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19, (Mars 2020)

 

dans une autre page : Linky, EDF, Enedis (ex-ErDF), Areva  & co

à la date du jour, 943 communes s'opposent au 'Linky'

ou notre vie de confinés

 

 


31 Mars 2020

     

- Enquête > 31 mars 2020 / Laury-Anne Cholez (Reporterre)

Quitter la ville en période d’épidémie, un privilège de classe ?

De nombreux citadins ont quitté les métropoles dès l’annonce des mesures de confinement pour combattre l’épidémie de Covid-19. Beaucoup sont propriétaires de résidences secondaires et peuvent télétravailler. Cette situation révèle une fois de plus les inégalités sociales face à la pandémie.

Il y a ceux qui n’ont pas le choix et qui doivent rester confinés dans une dizaine de mètres carrés. Et puis, il y a les autres : les 3,4 millions d’heureux propriétaires de résidences secondaires, dont une bonne partie s’est empressée de s’y réfugier dès l’annonce des mesures de confinement d’Emmanuel Macron le 16 mars dernier.

Selon une analyse statistique des données téléphoniques réalisée par l’opérateur Orange, près de 1,2 million de Franciliens ont quitté la région entre le 13 et le 20 mars. Soit 17 % des habitants. L’opérateur estime que ces déplacements ont été répartis de façon homogène sur le territoire, même si certaines zones ont été plébiscitées, comme les départements de l’Orne, de l’Yonne, de l’Ille-et-Vilaine ou encore l’île de Ré (Charente-Maritime), qui a vu sa population bondir de 30 %.

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- Monday 30 March 2020, Ian Sample Science editor

New study sheds light on coronavirus infection mechanism

Researchers at the University of Minnesota created a 3D map of the ‘spike’ protein used to latch on to cells

Coronavirus – latest updates

See all our coronavirus coverage

New research has shed light on a crucial biological mechanism that may have helped the coronavirus to infect humans and spread rapidly around the world.

A detailed analysis of the virus’s structure shows that the club-like “spikes” that it uses to establish infections latch on to human cells about four times more strongly than those on the related Sars coronavirus, which killed hundreds of people in a 2002 epidemic.

The finding suggests that coronavirus particles that are inhaled through the nose or mouth have a high chance of attaching to cells in the upper respiratory tract, meaning that relatively few are needed for an infection to gain a foothold.

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- Par Anne Baudart, le 30 mars 2020

Coronavirus 2020 – point alpha

❐ Anne Baudart propose cette brève, intense et belle réflexion – où affleure sa longue fréquentation de la philosophie ancienne – sur l’épidémie de Covid-19 comme “point zéro”, “point alpha dans un alphabet qui reste à écrire”, moment critique d’appel à s’examiner et à tisser, peut-être, “une autre toile”.

La crise sanitaire due à l’action ravageuse du coronavirus se distribue selon plusieurs spectres : médical, économique et social, politique et éthique, mais aussi spirituel et religieux. Quels en seront les effets durables ? Nul ne peut le prédire, sauf à élaborer des hypothèses interprétatives fragiles, sujettes à la remise en cause, à peine formulées. Les corps, les cœurs, les esprits comme les sociétés n’en peuvent sortir indemnes. L’enfermement de la population mondiale, l’arrêt de la plupart des activités, engendrent quasi nécessairement un retour vers soi à titre individuel et collectif, poussent à une évaluation de ce que furent nos vies dans leur déroulé et leurs objectifs, jusqu’à ce point zéro auquel nous sommes confrontés depuis le 17 mars 2020 en France. Point zéro qui pourrait être pour chacun et pour tous un point alpha dans un alphabet qui reste à écrire dès aujourd’hui.

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30 Mars 2020

     

- lundi 30 mars 2020, par Augustin Trapenard

"Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie..." : Annie Ernaux

❐ Annie Ernaux est écrivain. Elle vit à Cergy, en région parisienne. Son oeuvre oscille entre l'autobiographie et la sociologie, l'intime et le collectif. Dans cette lettre adressée à Emmanuel Macron, elle interroge la rhétorique martiale du Président.

"Monsieur le Président, je vous écris une lettre..." © Getty / AnthiaCumming

Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

"Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps".

À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie.

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ecouter la lecture de cette lettre

 

 

 

 

 

     

- Frontières - par Raphaël Goument, 30 mars 2020

Dans les îles grecques devenues camps de réfugiés, le coronavirus s’ajoute à l’abandon européen

L’épidémie de coronavirus menace aussi les camps de réfugiés des îles grecques. Avec des dizaines de milliers de personnes qui y survivent sans accès suffisant à l’eau, aux douches, ni aux toilettes, ces camps risquent de se transformer en bombes sanitaires. Les ONG demandent leur évacuation, le gouvernement grec a décidé de les confiner. Reportage sur l’île de Chios avant le confinement.

Ils se sont donnés rendez-vous dans un petit appartement du centre-ville, à deux pas de la forteresse qui veille encore sur le port de Chios. Tous travaillent dans des ONG impliquées auprès des réfugiés. Pour la première fois, une assemblée numérique est organisée avec responsables humanitaires et bénévoles des autres îles. Sur l’écran, des petits carrés lumineux s’illuminent successivement. "Evros", "Lesbos", "Kos", "La Canée"...

Chacun se présente par son emplacement, son front de lutte. Les traits sont tirés, les nouvelles ne sont pas bonnes. Agression de réfugiés, attaques de responsables d’ONG, destruction de lieux de solidarité, barrages sur les routes, départ des volontaires internationaux et réduction des activités des organisations caritatives, manifestation et contre-manifestation. Dans certaines îles, on a frôlé la guerre civile.

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Source : Reporterre (Les dépenses françaises pour la bombe atomique pourraient financer 100.000 lits de soins intensifs - 28 mars 2020)

 

 

 


29 Mars 2020

     

- Maladie - Coronavirus - franceinfoRadio France - publié le 27/03/2020

TRIBUNE. "Plus jamais ça !" : 18 responsables d'organisations syndicales, associatives et environnementales appellent à préparer "le jour d’après"

Face à "la crise du coronavirus" des organisations syndicales, associatives et environnementales réclament "de profonds changements de politiques", pour "se donner l'opportunité historique d'une remise à plat du système, en France et dans le monde".

Dans le quartier d'affaires de la Défense, le 24 mars 2020 (photo d'illustration). (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

❐ "Plus jamais ça ! Préparons le 'jour d'après'",

18 responsables d'organisations syndicales, associatives et environnementales parmi lesquels Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam), signent une tribune commune publiée, vendredi 27 mars, sur franceinfo.

Ces organisations lancent un appel "à toutes les forces progressistes et humanistes [...] pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral".

En mettant le pilotage de nos sociétés dans les mains des forces économiques, le néolibéralisme a réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid. La crise du coronavirus qui touche toute la planète révèle les profondes carences des politiques néolibérales. Elle est une étincelle sur un baril de poudre qui était prêt à exploser. Emmanuel Macron, dans ses dernières allocutions, appelle à des "décisions de rupture" et à placer "des services (…) en dehors des lois du marché". Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l'alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politiques, pour répondre aux besoins immédiats et se donner l'opportunité historique d'une remise à plat du système, en France et dans le monde.

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- 29th March 2020, by George Monbiot, published in the Guardian 25th March 2020

Real Life

This coronavirus is the wake-up call for a complacent civilisation.

We have been living in a bubble: a bubble of false comfort and denial.

In the rich nations, we have begun to believe we have transcended the material world. The wealth we’ve accumulated – often at the expense of others – has shielded us from reality. Living behind screens, passing between capsules – our houses, cars, offices and shopping malls – we persuaded ourselves that contingency had retreated, that we had reached the point all civilisations seek: insulation from natural hazard.

Now the membrane has ruptured, and we find ourselves naked and outraged, as the biology we appeared to have banished storms through our lives. The temptation, when this pandemic has passed, will be to find another bubble. We cannot afford to succumb to it. From now on, we should expose our minds to the painful realities we have denied for too long.

The planet has multiple morbidities, some of which will make this coronavirus look, by comparison, easy to treat. One above all others has come to obsess me in recent years: how will we feed ourselves? Fights over toilet paper are ugly enough: I hope we never have to witness fights over food.

But it’s becoming difficult to see how we will avoid them.

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- BibliObs - Idées - Par Kamel Daoud (Ecrivain), publié le 29 mars 2020

"La nuit tout le jour", par Kamel Daoud

TRIBUNE. Depuis Oran, où le coronavirus a obligé la population au confinement, l’écrivain algérien raconte le terrifiant retour de l’inconnu à nos portes, et notamment celui du silence.

Le retour du silence. Vous l’avez, on l’a tous, redécouvert, de nuit dans nos villes et villages. On a tous goûté à son eau glaciale et sauvage, même quelques secondes, quand on a fini de faire dormir les enfants et qu’on a tout éteint chez soi. Penché à sa propre fenêtre ou debout à l’heure tardive et nocturne, on a tous été surpris par ce vide soudain présent, cette immense immobilité céleste qui fait tourner le ciel et la terre, dans sa meule, mais sans aucun bruit audible. Dans la nuit, l’insonorité est un coup que l’on prend en pleine poitrine si, pour quelques secondes, on arrête de respirer, seul à sa fenêtre ou dans sa cour, chacun dans son coin dans notre monde menacé.

Imprévu, le silence revient avec nos confinements, doucement, s’écoule dans les rues, remonte les boulevards jusqu’aux balcons, ose même "couler" de jour, à la lumière comme une crue immatérielle. Places publiques vides, boulevard déserts, avenues inhabitées, capitales inutiles. Le silence se montre en chose ancienne et oubliée et qui revient à cause de la rétraction des hommes et des machines, de la prédation de la “croissance" et de la consommation. Peu à peu, on se retrouve à se pencher non sur une rue, sa rue, son quartier, mais sur soi-même et sur ses propres responsabilités. Paradoxalement, le confinement débouche sur l’immensité et pas seulement sur l’enfermement. C’est l’une des plus vastes prisons que nous ayons construites. Peut-être pas pour tous, mais peu à peu, doucement, on s’y enferme. Morts, malades ou inquiets.

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- GRANDE INTERVIEW - Julien Burri, publié samedi 28 mars 2020

Marc Atallah: "On a besoin de l’imaginaire pour donner forme à l’impensable"

En science-fiction, les récits apocalyptiques n’ont eu de cesse de mettre en scène l’effondrement de nos sociétés. Au point que la crise actuelle nous fait penser à un film catastrophe… Marc Atallah, spécialiste de la SF et directeur de la Maison d’Ailleurs, à Yverdon, revient sur la capacité de la fiction à nous faire penser le futur autrement

❐ Depuis le début de la crise, nous sommes oppressés par une curieuse impression de déjà-vu: celle de vivre un film catastrophe. L’actualité ravive nos peurs et nos fantasmes d’apocalypse, tant de fois mis en scène dans la littérature, au cinéma, dans l’art ou les jeux vidéo. C’est comme si notre imaginaire collectif était préparé à la crise du Covid-19 et à ses conséquences.

❐ Marc Atallah, maître d’enseignement à l’Université de Lausanne et directeur du musée de la Maison d’Ailleurs, à Yverdon, revient sur le besoin de nos sociétés de mettre en scène leur propre effondrement. La science-fiction nous avait mis en garde et invités à penser d’autres futurs possibles, mais nous l’avons trop longtemps considérée comme un simple divertissement.

Le Temps: Que vous évoque la crise que nous traversons?

☛ Marc Atallah: J’ai parfois le sentiment de vivre dans un film de science-fiction, mais un film au scénario relativement mauvais: dans les films de science-fiction dits "post-apocalyptiques", il y a toujours un personnage – le héros – qui lutte dans le monde détruit (pour retrouver sa famille, pour donner du sens à sa vie, etc.); or, pour nous, il n’y a rien de tout cela. On reste chez soi et on attend, docilement, en critiquant tout ce que l’on voit apparaître sur les réseaux sociaux.

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- Par Andre Damon, 27 mars 2020
 
Combien de personnes doivent-elles mourir pour Wall Street?

Le nombre de décès dus à la pandémie mondiale de coronavirus a dépassé les 21.000 mercredi, poursuivant une trajectoire exponentielle. Aux États-Unis, on a enregistré au moins 247 nouveaux décès, et le nombre de nouveaux cas a augmenté de plus de 13.000.

Chaque jour, plus de 2.000 personnes meurent dans le monde.

“On a mis 67 jours pour atteindre les 100.000 premiers cas; 11 jours pour atteindre 200.000 cas; et seulement quatre jours pour atteindre 300.000", a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé.

