à l’inversion d’une dynamique socio-politique dont chacun aurait enfin mesuré les impasses et les menaces. La débandade boursière de 1987 allait contenir la flambée des privatisations ; les crises financières de 1997 et de 2007-2008, faire tituber la mondialisation heureuse.

Ce ne fut pas le cas.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont à leur tour suscité des réflexions critiques sur l’hubris américaine et des interrogations désolées du type : "Pourquoi nous détestent-ils ?" Cela n’a pas duré non plus. Car, même quand il chemine dans le bon sens, le mouvement des idées ne suffit jamais à dégoupiller les machines infernales. Il faut toujours que des mains s’en mêlent. Et mieux vaut alors ne pas dépendre de celles des gouvernants responsables de la catastrophe, même si ces pyromanes savent minauder, faire la part du feu, prétendre qu’ils ont changé. Surtout quand — comme la nôtre — leur vie est en danger.

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- Chronique > 10 avril 2020 / Corinne Morel Darleux

La solidarité avec les paysans, socle de l’autonomie alimentaire de demain

La crise sanitaire du Covid-19 rend saillante la fragilité de nos réseaux d’approvisionnement alimentaire. Notre chroniqueuse raconte comment, dans le Diois, un réseau d’entraide a été créé pour que les producteurs locaux poursuivent leur activité.

J’ai écrit ma toute première chronique pour Reporterre le 10 septembre 2014. Elle était intitulée « Il était un maraîchage bio… sauvé par la solidarité". J’y racontais comment, pour faire face aux difficultés rencontrées par un maraîcher de nos amis, un dispositif d’entraide s’était créé pour venir prêter la main et se relayer au terrain. On avait ainsi vu débarquer un voisin fermier, une médecin, un retraité engagé, une jeune avocate, un loueur de bicyclettes, un groupe de squatteurs, une infirmière, un artisan créateur… Dans les travées, ça discutait politique, kolkhoze et solidarité. On avait fait une belle saison en refaisant le monde. Et puis, le mois suivant, en octobre 2014, ma deuxième chronique dressait le portrait d’une doctoresse et d’un paysan, racontait leur rencontre en fac de médecine et leur complémentarité : à eux deux, ils liaient les deux activités les plus intimement liées aux besoins humains de base, nourrir et soigner. J’écrivais alors : "De tout temps, les deux premiers services écosystémiques ont toujours résidé dans la capacité de la nature, faune et flore, à fournir aux êtres humains de quoi s’alimenter et guérir ses plaies."

Ces deux premières chroniques, je n’ai pas arrêté d’y repenser ces derniers temps. Parce que la santé est naturellement devenue notre principal sujet d’actualité et que son lien à l’environnement n’en finit plus d’être avéré. Mais également parce que l’alimentation, elle aussi, revient nous préoccuper en ce début de saison confiné.

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09 Avril 2020

     

Hervé Feron, maire de Tomblaines (54), maire en colère

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Docteur Isabelle LAGNY, médecin du travail en colère

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- par Frédéric Lordon, 7 avril 2020

Orientations

 

Prologue

En réalité, c’est simple. Nous savons maintenant indubitablement que la manière dont nous avons vécu – la manière capitaliste – mène au désastre général.

Par conséquent, nous devons en changer. Entièrement.

1.

Il fallait sans doute la catastrophe pour fermer la longue parenthèse de la préhistoire – celle du développement matériel. Le malheur ne sera pas venu pour rien s’il nous fait entrer enfin dans l’histoire – celle du développement humain. La vie commune doit donc être refaite de fond en comble.

Les individus qui ont régné pendant la préhistoire continueront d’avoir droit de cité. Nous les regarderons comme des curiosités, apprécierons leurs transformations. Empêcherons fermement les récalcitrants de nuire. Puisque ce que nous devons faire est à l’opposé de ce qu’ils ont si longtemps imposé.

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- By George Monbiot, published in the Guardian 8th April 2020, 9th April 2020

Let’s Nuke the Virus

Governments attend to imaginary threats, while neglecting real ones.

We are defending ourselves against the wrong threats. For decades, UK governments have been fighting not just the last war, but a redundant notion of war, spending hundreds of billions against imaginary hazards. At the same time, as we have become horribly aware over the past few weeks, they have neglected real and urgent dangers.

A month ago, just as the coronavirus began racing across the UK, the government boasted that had raised military spending by £2 billion to £41.5 billion. Our military force, it claimed, is “the tip of the spear for a resurgent Global Britain.”

Most of this money will be spent on equipment and infrastructure. The UK is acquiring 138 new F-35 aircraft. According to the manufacturers, Lockheed, this “supersonic, multi-role” fighter “represents a quantum leap in air dominance capability”. It “has the range and flexibility to win, again and again.” But win against what? Can it bomb the coronavirus? Can its “advanced stealth, integrated avionics, sensor fusion and superior logistics support” defeat climate breakdown? It is of as much use in solving the world’s complex and pressing problems as a jackhammer is to a watch-mender.

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Pourquoi lorsque je lis cette chronique de George Monbiot, à chaque fois que je lis "UK" or "British" je pense France, français ? Plus je lis la presse française et étrangère, plus il m'apparaît clairement que tous les dirigeants des pays "développés" sont interchangeables, tristement modelés à l'identique.

 

 

 

     

- Info > 9 avril 2020 / Benjamin Hourticq (Reporterre)

Comment les grandes fortunes redorent leur image grâce au coronavirus

À coup de millions d’euros, de masques et de gels hydroalcoolique, les grandes fortunes enfilent leurs costumes de héros pour aider les services publics à lutter contre la pandémie. Des philanthropes également connus pour leurs stratégies d’évitement de l’impôt, responsables en partie de la dégradation actuelle du système de santé.

Devant l’incapacité de l’État français à se préparer à la pandémie de Covid-19 et à protéger ses fonctionnaires (soignants, gendarmes, policiers…) avec des masques de protection et autre matériel médical, les grands groupes français ont volé à son secours. Le 15 mars, LVMH, propriété de Bernard Arnault, annonçait la livraison gracieuse de flacons de gel hydroalcoolique aux autorités sanitaires françaises, en priorité les 39 hôpitaux de l’Autorité publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP). Quelques jours plus tard, dix millions de masques devaient affluer grâce au groupe de luxe français, qui précisait dans un communiqué que pour une meilleure efficacité, « Bernard Arnault a souhaité que LVMH finance intégralement la première semaine de livraison, soit environ cinq millions d’euros ». Le 2 avril, dans une enquête de Mediapart sur les défaillances de l’État français dans la gestion des masques de protection, on apprend que ce sont quarante millions de masques qui ont été offerts par le groupe de luxe. Nos confrères citent également le Crédit agricole comme pourvoyeur de masques, ou encore un avion-cargo de livraison affrété par le groupe Bolloré.

Le groupe Kering, propriété des frères Pinault, dauphins français de Bernard Arnault au classement des plus grandes fortunes, a pour sa part d’abord dirigé son aide vers les hôpitaux italiens, avec un don de deux millions d’euros. Puis, le 1er avril, l’AP-HP a annoncé un partenariat public-privé permettant la « fabrication de matériel critique en 3D pour les soignants et les patients rendue possible grâce au soutien du groupe Kering », permettant l’acquisition de soixante imprimantes 3D.

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- Bretagne - Par les étudiants en journalisme de Sciences Po Rennes (avec T.P.), publié le 07/04/2020

Enquête “+1,5°C” en 2040 : comment le dérèglement climatique peut mettre la Bretagne à sec

Les étudiants en journalisme de Sciences Po Rennes analysent, dans une web-série, les impacts du changement climatique en Bretagne. Au centre des préoccupations: le probable manque d’eau. Sécheresse, pollution... L'inquiétude enfle à mesure que le climat se réchauffe.

Avec sa réputation de région pluvieuse, difficile d’imaginer que la Bretagne pourrait se retrouver à court d’eau d’ici à 2040. Pourtant, le réchauffement climatique s’accompagnera de son lot de sécheresses, fortes pluies et montée du niveau de la mer.

Ces phénomènes auront pour conséquence la mise en péril des réserves d’eau de la région.

Les Bretons auront-ils assez d’eau en 2040 ? La réponse dans "En quête d’eau", une web-série de quatre épisodes réalisée par les étudiants en journalisme de Sciences Po Rennes.

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08 Avril 2020

     

- Par Geoffroy de Lagasnerie, 01/04/20

Les “impressions dissonantes” de Geoffroy de Lagasnerie sur la crise en cours

“Nous devons aujourd'hui nous méfier de nous-mêmes”, prévient le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie, auteur de La conscience politique (éd. Fayard), dans ce texte qu'il a publié sur Facebook, et que nous reproduisons avec son autorisation sous forme de tribune.

Je voudrais ici livrer des impressions un peu dissonantes sur la période en cours. Comme une manière d’exprimer un décalage par rapport à la situation.