D’ici quelques jours, les États-Unis compteront plus de cas de COVID-19 que tout autre pays, y compris la Chine et l’Italie, les premiers épicentres de la maladie. À New York, des files de malades serpentent autour des pâtés de maisons, tandis qu’une morgue de fortune est en construction devant l’hôpital Bellevue de New York. Dans d’autres hôpitaux de la ville de New York, on utilise des camions réfrigérés pour stocker les corps, dans des conditions que les médecins qualifient d’”apocalyptiques".

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- 28 mars 2020, Régis de Castelnau

Procédures contre l’État Macron : pourquoi le Conseil d’État ?

❐ Philippe Prigent est avocat à la cour de Paris et il vient de déposer une requête devant le conseil d’État au nom de Nicolas Dupont-Aignan et de son parti politique Debout la France. Le texte de la requête en référée liberté que nous avons mise en ligne est le fruit de son travail de sa réflexion. Compte tenu des débats qui ont lieu sur la question de la saisine des juridictions qu’elle soit pénales ou administratives pour mettre en cause la gestion de la pandémie par l’actuel pouvoir, il nous est apparu nécessaire de lui demander un certain nombre de clarifications et d’explications.

Entretien Vududroit – Me Philippe Prigent

Vududroit : Vous avez déposé un référé-liberté devant le Conseil d’Etat pour qu’il enjoigne au Gouvernement de modifier sa politique sanitaire face à la pandémie. Avant d’entrer dans le fond, pourriez-vous nous expliquer brièvement cette procédure ?

☛ Me Prigent : Le référé-liberté permet de demander au juge administratif d’ordonner toute mesure nécessaire pour mettre fin à "atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale" de la part d’une personne morale de droit public.

Comme l’Etat est la personne morale de droit public par excellence, dirigée par le Gouvernement, on peut demander au juge administratif de remédier aux atteintes manifestes que le Gouvernement porte à une liberté fondamentales. Comme la survie est la première liberté fondamentale et la condition nécessaire pour jouir de toutes les autres, on peut l’invoquer en référé-liberté. Enfin, l’atteinte peut résulter non seulement d’un acte (comme la contamination par l’Etat de l’eau courante) mais aussi d’une omission (comme ne pas empêcher une personne privée de contaminer l’eau courante).

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28 Mars 2020

     

Le monde qui marchait sur la tête est en train de remettre ses idées à l’endroit

par Coline Serreau, 22 Mars 2020

❐ Un texte puissant qui remet avec justesse les vrais choses leurs place? Dimanche 22 mars. Coline Serreau, réalisatrice de Trois hommes et un couffin, mais aussi de films visionnaires, écolos, humanistes et généreux comme La belle verte ou La crise produit ce texte qui circule au sein d'un mouvement humaniste http://convivialisme.org/ ...a soutenir...

Le gouvernement gère l'épidémie comme il peut… mais les postures guerrières sont souvent inefficaces en face des forces de la nature. Les virus sont des êtres puissants, capables de modifier notre génome, traitons-les sinon avec respect, du moins avec modestie.

Apprenons à survivre parmi eux, à s'en protéger en faisant vivre l'espèce humaine dans des conditions sanitaires optimales qui renforcent son immunité et lui donnent le pouvoir d'affronter sans dommage les microbes et virus dont nous sommes de toute façon entourés massivement, car nous vivons dans la grande soupe cosmique où tout le monde doit avoir sa place. La guerre contre les virus sera toujours perdue, mais l'équilibre entre nos vies et la leur peut être gagné si nous renforçons notre système immunitaire par un mode de vie non mortifère.

Dans cette crise, ce qui est stupéfiant c’est la rapidité avec laquelle l'intelligence collective et populaire se manifeste.

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un très beau texte (le passage sur le festival de Cannes excepté) qui devrait être lu par tous partout.

 

 

 

     

- Essai Politique Sciences - Dossier : Les visages de la pandémie - par Pascal Marichalar, le 25 mars

Savoir et prévoir - Première chronologie de l’émergence du Covid-19

Que pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle pandémie et de son arrivée sur le territoire français ? Premiers éléments de réponse à partir d’un corpus bien défini : le très réputé magazine “Science”, et les déclarations de l’OMS depuis fin décembre 2019.

Depuis l’interview d’Agnès Buzyn au Monde mardi 17 mars, les critiques pleuvent de toutes parts sur le gouvernement français. La déclaration de l’ex-ministre de la santé, selon laquelle dès janvier elle aurait prévenu le Premier ministre de la gravité potentielle de l’épidémie de nouveau coronavirus – le mettant même en garde sur le fait qu’il faudrait peut-être reporter les élections municipales – a été interprétée comme un aveu terrible : la ministre de la Santé et le reste du gouvernement savaient ce qui risquait d’arriver, et pourtant ils n’auraient pas agi à la hauteur du risque.

Depuis, chaque jour qui passe, avec son cortège d’informations sur la pénurie de tests de dépistage et de masque pour les personnels soignants, ne fait que renforcer le discrédit d’un pouvoir politique dont la cote de confiance était déjà largement entamée par la crise des gilets jaunes et la réforme des retraites.

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- Tribune > 27 mars 2020 / Michel Lepesant

Le monde qui vient n’a rien d’une utopie, c’est un cauchemar

"Ce qui est en train de se passer est une expérimentation totalitaire dans laquelle la fin affichée – “sauver des vies” – justifie tous les moyens", écrit l’auteur de cette tribune. Alors que le confinement dure et que la pandémie perdure, ce qui vient n’est "ni l’insurrection ni la grève générale, c’est une dystopie".

❐ Michel Lepesant est "(p)artisan de la décroissance". Il anime le blog Décroissance, où va-t-on et est l’auteur de Décroissances, où va-t-on ?, aux éditions Utopia, 2013.

Une analyse superficiellement écologiste pourrait trouver dans cette pandémie des raisons d’espérer : réduction des transports inutiles (tout particulièrement aériens), prévision d’un ralentissement de la croissance et donc prévision d’une baisse des pollutions (par exemple, la chute de l’activité en Chine a diminué en février les émissions de gaz à effet de serre de l’équivalent de la production annuelle des Pays-Bas)…


Une analyse superficiellement critique pourrait même se réjouir que le confinement va donner à chacun le temps et l’occasion de se poser la question du sens réel de la vie qualifiée "auparavant" d’ordinaire, au point peut-être de se mettre à espérer déboucher sur une critique réveillée du consumérisme quotidien : rien de plus bizarre aujourd’hui que de consacrer quelques minutes à regarder des publicités télévisées dont les contenus si peu "essentiels" sont si évidemment en décalage avec la situation vécue.


On pourrait même croire, à écouter par exemple Sibeth Ndiaye évoquer "un changement de paradigme", que ces temps de crise sont en train de fournir la preuve "par le fait" qu’un changement de cap est possible. Mais quand le premier exemple concret qu’elle fournit est celui d’une relocalisation de l’industrie automobile des pièces détachées, comment ne pas penser qu’on part de très loin... et qu’aucun horizon d’utopie ne semble en réalité se profiler.

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- Enquête > 28 mars 2020 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Pour limiter les pandémies, les humains doivent "décoloniser le monde”

La destruction des écosystèmes est une des causes de la pandémie de Covid-19. Sans changement radical de notre rapport à la planète, d’autres drames sanitaires sont à prévoir. Mais, dans la perspective de la catastrophe économique à venir, les décideurs sauront-ils prendre conscience de ce qu’il se passe en écoutant et respectant les citoyens ?

États-Unis, Allemagne, France. Tour à tour, les pays industrialisés se préparent à relancer leur économie mise à l’arrêt par le coronavirus. Chacun y va de son plan "historique", alignant dollars et euros sans rechigner. Petit hic, relevé notamment par le Journal de l’environnement : à ce stade, aucun programme ne s’interdit de renflouer des entreprises polluantes ou destructrices de la biodiversité. Aux États-Unis, le secteur industriel, l’aviateur Boeing, les compagnies aériennes, mais également la multinationale Airbnb, ont réclamé leur part dodue des 2.000 milliards de dollars promis par l’administration Trump. À Paris, le gouvernement a rejeté l’initiative de 45 députés qui portaient un "grand plan de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la solidarité et de la justice sociale”.

"Il ne faut pas qu’on recommence le “business as usual”, on ne peut pas remettre de l’argent dans une économie mortifère pour la planète, pour les écosystèmes et les humains", prévient Serge Morand, écologue du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), spécialiste des liens entre biodiversité et épidémies. Comme lui, nombre de chercheurs montent au créneau pour défendre une transformation profonde de nos sociétés. Ainsi, Jean-François Guégan, directeur de recherche à l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, anciennement l’Inra) estime que "nous avons atteint un point de non-retour. Ce coronavirus qui circule est un avertissement. Il y en aura très certainement d’autres avec des taux de létalité plus forts. Il est temps que les décideurs prennent conscience de ce qu’il se passe actuellement et respectent et écoutent les citoyens." Dans une lettre ouverte, plusieurs centaines de scientifiques, membres d’ONG et personnalités, tel Carlos Manuel Rodriguez, le ministre de l’Environnement du Costa Rica, ont ainsi lancé un appel à une réponse commune et ambitieuse face à "l’urgence planétaire" :

La façon dont les dirigeants décident de stimuler l’économie en réponse à la crise du coronavirus va soit amplifier les menaces mondiales soit les atténuer, et ils doivent donc faire des choix judicieux. Le risque est de prendre des décisions à courte vue qui augmentent les émissions et continuent à dégrader la nature à long terme.

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- Rédaction 27-03-20 - Source: AFP

Une Europe “laide”, “morte” et “lâche”: l’Italie en colère contre l’inaction de l’Union européenne

Mise à jour - Une Europe "laide", "morte": la presse italienne exprime vendredi désarroi et colère contre l'UE au lendemain de la décision des 27 de reporter l'examen de mesures plus fortes contre les conséquences économiques de la pandémie de coronavirus.

Lors de ce sommet en vidéoconférence, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a menacé de ne pas signer de déclaration commune si l'Union européenne n'adoptait pas des mesures fortes,

"avec des instruments financiers innovants et réellement adéquats à une guerre que nous devons mener ensemble".

Les 27 États membres ont alors convenu de

"présenter des propositions dans un délai de deux semaines".

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27 Mars 2020

     

- François RUFFIN, 26 Mars 2020

Que fera-t-on de cette crise ?

Rien.

C’est leur but, que tout reprenne comme avant :

"Comment est-ce que l’on fait pour redémarrer notre économie au lendemain de cette crise ?" s’interroge Bruno Le Maire.

Et il nous sert un couplet connu, refrain automatique, répété par lui et les siens depuis des décennies:

"Toutes ces mesures sont faites avec une idée très simple : il faut que l’économie puisse redémarrer très fort… Nous avons la capacité de rebondir… Un plan de relance est prévu, et nous y travaillons… pour que, dès que nous serons sortis de la crise, la machine économique redémarre le plus vite possible…”

"Rebondir", "relancer", "redémarrer", "très fort" et "très vite", soit, mais dans quelle direction ?

"Il faudra que le pays reparte", nous dit-on encore, mais vers où ?

Le sens n’est jamais énoncé, précisé : cette "machine économique" servira-t-elle les hommes, la planète? Ou mènera-t-elle à notre destruction ?

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- Publié le 27 Mars 20, par : Patrick Auffret

Yvelines. Le coup de gueule d’un médecin généraliste : “Démerdez-vous avec cette épidémie”

Le médecin généraliste Jean-Pierre Ribat a écrit une lettre au ministre Olivier Véran.

Jean-Pierre Ribat ne porte pas de masque lors de ses consultations à son cabinet. (©Patrick Auffret)

❐ Médecin généraliste installé à Limay (Yvelines) et urgentiste à, l’hôpital Jean-Pierre Ribat travaille au quotidien pour lutter contre l’épidémie. Cette nuit, confiné chez lui devant son ordinateur, il a écrit une lettre au ministre de la santé Olivier Véran. À travers ce qui ressemble à un brûlot, il dénonce avec virulence la politique gouvernementale en interpellant directement Olivier Véran.

"En cette période de guerre virologique contre le SARS-CoV 2, je comprends que vous ayez à gérer de nombreuses pénuries dans ce pays sous-développé qu’est la France. Pénurie de masques, pénurie de gels hydroalcooliques, pénurie de tests de détection du coronavirus. Et maintenant pénurie d’hydroxychloroquine ! Difficile fonction que la vôtre…"

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- Coronavirus et pandémie de Covid-19 - 26 Mars 2020

Coronavirus : "Il est dangereux de faire endosser aux soignants le costume du héros"

Dans un entretien au "Monde", deux professionnels de la santé psychique estiment que faire des soignants des "surhommes" peut finir par être préjudiciable à leur état mental.

Ils sont "en première ligne" dans la "guerre" déclarée par Emmanuel Macron contre le coronavirus, "un ennemi invisible" qui a jusqu’à présent fait plus de 1 300 morts en France. Depuis le début de la crise sanitaire en janvier, les personnels hospitaliers et les praticiens libéraux font l’objet de nombreux hommages, de la part de Français anonymes, mais aussi du chef de l’Etat. Son discours prononcé à Mulhouse, mercredi 25 mars, n’a pas fait exception.

Malgré cette reconnaissance, l’état psychologique des soignants reste très fragile, font valoir au Monde Bernard Granger, chef du service de psychiatrie à l’hôpital Tarnier, co-initiateur de la ligne d’écoute destinée aux soignants de l’Assistance publique de Paris et Marie-José Del Volgo, ancienne praticienne hospitalière à l’Assistance publique de Marseille et co-créatrice d’une ligne d’écoute indépendante.

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- Avenir de l’hôpital public - Propos recueilli par Barnabé Binctin, 27 mars 2020 - Photo de une : © Pedro Brito Da Fonseca

“Pour Emmanuel Macron, tout l’enjeu consiste à sauver le capitalisme sanitaire et ses grandes industries”

Après avoir évoqué le retour d’un "État-providence", Emmanuel Macron vient d’annoncer un "plan massif d’investissement pour notre hôpital". De quoi, enfin, répondre aux revendications des soignants mobilisés depuis plus d’un an à ce sujet ? Rien n’est moins sûr à en croire Pierre-André Juven, sociologue de la santé publique, qui met en garde contre les discours en trompe-l’œil. Entretien.

Basta ! : Dans votre livre La casse du siècle. À propos des réformes de l’hôpital public, vous dénoncez le détricotage néolibéral des politiques de santé publique depuis 40 ans. À l’occasion de son premier grand discours sur la crise du coronavirus, Macron a annoncé vouloir "reprendre le contrôle" de "biens et de services qui doivent être placés en dehors des lois du marché" et de "décisions de rupture". Ses propos sont-ils de nature à vous rassurer ?

☛ Pierre-André Juven : Emmanuel Macron a surpris beaucoup de monde, le 12 mars, avec son laïus sur l’État-providence, un "atout indispensable" dit-il. Il ne faut pas se tromper de lecture et bien comprendre ce qu’il entend par État-providence.

Dans son optique, l’État-providence doit surtout déployer les conditions d’épanouissement du marché qui, en retour, améliorera les conditions de vie des personnes.

L’État-providence doit certes protéger des risques de la vie, mais dans son prisme néolibéral, il doit aussi être le financeur des entreprises de santé en misant sur le fait qu’elles seront par ailleurs compétitives sur la scène internationale.

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- Décryptage - Par Étienne Girard, publié le 25/03/2020

Abus du gouvernement, respect des droits : pendant l'état d'urgence sanitaire, tout repose sur le Conseil d'Etat et le Sénat

L'état d'urgence sanitaire, entré en vigueur ce mardi 24 mars, offre des pouvoirs immenses au gouvernement. Pour empêcher ou dénoncer toute décision arbitraire, deux institutions sont appelées à monter en première ligne : le Conseil d'Etat et le Sénat.

Entre hier et aujourd’hui, rien n’a changé ou presque dans le quotidien des Français confinés. Toujours ces pièces de quatre murs, et ce soleil qui nous nargue à la fenêtre. Ceux qui travaillent triment toujours autant pour préserver un semblant d’activité économique dans le pays, nourrir la population ou lui sauver la vie. Quelque chose, pourtant, s’est passé : l’état d’urgence sanitaire a été déclaré. C’est la loi dite "urgence coronavirus", entrée en vigueur ce mardi 24 mars, qui crée ce nouveau régime d’exception. Il permet au gouvernement de prendre toute mesure nécessaire pour mettre fin à l’épidémie. Interdiction de sortir, de se réunir, de consommer certains produits, réquisition de biens, limitations de la liberté d’entreprendre… Toutes les atteintes aux libertés sont à la main de l’exécutif, qui peut déléguer une partie de ces compétences aux préfets.

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- Économie - Analyse - 27 mars 2020 Par Martine Orange

Le gouvernement exonère les actionnaires de toute solidarité

En pleine crise sanitaire qui menace de se transformer en crise économique, le gouvernement a décidé de dispenser les actionnaires de solidarité. Même en cas d’aide d’État, il n’exige pas que les entreprises renoncent à verser des dividendes.

Manifestement, le gouvernement a du mal à tirer quelques leçons de la crise de 2008, dès qu’il s’agit du capital. Alors que le gouvernement américain prévoit expressément que les entreprises qui procèdent à des rachats d’actions et distribuent des bonus seront exclues du plan de relance de 2 000 milliards de dollars qu’il s’apprête à lancer, que le gouvernement allemand demande à tous les groupes de renoncer à leurs dividendes et à leurs bonus, que le gouvernement suédois a interdit à ses banques de verser le moindre dividende cette année afin de préserver leur trésorerie, le gouvernement français se tait. Il ne demande rien.

Aucune contrepartie, aucune conditionnalité n’est imposée aux entreprises qui vont demander la garantie de l’État sur leurs prêts, dans le cadre du plan d’aide de 300 milliards d’euros qu’il a annoncé le 24 mars. Même pas sur les dividendes. « Je demande à toutes les entreprises, notamment les plus grandes, de faire preuve de la plus grande modération sur le versement des dividendes. C’est un moment où tout l’argent doit être employé pour faire tourner les entreprises », s’est contenté d’avancer prudemment le ministre des finances, Bruno Le Maire, laissant à tous les groupes la liberté d’agir. Car l’État, selon la doctrine du gouvernement, ne saurait rien exiger des entreprises, ne peut s’immiscer dans leur gestion.

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- Usbek & Rica - #Économie - #Économie - #Pandémie - 26/03/2020, Pablo Maillé

Thomas Porcher : “Cette crise est un moment idéal pour faire passer les pires lois”

L'épidémie de Covid-19 et le confinement de la population rendent-ils une nouvelle crise financière inévitable ? Que peut l’État face à la situation sanitaire inédite qu’il traverse aujourd'hui ? Entretien avec l’économiste Thomas Porcher, auteur du livre Les Délaissés (Fayard, 2020).

Gilets jaunes, banlieusards, agriculteurs et cadres déclassés. Voilà les quatre catégories — pour le moins hétérogènes — que Thomas Porcher mobilise dans Les Délaissés (éditions Fayard, sorti le 26 février 2020) pour évoquer une France "archipel" où tous ne partagent pas forcément les mêmes intérêts mais ont pour point commun d’être "délaissés" par un système économique de moins en moins accepté, et qui ne profite qu’à une minorité.

Le triptyque "mondialisation-financiarisation-austérité", pour reprendre les termes de l’économiste, arrive-t-il pour autant à bout de souffle avec la crise sanitaire inédite que traverse actuellement l’Europe ? Pas si sûr. Absence de solidarité européenne, poids toujours plus important des acteurs de la finance dans l’économie, remise en cause de certains droits sociaux à travers des lois prises en urgence... Pour Thomas Porcher, les menaces sont d’ores et déjà trop nombreuses pour baisser la garde. Entretien avec un économiste qui appelle à ne "pas se laisser faire" et à "penser l’après" dès maintenant.

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26 Mars 2020

     

- Opinion - Jacques Dubochet et Markus Noll, publié jeudi 26 mars 2020

Les nénuphars de Giverny et l’avancée du coronavirus

OPINION. Nous vivons dans un monde globalisé – le virus en fait partie – régi par des lois qui sont le plus souvent de nature exponentielle, expliquent les professeurs Jacques Dubochet et Markus Noll

Devinette. Le premier jour d’un beau mois de printemps, Monet planta un nénuphar dans l’étang de Giverny. Comme chacun le sait, ces plantes doublent de surface tous les jours. Le 10 du mois, les nénuphars s’étendaient sur la moitié de l’étang. Question: à quelle date l’étang fut-il complètement recouvert? C’est alors que l’adolescent rigole quand son papa lui répond: le 20, bien sûr!

Eh oui, je l’ai expérimenté maintes fois, ceci est bien la réponse standard que, jusqu’à il y a peu, on recevait encore et encore. On l’a compris, la réponse correcte est le 11 puisque la surface double chaque jour. En mathématique, on appelle une telle progression, si peu intuitive, une exponentielle. Elle part sans se faire remarquer, pendant longtemps, on n’y voit rien, mais quand on y voit quelque chose, on est pris de court, elle explose, laissant chacun décontenancé par la vitesse de la progression.

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- Face à l’état d’exception - par Juliette Rousseau, 26 mars 2020

"On cherche à organiser la solidarité sans être dans l’illégalité" : comment l’entraide se généralise

Face à l’impréparation du gouvernement pour prendre soin des personnes vulnérables, des réseaux de solidarité se mettent en place un peu partout en France, s’appuyant souvent sur les mobilisations sociales et écologiques pré-existantes. Quand des zadistes et des militants pallient l’incurie de l’État...

Dans les périodes de cataclysme, des idées qui pouvaient sembler irréalistes il y a peu sont désormais perçues comme les seules façons de sortir de la crise, rappelle l’auteure et journaliste canadienne Naomi Klein dans un article publié récemment sur le site d’informations indépendant The Intercept. La pandémie génère un état de choc, et semble susciter tout à la fois de la peur, une certaine acceptation de mesures extrêmement restrictives, ainsi qu’une forme de paralysie. L’isolement dans lequel vit aujourd’hui une grande partie de la population ne facilite pas les initiatives collectives. Pourtant, malgré le confinement et l’incertitude face à au développement de la pandémie et ses conséquences, dans divers endroits du territoire français, des personnes refusent de se laisser gagner par l’abattement, et tentent d’inventer, sur le terrain, de nouvelles façons de résister.

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- 23 mars 2020, 19:43 CET - Auteur : Éric Leroy

Les chauves-souris, source inépuisable de virus dangereux pour les humains ?

❐ Eric Leroy est Directeur de recherche, virologue, spécialiste des zoonoses virales, Institut de recherche pour le développement (IRD)

❐ Déclaration d’intérêts - Éric Leroy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

Une chauve-souris du genre Rhinolophus est suspectée d’héberger le virus responsable de la pandémie de Covid-19. mmariomm/Flickr, CC BY-NC-SA

Depuis plusieurs semaines, nos yeux sont braqués sur un ennemi invisible qui s’attaque à la santé de millions de personnes, emporte la vie d’un trop grand nombre d’entre elles, bouleverse notre organisation sociale, terrasse l’économie mondiale et paralyse la vie politique.

De mémoire, jamais un phénomène, quel qu’il soit, n’aura autant déstabilisé la société humaine que le virus SARS-CoV-2 et la pandémie de Covid-19 qu’il provoque. Mais où était caché cet ennemi si redoutable jusqu’ici pour avoir échappé si longtemps au regard vigilant et inquisiteur des scientifiques ?

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- Enquête > 26 mars 2020 / Marie Astier (Reporterre)

La “catastrophe” du confinement pour les mal-logés

Logements surpeuplés ou insalubres, familles fragiles et dépendantes des associations et services sociaux désormais fermés... Le confinement démultiplie les difficultés pour les mal-logés. Les associations tentent de s’organiser.

Au téléphone, la voix de Madame Kholif évoque plus l’inquiétude que la plainte. En arrière-plan, on entend des petites voix qui interpellent leur mère. Avec la fermeture des écoles, elle a dû arrêter le travail pour les garder. "J’habite dans un appartement de 22 mètres carrés avec mes trois enfants en bas âge", raconte-t-elle. "À cause des punaises, j’ai tout jeté, on dort par terre. Il y a aussi des cafards et de l’humidité. Il y a une seule fenêtre, peu d’air entre. On essaye de faire des activités intéressantes mais c’est compliqué." Ce n’est pas tant le coronavirus que l’asthme de son fils de six ans qui la préoccupe. En cette période de confinement, ses poumons sont exposés en permanence à l’air malsain de leur logement, situé à Pantin (Seine-Saint-Denis). "Le médecin m’a dit qu’il faudrait changer de maison. Je suis prioritaire dalo [elle est reconnue prioritaire pour l’accès à un logement digne] mais j’attends, je ne sais pas jusqu’à quand", se désespère cette mère célibataire.

Même scénario dans un hôtel de Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine). Pour la famille Petrosyan – deux parents et trois enfants – le confinement est synonyme d’entassement dans une chambre de 19 mètres carrés dans un entresol. "C’est vraiment dur, raconte le père, joint par téléphone. Avant, les enfants étaient inscrits à des activités, allaient à la piscine. Maintenant, on reste coincés ici. Il y a de l’humidité, et même des champignons au plafond." La mère reprend : "Le problème, c’est que les enfants, à force de mal respirer, tombent malades. Et il n’y a pas d’espace pour faire des activités, des devoirs." Pour ces parents, le premier soulagement serait déjà d’avoir accès à une chambre dans un étage supérieur de l’hôtel, à l’abri de l’humidité.