Tout le monde comprend la nécessité de prendre des mesures pour freiner la propagation du Covid-19. Et il ne s’agit pas ici, évidemment, d’en mettre en question le principe. Mais les dispositifs sociaux sont toujours investis par des passions et des fantasmes collectifs. La lutte contre l'épidémie et la politique du confinement sont l’occasion à la résurgence de pulsions particulièrement problématiques. Des affects s'emparent de nous presque à notre insu, qui structurent notre manière d'appréhender le présent et font régner une ambiance étouffante. Nous devons aujourd'hui nous méfier de nous-mêmes si nous ne voulons pas que les valeurs qui structurent notre rapport à la pandémie donnent naissance à un monde durablement irrespirable.

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Climaterra / VICE - Par Marie Solis, Traduction : ZIN TV (corrigée)

Naomi Klein : comment l’élite mondiale va tenter d’exploiter la pandémie

La crise est l’occasion de faire passer des politiques impopulaires

Le coronavirus est officiellement une pandémie mondiale qui a jusqu’à présent infecté dix fois plus de personnes que le SRAS en 2003.

Aux États-Unis, des écoles, des universités, des musées et des théâtres ferment leurs portes, et bientôt, des villes entières en feront autant. Les experts avertissent que certaines personnes soupçonnés d’être atteintes du virus aux États-Unis poursuivent leur routine quotidienne, parce que leur emploi ne leur permet pas de prendre des congés payés en raison des défaillances systémiques du système de santé américain privatisé.

La plupart d’entre nous (N.T : pour les citoyens américains) ne savent pas exactement quoi faire ou qui écouter. Le président Donald Trump a contredit les recommandations des centres de contrôle et de prévention des maladies, et ces messages contradictoires ont réduit notre marge de manœuvre pour atténuer les dégâts causés par ce virus hautement contagieux.

 

Health - by Marie Solis, March 13, 2020 (l'interview originale)

Coronavirus Is the Perfect Disaster for ‘Disaster Capitalism’

Naomi Klein explains how governments and the global elite will exploit a pandemic.

The coronavirus is officially a global pandemic that has so far infected 10 times more people than SARS did. Schools, university systems, museums, and theaters across the U.S. are shutting down, and soon, entire cities may be too. Experts warn that some people who suspect they may be sick with the virus, also known as COVID-19, are going about their daily routines, either because their jobs do not provide paid time off because of systemic failures in our privatized health care system.

Most of us aren’t exactly sure what to do or who to listen to. President Donald Trump has contradicted recommendations from the Centers for Disease Control and Prevention, and these mixed messages have narrowed our window of time to mitigate harm from the highly contagious virus.

 

les 2 articles ci-dessus en 1 PDF

 

 

 

     

- 4 avril 2020, Régis de Castelnau

Didier Lallement et Sibeth Ndiaye les duettistes de la peur et du mépris du peuple.

Tribune relative au rôle de Didier Lallement et de Sibeth Ndniaye au service de Macron paru dans Atlantico.

Didier Lallement est un multirécidiviste. Adepte des sorties violentes et provocatrices, il très loin du devoir de réserve d’un fonctionnaire et manifeste un militantisme politique inadmissible pour un préfet. On se rappelle sa fameuse apostrophe lancée à une passante indiquant calmement sa solidarité avec les gilets jaunes : "nous ne sommes pas dans le même camp Madame !" Il est clair que dans n’importe quel État démocratique, une telle saillie aurait entraîné un limogeage immédiat du préfet de police chargé du maintien de l’ordre public dans une période de crise.

Avec une franchise désarmante Didier Lallement nous signifiait qu’il était au service d’une bande et d’un clan et sûrement pas de la république et qu’il utiliserait pour ce faire absolument tous les moyens. Ce qu’il a d’ailleurs fait lors de la fameuse séquence de la place d’Italie le 16 novembre 2019 qui a vu un certain nombre d’incidents et de violences organisées et provoquées par le préfet. Qui a pris à cette occasion un certain nombre d’initiatives et donné un certain nombre d’ordres relevant pour l’essentiel d’entre eux de l’application du code pénal.

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- Tribune > 7 avril 2020 / Christophe Cailleaux, Amélie Hart-Hutasse et François Jarrige

L’école confinée, laboratoire du monde numérique

Les auteurs de cette tribune s’inquiètent des "risques d’une accélération de l’intrusion numérique dans nos vies, dont l’école offre un observatoire édifiant". Plutôt que soutenir les industriels du numérique éducatif, il s’agirait de "défendre le service public, seul vecteur de l’égalité émancipatrice hors de la sphère marchande".

Christophe Cailleaux, Amélie Hart-Hutasse et François Jarrige sont enseignants dans le secondaire et le supérieur. Ils ont contribué au livre collectif Critiques de l’école numérique (éditions L’Échappée, 2019)

"Nous sommes en guerre, a martelé Emmanuel Macron à la télévision le 16 mars, appelant ainsi à la mobilisation générale. Toute une société serait dressée dans une nouvelle "union sacrée" contre l’épidémie. Et pourtant, dans le monde éducatif, de la maternelle à l’université, la crise sanitaire semble passer après la « continuité pédagogique", promue en urgence nationale par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Ce dernier ne cesse de le répéter depuis : "Nous sommes prêts." Prêts pour l’enseignement numérique et à distance, prêts pour le basculement de tout un pan de la vie sociale vers son ersatz numérique.

Très vite, en effet, le monde pédagogique a été saturé par les appels au télétravail. La "continuité pédagogique", reposant sur un environnement numérique miraculeux, éviterait à la machine de s’arrêter, conjurerait toutes les peurs, la maladie ainsi que leurs conséquences intimes, sociales et économiques.

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- Tribune > 8 avril 2020 / Benoît Borrits

Après la crise, les salariés devront reprendre le pouvoir aux actionnaires

Transférer le pouvoir des actionnaires aux salariés permettrait de redéfinir nos choix de société, explique l’auteur de cette tribune. Le choix d’une « démocratie économique » s’impose d’autant plus à l’heure où l’État engage des milliards d’euros pour soutenir les entreprises et qu’elles joueront un rôle dans la construction d’un monde solidaire et écologique.

Benoît Borrits est économiste. Il anime le site Economie.org et il est le coauteur, avec Pierre Dardot, d’Au-delà de la propriété. Pour une économie des communs, aux éditions La Découverte, col. L’horizon des possibles, 2018.

La pandémie a imposé le confinement général de la population, entraînant un double choc sur l’offre — moins de travailleur.ses disponibles — et la demande — moins de consommation. La récession est donc immédiate. Dans le même temps, cette récession provoque une spectaculaire chute de la pollution : sur les deux premiers mois de l’année, les émissions de CO2 ont baissé de 25 % en Chine, les eaux de Venise sont à nouveau transparentes et, dans le nord de l’Italie, la concentration de dioxyde d’azote a reculé de moitié lors de la première quinzaine de mars. Et si, à l’issue de ce confinement, nous placions notre économie sur une trajectoire plus vertueuse qui respecterait enfin notre environnement et garantirait un futur à notre humanité ?

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- Coronavirus - Marie Maurisse, publié lundi 6 avril 2020

La fiabilité des tests de dépistage en question

Il arrive parfois qu’une personne testée pour le Covid-19 soit négative, puis positive quelques jours plus tard, ce qui rend plus difficile encore la prise en charge des patients. Pour que le diagnostic soit incontestable, le prélèvement doit être irréprochable

La plus jeune victime française du nouveau coronavirus s’appelle Julie. Elle avait 16 ans à peine et s’est éteinte fin mars dans l’Essonne. Après quelques jours de toux, elle avait été prise en charge à l’Hôpital Necker, où l’équipe avait fait un premier test du Covid-19, puis un deuxième. Tous deux sont négatifs. Mais à ce moment-là, son état se dégrade et un troisième test s’avère finalement positif.

"On n’y croit pas. On se dit qu’ils se sont trompés. Et pourquoi ces résultats arrivent aussi tard?" s’interroge sa mère Sabine face aux médias.

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07 Avril 2020

     

- Publié le 3 avril 2020, par Sylvestre Huet

COVID19 : la colère d’André Grimaldi

Le médecin André Grimaldi, connu pour ses prises de parole vigoureuses, vient d’écrire par courriel à ses collègues de l’hôpital parisien, La Pitié Salpétrière. J’ai reçu le texte par un intermédiaire, je vous le livre sans plus de commentaires.

Chers toutes et tous,

L’unité  du pays  pour respecter les consignes de confinement et donner la priorité absolue aux soins et aux soignants est totale.

L’appel du chef de l’Etat à faire taire toute critique, voire  tout débat, apparaît au mieux inopportun, au pire inquiétant. Le temps viendra, nous dit-on. Mais quand ce temps sera venu, on risque fort  de nous dire: "l’heure est à pleurer nos morts et à reconstruire le pays dans l’unité. Le moment n’est pas à la polémique. Regardons l’avenir plutôt que le passé". Reste que pour avoir et garder la confiance des citoyens, il faut certes communiquer dans la transparence, mais il faut aussi être capable de reconnaître ses fautes.

Traiter l’hôpital public comme une entreprise commerciale devant se projeter dans le  marché mondialisé de la santé c’était une faute, à vrai dire largement partagée  depuis plus de 10 ans par les "décideurs" de tout bord politique.

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- Sociétés - Entretien - 06.04.2020, par Francis Lecompte

Edgar Morin: "Nous devons vivre avec l'incertitude"

Confiné dans sa maison à Montpellier, le philosophe Edgar Morin reste fidèle à sa vision globale de la société. La crise épidémique, nous dit-il, doit nous apprendre à mieux comprendre la science et à vivre avec l’incertitude. Et à retrouver une forme d’humanisme.

Le philosophe Edgar Morin :

"Je ne dis pas que j’avais prévu l’épidémie actuelle, mais je dis par exemple depuis plusieurs années qu’avec la dégradation de notre biosphère, nous devons nous préparer à des catastrophes."

La pandémie du coronavirus a remis brutalement la science au centre de la société. Celle-ci va-t-elle en sortir transformée ?


Edgar Morin : Ce qui me frappe, c’est qu’une grande partie du public considérait la science comme le répertoire des vérités absolues, des affirmations irréfutables. Et tout le monde était rassuré de voir que le président s’était entouré d’un conseil scientifique. Mais que s’est-il passé ? Très rapidement, on s’est rendu compte que ces scientifiques défendaient des points de vue très différents parfois contradictoires, que ce soit sur les mesures à prendre, les nouveaux remèdes éventuels pour répondre à l’urgence, la validité de tel ou tel médicament, la durée des essais cliniques à engager… Toutes ces controverses introduisent le doute dans l’esprit des citoyens.

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- Info > 7 avril 2020 / Émilie Massemin (Reporterre)

Crise sanitaire : les propositions se multiplient pour penser un après plus écologique

Le monde sortira un jour de la pandémie du Covid-19 et devra relever un système économique exsangue, voire le transformer en profondeur pour que les mêmes maux n’apparaissent plus. Afin de préparer dès maintenant la suite, les initiatives fleurissent : parlementaires, associatifs, syndicats…

Bruno Le Maire l’a prédit au Sénat lundi 6 avril : la France devrait connaître la pire récession de son histoire depuis la Seconde Guerre mondiale. Comment rebondir après une crise aussi grave ?

"Le jour d’après ne sera pas un retour au jour d’avant", a promis Emmanuel Macron lors de son intervention télévisée du 16 mars dernier. Pourtant, les premières décisions gouvernementales ne laissent rien présager de bon : détricotage du Code du travail, refus de restaurer l’impôt sur la fortune, soutien à l’industrie fossile et aéronautique…

À l’inverse, de nombreux Français réclament un changement de modèle. Selon un sondage publié par le quotidien Libération mardi 31 mars, 84 % des sondés appellent de leurs vœux la relocalisation en Europe d’un maximum des filières de production ; 69 % veulent "ralentir le productivisme et la recherche perpétuelle de rentabilité" ; 88 % réclament un "accès à l’eau et à un air de qualité" et 76 % à la "biodiversité". Les 150 membres de la convention citoyenne pour le climat, qui travaillent depuis six mois sur des réponses à la crise climatique, ont aussi débattu d’une stratégie de sortie de la crise du Covid-19 lors d’une session en visioconférence les 3 et 4 avril. Leur emboîtant le pas, des élus et des associations ont lancé des outils pour inventer collectivement une relance synonyme de transition écologique et sociale, et peser pour l’imposer face à celles et ceux qui préconiseraient plutôt le retour au business as usual.

Reporterre vous propose un tour d’horizon des initiatives en cours.

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 signer la pétition (sur Attac.fr)

 

 

     

- Analyse - Valère Gogniat, publié mardi 7 avril 2020

Le virus doit enterrer le capitalisme à l’ancienne

Continuer à verser des millions de dividende alors qu’on demande l’aide de l’Etat? Il est temps que des entreprises comme EasyJet corrigent certains de leurs fondamentaux. Et l’actuel arrêt forcé de l’économie est une excellente opportunité de s’en occuper

EasyJet a demandé des aides à la Confédération et, en parallèle, promet ses dividendes habituels. — © Georgios Kefalas/Keystone

"Vie au ralenti", semaine 4. Le temps de la relative confusion, de l’urgence et de l’adrénaline est derrière. S’il est toujours impossible de savoir où nous échouerons, cela n’empêche pas de réfléchir à ce que l’on veut pour l’ère post-Covid-19. Pour cela, deux observations.

La positive, d’abord. La crise actuelle n’a pas qu’une propension sidérante à accélérer l’histoire, elle permet aussi de mettre en lumière notre incroyable capacité d’adaptation. Dans les entreprises, flexibilité, réactivité et inventivité ne sont plus des concepts floconneux servis par les consultants.

Mais une réalité très concrète.

On ne parle pas ici uniquement du recours généralisé au télétravail – les lignes que vous lisez sont rédigées, corrigées et mises en ligne/en page depuis nos salons et nos cuisines – mais aussi de la facilité déconcertante avec laquelle des groupes ont transformé leur outil de production. Exemple avec Bulgari, qui a arrêté de produire des parfums pour se mettre aux solutions hydro-alcooliques qu’elle livre aux hôpitaux neuchâtelois. Ou avec la distillerie Morand qui change son eau-de-vie en désinfectant.

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- paru dans lundimatin#237, le 6 avril 2020

Etat d’urgence sanitaire et violation réitérée du confinement

L’avocat Raphaël Kempf nous explique les ressorts d’un nouveau délit

Adoptée dans la hâte et sans grand débat, la loi du 23 mars 2020 a instauré l’état d’urgence dit "sanitaire" ayant officiellement pour objet de faire face à l’épidémie de covid-19. A l’image de toute loi d’exception, la loi du 23 mars 2020 a entrainé la création, supposée temporaire, de dispositifs de restrictions des droits et libertés et de nouveaux délits. Outre la prolongation d’office, et sans intervention du juge, des délais de détention provisoire, cette loi a instauré le délit de "violation réitérée du confinement" destiné à punir de trois ans d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende les contrevenants aux mesures de confinement. Dans un entretien que nous avons mené avec lui, l’avocat Raphaël Kempf dénonce les aberrations de ce délit qui piétine la présomption d’innocence.

Raphaël Kempf, vous êtes avocat en droit pénal et vous défendez des personnes qui ont été verbalisées puis jugées pour ne pas avoir respecté les mesures de confinement imposées par le gouvernement. Pouvez-vous nous expliquer ce qui est reproché aux personnes interpellées et sur quel fondement elles ont pu se retrouver en garde-à-vue puis être jugées en comparution immédiate ?
 
☛ On reproche à ces personnes le nouveau délit de "violation à plusieurs reprises du confinement".   Très concrètement, la police procède à un contrôle, demande que lui soit présentée la fameuse attestation de déplacement dérogatoire. La police verbalise alors soit parce que les gens n’en ont pas soit parce qu’elle pense que ces personnes sont sorties à plus de trois reprises de chez elles sans pouvoir bénéficier des exceptions prévues par la loi ou le décret (aller au travail, faire des courses de première nécessité ou du sport dans un périmètre limité...).

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06 Avril 2020

     

- Entretien - 3 avril 2020 Par Géraldine Delacroix

Surveillance de l’épidémie: attention au "solutionnisme technologique"

Alors que le gouvernement envisage la création d’une application de suivi des contacts des uns et des autres pour prévenir les contaminations, Annie Blandin et Charles-Pierre Astolfi, du Conseil national du numérique, relèvent le besoin de "garanties démocratiques particulièrement fortes" et plaident pour "une logique d’entraide, de confiance". 

Comment protéger la population de la contamination par le coronavirus autrement qu’en enfermant chacun chez soi ? Comment protéger, aussi, ceux qui sont obligés de poursuivre leurs déplacements, malgré le confinement ? Pour un groupe de chercheurs d’Oxford dont l’étude a été publiée dans la revue Science le 31 mars, "la dissémination virale est trop rapide pour être contenue" par des enquêtes "manuelles" de suivi des personnes contacts. Mais confier cette mission à une application pourrait y remédier, disent les chercheurs, à condition qu’elle soit utilisée par un nombre suffisamment grand de personnes. 

C’est la piste que semble vouloir suivre le gouvernement français. "On étudie ce qui se fait ailleurs, notamment à Singapour, mais aussi au Royaume-Uni et en Allemagne. Pour le moment, rien n’est en place. Pas une ligne de code n’est écrite", expliquait aux Échos le secrétariat d’État au numérique le 31 mars. "On pourrait peut-être, sur le fondement d’un engagement volontaire, utiliser ces méthodes pour mieux tracer la circulation du virus et les contacts de chacun, mais nous n’avons pas aujourd’hui d’instrument légal qui rendrait obligatoire ce tracking", a précisé (regretté ?) le premier ministre, Édouard Philippe, lors de son audition devant l’Assemblée, mardi 1er avril. 