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- Tribune > 26 mars 2020 / Des instituteurs et des professeurs

Sans enseignants, la "pédagogie virtuelle" aggrave les inégalités

Confinement oblige, l’Éducation nationale invite à la "continuité pédagogique", possible grâce au numérique. Or, selon les auteurs de cette tribune, "la pédagogie virtuelle n’existe pas", et "seuls les élèves éveillés, enfermés avec des parents désœuvrés au fort niveau d’études vont bénéficier d’une pédagogie efficace : l’instruction en famille”.

Alors que le pays se claquemure et bascule dans la vie virtuelle, l’Éducation nationale invite à la « continuité pédagogique". En clair, comme dans tous les secteurs, accélération de la numérisation : plateformes, tablettes, webcams, classe virtuelle, espaces numériques de travail, WhatsApp, Pearltrees, etc.

Cela dans un contexte où vont simultanément augmenter l’isolement et la promiscuité, où ont toutes les chances de se multiplier incompréhensions, conflits, angoisses et dépressions.

Cela alors que le temps moyen passé devant l’écran croît de façon toute épidémique et que les effets délétères sur la concentration, l’agressivité, le stress, l’angoisse, la mémoire, la vue, etc. constituent maintenant un mini-rayon de librairie [1], que ce temps va forcément exploser, avec ses cocktails prévisibles : BFM TV/Facebook/Gully/jeux vidéo... Pour les plus fragiles, le virus est le risque sanitaire immédiat ; pour tous les autres, à plus long terme, c’est le numérique.

Cela, alors que la pédagogie virtuelle n’existe pas. Il n’est de pédagogie que "réelle" dans l’interaction directe entre les élèves et l’enseignant.

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25 Mars 2020

     

Lu sur Facebook : "J'irai pas au turbin - Lettre d'un fainéant"

un ouvrier écrit à Muriel Pénicaud.

Ma chère Muriel,

J’écris depuis mon grenier (télétravail oblige) car en tant qu’ouvrier du BTP – limité intellectuellement de fait donc – j’ai du mal à comprendre la complexité de cette situation. J’en appelle à vos éclairages.
J’entends, de toutes parts, que l’ensemble des soignants demande à tout le monde de rester chez soi, de se confiner pour limiter la propagation du virus. Mesures qui semblent étayées et cohérentes, du moins à mes yeux naïfs.

Notre président nous a exhorté à prendre en compte le caractère urgent, exceptionnel et dangereux de la situation, nous sommes en guerre rappelez-vous. Bien qu’il n’ait pas eu le courage de prononcer le mot confinement, une majorité des chefs d’entreprise du secteur ont su lire entre les lignes et ont su, eux, prendre leurs responsabilités. Mon patron nous a dit à tous de rester chez nous, nous a garanti qu’il prendra en charge nos salaires tant qu’il le pourra : un mois, deux, peut-être trois. Nous avons assimilé très rapidement que la situation était grave et que nous devrons aussi faire des efforts pour que notre entreprise survive à cette crise. Nous étions prêts au confinement, prêts au sacrifice de nos rythmes et qualité de vie, prêts à avoir du temps disponible pour aider aux choses essentielles dans notre communauté, prêts à soutenir le personnel soignant aux abois.

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- Opinion - Coronavirus outbreak - Tuesday 24 March 2020, Polly Toynbee

The middle class are about to discover the cruelty of Britain's benefits system

A decade of cuts has ripped apart the safety net. People on decent salaries hit by the Covid-19 fallout are in for a shock

‘People confronting universal credit’s obstacles may join the half who find themselves propelled to local food banks.’ Photograph: Oli Scarff/AFP/Getty Images

Millions of people are about to discover something they didn’t know about British life. There is no longer a safety net. People who have paid tax and national insurance for years and never been near the social security system will be turning to it in their hour of need; yet far too late, like trapeze artists falling through the air, they will find that the net beneath them has been lowered dangerously close to the ground and is badly torn.

If these people once believed relentlessly misleading tabloid tales of benefit scroungers, they will have a rude awakening. They will find that when Iain Duncan Smith turned the screw on social security in 2012, he was right to warn claimants:

“This is not an easy life any more, chum.”

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- Coronavirus - par Rachel Knaebel, 25 mars 2020

Etat d’urgence sanitaire : "Augmenter le temps de travail revient à mettre en danger la population !"

La loi instaurant un "état d’urgence sanitaire" a été adoptée ce 22 mars au Parlement. Elle attribue des pouvoirs exceptionnels au gouvernement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, ainsi qu’aux employeurs pour déroger au droit du travail. Précisions avec Sophie Binet, de la CGT.

Députés et sénateurs se sont mis d’accord ce 22 mars sur la version finale de la loi instaurant un "état d’urgence sanitaire" pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. La loi met en place un régime d’exception, d’abord limité à deux mois, qui permet au gouvernement, entres autres, de restreindre les libertés et de réquisitionner les biens et services considérés comme "nécessaires afin de mettre fin à la catastrophe sanitaire”.

Le texte contient aussi un volet économique, et des mesures concernant le droit du travail. S’agit-il d’interdire les licenciements pendant la période de crise exceptionnelle traversée ? Pas du tout. La loi permet plutôt aux employeurs de déroger au droit en matière de congés et de temps de travail. Déjà, les lois et ordonnances précédentes (2016 et 2017) ont rogné les droits de travailleurs en matière de temps de travail. Explications avec Sophie Binet, membre de la direction confédérale de la CGT.

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- Hexagone Express - Richard Werly, Publié mercredi 25 mars 2020

La faute anti-système du professeur Raoult

OPINION. Avec son forcing pro-chloroquine, l’infectiologue marseillais démontre, en pleine épidémie, que le corps médical français souffre des mêmes maux que le reste du pays: esprit de cour et système figé

Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection. Marseille, 26 février 2020. — © AFP

A circonstances exceptionnelles, démarche inédite: cette chronique, j’en suis sûr, attisera la colère d’un lecteur attentif du Temps (merci à lui!), convaincu que mes a priori anti-français polluent ce journal et nuisent à sa crédibilité.

Soit.

Bernard Duruel, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a plusieurs fois pris la plume la semaine dernière pour me reprocher vertement d’avoir raconté, jeudi 19 mars, le quotidien compliqué de "l’impossible confinement de la capitale" à Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris. Merci vraiment, cher lecteur, et continuez de me critiquer ainsi, car tout correspondant a besoin d’être brocardé et recadré. Croyez bien, surtout, que j’ai lu avec attention vos accusations, inquiet de mal comprendre et de mal relater la France. Seulement voilà: une autre affaire "sensible" est passée par là et elle concerne l’épidémie de coronavirus. Je me devais donc de la traiter.

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- Entretien > 25 mars 2020 / Propos recueillis par Alexandre-Reza Kokabi


Matthieu Orphelin : "Nous devons parler rupture et radicalité, dans ce qu’elles ont de positif"

Si l’heure est à la lutte contre la pandémie de Covid-19, il est aussi temps de penser à l’après, explique le député Matthieu Orphelin. Un après qui verrait l’invention collective d’un autre modèle, plus résilient et solidaire.

Matthieu Orphelin est député (ex-La République en marche) de la première circonscription du Maine-et-Loire. Il est à l’initiative du « Grand plan de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la solidarité et de la justice sociale" rejeté, dimanche 22 mars, par le gouvernement.

Dimanche 22 mars, le Parlement a adopté des mesures instaurant un état d’urgence sanitaire pour deux mois. La loi a été publiée, dès lundi matin, au Journal officiel. 45 députés d’étiquettes différentes, de l’UDI au Parti communiste, avaient déposé un amendement destiné à intégrer au projet de loi un « Grand plan de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la solidarité et de la justice sociale".

Cette initiative a été rejetée par le gouvernement.

le plan (pdf)

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24 Mars 2020

     

- Stratégie du choc - par Marco Bersani, 24 mars 2020 - Photo : © Pedro Da Fonseca

Et maintenant on culpabilise les citoyens

"Une des stratégies les plus efficaces mises en oeuvre dans toute situation d’urgence par les pouvoirs forts consiste à culpabiliser les individus pour obtenir d’eux qu’ils intériorisent la narration dominante sur les événements en cours, afin d’éviter toute forme de rébellion envers l’ordre constitué."

❐ Une tribune venue d’Italie qui s’applique à ce qui se joue aujourd’hui en France.

Une des stratégies les plus efficaces mises en œuvre dans toute situation d’urgence par les pouvoirs forts consiste à culpabiliser les individus pour obtenir d’eux qu’ils intériorisent la narration dominante sur les événements en cours, afin d’éviter toute forme de rébellion envers l’ordre constitué.

Cette stratégie a été largement mise en œuvre dans la dernière décennie avec le choc de la dette publique, présenté comme la conséquence de modes de vie déraisonnables, où l’on vivait au-dessus de ses moyens sans faire preuve de responsabilité envers les générations futures.

L’objectif était d’éviter que la frustration due à la dégradation des conditions de vie de larges couches de la population ne se transforme en rage contre un modèle qui avait donné la priorité aux intérêts des lobbies financiers et des banques sur les droits des individus.

C’est bien cette stratégie qu’on est en train de déployer dans la phase la plus critique de l’épidémie de coronarivus.

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  - Mars 2010, page 8, par Pierre Rimbert 

Repenser la pyramide des professions

De la valeur ignorée des métiers

Alimenté par la récession, les frasques de la City et la perspective des élections législatives du printemps, le débat sur les inégalités s’installe au Royaume-Uni. Une recherche dévoile la face cachée du système de rémunération.

Antonio Seguí. — "A vous de faire l’histoire, n° 1" (détail, 1965-1968) - Musée d’art contemporain, Marseille

A force d’évaluer toutes choses et toutes gens à l’aune de leur rendement monétaire — que rapportez-vous aux actionnaires ? —, il était fatal qu’on retournât un jour la question aux évaluateurs, mais posée d’un autre point de vue : que rapportez-vous à la société ?

C’est à un tel renversement de perspective qu’invite une étude publiée en décembre dernier sous l’égide de la New Economic Foundation. Eilis Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, trois chercheuses britanniques, y abordent non sans malice la question des inégalités, en comparant la rémunération de certains métiers, sélectionnés aux deux extrémités de l’échelle des revenus, à la "valeur sociale" qu’engendre leur exercice.

Dans le cas d’un ouvrier du recyclage, payé 6,10 livres sterling de l’heure (environ 7 euros), les auteures estiment que "chaque livre dépensée en salaire générera 12 livres de valeur" pour l’ensemble de la collectivité. En revanche,

"alors qu’ils perçoivent des rétributions comprises entre 500 000 et 10 millions de livres, les grands banquiers d’affaires détruisent 7 livres de valeur sociale pour chaque livre de valeur financière créée".

Ainsi le bilan collectif des activités les mieux rétribuées s’avère-t-il parfois négatif, ce que suggérait déjà la tempête financière déchaînée depuis 2008…

 

 

 

 

 

     

- Brèves > 23 mars 2020 / Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Coronavirus : le plan de transformation écologique et sociale rejeté au Parlement

❐ Actualisation - Lundi 23 mars, 9h45 - Le Parlement a définitivement adopté, dimanche 22 mars, des mesures instaurant un état d’urgence sanitaire pour deux mois. La loi a été publiée, dès ce lundi matin, au Journal officiel. En revanche, l’amendement destiné à intégrer au projet de loi un "Grand plan de relance et de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité et de la justice sociale" a été rejeté samedi soir. "Nous continuerons, en transpartisan, à tenter de convaincre le gouvernement que les acteurs & citoyens sont prêts à préparer une grande transformation de notre société", a réagi le député Matthieu Orphelin, sur son compte Twitter.

Vendredi 20 mars
Coronavirus : des députés proposent un plan de transformation écologique et sociale

Le Sénat a adopté en première lecture, dans la nuit du jeudi 19 au vendredi 20 mars, le projet de loi permettant l’instauration d’un état d’urgence sanitaire face à l’épidémie de Covid-19. Le texte autorise notamment des mesures de soutien aux entreprises par ordonnance et acte le report du second tour des municipales "au plus tard en juin".
Ce projet de loi est examiné, ce vendredi par l’Assemblée nationale. Dans ce cadre, 35 députés d’étiquettes différentes, dont Matthieu Orphelin (ex-LREM), déposent aujourd’hui un amendement destiné à intégrer au projet de loi un "Grand plan de relance et de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité et de la justice sociale”.

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- 23 mars 2020, par Mathieu Anheim - Blog : Le blog de Mathieu Anheim

Covid-19 et soignants: le téléphone pleure

A l’issue de l’épidémie de COVID-19, les soignants, premiers exposés, seront paradoxalement les premiers oubliés. Pour se rappeler au bon souvenir du Président de la République, les soignants l’appellent au téléphone.