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- Enquête > 6 avril 2020 / Gaspard d’Allens (Reporterre)

Au nom du coronavirus, l’État met en place la société de contrôle

Couvre-feux, contrôles policiers multiples, toute-puissance de l’administration, emballement de l’industrie technosécuritaire : la pandémie de Covid-19 se traduit, en France, par un contrôle accru des populations, suspectées par principe de ne pas participer à la "guerre" contre le virus.

"Nous ne renoncerons à rien, surtout pas à rire, à chanter, à penser, à aimer, surtout pas aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été, surtout pas à la liberté", affirmait Emmanuel Macron le 11 mars dernier, il y a seulement trois semaines, dans le cadre la première journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme. Depuis, avec le confinement, tout semble avoir changé, le monde a basculé.

Des drones équipés de haut-parleur survolent les rues des métropoles françaises, intimant aux passants l’ordre de rentrer chez eux. Le gouvernement a décrété l’état d’urgence sanitaire et des couvre-feux ont été instaurés dans une centaine de villes, qui comptent au total plus de 2 millions d’habitants.

À Perpignan (Pyrénées-Orientales), la sirène retentit tous les soirs pendant cinq longues minutes à 19 h 50. À 20 h, plus rien ne bouge, seuls les véhicules de police patrouillent, les gyrophares allumés. La nuit, à Nantes (Loire-Atlantique) et à Rennes (Ille-et-Vilaine), un hélicoptère de la gendarmerie, muni de caméras infrarouges, guette « les récalcitrants" et les« indisciplinés". Nous baignons dans un univers dystopique où les libertés individuelles sont progressivement rognées pour mener « la guerre" au Covid-19 et où la population est mise, massivement, sous surveillance.

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- Tribune > 6 avril 2020 / Alessandro Pignocchi

Conservatrice, réactionnaire ou progressiste, trois voies pour l’après-crise sanitaire

La crise sanitaire bouscule la réalité politique et une fenêtre s’ouvre pour un changement radical de système, estime l’auteur de cette tribune. Qui pense que la relation à la terre et aux êtres non-humains sera centrale dans la construction de l’après.

Comme toute crise, celle que nous traversons rebat les cartes. Ce qui semblait encore récemment impensable, d’une radicalité à peine concevable, apparaît soudain tout à fait plausible et même sur le point d’advenir. C’est que, pour beaucoup d’entre nous, cette période donne une réalité tangible, vécue, à des injustices auxquelles nous nous étions habitués ou qui étaient, du moins, passées dans le registre du discours. La fenêtre politique qui s’ouvre ainsi peut déboucher sur trois voies antagonistes, qui se distinguent notamment par la façon dont elles orientent nos rapports au territoire.

• La première est la voie conservatrice, incarnée par le gouvernement actuel. Les rapports au territoire restent purement utilitaristes et régis par les seules lois de l’économie. Plantes, animaux et milieux de vie restent avant tout des ressources.

• La seconde, la voie réactionnaire, se dessine notamment dans ce que semble devoir être le programme du Rassemblement national pour 2022. Tout en conservant une large part de l’utilitarisme économique, elle met sur le devant de la scène politique des liens à la terre non utilitaristes qui exaltent la patrie, la tradition, l’histoire et les ancêtres. Ce sont des liens qui visent à exclure bien plus qu’à inclure.

• La troisième voie, progressiste, est incarnée entre autres par ce qui se construit en ce moment sur les zad, notamment à Notre-Dame-des-Landes. Les relations au territoire se défont des règles marchandes pour étendre le registre du social et de l’affectif aux non-humains. Plantes, animaux et milieux de vie deviennent, au même titre que les humains, les maillons d’un vaste réseau d’entraide, de solidarité et d’attentions réciproques. Les liens qui trament ce collectif étendu sont épaissis par toutes les nuances qui colorent la vie sociale dès lors que l’on s’extrait des logiques comptables du monde économisé.

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- Alternative - Servan Peca, publié lundi 6 avril 2020

Paul Ariès: "Les crises donnent plus souvent naissance à des Hitler et des Staline qu’à des Gandhi"

L’essayiste français, connu pour ses écrits sur la décroissance et l’acroissance, perçoit cette crise sanitaire comme un extraordinaire révélateur de faiblesses que l’on avait oubliées. Il n’est pas convaincu que le monde en sortira changé. Mais il l’espère.

Paul Ariès: "La décroissance, ce n'est pas quand les gens se serrent la ceinture. Penser ça, c'est manquer d'imagination! C'est pourquoi je me définis plutôt comme un objecteur de croissancer, un défenseur de l'acroissance" 

Paul Ariès doit être content, il va l’avoir, sa décroissance.

C’est la réflexion que nous nous sommes faite, la semaine dernière, en prenant contact avec l’un des intellectuels français les plus réputés dans les questions de décroissance. Ou plutôt, insiste-t-il, "de l’acroissance".

Comprenez: la croissance différente, raisonnable, centrée sur l’humain et la préservation des ressources.

Nous nous sommes aussi demandé si Paul Ariès allait oser se réjouir de ce coup de frein historique, alors que l’on en est encore à compter presque en direct les confinés, les malades et les morts partout autour du globe.

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- Michaël Carletta, publié le lundi 06 avril 2020

Deux experts accusent la Chine d'avoir facilité la propagation du coronavirus

Asie - Alors que la Chine poursuit ses projets de propagande afin d'exposer toute sa grandeur au reste du monde dans la lutte face au coronavirus et "la victoire de son peuple" dans cette guerre, plusieurs voix s'élèvent pour dénoncer les dérives du Parti.

C'est notamment le point de vue partagé par Vincent Brossel, membre du comité Liu Xiaobo qui lutte entre autre pour le respect des droits civiques en Chine, et de Marie Holzman, sinologue, spécialiste de la Chine contemporaine et de la dissidence chinoise.

Ces deux experts accusent en effet la Chine d'avoir minimisé la pandémie lorsque celle-ci s'est déclarée en décembre dernier à Wuhan, préférant glorifier le Parti Communiste Chinois alors que le pays était en plein cœur de l'épidémie de Covid-19.

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05 Avril 2020

     

- Enquête - 1 avril 2020 Par Laurent Mauduit et martine orange

Hôpital public: la note explosive de la Caisse des dépôts

À la demande d’Emmanuel Macron, la Caisse des dépôts travaille à un plan pour l’hôpital public. Mediapart en révèle le contenu. Au lieu de défendre l’intérêt général, il vise à accélérer la marchandisation de la santé et sa privatisation rampante.

Depuis que la crise sanitaire a déferlé sur le pays, Emmanuel Macron a dit à plusieurs reprises qu’il veillerait à défendre l’État-providence. Une conversion surprenante : dans le passé, il a toujours défendu des positions néolibérales, très critiques à l’encontre de cet État-providence. Mais il assure désormais qu’il ne sera pas prisonnier de ces croyances. "Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, a-t-il dit lors de son allocution au pays le 12 mars, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, [pour] notre État-providence, ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe […]. Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché."

Malgré tout, sans doute est-il prématuré de croire dès à présent qu’Emmanuel Macron a changé. En tout cas, le plan que la Caisse des dépôts et consignations (CDC) est en train d’élaborer à sa demande pour l’hôpital public, et dont Mediapart est en mesure de révéler la première ébauche, va totalement à rebours de ses déclarations. Ce document expose une série de propositions qui s’inscrivent toutes dans la philosophie néolibérale qu’Emmanuel Macron a toujours défendue par le passé. Privatisation rampante au travers de sulfureux partenariats public-privé (PPP), marchandisation accélérée de la santé : voilà un plan qui tourne le dos aux valeurs de l’État-providence.

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- 26 mars 2020

Covid-19 : "Une crise de notre modèle de civilisation" selon Arthur Keller

Avant le début de la crise du coronavirus, nous avons interviewé Arthur Keller, spécialiste des limites et vulnérabilités des sociétés humaines et des stratégies de résilience collective. Il a partagé avec nous sa vision éclairée des risques d’effondrement de nos sociétés mais aussi des solutions qu’il est, dès aujourd’hui, possible de mettre en place. Après nous avoir exposé la profonde défaillance du système en place – qui, tel un château de cartes, paraît sensible aux plus infimes disruptions – il a aujourd’hui décidé de nous livrer une analyse complémentaire de la situation, contextualisant son approche et proposant des solutions substantielles. Il démontre ainsi une fois de plus la nécessité de profondes remises en question de nos sociétés et de ce qui les domine. La poursuite inlassable du profit immédiat, la mondialisation, mais aussi et avant tout, le rapport qu’entretient l’Homme avec le reste des êtres vivants…

Cette crise n’est pas une crise sanitaire. Ça, c’est juste le premier symptôme. Ce n’est rien de moins qu’une crise de notre modèle de civilisation. Pour commencer, rappelons-nous que la cause primaire derrière cette épidémie, c’est le rapport nocif, et même psycho-pathologique, que l’Homme entretient vis-à-vis de "la nature". En l’occurrence, spécifiquement les animaux. Ceux-ci sont les premières victimes, des victimes par milliards de l’exploitation tyrannique et désormais industrialisée du vivant, et n’ont pas de voix pour les représenter hormis quelques activistes volontiers raillés voire condamnés par cette société.

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- Avril 2020, page 12, par Evelyne Pieiller

Ces liens qui nous libèrent

Réinventer l’humanité…

Activée par les ravages écologiques et les impasses du “système”, une sensibilité nouvelle apparaît : le refus de la domination humaine sur la nature. S’opposant parfois à l’évidence supposée d’un égoïsme propre à l’espèce et célébrant, au contraire, les capacités d’entraide du vivant, cette entreprise de refondation anthropologique peut-elle s’inscrire dans une démarche politique d’émancipation collective ?
 
Jacques Lizène. – "Petit maître écrasant son nez sur la surface de la photo (1972) croisé grand singe", 2004 - Galerie Nadja Vilenne, Liège, Belgique.

Dans son dernier spectacle, G 5, Rocio Berenguer propose la "première législation mondiale inter-espèces", afin d’assurer l’avenir de la vie même. Forte de la conviction qu’"il y a une arrogance dans la conception de l’humain qui est en train de se briser par obligation", elle entend ainsi participer à ce que s’ouvre "un nouveau terrain des possibles".

La Scène nationale de Besançon programme dans le même esprit un ensemble de pièces, films, conférences, et interroge dans sa présentation : "Et si la lutte entre ceux ayant conscience d’appartenir à la Terre et ceux s’imaginant que la planète leur appartient n’avait que trop duré ? Et si l’art permettait de retisser ces liens brisés et de nous réapproprier un avenir commun?"

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04 Avril 2020

     

- Info > 4 avril 2020 / Hélène Ferrarini (Reporterre)

SPÉCIAL OUTREMER - Mal préparées par un système de santé dégradé, les Outremer se préparent au pire

Dans les Outre-mer, l’épidémie de Covid-19 révèle la relation de dépendance que ces territoires entretiennent avec la métropole. Importé de l’Hexagone, le virus circule désormais en Guyane, à La Réunion, en Martinique et en Guadeloupe, à Mayotte. La fragilité des services de santé y est dénoncée depuis des années.

Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte, Réunion, Nouvelle-Calédonie, Polynésie... Avec quelques semaines de décalage avec l’Hexagone, le coronavirus a fini par arriver dans ces territoires d’outre-mer, où vivent 2,8 millions d’habitants, soit près de 4 % de la population française.

Avec 824 cas avérés et 13 décès le 2 avril 2020, les Outre-mer ne sont pas autant touchés que l’Hexagone. Pas encore. Car on craint le pire, et jusqu’au gouvernement. Auditionné par la mission d’information de l’Assemblée sur l’état d’urgence sanitaire, le premier ministre Édouard Philippe reconnaissait le 1er avril la "fragilité plus grande des territoires ultramarins sur les questions sanitaires".

Les services de soins y sont chroniquement sous-dotés, en soignants et en infrastructures. À titre d’exemple, les seize lits de réanimation de Mayotte, 260.000 habitants. L’archipel vient de se voir accorder au 1er janvier 2020 une Agence régionale de santé (ARS), alors qu’il dépendait jusqu’à présent de celle de l’Océan indien dont la direction était basée à la Réunion. Or ces systèmes sanitaires fragiles ont la responsabilité de populations confrontées à des problèmes de santé avérés, entretenus par des décennies d’inégalités socio-économiques. Diabète, obésité et insuffisances respiratoires sont autant de facteurs de comorbidité que le Covid-19 ne manquera pas de révéler. Auxquels s’ajoute en Martinique et en Guadeloupe le fait que la population est vieillissante. Cette situation sanitaire préexistante à la pandémie fait d’ailleurs craindre une mortalité accrue, en raison d’un manque de suivi des autres pathologies.

Situés à plusieurs milliers de kilomètres de l’Hexagone, les ultramarins ne pourront que très difficilement compter sur des évacuations sanitaires si l’épidémie venait à déborder les services de santé locaux. Quoiqu’en dise sur le papier le principe de continuité territoriale, il y a des océans entre Cayenne, Fort-de-France, Mamoudzou et Paris.

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 - Entretien - 4 avril 2020 Par Joseph Confavreux

"Parler de catastrophe est un moyen commode de dissimuler sa responsabilité"

Quel sens donner au mot catastrophe ? La mortalité des attentats ou du tabagisme est-elle plus catastrophique que celle du Covid-19 ? Quelle réponse peut apporter notre monde laïcisé ou sécularisé ? Le philosophe Pierre Zaoui livre quelques réflexions pour aider à penser et vivre le moment présent.

❐ Pierre Zaoui est philosophe et enseigne à l’université Paris-Diderot. Il a notamment publié La Traversée des catastrophes (Le Seuil) et La Discrétion, ou l’art de disparaître (Autrement). Pour Mediapart, il revient sur les limites d’une analyse de l’épidémie en termes de "biopolitique", sur l’invocation insatisfaisante des sagesses anciennes, et sur la responsabilité dont voudraient s’exonérer, en parlant de catastrophe, celles et ceux qui ont voté depuis quinze ans pour des gouvernements ayant sabordé les instruments de la santé publique.

Quels sont les philosophes et les philosophies les plus à même de nous aider à penser un moment aussi inédit que celui-ci ?

Pierre Zaoui : Au premier abord, on serait tenté de se dire que ça y est, on est entré de plain-pied dans les formes de biopolitique, de prise de pouvoir et de contrôle sur les vies individuelles et non plus simplement sur les sujets et sur les territoires, et donc que pour comprendre cette épidémie inédite et les modes de gestion inédits qu’elle mobilise, on a tout intérêt à se tourner vers les philosophes modernes : Foucault qui a inventé ce concept de biopolitique à partir justement de son analyse des différences de traitement entre les grandes épidémies (lèpre, peste, choléra), ou Deleuze (sur les sociétés de contrôle), puis Agamben, Negri, Nancy, Emmanuel Renault, etc.

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- Tribune - Par Hannelore Cayre, avocate pénaliste au barreau de Paris, 31 mars 2020

Qui es-tu Nicole Belloubet, pour t’asseoir à ce point sur les libertés publiques ?

Pour cause de Covid-19, une ordonnance du ministère de la Justice prolonge les délais maximums de détention provisoire de trois à six mois selon la gravité des infractions, au mépris des libertés fondamentales.

Tribune. Aujourd’hui nous sommes partis à deux avocats, mari et femme, avec en poche nos attestations et nos convocations pour assister deux de nos détenus convoqués devant le juge des libertés et de la détention. Tout allait bien, il faisait beau, les familles nous avaient donné des promesses d’embauche et des attestations d’hébergement qui les faisaient espérer la liberté de leur mari, leur fils. Nous, de notre côté, chemin faisant, nous ferraillions dans la voiture pour affûter nos arguments respectifs. Nous sommes entrés dans un tribunal vide… Puis dans une salle d’audience vide… Et dressés comme nous le sommes à être au garde-à-vous selon le bon vouloir des magistrats, nous avons attendu… Et à un moment un de nos portables a sonné et un greffier nous a dit :

"Euh, Maître, euh, on descend pas, y’a pas de débat, vous pouvez rentrer chez vous, z’avez vu la circulaire, toutes les détentions sont prolongées AU-TO-MA-TI-QUE-MENT."

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"Anecdote" lue sur Facebook Par Fanch Merdrignac :

Dr Gerard Bersand - Médecin Anti-Âge Nice

Une histoire vraie pour votre WE confiné :

Je suis médecin à Nice et un patient de 23 ans que je ne connais pas m’appelle pour une toux sèche, insomniante, fatigante avec une douleur dorsale importante, essoufflement à l’effort, le tout depuis 5 jours. Un premier médecin consulté il y a 2 jours, le doigt sur la couture, prescrit Doliprane et confinement.

Difficile pour moi par téléconsultation d’écouter ses poumons, son cœur, rechercher des ganglions et lui prendre la tension ; je lui demande donc de venir au cabinet samedi matin. Pas d’autre patient dans le cabinet, dès l’entrée : masque pour tous les 2 (FFP2 pour moi et chirurgical pour lui), gants pour tous les 2 avec gel hydroalcoolique sur les gants, désinfection avant et après (y compris le stéthoscope, les meubles, les portes, l’ascenseur …)

A l’examen, pas de signe de gravité, mais un probable COVID dans ce contexte épidémique et un épuisement qui arrive.

Et c’est là que la misère et la connerie de mon pays me sautent aux yeux.

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03 Avril 2020

     

- Crise - par Benoît Borrits, 3 avril 2020

Au lieu de sauver le capitalisme, il est urgent d’inventer une autre économie

Pour répondre à la vaste crise économique qui s’annonce suite à la pandémie, les gouvernements vont injecter de l’argent, beaucoup d’argent. Mais faut-il vraiment porter secours à l’économie capitaliste, interroge Benoît Borrits, animateur de l’association Autogestion. Non, répond-il, il faut une économie démocratique, où les travailleurs ont du pouvoir. Tribune.