 - Vous êtes relié avec le standard de l’Elysée, vous serez bientôt mis en communication avec le Président de la République.

- Allo, bonjour, c’est Emmanuel Macron.

- Bonjour M. le Président, je suis les Soignants, je vous remercie de me prendre au téléphone, j’espère que je ne vous dérange pas trop.

- Comment allez-vous ?

- Très marrant.

- Pardon de vous le dire. Disons que ce sont les horreurs de la guerre. J’ai beaucoup à faire mais je vous écoute. Et je souhaite avant tout vous féliciter pour votre travail et votre abnégation.

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- Coronavirus outbreak - David Smith in Washington, Tuesday 24 March 2020

Trump's push to shorten the coronavirus shutdown proves the captain is flying blind

To watch Trump is to witness the awesome and terrifying power of the American president over life and death – a burden he is unqualified to bear

President Trump gestures as he asks a question of Dr Deborah Birx, White House coronavirus response coordinator at Monday’s marathon briefing. Photograph: Alex Brandon/AP

Due to social distancing, there were only two dozen or so reporters in the White House press briefing room on Monday, making it feel like a flight with numerous empty seats and lots of legroom.

But when Donald Trump let rip for nearly two hours, it was as if the captain had announced a sudden whim to land the plane on water while wearing a blindfold. We sat tight for an unnerving journey.

On a day that a hundred American deaths were reported, the US president made clear his intention to reopen the country for business much sooner than expected and, seemingly, sooner than medical experts believe to be safe. Everything we know about him suggests this impulse has been guided by Fox News, the Wall Street Journal, the stock market, poll numbers, the imminent election and pure gut instinct. Not science.

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23 Mars 2020

     

- 22nd March 2020, by George Monbiot, published in the Guardian 18th March 2020

Prescription for Disaster

In the UK, the US and Australia, governments built on dirty money cannot be trusted to protect us from the coronavirus.

The worst possible people are in charge at the worst possible time. In the UK, the US and Australia, the politics of the governing parties have been built on the dismissal and denial of risk. Just as these politics have delayed the necessary responses to climate breakdown, ecological collapse, air and water pollution, obesity and consumer debt, so they appear to have delayed the effective containment of Covid-19.

I believe it is no coincidence that these three governments have responded later than comparable nations, and with measures that seemed woefully unmatched to the scale of the crisis. The UK’s remarkable slowness to mobilise, followed by its potentially catastrophic strategy – fiercely criticised by independent experts and now abandoned – to create herd immunity, its continued failure to test and track effectively, or to provide protective equipment for health workers could help to cause large numbers of unnecessary deaths. But to have responded promptly and sufficiently would have meant jettisoning an entire structure of political thought, developed in these countries over the past half century.

Politics is best understood as public relations for particular interests. The interests come first; politics are the means by which they are justified and promoted. On the left, the dominant interest groups can be very large – everyone who uses public services, for example. On the right they tend to be much smaller. In the US, UK and Australia, they are very small indeed: mostly multi-millionaires and a very particular group of companies: those whose profits depend on the cavalier treatment of people and planet.

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- Santé - Entretien - 22 mars 2020 Par Joseph Confavreux

Didier Fassin: «Ce n’est pas d’en haut qu’il faut espérer du changement»

☛ Didier Fassin, médecin et sociologue, professeur à Princeton et au Collège de France, compare la situation en France et aux États-Unis face à l'épidémie de coronavirus.  La crise actuelle peut-elle faire espérer un changement réel ?

Didier Fassin est médecin, sociologue et anthropologue. Il est professeur à l’Institute for Advanced Study de Princeton et titulaire de la chaire annuelle de Santé publique du Collège de France, également directeur d’études à l’EHESS. Il est notamment l’auteur de La Vie – Mode d’emploi critique et de Mort d’un voyageur – Une contre-enquête, tous deux publiés au Seuil. Entretien sur la gouvernementalité par temps de crise, la situation comparée des deux côtés de l’Atlantique et ce que pourrait être le monde d’après.

Comment le médecin et sociologue ayant étudié les manières de gouverner regarde la réaction gouvernementale à l’épidémie de coronavirus ?

Didier Fassin : L’épidémie de Covid-19 n’a pas d’équivalent dans l’histoire mondiale depuis plus d’un siècle, et les récentes épidémies d’autres coronavirus, notamment le SRAS en 2002 et le MERS en 2012, avaient été très limitées, ne laissant pas entrevoir la diffusion actuelle du Covid-19. Dans ces conditions, il n’est pas complètement étonnant qu’on n’ait pas immédiatement pris la mesure du problème.

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- jeudi 19 mars 2020, Jean-Dominique Michel

En guerre ?! Non, complètement dépassés...

Le recours aux métaphores militaires doit toujours nous alerter. Elles visent en effet à peu près toujours à réaliser une "entente sacrée" derrière les gouvernants d'une manière qui permette de masquer les causes réelles d’un problème.

Nous sommes en guerre contre le terrorisme ? Certes, mais nous avons fait tout ce qu'il fallait depuis 30 ans pour le produire -notamment la désastreuse guerre d'Irak.

En guerre contre la précarité ? Oui, mais ne faisons rien de sérieux depuis la première crise pétrolière pour en venir à bout -comme le housing first ou le revenu universel. Les faits sont inconfortables mais il faut les dire : la situation difficile que nous vivons est le résultat combiné de la défaillance systémique de notre politique de santé et de notre impuissance à apporter les bonnes réponses à cette épidémie.

Les dernières données en provenance d’Italie le confirment : ce virus n’est dangereux que pour les personnes souffrant de ces pathologies chroniques, ces "maladies de civilisation" qui seraient à 80% évitables si on avait une politique de santé digne de ce nom - problème que j’ai abordé dans ce blog à réitérées reprises.

La vérité est qu’à peu près rien n’a été réellement fait au cours des décennies écoulées pour protéger la population contre les principaux facteurs de risque (que sont la malbouffe, la pollution, le stress et la sédentarité) malgré des dégâts sanitaires monstrueux.

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- Opinion - Coronavirus outbreak - Robert Reich, Sunday 15 March 2020

America has no real public health system – coronavirus has a clear run

Trump’s response has been inadequate but the system is rigged anyway. As always, the poor will be hit hardest

❐ Robert Reich, a former US secretary of labor, is professor of public policy at the University of California at Berkeley and the author of Saving Capitalism: For the Many, Not the Few and The Common Good.

❐ His next book, The System: Who Rigged It, How We Fix It, will be out in March.

❐ He is a columnist for Guardian US

‘Almost 30% of American workers have no paid sick leave from their employers, including 70% of low-income workers earning less than $10.49 an hour.’ Photograph: Brian Snyder/Reuters

Dr Anthony S Fauci, director of the National Institute of Allergy and Infectious Diseases and just about the only official in the Trump administration trusted to tell the truth about the coronavirus, said last Thursday:

“The system does not, is not really geared to what we need right now … It is a failing, let’s admit it.”

While we’re at it, let’s admit something more basic. The system would be failing even under a halfway competent president. The dirty little secret, which will soon become apparent to all, is that there is no real public health system in the United States.

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- Idées - Par Eva Illouz (Sociologue), publié le 23 mars 2020

L’insoutenable légèreté du capitalisme vis-à-vis de notre santé, par Eva Illouz

TRIBUNE. Dans ce texte brillant, qui souligne le lien étroit entre santé et économie, la grande sociologue franco-israélienne analyse la crise planétaire du coronavirus. Elle dénonce “l’imposture” du néolibéralisme qui, privant l’Etat de ses ressources, a sacrifié le monde dont il se nourrit.

En regardant le film hypnotique de Lars von Trier "Melancholia", le spectateur comprend peu à peu, dans un mélange de terreur et d’impuissance, que le monde est sur le point de disparaître, condamné à entrer en collision avec la planète "Melancholia". A la fin du film, ce spectateur, à la fois fasciné et paralysé, voit cette planète finir sa course pour s’écraser sur la Terre. D’abord apparue sous la forme d’un point lointain dans le ciel, elle grossit jusqu’à finalement devenir un disque qui envahit tout l’écran, au moment du choc.

Nous sommes tous plongés dans un événement mondial dont nous n’avons pas encore pleinement saisi l’ampleur. Dans ce moment inédit, j’ai tenté de trouver des analogies et je me suis souvenue de cette scène finale du film de Lars von Trier.

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22 Mars 2020

     

Clémentine Autain, 21 Mars 2020

"PLUS RIEN NE SERA COMME AVANT" ?

Projet de loi sur les mesures d’urgence et stratégie du choc

Peut-être, quelques instants devant un JT, parce que l’on ressent une profonde empathie avec la patrie tout entière, parce que les mots réconfortent quand la peur de la mort nous rassemble face à la crise sanitaire… alors, de façon fugace, nous nous sommes pris à rêver qu’Emmanuel Macron changerait de cap. Après tout, l’éloge de l’État providence, des services publics et de la solidarité aurait pu donner le sentiment que "plus rien ne serait comme avant", pour reprendre les termes du Président de la République lui-même. Il est vrai que l’épidémie met en lumière l’utilité impérieuse des services publics et la nécessité pour l’État de donner la priorité à la satisfaction des besoins humains.

Hier, en commission à l’Assemblée nationale pour étudier le projet de loi relatif aux mesures d’urgence, la parenthèse est déjà refermée. Retour aux fondamentaux néolibéraux… Je ne discute pas le besoin du gouvernement de pouvoir agir très rapidement vu l’ampleur de la crise. C’est l’évidence, il faut un dispositif spécial permettant à l’État de prendre des dispositions particulières pour affronter la crise. Mais dans le projet de loi, on découvre de curieuses mesures. L’article 7 donne la possibilité au gouvernement de prendre des ordonnances en matière économique, financière et sociale. Et là, on tombe sur cette régression sociale de grande ampleur : possibilité de caler les RTT sur la période de confinement, en dérogeant aux délais de prévenance, d’en finir avec les 35 heures ou le repos dominical. Toute une série de modifications ou dérogations, en matière de procédures collectives, de prud’hommes ou de formation professionnelle sont inclues dans le champ de ces ordonnances. En clair : une nouvelle salve de remise en cause de conquêtes sociales est devant nous.

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- ACTUALITÉ- mercredi 18 mars 202, Par Alexandre HASSANIN

Covid-19 : l’analyse des génomes révélerait une origine double du virus

☛ Alexandre HASSANIN est maître de conférences (HDR) en biologie de l’évolution à Sorbonne Université, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

☛ La version originale de cet article a été publiée dans The Conversation.

On sait aujourd’hui que la personne identifiée comme le tout premier cas humain de Covid-19 n’avait pas fréquenté le marché aux animaux de Wuhan, en Chine, d’abord pointé du doigt… Et les datations moléculaires indiquent une origine plutôt en novembre qu’en décembre. Les scientifiques s’interrogent donc sur le lien entre cette épidémie et la faune sauvage.

En l’espace de quelques semaines, nous avons tous appris beaucoup de choses, mais aussi entendu pas mal de rumeurs sur la maladie Covid-19 et le virus responsable : le SARS-CoV-2. Alors que le nombre d’articles scientifiques sur ce virus ne cesse d’augmenter, il subsiste encore bien des zones d’ombre quant à l’origine de ce virus.

Dans quelle espèce animale est-il apparu ? Une chauve-souris, un pangolin ou une autre espèce sauvage ? D’où vient-il ? D’une grotte ou d’une forêt de la province chinoise de Hubei ou bien d’ailleurs ?

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- Société - Publié le 20/03/2020, Natacha Polony, Directrice de la rédaction

Coronavirus : confinez-vous avec grâce, bande d’incultes

"Il est vrai que le confinement n’est pas le même pour tout le monde. Même en cas de crise sanitaire, la lutte des classes a de beaux restes."

Que raconterons-nous, plus tard, de cette étrange expérience collective ? Quelles images surnageront-elles, quels faits marquants dans les récits dont nous abreuverons les générations futures ou dans les documentaires qui ne manqueront pas de fleurir ?

Il faudra certainement enjoliver un peu, parce que ça risque de manquer de panache, notre grande guerre à nous.

Les paysans du Xème siècle avaient les Vikings remontant la Seine et les grandes compagnies. Ceux du XVIème siècle ont vu mourir de la peste un tiers de la population européenne. Nos arrières-grands-parents ont eu coup sur coup la Première Guerre mondiale et la grippe espagnole. Quelques millions de morts, tout de même. Nous, nous restons enfermés un mois avec droit de visite chez Michel-Edouard Leclerc, et le livreur Amazon qui sonne. Heureusement que nous avons un Président qui a le sens du décorum pour donner un peu de tenue à tout ça...