La crise sanitaire a imposé le confinement de la population qui induit une chute spectaculaire de la production. Les États multiplient les mesures de soutien aux entreprises pour éviter les faillites en cascade. Pour quelle finalité ? Relancer le capitalisme ou mettre en place une démocratie économique qui nous permettra de sauver la planète ?

Les calculettes des économistes sont en ébullition. La Deutsche Bank prévoit une baisse du PIB réel au deuxième trimestre de 24 % (taux annualisé ajusté des variations saisonnières) dans la zone euro dont 28 % en Allemagne. En Chine, cette même banque estime que la baisse sans précédent de l’activité en janvier-février devrait mener à une chute du PIB du premier trimestre de 5 % en glissement annuel (-9 % entre deux trimestres)

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- By George Monbiot, published in the Guardian 1st April 202, 2nd April 2020

A Zombie Love Story

All over the world, mutual aid groups have blossomed where governments have failed, as people support each other through the pandemic.

You can watch neoliberalism collapsing in real time. Governments whose mission was to shrink the state, to cut taxes and borrowing and dismantle public services, are discovering that the market forces they fetishised cannot defend us from this crisis. The theory has been tested, and almost everywhere abandoned. It may not be true that there were no atheists in the trenches. But there are no neoliberals in a pandemic.

The shift is even more interesting than this suggests, however. Power has migrated not just from private money to the state, but from both market and state to another place altogether: the commons. All over the world, communities have mobilised where governments have failed.

In India, young people have self-organised on a massive scale to provide aid packages for “daily wagers”: people without savings or stores, who rely entirely on cash flow, that has now been cut off. In Wuhan, in China, as soon as public transport was suspended, volunteer drivers created a community fleet, transporting medical workers between their homes and hospitals.

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- Info > 2 avril 2020 / Laury-Anne Cholez (Reporterre)

Au nom du coronavirus, l’État libéralise l’installation des antennes-relais

Les ordonnances prises en application de la loi d’état d’urgence sanitaire autorisent les opérateurs téléphoniques à de nouvelles « installations radioélectriques » pour faire face à l’accroissement de l’usage du numérique. Cette dérégulation temporaire inquiète les associations de lutte contre les ondes.

Des antennes relais vont-elles pousser aux quatre coins de la France pendant le confinement ? Telle est la crainte de plusieurs associations de lutte contre les ondes à la lecture des ordonnances de la loi d’état d’urgence sanitaire.

Face à l’accroissement de l’utilisation d’internet, les opérateurs de téléphonie pourront adapter les « procédures applicables pour garantir la continuité du fonctionnement des services et de ces réseaux ». En clair : rajouter de la bande passante là où le web sature sans avoir besoin des autorisations habituelles. « Il s’agit de pouvoir intervenir en urgence pour rétablir l’intégrité du réseau dans cette période inédite de confinement, en installant des équipements à titre temporaire qui devront être démontés au plus tard dans les deux mois post état d’urgence sanitaire », assure à Reporterre la Fédération française des télécoms.

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- Coup de gueule - par Cécile Boulaire, 3 avril 2020

"Ce gouvernement de premiers de cordée révèle son absolue ignorance de ce que représente le travail des autres"

Enseigner à distance n’est pas une sinécure, au contraire de ce que semblent croire certains membres du gouvernement. Cécile Boulaire, maître de conférences à l’université de Tours, réagit aux propos insultants de Sibeth Ndiaye et raconte comment elle tente de compenser un peu la rupture pédagogique liée au confinement.

Depuis 10 jours, en tant que directrice de département et de filière universitaire, je me dois de relayer à mes collègues les injonctions, toujours plus pressantes, en faveur de la "continuité pédagogique". Je le fais en mettant toujours en garde, depuis le début, sur l’effet de puissant mirage de ce mantra.

Il n’y a aucune "continuité pédagogique", nous vivons au contraire la plus violente rupture pédagogique que notre université ait jamais connue, elle qui n’est pourtant pas avare de grèves, blocages et autres "printemps des chaises" (ceux de 2009 comprendront…).

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- mercredi 1 avril 2020, par Léa Salamé , Nicolas Demorand - invité : François Sureau

François Sureau : "Les Français ne sont pas un troupeau de moutons ou une garderie d’enfants"

François Sureau, écrivain et avocat, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20. Il évoque le confinement actuel, et ses inquiétudes sur ses conséquences à plus long terme sur notre démocratie et nos libertés.

"[Le confinement] est d’abord une épreuve intime, personnelle", explique François Sureau. "Ces derniers jours, un de mes plus vieux amis a vu sa femme mourir à l’hôpital et avec sa fille n’a pas été autorisé à assister à la levée du corps. Comme des millions de Français, ils sont dans le même état que moi, je me fais du souci pour mon père en EHPAD avec un personnel qui s’occupe de lui, incroyablement dévoué, qui veille aux portes dans une atmosphère de forteresse : si le coronavirus rentre, ils mourront par dizaines.”

Il souhaite aussi rappeler le rôle de ceux qu'on ne voit pas :

"Notre vie est envahie par des personnalités publiques, dont tout le monde connait le nom, qui en quelque sorte entrent chez nous en permanence pour nous rassurer, nous protéger, nous dire des choses utiles ou beaucoup plus contestables. Et derrière tout ça il y a une foule d’anonymes qui font leur travail extraordinaire."

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écouter l'interview (29' - mp3 - 28,4 MO)

 

 

 

     

- Publié le 26 mars 2020 - Crédit photo en Une : © Solagro

Le bois énergie contribue-t-il à la déforestation et à une sylviculture intensive ?

Le bois énergie est la première source d’énergie renouvelable en France et sa place est encore appelée à augmenter significativement dans les années à venir. Une forte augmentation de l’utilisation de bois comme source d’énergie présente différents risques qu’il ne s’agit pas de minimiser mais qui ne sont pas non plus inéluctables.

 

 

En quelques mots:

Le bois énergie provient des opérations de sylviculture, des branches, des co-produits des industries du bois et des déchets et chutes de bois (palettes, cagettes, meubles, etc.).

Produire plus de bois énergie ne va pas générer nécessairement plus d’impacts environnementaux : il existe des modes de sylviculture qui respectent les principes de gestion durable des forêts, principes énoncés dans des documents préparés de manière concertée, au niveau national, régional et au niveau de chaque forêt, avec toutes les parties prenantes.

❐ Le bois énergie peut au contraire, dans certaines conditions, participer à une meilleure gestion forestière, en complément des autres filières, et cela d’autant plus que la forêt française n’est pas surexploitée.

C’est une forêt jeune et en pleine croissance, qui gagne en superficie et en volume de bois sur pied, et stocke des quantités considérables de carbone.

 

 

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- Opinions - Contribution externe - Publié le mercredi 01 avril 2020, Pascal Chabot

Jour 15 : Ce dont je suis certain sur l'incertitude actuelle

❐ Une opinion de Pascal Chabot, philosophe, chargé de cours à l’Ihecs.

Ce fut un jour particulier que celui qui nous vit procéder à des annulations en masse. Sur les agendas, nous biffions des réunions proches et d’autres distantes d’un ou deux mois. Nous décommandions des rendez-vous attendus, renoncions à des déplacements, refusions tout engagement.

Ce nettoyage par le vide fut accepté dans la résignation. Il y avait force majeure, c’était le désengagement général pour les corvées comme pour les fêtes, pour les vacances comme pour les échéances. Les pouvoirs publics s’y mirent aussi, rayant par arrêtés municipaux tout ce qui semblait peu de temps auparavant indispensable. Hier, de l’aéroport d’Orly devenu plus triste qu’un dimanche, le dernier avion décollait sans qu’aucune date de reprise ne soit avancée.

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02 Avril 2020

     

- Les blogs du « Diplo » > La pompe à phynance - par Frédéric Lordon, 31 mars 2020

Opération Résiliation

Le mot était faible. À l’évidence, "connards", ça n’était pas suffisant — pour tout dire, on le pressentait. Il faut bien l’avouer, le vocabulaire nous met au défi. C’est qu’il y a trop de choses à saisir pour un seul mot.

Giuseppe Pellizza da Volpedo, "Il Quarto Stato" (le Quart-État) 1901.

On lit de plus en plus : "criminel". Et c’est certainement une bonne chose en toute généralité qu’on ne s’interdise plus de qualifier ainsi des politiques publiques. Dont, pour certaines, nous savons qu’elles tuent, dont il a été déjà maintes fois dit qu’elles tuent, et dont la poursuite avec acharnement, en connaissance d’effet, peut difficilement, dans ces conditions, être qualifiée autrement que de "criminelle".