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- Les 5 phases psychologiques du confinement

Rien n’est plus étrange que ce qui nous arrive en ce moment. Nous n’avons pas de références, tout est de l’ordre de l’inconnu. Sauf que non : ailleurs, d’autres ont vécu (ou vivent encore, avec un peu d’avance) ce confinement. Et nous transmettent de précieux conseils sur les différentes étapes mentales de cette quarantaine.

 

❐ La phase 1, dite phase de survie, est la plus compliquée. C’est la phase d’adaptation à ce nouveau mode de vie, teintée de panique, de mauvais sommeil, etc... On est le plus souvent en mode “réactif”, à regarder sans arrêt les news sur l’évolution du virus.


☛ Les conseils pour cette phase : ne surtout pas passer ses journées à regarder les infos et se concentrer sur le plan de préparation de cette quarantaine. Que veut-on en faire ? Comment transformer ce temps lent en temps qualitatif ? Comment va-t-on occuper ses journées ? 

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21 Mars 2020

     

- Tribune > 21 mars 2020 / Covid-entraide France

À l’union nationale, nous préférons l’entraide nationale

L’entraide et l’auto-organisation doivent fleurir en période de confinement, affirment les signataires de cette tribune, pour que le néo-libéralisme ne reprenne pas ensuite sa domination comme avant.

☛ Cette tribune est publiée simultanément sur plusieurs médias indépendants, Ballast, Bastamag, Lundi Matin, Mediapart, Politis et Terrestres.

Depuis une semaine la France est entrée dans une nouvelle réalité vertigineuse. Le Covid-19 n’est plus une "petite grippe", selon nos gouvernants, mais la "pire crise sanitaire depuis un siècle". Un choc intime qui nous fait trembler pour nos proches et toutes les personnes particulièrement fragiles. Une secousse géopolitique qui fait s’effondrer la mondialisation néolibérale comme un château de cartes. 2019 avait été une année d’incendies ravageurs en Australie, Amazonie et ailleurs, et d’immenses soulèvements populaires. 2020 a d’ores et déjà les traits d’une paralysie totale, une crise systémique majeure.

Cette pandémie achève de rendre irrespirable la vie dans un système politique et économique délirant, néfaste, mais surtout inutile au moment où un immense besoin de soin se fait sentir. Après être resté attentiste pendant un mois et demi, Emmanuel Macron a promis, pour ne pas perdre la face, que "l’État paiera […] quoi qu’il en coûte". La "mobilisation générale" est décrétée. "Nous sommes en guerre", paraît-il, contre un "ennemi invisible".

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  - Entretien > 16 juillet 2019 / Entretien avec Luc Semal

"Civilisée ou barbare ? De quelle façon allons-nous sortir de la civilisation thermo-industrielle ?”

Penser la fin des énergies fossiles, explique l’enseignant en science politique Luc Semal dans cet entretien, c’est élaborer un projet de société avec des propositions politiques précises, le sentiment de la catastrophe à venir faisant office de carburant.

☛ Luc Semal est maître de conférences en science politique au Muséum national d’histoire naturelle. Il est l’auteur du livre Face à l’effondrement (PUF).

Reporterre — Les théories de l’effondrement existent depuis longtemps. Pourquoi une telle résonance actuellement ?

Luc Semal — Nous vivons une période d’assèchement des espoirs placés dans le développement durable. Dans le mouvement de la décroissance, on dit depuis longtemps que c’est un oxymore, mais pour ceux qui y ont cru, il y a une forme de désillusion. On commence à comprendre que maîtriser le réchauffement climatique en deçà de 1,5 °C ne se fera pas. Que même en deçà de 2 °C, c’est très improbable. Que des seuils d’irréversibilité sont en train d’être franchis. Et en plus, on passe d’une rhétorique des générations futures à une rhétorique des générations présentes. Quand on parle de 2050, pour les jeunes qui ont 16 ans aujourd’hui, cela veut dire qu’ils seront encore dans la force de l’âge. Enfin, il y a une vraie montée en puissance des notions d’adaptation et de résilience, encore confidentielles il y a dix ou quinze ans, mais il est très difficile d’imaginer une adaptation réussie à des problèmes d’une telle ampleur.

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20 Mars 2020

     

- par Frédéric Lordon, 19 mars 2020 - Les blogs du « Diplo » > La pompe à phynance

"Les connards qui nous gouvernent"

Bien sûr ça n’est pas moi qui le dis — ça non. C’est Claude Askolovitch. Plus exactement, Claude Askolovitch rapporte les propos d’un “ami pneumologue". En même temps, on sent qu’il les endosse un peu. Ça n’est pas exactement lui qui le dit mais un peu comme si quand même. En tout cas, tous les papiers de la respectabilité sont dûment tamponnés : un journaliste de France Inter et d’Arte, on pourra difficilement faire plus en règle. Et donc tout d’un coup, sans crier gare, le voilà qui parle, ou laisse parler, de nos gouvernants comme de "connards".

On se demande ce qui l’a piqué — en même temps il faut admettre : quand une vidéo appelée à demeurer dans la mémoire collective montre Agnès Buzyn, ci-devant ministre de la santé, déclarer fin janvier qu’évidemment le virus restera à Wuhan et qu’il n’y a aucune chance que nous en voyions jamais la couleur ; quand, jusqu’au 12 mars après-midi, le ministre Blanquer assène qu’il n’y a aucune raison de fermer les écoles (moi aussi, comme Claude Askolovitch, j’ai un ami : dans la classe de sa fille, sept cas positifs, mais pourquoi embêter les parents avec d’inutiles soucis de garde ?), et que le soir même la fermeture générale est annoncée ; quand, dans un tweet à ranger sur la même étagère que la vidéo de Buzyn, Macron, comme un hipster du 11e arrondissement qui aurait fait l’atelier poésie au collège, nous invite — le 11 mars –- :

"Nous ne renoncerons à rien, surtout pas à rire, à chanter, à penser, à aimer, surtout pas aux terrasses, aux salles de concert, au fêtes de soir d’été, surtout pas à la liberté",

pour le 12 fermer les écoles, le 14 laisser son premier ministre annoncer un début de confinement général, et le 16 morigéner la population qui continuait sur la lancée de l’exemple qu’il lui donnait depuis des semaines ; quand on se remet sous les yeux le tableau d’ensemble de ces ahurissements, on se dit en effet que tous ces gens se sont fait prendre soit par surprise, soit par connerie. Et que l’hypothèse de la surprise étant à l’évidence exclue, il ne reste que celle de la connerie — qui n’est pas une surprise.

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- Débattre Covid-19 - par Bruno Canard/Université ouverte, 20 mars 2020

"Quand un virus émerge, on demande aux chercheurs de trouver une solution pour le lendemain, ensuite on oublie"

Bruno Canard, directeur de recherche au CNRS, travaille depuis vingt ans sur les coronavirus. Avec très peu de moyens. Il est en colère contre les pouvoirs publics qui se sont désengagés de ces grands projets de recherche, et dont on semble (re)découvrir aujourd’hui le caractère vital pour nos sociétés alors qu’Emmanuel Macron annonce "augmenter de 5 milliards d’euros notre effort de recherche”.

"Je suis Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille. Mon équipe travaille sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus.

En 2002, notre jeune équipe travaillait sur la dengue, ce qui m’a valu d’être invité à une conférence internationale où il a été question des coronavirus, une grande famille de virus que je ne connaissais pas. C’est à ce moment-là, en 2003, qu’a émergé l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et que l’Union européenne a lancé des grands programmes de recherche pour essayer de ne pas être pris au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication.

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- Enquête > 20 mars 2020 / Laury-Anne Cholez (Reporterre)

Face à la pandémie, l’entraide plus forte que la peur

Face à l’épidémie du Covid-19, l’entraide s’organise, entre voisins et à une échelle nationale, pour ne pas laisser seules les personnes les plus fragiles. Des liens de solidarité qui pourraient perdurer après la crise.

L’entraide plus forte que la crainte du Covid-19 ? C’est ce que laissent imaginer les centaines d’initiatives qui fleurissent ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Des citoyens anonymes qui s’organisent comme ils peuvent afin de lutter contre la solitude imposée par le confinement. Et ils n’ont bien évidemment pas attendu les annonces d’Emmanuel Macron qui, dans son discours du 16 mars, incitait les Français à garder le lien, à appeler nos proches, à inventer de nouvelles solidarités entre générations.

Dans les halls d’immeubles, les petites annonces proposant de l’aide ont remplacé les plaintes contre le tapage nocturne.

Création de groupes WhatsApp entre voisins, courses communes pour limiter au maximum les sorties, gardes d’enfants des soignants, coups de main aux personnes âgées et aux plus fragiles. Ceux qui n’avaient jamais songé à demander des nouvelles à la grand-mère du 2e se sentent soudain pousser des ailes. Cette vague de solidarité touche jusqu’aux supporteurs de football : ceux du SM Caen ont incité leurs membres en bonne santé à proposer leurs services à la préfecture du Calvados, de la Manche et de l’Orne.

Confinement oblige, l’entraide s’organise d’abord en ligne. Des dizaines de pages Facebook, de fils Telegram, et de thread Twitter foisonnent sur le web. Pour s’y retrouver, une carte a été lancée, listant une quarantaine de groupes dans toute la France.

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- 20 mars 2020, par Maxime Combes - Blog : Sortons de l'âge des fossiles !

Non, nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes en pandémie. Et c'est bien assez

Les mots ont un sens. Nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes en pandémie. Nous ne sommes pas des soldats, mais des citoyennes et citoyens. Nous ne voulons pas être gouvernés comme en temps de guerre, mais comme en temps de pandémie. La solidarité et le soin doivent être institués comme les principes cardinaux de nos vies. La solidarité et le soin. Pas les valeurs martiales et belliqueuses.

❐ Cette tribune a été initialement publiée par Basta mercredi 18 mars. ➠ « Rester confiné chez soi, sur son canapé, n’a strictement rien à voir avec une période de guerre »
Par Maxime Combes, 18 MARS 2020

Les mots ont un sens. 

"La pandémie à laquelle nous sommes confrontés exigent des mesures plutôt opposées à un temps de guerre" explique l’économiste et chroniqueur de Basta ! Maxime Combes dans cette tribune.

Non, nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes en pandémie.

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- Brèves > 20 mars 2020 / par Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Coronavirus : des députés proposent un plan de transformation écologique et social

Le Sénat a adopté en première lecture, dans la nuit du jeudi 19 au vendredi 20 mars, le projet de loi permettant l’instauration d’un état d’urgence sanitaire face à l’épidémie de Covid-19. Le texte autorise notamment des mesures de soutien aux entreprises par ordonnance et acte le report du second tour des municipales "au plus tard en juin".

Ce projet de loi est examiné, ce vendredi par l’Assemblée nationale. Dans ce cadre, 35 députés d’étiquettes différentes, dont Matthieu Orphelin (ex-LREM), déposent aujourd’hui un amendement destiné à intégrer au projet de loi un "Grand plan de relance et de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité et de la justice sociale".

"Des grandes crises peuvent naître de grandes avancées, écrit sur Twitter le député de la première circonscription du Maine-et-Loire. Avec 35 collègues de différents partis, nous proposons de coupler la relance économique à une transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la santé et de la justice sociale."

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19 Mars 2020

     

- LIBERTÉS PUBLIQUES - 19 mars 2020 Par Jérôme Hourdeaux

Le gouvernement veut créer un «état d’urgence sanitaire»

À partir de jeudi, l’Assemblée va examiner un projet de loi visant à créer un nouveau régime juridique calqué sur celui de l’état d’urgence, mais adapté aux situations de crises sanitaires. Le premier ministre sera autorisé à prendre toutes les mesures nécessaires.

Face aux entorses de plus en plus nombreuses aux libertés publiques qu’entraîne la lutte contre l’épidémie de Covid-19, le gouvernement envisage de cadrer juridiquement les mesures dérogatoires qu’il est amené à prendre en créant un nouveau régime juridique d’exception : "l’état d’urgence sanitaire".

Plusieurs médias ont en effet relayé mercredi 18 mars un projet de loi – dont le site Contexte, qui le publie en intégralité – qui devrait être soumis dès jeudi à l’Assemblée nationale. Celui-ci permet, en son article 5, de déclarer l’état d’urgence sanitaire "sur tout ou partie du territoire […] en cas de catastrophe sanitaire, notamment d’épidémie mettant en jeu, par sa nature et sa gravité, la santé de la population".

L’état d’urgence sanitaire pourra être déclenché par un décret pris en conseil des ministres, qui devra être motivé et préciser "la ou les circonscriptions territoriales à l’intérieur desquelles il entre en vigueur". Il pourra être déclaré pour une durée de 12 jours renouvelables par une nouvelle loi de prorogation. Le Parlement devra être informé des mesures prises par le gouvernement.

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"Nous ne sommes pas en guerre "

par Sophie Mainguy, médecin urgentiste.
18 Mars 2020

NOUS NE SOMMES PAS EN GUERRE et n'avons pas à l’être...

Il est intéressant de constater combien nous ne savons envisager chaque événement qu’à travers un prisme de défense et de domination. Les mesures décrétées hier soir par notre gouvernement sont, depuis ma sensibilité de médecin, tout à fait adaptées. En revanche, l’effet d’annonce qui l’a accompagné l’est beaucoup moins.

Nous ne sommes pas en guerre et n’avons pas à l’être.

Il n'y a pas besoin d’une idée systématique de lutte pour être performant.

L’ambition ferme d’un service à la vie suffit.

Il n’y a pas d’ennemi.

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- ÉDITORIAL - Célia Héron, publié jeudi 19 mars 2020

Le paradis, c'est les autres

A peine nos libertés restreintes, "l’animal social" en chacun de nous tourne en rond dans sa cellule familiale, et soudain ce constat: sans collectivité, nous ne sommes rien

Il semble déjà si loin le temps des apéros entre collègues ou de l’immense tablée du samedi, une oreille semi-blasée sur la conversation et un œil sur nos smartphones. Ensemble physiquement mais chacun sur nos écrans, trop occupés à être nulle part et partout à la fois. C’était la semaine dernière.

Aujourd’hui, l’essentiel éclate soudain à nos yeux comme le printemps à nos fenêtres. Nous serions nombreux à payer cher pour une fête, une vraie. A multiplier les invitations "dès que ce cauchemar sera derrière nous". A rêver de prendre dans nos bras un parent octogénaire ou une sœur immuno-supprimée à quelques heures de train ou d’avion, parce qu’au fond on ne sait pas ce que les prochaines semaines nous réservent.

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18 Mars 2020

     

- par France Inter, publié le 16 mars 2020

Boris Cyrulnik : "Après le coronavirus, il y aura des changements profonds, c'est la règle"

Le neuro-psychiatre a répondu à Ali Rebeihi dans l'émission Grand bien vous fasse consacrée à l'épidémie. Il a expliqué comment nos sociétés peuvent résister à cette crise et devenir résilientes.

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik en novembre 2017 au Palais des congrès à Paris © AFP / Michel Stoupak / NurPhoto

On doit s'adapter à une agression invisible. L'évolution humaine ne se fait que par crises. Après cette crise, la famille et le couple redeviendront des havres de paix.

BORIS CYRULNIK : "Les crises sont très fréquentes dans la condition humaine. Il y a eu des périodes de glaciation où il a fallu s'adapter en augmentant la chasse. Et pendant les périodes de réchauffement, il a fallu augmenter l'agriculture. On a déjà connu beaucoup d'épidémies qui ont contraint à des révolutions culturelles, à de l'adaptation. 

Actuellement avec ce confinement, c'est la recherche interne que l'on doit viser.

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- Entretien > 18 mars 2020 / Entretien avec Joël Domenjoud

"Le système peut s’effondrer en quelques semaines, préparons l’après"

Les mesures de confinement prises pour enrayer la pandémie du Covid-19 ont frappé par leur caractère inattendu. Comment penser cette crise et comment vivre la privation de liberté ? Reporterre s’est entretenu avec un militant écologiste assigné à résidence et toujours soumis aujourd’hui à un contrôle judiciaire.

❐ Joël Domenjoud est militant écologiste. Il a fait partie des 26 activistes assignés à résidence pendant la COP21, en 2015. Également impliqué dans la lutte antinucléaire, il est aujourd’hui sous contrôle judiciaire — avec des restrictions de circulation et de relations — dans le cadre d’une instruction pour association de malfaiteurs à Bure.

Reporterre — Comment avez-vous vécu votre assignation à résidence pendant la COP21 et votre contrôle judiciaire dans le cadre de l’instruction pour association de malfaiteurs à Bure ?

Joël Domenjoud — En 2015, après la déclaration de l’état d’urgence, tout est aussi allé très vite : il y a eu l’interdiction des manifestations, puis les premières perquisitions administratives dans des lieux qui accueillaient des personnes mobilisées. Le même jour, j’ai détecté des filatures en sortant de chez moi ; un proche m’a appelé pour me dire qu’il était assigné : j’ai compris ce qui m’attendait. J’ai été assigné à résidence pendant dix-sept jours, avec obligation de pointer au commissariat trois fois par jour. Sans avoir été jugé, sans n’avoir rien fait. Avec d’autres personnes concernées, on a fait des recours, devant le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel. Mais rien n’y a fait : l’urgence justifiait qu’on déroge à la règle. Quand il y a une crise — on le voit aujourd’hui —, l’état d’exception devient la norme. Pourtant, c’est dans ces moments-là que l’État de droit devrait être appliqué de manière rigoureuse, pour prévenir tout risque d’excès de pouvoir.

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- 17 mars 2020, Régis de Castelnau

Aveux d’Agnès Buzyn : une défaillance criminelle de l’État Macron ?

"On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade" vient de nous dire la pauvre Agnès Buzyn en parlant des élections municipales, entre ces sanglots dont elle n’est pas avare.

Ces aveux formulés dans le journal le Monde et selon lesquels le plus haut sommet de l’État savait parfaitement la catastrophe qui se profilait sont assez terrifiants.

"Quand j’ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu."

Bien sûr, c’est une pure et simple désertion qu’elle a commise et qu’elle reconnaît aujourd’hui en essayant assez lâchement de s’en défausser. Mais de cela elle se débrouillera avec sa conscience sur laquelle pèsera une partie de ces morts qui vont tomber, emportés par le virus, et dont on sait parfaitement qu’ils vont se compter par milliers. Dormez bien Madame Buzyn, si vous le pouvez.

Mais il y a plus grave, beaucoup plus grave, on peut déduire de ses propos le caractère criminel du comportement des décideurs publics dont c’était la responsabilité de prendre toutes les mesures permettant d’affronter la catastrophe et d’éviter une hécatombe.

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- Info > 18 mars 2020 / Marie Astier (Reporterre)

Comment la pollution nous rend plus vulnérables au coronavirus

Pollution de l’air, expositions aux pesticides et aux perturbateurs endocriniens sont responsables d’une augmentation des maladies chroniques et des cancers. Autant d’affections qui rendent notre système immunitaire moins performant face au Covid-19.

Y aurait-il moins de malades du coronavirus en état grave dans les hôpitaux si nous vivions dans un monde moins pollué ? Le raisonnement est simple : la pollution provoque des maladies, qui affaiblissent notre système immunitaire, et augmentent la probabilité de développer une forme grave du Covid-19.

“Les 85 % de personnes malades du Covid-19 qui ne développent pas de forme grave ont un système immunitaire qui les amène à réagir de façon efficace et à guérir, explique Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche honoraire à l’Inserm (Institut national de la santé et la recherche médicale). Mais quand vous avez une membrane respiratoire déjà en mauvais état et un système immunitaire déprimé, vous n’avez pas les mêmes capacités de défense.”

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17 Mars 2020

 

le document à remplir et présenter sur réquisition

 

 

 

 

 

     

- Célia Héron, publié mardi 17 mars 2020 - Psychologie sociale

Dario Spini: “Ce qui était ‘la norme’ hier n'existe plus”

Face au Covid-19, chaque heure charrie son lot d'annonces et de bouleversements – notamment sur le plan psychologique. Dario Spini, professeur de psychologie sociale, nous aide à donner du sens à l'actualité

Ce sont de longues semaines de confinement, obligatoires ou non, qui s’annoncent. Comment faire face, individuellement et collectivement, à cette "nouvelle norme" (temporaire), inédite et nécessaire, qui s’est brutalement imposée? Pour tenter de donner du sens à ce qui nous arrive à tous, Le Temps a posé quelques questions à Dario Spini, professeur de psychologie sociale à l’Université de Lausanne et directeur du Pôle de recherche national LIVES.

Le Temps: Les annonces se suivent et, même si les réactions des citoyens diffèrent, nous sommes tous sonnés. Pourquoi est-ce si dur, à la fois individuellement et collectivement?

☛ Dario Spini: Nous sommes confrontés à l’inédit et la réaction normale face à l’inconnu est l’anxiété, voire, pour certains profils psychologiques, des réactions plus fortes de peur ou d’angoisse. Mais bien dosée, l’anxiété peut être utile à notre survie. Par exemple, c’est ceux qui ont peur qui vont être les plus prudents face au Covid-19, évitant ainsi non seulement la contamination des autres mais aussi la leur. Nous avons besoin de donner du sens à ce qui se passe et dans cette phase de découverte de la menace ou du danger, nous cherchons des informations. C’est rationnel: ce qui était "la norme" hier n’existe plus…

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- Opinion - Coronavirus outbreak - Owen Jones, Guardian columnist, Saturday 14 March 2020

We're about to learn a terrible lesson from coronavirus: inequality kills

Thanks to a decade of austerity, the Tories have ensured the pandemic will hit the poor the hardest

‘While many middle-class professionals can protect themselves by working from home, supermarket shelves cannot be stacked remotely.’ An elderly man in a north London supermarket. Photograph: Neil Hall/EPA

The British class system is, at its worst, a killer. Men living in the poorest communities in the UK have an average of 9.4 years shorn off their life expectancies compared with those in the richest areas; for women, it’s 7.4 years. If you travel on the Jubilee Line from Westminster to Canning Town, every stop represents a year less in the average lifespan of local citizens. For the poorest women, life expectancy is in reverse.

The coronavirus pandemic is about to collide with this engine of inequality. The super-rich are fleeing on private jets to luxury boltholes in foreign climes, while the well-to-do may deploy their private health insurance to circumvent our already struggling and soon to be overrun National Health Service.

Meanwhile, Britain’s army of precarious workers have nowhere to hide, including from employment that puts their health at risk. Uber drivers, Deliveroo riders, cleaners: all in low-paid jobs, often with families to feed. Many will feel they have no choice but to keep working. While many middle-class professionals can protect themselves by working from home, supermarket shelves cannot be stacked remotely, and the same applies from factory workers to cleaners. How many could truly afford to live on £94.25 a week, which is our country’s paltry statutory sick pay?

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- Economie - Par L'Obs, publié le 15 mars 2020 à 11h00

Crise économique mondiale : pour Thomas Piketty, le Covid-19 est l’arbre qui cache la forêt

L’économiste rappelle à quel point "on est en retard sur la question des risques environnementaux et sociaux, qui ne se voient pas de la même manière qu’une épidémie, mais dont on sait à long terme la gravité".

Thomas Piketty, le 10 septembre 2019, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)
"Il ne suffit pas de dire “il faut changer le système économique”, il faut décrire quel autre système économique." 

Pour l’économiste Thomas Piketty, la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 doit nous amener à définir de nouveaux critères de décision en matière de gouvernance.

Mardi 10 mars avait lieu à Paris l’avant-première du film « le Capital au XXIe siècle", de Justin Pemberton et Thomas Piketty, d’après le best-seller de l’économiste, paru au Seuil en 2013. Lors du débat, en présence de l’auteur, qui accompagnait la séance, la pandémie de Covid-19 fut logiquement évoquée. Et Thomas Piketty de revenir sur le passé :

"Dans l’histoire, ce qu’on voit, après les crises financières, c’est que tout dépend de la réaction politique, et de la trajectoire qui est suivie après les crises."

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16 Mars 2020

     

- EXÉCUTIF - 15 mars 2020 Par Ellen Salvi

Municipales: crise sanitaire, amateurisme politique

À peine les résultats du premier tour des municipales prononcés, l’exécutif a fait savoir qu’il réfléchissait à reporter le second. Depuis trois jours, le pouvoir n’en finit pas de renforcer les mesures de confinement, sur la base des recommandations d’un conseil scientifique créé sur le tard. Sans avoir anticipé la crise politique qui accompagne désormais la crise sanitaire.

Les informations arrivent de tous les côtés. Elles varient heure après heure, au gré des échanges des uns et des autres. Dimanche 15 mars, au lendemain de l’annonce, par le premier ministre, d’un renforcement des mesures de confinement visant à freiner l’épidémie de coronavirus, l’exécutif a passé la journée à observer la tenue du premier tour des municipales, dans une ambiance anxiogène.

Logiquement, le scrutin a enregistré des taux d’abstention records. Et suscité de nombreuses interrogations : pour quelles raisons le pouvoir a-t-il décidé de maintenir l’élection alors que la France est désormais passée au stade 3 de la gestion de la crise sanitaire ? Comment expliquer aux personnes âgées de plus de 70 ans, à qui Emmanuel Macron a demandé « de rester autant que possible à leur domicile », qu’elles pouvaient en revanche se rendre aux urnes sans crainte ?