Pendant longtemps cependant, ce sont des pays lointains, ceux de "l’ajustement structurel", qui ont été des "lieux du crime". Puis le fléau s’est rapproché de nous. Des études épidémiologiques ont commencé à chiffrer la surmortalité du chômage et de la précarité — et les politiques économiques de chômage et de précarité ont continué : criminelles. On a laissé des sites Seveso la bride lâchée, des Lubrizol faire n’importe quoi, les pompiers intervenir dans les pires conditions, les autorités variées nier les contaminations chimiques de l’eau et de l’air, escompter que les pathologies, puis les décès, ne se déclareront que dans longtemps, et que d’ici là, on aura oublié le fait générateur : criminel. Nous pouvons anticiper avec un degré raisonnable de confiance l’accident nucléaire, par report des déclassements, étirements irresponsables des chaînes de sous-traitance, insuffisance des contrôles, disqualification de tous ceux qui auront averti : criminel.

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- Alternatives > 1er avril 2020 / Émilie Massemin (Reporterre)

Partout en France, les "manifs de confinement" prennent de l’ampleur

Le confinement pourrait avoir éteint la colère contre la politique néolibérale du gouvernement. Mais la colère bout toujours et de nouvelles formes de contestation "confinée" s’inventent.

Applaudir les soignants… mais pas seulement. Mardi 31 mars à 20 h, banderoles et projections sont apparues aux fenêtres un peu partout en France pour une "manif de confinement", à l’appel du collectif Projections Covid-19, soutenu par Art en grève Paris-banlieues, Cortège de fenêtres et Cerveaux non disponibles. "Dans le cadre de la mobilisation contre la réforme des retraites, une date de manifestation était planifiée pour le 31 mars. La colère ne s’est pas estompée, au contraire, cette crise révèle toute l’incohérence d’un système et l’irresponsabilité de nos gouvernants, a écrit Projections Covid-19 sur l’événement Facebook de la manifestation. Nous réclamons des moyens pour sauver le système de santé : des vrais salaires, des postes, des lits, du matériel ! Nous demandons le retrait total de la contre-réforme des retraites. Nous demandons le retrait total de la contre-réforme de l’assurance chômage." Mardi 31 mars peu après 21 h, une vingtaine de personnes avaient déjà posté des photos de leurs banderoles sur le réseau social. La mobilisation devait se poursuivre dans la soirée avec la projection de vidéos sur des façades d’immeuble, après la tombée de la nuit.

"Nous voulions politiser le moment de solidarité avec les soignants de 20 h, explique à Reporterre Romain, du collectif Projections Covid-19, formé peu après le début de l’épidémie en France par des militants parisiens mobilisés contre la réforme des retraites et de l’assurance chômage et d’artistes marseillais. Applaudir ne suffit plus. Les soignants n’ont pas seulement besoin de reconnaissance mais aussi de lits, de matériel, de vrais salaires et de vraies retraites. Ils étaient d’ailleurs massivement présents aux manifestations de ces derniers mois."

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- 31 mars 2020, Régis de Castelnau

Défaillance de l’État Macron : les responsables seront jugés.

L’invraisemblable démonstration de gabegie, d’incompétence et d’amateurisme donnée par Emmanuel Macron et l’appareil d’État qu’il devrait diriger en dit long sur la responsabilité de ceux qui ont organisé son arrivée au pouvoir par effraction en 2017.

De cela aussi il faudra faire les comptes. Mais pour l’instant il s’agit d’affronter dans les moins mauvaises conditions le défi de la catastrophe sanitaire. Incontestablement le peuple français a trouvé des ressources en son sein pour que ceux qui sont indispensables soient malgré les risques à leur poste. "Nous sommes en guerre" nous a martelé celui qui se prend pour Clemenceau et joue les présidents thaumaturges, on lui répondra qu’à la guerre, on juge les généraux incompétents et parfois on les fusille. Et cela, présidents ministre fonctionnaires le savent bien, et manifestement appréhendent l’heure des comptes. Ils savent l’état déplorable du système hospitalier français dont ils sont les principaux responsables, le scandale des masques, des tests, la pénurie de matériel, les mensonges, le criminel premier tour des municipales, les invites Macroniennes à aller au théâtre etc. etc, n’en jetez plus !

Malgré cela, Emmanuel Macron qui se croit toujours au cours de théâtre joue "les pères de la nation" et délègue Édouard Philippe au colmatage, qui ose proclamer :

"je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur la prise de décision s’agissant du confinement".

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- Monde Coronavirus - Vanessa Dougnac, New Delhi, publié mercredi 1 avril 2020

Le verrouillage de l’Inde et de 1,3 milliard d’habitants enclenche une tragédie humaine

Dans un pays où vivent 456 millions de pauvres, le confinement imposé est un défi hors norme, aux effets désastreux pour les plus vulnérables

Faire respecter le confinement par la force est, en Inde, une tentation vouée à la brutalité. — © Francis Mascarenhas/REUTERS

Le confinement est-il possible en Inde? Depuis le 25 mars, les autorités imposent des restrictions strictes pour empêcher les Indiens de circuler, avec l’ordre de rester à domicile pour 21 jours, des contrôles de barrages policiers et la paralysie des transports.

L’Inde comptabilise plus de 1600 cas de Covid-19, dont 38 décès, mais ces chiffres restent sous-estimés en raison de la rareté des dépistages du virus. Dans un pays de 1,3 milliard d’habitants, les experts agitent l’éventualité d’une bombe à retardement. Le contexte est explosif: densité élevée de la population, carences sanitaires et faiblesse de l’équipement hospitalier.

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- par Laetitia Cherel - publié le 25 mars 2020

Dépistage du coronavirus : le coup de gueule d’un généticien

Philippe Froguel est diabétologue et généticien à la tête d'un gros laboratoire de recherche du CHRU de Lille. Le 10 mars, alors que les cas de coronavirus ne cessent d’augmenter et que la France manque de tests de dépistages, il propose par courrier à sa direction générale d’en produire. Il est diabétologue et pratique ces tests PCR depuis une trentaine d’années :

"Beaucoup de labos de recherche font ça avec des ingrédients, des amorces et des enzymes. Ça ne nous pose aucun problème ici à Lille.”

Son enthousiasme est vite douché :

"On m’a répondu qu’il fallait respecter les procédures, et que je n’avais pas le droit de le faire."

La procédure veut en effet que seul un biologiste médical soit habilité à lire les résultats de ces tests. Le généticien affirme lui que son laboratoire sait les lire. Il estime que les autorités pourraient assouplir ces règles compte-tenu de l’urgence de la situation. 

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- Propos recueillis par Paul Conge, publié le 01/04/2020

Contraventions pour non-respect du confinement : "La police n'a pas le droit de verbaliser parce qu'il manque l'heure sur l'attestation"

Depuis quelques jours, plusieurs témoignages font état de verbalisations pour des raisons absurdes par des policiers qui leur reprochent d'avoir enfreint les règles de confinement. Abus de pouvoir ? Nous avons posé la question à une pénaliste.

Une cohorte de Français témoignent de situations ubuesques. Verbalisés à hauteur de 135 euros parce qu'ils se rendaient à la boulangerie et non au supermarché, pour un test de grossesse à la pharmacie, pour une attestation au crayon ou parce qu'ils n'avaient pas recopié le texte en intégralité sur leur attestation manuscrite...

Autant d'agissements qu'aucun décret ni aucune loi, en réalité, n'interdit.

Des policiers et gendarmes mettraient-ils en oeuvre une interprétation toute personnelle des textes en vigueur ?

Au 1er avril, c'est plus de 359.000 procès-verbaux pour non-respect du confinement qui ont été dressés. Avocate au barreau de Paris, Safya Akorri a défendu à titre bénévole, ce mardi 31 mars, l'un des premiers Français qui comparaissait pour avoir enfreint plusieurs fois ces mesures. Délit pour lequel ce jeune homme de 22 ans, qui disait habiter un deux-pièces avec six autres personnes, s'exposait à 6 mois de prison. Il a finalement écopé de 105 heures de travaux d'intérêt général. Me Akorri s'inquiète des dérives de l'appareil judiciaire à l'heure d'un "état de guerre" qui semble justifier le règne de l'arbitraire. Entretien.

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- Opinion - Coronavirus outbreak - Arwa Mahdawi, Guardian columnist, Tuesday 31 March 2020

The coronavirus crisis has exposed the ugly truth about celebrity culture and capitalism

The rich and famous are desperate to prove we are all in this together – in fact, the outbreak has highlighted just how false that is

Would you spare a thought for all the poor, suffering celebrities out there? While this is a difficult time for everyone, it has been particularly tough on the famous. They have been upstaged by a virus.

No one cares what they are wearing or who they are snogging any more; the world’s attention has been diverted by a headline-hogging pandemic.

It seems as if some celebrities are starting to grapple with the realisation that they are not quite as important or beloved as they thought they were.

Gal Gadot was the first victim of the great celebrity backlash of 2020.

“We’re all in this together,” the Wonder Woman star assured us in a video on Instagram a couple of weeks ago, before launching into a star-studded rendition of John Lennon’s Imagine.

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01 Avril 2020

     

- Actualités - 27/03/2020, par Tara Schlegel

Didier Sicard : "Il est urgent d'enquêter sur l'origine animale de l'épidémie de Covid-19"

Entretien | La recherche se focalise sur les traitements et les vaccins, analyse le professeur Didier Sicard, mais elle néglige l'origine animale de l'épidémie. Spécialiste des maladies infectieuses, il affirme qu'il faut retourner sur le terrain, étudier de plus près la chaîne de transmission des coronavirus.

Pour Didier Sicard, il faut notamment "essayer de reconstituer le parcours épidémiologique qui fait que la chauve-souris tolère des coronavirus depuis des millions d’années, mais aussi qu’elle les disperse".• Crédits : Isabel Pavia - Getty

Didier Sicard est un spécialiste des maladies infectieuses, il a notamment travaillé longtemps sur le VIH. Docteur en médecine interne, il est aujourd'hui professeur émérite à Sorbonne Université. Ce qui le frappe dans cette crise est "l'indifférence au point de départ", à l'origine de la pandémie. 

Très impliqué dans la création de l'Institut Pasteur au Laos, Didier Sicard a pu constater à quel point la transformation de la forêt primaire rapproche l'homme des chauves-souris et donc d'un réservoir de virus qu'on a trop peu étudié.

Comme vous le lirez plus bas, le professeur Sicard dénonce le sous-investissement de la France dans cet Institut Pasteur. Or depuis la parution de cet entretien, la direction de cette structure de recherche a reçu la confirmation du renouvellement du poste de virologue qu'elle attendait depuis des mois !  Le Ministère des Affaires étrangères et l'Institut Pasteur à Paris s'y sont engagés.

Par ailleurs, si la Chine a interdit le 24 février dernier "totalement et immédiatement" le trafic et la consommation d'animaux sauvages, une législation analogue existe déjà depuis 2003 sans être appliquée réellement par Pékin. Le professeur Sicard plaide donc pour la création d'un tribunal sanitaire international. 

L'ancien président du Comité consultatif d'éthique de 1999 à 2008 souligne enfin combien, dans cette épidémie où la question du contact est primordiale, il faut que chacun se comporte comme un modèle. 

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- Entretien > 31 mars 2020 / Entretien avec Isabella Annesi-Maesano


En Chine et en Italie, "les premiers foyers épidémiques sont des zones très polluées"

Chine, Italie du Nord, Iran... "Le fait que les premiers foyers épidémiques aient été situés dans des zones très polluées n’est pas un hasard", dit la chercheuse Isabella Annesi-Maesano. La pollution aux particules fines, mais également les épandages agricoles, peuvent en effet transporter le coronavirus.

Isabella Annesi-Maesano est directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et responsable de l’équipe épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires (Épar) de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et santé publique (IPLESP) et de Sorbonne Université.

Reporterre — Comment les particules fines peuvent-elles transporter le coronavirus ?


Isabella Annesi-Maesano — Le SARS-CoV-2, qui pénètre l’organisme par le nez et la bouche pour faire des dégâts dans les poumons, peut utiliser les particules fines en suspension dans l’air comme moyen de transport. Quand on observe les plus grosses, celles de 10 microns de diamètre, au microscope, on voit qu’elles sont le vecteur de nombreuses choses : virus, pollens, spores, etc. Les particules fines les plus petites, de diamètre inférieur à 2,5 microns, s’agrègent en piégeant ces mêmes bactéries, spores, pollens, moisissures… SARS-CoV-2 compris. Ces particules peuvent être transportées très loin : des articles scientifiques montrent que du sable du désert transportant des matières organiques contribue à la fertilisation de la forêt amazonienne !

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- Mathieu Dejean, 30/03/20

“Je crains moins le virus que notre normalité” : les mots amers de Nicolas Mathieu sur la crise 

L'écrivain Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018 avec Leurs enfants après eux (Actes sud), a publié un billet très inspiré sur Instagram, au sujet de la crise sanitaire.

Sur Instagram, Nicolas Mathieu publie chaque jour un post assez long, dans lequel il raconte sa vie en confinement, et fait part de ses réflexions sur la crise que nous traversons. Le 29 mars, l'article qu'il a publié était particulièrement inspiré, même s'il était marqué par une note de pessimisme assez prononcée. Au jour 12 ou 13 du confinement, l'auteur de Leurs enfants après eux, confiné chez lui à Nancy, écrit ainsi :

“Une peur chasse l'autre. Maintenant, je crains moins le virus que notre normalité.”

Qu'entend-il par là ? Tout simplement, que la crise sanitaire causée par l'épidémie de coronavirus ne semble pas suffire à nous faire changer de système. Il l'espérait pourtant, car,

“en comparaison des désordres que nous promet notre nouveau climat, cette épidémie fait figure de pschitt bénin”, estime-t-il.

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- Guillaume Keppenne, le mercredi 01 avril 2020

Cynthia Fleury : "Après la crise du coronavirus, il faudra combattre ceux qui vous diront qu'il faudra continuer comme avant"

Qu’est-ce que cette crise sanitaire nous dit du monde dans lequel nous vivons ? Quel sera son impact sur nos modes de vie ? La période que nous traversons serait propice à une réinvention de nos sociétés. C’est en tout cas ce que nous disent les philosophes Isabelle Stengers et Cynthia Fleury.

"Faire monter au pouvoir une force d’action citoyenne et durable "

La grande crainte d’aujourd’hui c’est l’enseignement que l’on va tirer de cette crise, le retour d’expérience, selon Cynthia Fleury.

"Comment va-t-on utiliser les leviers nationaux et internationaux pour gérer les prochaines crises. ?”

Le seul pari viable pour réinventer le monde de demain, nous dit-elle, c’est de créer du nouveau plus juste pour que demain soit simplement plus vivable. Cela implique de mettre en place de nouvelles manières de travailler, d’enseigner, de protéger la santé et la recherche.

"En ce moment, il y a un levier pour enfin créer et aimer cette identité européenne forte, un levier pour aimer à nouveau la démocratie. On est en train de redécouvrir que les comportements collectifs nous protègent des vulnérabilités individuelles.”

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- 30 mars 2020, par Sopheara Lum, psychiatre à Rennes - Tribune

La policière, l'attestation, et "les gens comme ça"

En venant consulter sa psychiatre, un patient au RSA écope d'une amende de 135 euros pour avoir "mal rempli" son attestation de sortie. Témoignage circonstancié du médecin qui dénonce une police autoritaire.

Une opération de contrôle des attestations de sortie par la police, à Marseille le 17 mars. Photo Patrick Gherdoussi pour Libération

La policière, l'attestation, et "les gens comme ça"

Tribune. Mardi 24 mars, début de la deuxième semaine de confinement. Les choses se sont accélérées, la vie n’est plus du tout la même. La rumeur du monde, valse étourdissante de chiffres lugubres et d’images de panique, contraste avec le temps, magnifique, lumineux, du printemps qui émerge.

Hier soir, Edouard Philippe a annoncé des mesures plus drastiques, des autorisations de sortie plus restreintes. Désormais, pour aller chez le médecin, il faudra y être convoqué. Je suis médecin, je suis psychiatre, psychanalyste. Je reçois essentiellement des adolescents, des jeunes adultes. Ils viennent en séance une fois par semaine, parfois depuis plusieurs années. Il n’est pas question d’arrêter le travail entamé car, virus ou pas, la dépression qui lui préexistait n’a pas disparu pour autant, ni l’angoisse, ni les difficultés relationnelles avec les parents, le petit ami, l’existence simplement.

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  - éducation - 31 mars 2020 Par Faïza Zerouala

"Des gens vont mourir, mais il faut que tu passes ton bac"

La "continuité pédagogique" voulue par le ministre Jean-Michel Blanquer suscite de plus en plus de critiques. De nombreux parents, notamment dans les familles modestes, se sentent dépassés. Témoignages de parents qui galèrent.

Les mots sortent avec difficulté. Le constat est douloureux. "Je suis dépassée", confie Milouda, 51 ans, une femme de ménage qui élève seule ses deux enfants de 11 et 18 ans en Ariège. Elle continue de travailler à un rythme réduit. Comme tous les élèves de France, son fils, qui est en sixième, a du travail à faire. Et cela au nom de la sacro-sainte "continuité pédagogique" voulue par Jean-Michel Blanquer, au mépris des multiples réalités sociales des familles.

La mère explique que ses difficultés à faire la classe à la maison sont imputables, entre autres, à sa mauvaise maîtrise de l’informatique. Elle dispose d’une tablette mais "n’y arrive pas" et ne possède pas d’imprimante. Il lui est donc difficile de suivre les consignes des enseignants, eux-mêmes assez absents. Une fois, en ces deux semaines, un enseignant a donné un cours d’histoire-géographie à distance. Il s’agit du seul contact que Milouda et son fils ont eu avec le corps enseignant.

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