Ces questions ont été soulevées par une grande partie de la classe politique. Après la déclaration d’Édouard Philippe, près de la moitié des présidents de région, dont Xavier Bertrand (Hauts-de-France) et Valérie Pécresse (Île-de-France), ont demandé au même moment un report des municipales. Le président Les Républicains (LR) du Sénat Gérard Larcher, qui s’y était opposé avant l’allocution du chef de l’État jeudi soir, a lui aussi changé d’avis.

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- Épidémie - par Rachel Knaebel, 16 mars 2020, Photo : © Anne Paq

Face au coronavirus, les femmes davantage en première ligne que les hommes

La revue médicale The Lancet appelle les gouvernements à prendre en compte les conséquences particulières du coronavirus sur les femmes.

Les hommes auraient plus de risques que les femmes de mourir du Covid-19, selon les données encore parcellaires à disposition. Mais ce sont les femmes qui sont en première ligne pour affronter l’épidémie. Elles composent l’essentiel des personnels soignants, au contact direct des malades, et courent donc davantage le risque d’être infectées.

"Des données officielles chinoises indiquent que plus de 90 % des soignants de la province du Hubei [la région la plus touchée par le coronavirus en Chine] sont des femmes", relève la revue scientifique médicale britannique The Lancet.

La proportion est similaire en France : parmi le million de personnes qui composent la fonction publique hospitalière, 78 % sont des femmes. Ce ratio grimpe à 90 % pour les infirmières et les aides-soignantes (pour les médecins, toutes spécialités, libéral ou hospitalier, le taux de femmes est de 45 %). Or, ce travail de soins largement féminin est "pour une grande partie non-payé ou sous-payé" pendant les crises sanitaires, pendant lesquelles l’État leur demande des efforts inouïs, sans forcément les protéger.

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- 16 mars 2020, Régis de Castelnau

Élections municipales 2020 : n’importe quoi !

C’est entendu, ce pouvoir a été en dessous de tout dans la gestion prévisionnelle de ce qui était totalement prévisible dès le mois de janvier, c’est-à-dire une crise sanitaire majeure. Après avoir méthodiquement démoli le système de santé français, ils ont été incapables de prévoir et ont pris toutes les décisions à l’envers. Quand on pense que face à une crise planétaire géante, la voix de la France est cette imbécile de Sibeth Ndiaye incroyable calamité ambulante !

Il faudra impérativement faire les comptes dans la France post-Covid19. Et ces comptes nous les demanderons, pas seulement à la bande de bras cassés qui entourent Macron, mais surtout à ceux qui ont choisi le psychopathe improbable et à ces grands intérêts qui l’ont adoubé et lui ont fixé sa feuille de route.

En attendant, alors que tout le monde sait bien que nous n’échapperons pas à un confinement drastique et en particulier en Île-de-France, la grande presse fait semblant d’être intéressée par les municipales. Et il convient encore une fois de dire, que celui qui avait le pouvoir de reporter les élections municipales n’est personne d’autre qu’Emmanuel Macron. Il est là pour ça, et il est le seul à disposer de TOUTES les informations support des décisions. Se défausser sur d’autres par l’intermédiaire de ses perroquets habituels ne devrait tromper personne.

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15 Mars 2020

     

- Par Cristina Comencini, 12 mars 2020

❐ La romancière romaine, qui publie «Quatre amours» mercredi, raconte le quotidien dans un pays en quarantaine.

 

Lettre Ouverte de Cristina Comencini (réalisatrice et écrivaine) :

"Coronavirus : “Chers cousins français", par Cristina COMENCINI

Chers cousins français,

Si on arrive à survivre, le problème, en Italie, sera de comprendre si les couples, avec ou sans enfants, les femmes et les hommes seuls, résisteront à l’enfermement dans leur maison, s’ils réussiront à rester ensemble, à jouir encore de la compagnie réciproque ou de la solitude choisie, après un confinement forcé et ininterrompu d’un mois entier. Le décret du gouvernement dit que nous pouvons sortir pour faire une promenade, mais seulement avec ceux qui vivent déjà avec nous, pas d’amis ou d’amies, pas même de visites à des parents qui vivent dans d’autres maisons. Seule la famille proche, ou personne si nous sommes seuls. Pas de cinéma, pas de théâtre, pas de concerts, musées, restaurants, bureaux, écoles, universités. Seul un membre de la famille peut aller faire les courses. Devant les supermarchés, il y a des queues silencieuses de gens portant le masque, chaque personne doit être à 1 mètre de distance d’une autre, qui attend la sortie de quelqu’un pour pouvoir entrer à son tour. Même chose devant les pharmacies. Dans la rue, on fait un écart quand on croise un autre passant.

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- Coronavirus – latest updates See all our coronavirus coverage - Sunday 15 March 2020, Robert Reich

America has no real public health system – coronavirus has a clear run

Trump’s response has been inadequate but the system is rigged anyway. As always, the poor will be hit hardest

‘Almost 30% of American workers have no paid sick leave from their employers, including 70% of low-income workers earning less than $10.49 an hour.’ Photograph: Brian Snyder/Reuters

Dr Anthony S Fauci, director of the National Institute of Allergy and Infectious Diseases and just about the only official in the Trump administration trusted to tell the truth about the coronavirus, said last Thursday:

“The system does not, is not really geared to what we need right now … It is a failing, let’s admit it.”

While we’re at it, let’s admit something more basic. The system would be failing even under a halfway competent president. The dirty little secret, which will soon become apparent to all, is that there is no real public health system in the United States.

The ad hoc response fashioned late Friday by House Democrats and the White House may help a bit, although it’s skimpy, as I’ll explain.

As the coronavirus outbreak in the US follows the same grim exponential growth path first displayed in Wuhan, China, before herculean measures were put in place to slow its spread there, America is waking up to the fact that it has almost no public capacity to deal with it.

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- Nucléaire - Le 12 mars 2020, par Bernard Laponche

Allemagne : trois contre-vérités sur la sortie du nucléaire

Depuis plusieurs années, on entend trois affirmations selon lesquelles la décision prise par l’Allemagne en 2000 de sortir du nucléaire a entraîné pour ce pays :
– Une augmentation de la production d’électricité à partir du charbon.
– Une augmentation des émissions de CO2 de la production d’électricité en Allemagne.
– La nécessité pour l’Allemagne d’importer de l’électricité de la France, principalement d’origine nucléaire.

Qu’en est-il vraiment ?

Cet article, sur la base des données Eurostat, présente l’évolution de la consommation et de la production d’électricité en Allemagne de 1990 à 2018, avec une particulière attention portée à la période 2000-2018.

On constate tout d’abord que, sur la période 1991-2018, si la consommation énergétique finale totale par habitant a augmenté de 9 %, la consommation par habitant du secteur résidentiel a baissé de 11 %, ce qui témoigne d’un effort important d’efficacité dans les usages de l’électricité dans le secteur résidentiel.

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- par Denis Sieffert, publié le 11 mars 2020

Une crise globale

Depuis La Peste, le roman d’Albert Camus, nous savons que les grandes épidémies sont aussi des métaphores. Camus voyait dans la peste l’image symbolisée du nazisme. Nous pouvons voir dans la crise actuelle, comme en résumé, les folies du capitalisme mondialisé.

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Pendant quelques jours, le ciel de Pékin, d’ordinaire si chargé de pollution, a retrouvé ses couleurs azuréennes. Peu ou pas de voitures dans les rues, une économie au ralenti. À huit mille kilomètres de là, chez nous, des laboratoires pharmaceutiques, en manque de médicaments, parlaient de relocaliser leur production. On semblait prendre conscience de notre dépendance à la Chine. Nos industriels s’interrogeaient sur ce qu’ils appellent la désintégration de la chaîne de valeurs. Traduction : la cupidité qui conduit à chercher pour la moindre pièce détachée le pays le moins cher, et le travailleur le plus exploité. Et tout ce qui s’ensuit : débauche de transports maritimes et aériens, chômage dans nos régions, et désordres climatiques.

Prise de conscience salutaire ? Rêve d’écologiste ?

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- - Extreme Life - Bacteria - By Jasmin Fox-Skelly, 4 May 2017

There are diseases hidden in ice, and they are waking up

Long-dormant bacteria and viruses, trapped in ice and permafrost for centuries, are reviving as Earth's climate warms

Permafrost tundra in Siberia (Credit: Staffan Widstrand/naturepl.com)

Throughout history, humans have existed side-by-side with bacteria and viruses. From the bubonic plague to smallpox, we have evolved to resist them, and in response they have developed new ways of infecting us.

We have had antibiotics for almost a century, ever since Alexander Fleming discovered penicillin. In response, bacteria have responded by evolving antibiotic resistance. The battle is endless: because we spend so much time with pathogens, we sometimes develop a kind of natural stalemate.

However, what would happen if we were suddenly exposed to deadly bacteria and viruses that have been absent for thousands of years, or that we have never met before?

We may be about to find out. Climate change is melting permafrost soils that have been frozen for thousands of years, and as the soils melt they are releasing ancient viruses and bacteria that, having lain dormant, are springing back to life.

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14 Mars 2020

     

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[Entretien actualisé le 13 mars 2020]

Coronavirus : repères et point sur les connaissances avec le Pr Matthieu Revest, infectiologue

Remettre les choses au bon niveau : c'est l'objectif de cet entretien que nous vous proposons avec Matthieu Revest, professeur à l'Université de Rennes 1, infectiologue, responsable médical pour les maladies infectieuses émergentes pour le service de maladies infectieuses et réanimation médicale du CHU de Rennes.

 


 

Question -  Professeur Matthieu Revest bonjour, merci de nous accorder de votre temps pour nous aider à poser des repères clairs, basés sur les données scientifiques disponibles aujourd’hui concernant l’infection au coronavirus SARS-CoV-2. Pourriez-vous d’abord vous présenter, et nous dire quel rôle vous jouez dans la réponse médicale à cette infection et en prévention de l’épidémie ?

☛ Matthieu Revest - Bonjour, je suis professeur à l'Université de Rennes 1 où j'enseigne à la faculté de médecine. Je suis également infectiologue au CHU de Rennes, responsable médical pour les maladies infectieuses émergentes pour le service de maladies infectieuses et réanimation médicale du CHU de Rennes. À Rennes, nous prenons en charge plus particulièrement la Bretagne et les Pays de la Loire. Nous sommes équipés de chambres à pression négative, et d'un laboratoire de virologie doté d'équipements spécifiques. Le réseau national de lutte contre les maladies émergentes dont nous faisons partie est collaboratif, et solidement entraîné pour faire face à ce type de pathologies. Nous avons pu tirer les enseignements du SRAS de 2003, du MERS ou encore d'Ébola.

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- 13th March 2020, by George Monbiot, published in the Guardian 12th March 2020

The Extinguishing of Joy

The boats supplying the fish we eat are killing dolphins so fast that they are heading towards extinction.

How many people want dolphins killed? Apart from the psychopath shooting them in Florida, and the Japanese hunters slaughtering them every year in Taiji Cove, I would hazard a guess at none. They are perhaps the world’s most-loved wild animals. Yet, every day, dolphin killers form an orderly queue, at supermarket checkouts in the UK and around the world. If you are buying fish, and there is no clear and watertight guarantee, you are likely to be complicit in something that would revolt you.

A horrifying report last week shows that dolphin numbers in the Indian Ocean have fallen by some 87% since 1980, as they’ve been drowned in gill-nets set for tuna. But the problem is not confined to distant seas, or to tuna fisheries. On average, two dolphins or porpoises are washed up on UK beaches every day. Many of them show the scrapes and indentations caused by fishing nets. Discoveries of dead dolphins around the Bay of Biscay this year are likely to beat the grisly record set in 2019, when 1,100 were found on the French coast. Large numbers are also turning up on the beaches of Ireland.

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- International - 13 mars 2020 Par Amandine Alexandre

"Immunisation de groupe": le choix très risqué de Boris Johnson

Le premier ministre britannique n’a annoncé aucune mesure drastique face au Covid-19, jeudi 12 mars, lors d'une conférence de presse attendue. Le gouvernement mise sur le développement d’une "immunisation de groupe", processus qui risque de faire plusieurs centaines de milliers de victimes.

Londres (Grande-Bretagne), de notre correspondante.– Les Britanniques ont vécu un moment très étrange et très angoissant, jeudi 12 mars, en fin de journée. Le premier ministre a annoncé sur un ton solennel que le pays traversait "la plus grave crise sanitaire d’une génération" et qu’il ne comptait prendre aucune mesure drastique pour tenter de l’enrayer.

Hier, le Covid-19 n’avait fait que 8 victimes au Royaume-Uni, mais "beaucoup de familles vont perdre des proches de façon prématurée", a prévenu Boris Johnson de manière glaçante. À ses côtés, le médecin hygiéniste en chef d’Angleterre, Chris Whitty, a confirmé que le bilan pourrait s’élever à 500 000 morts si 80 % de la population contracte le Covid-19 et que le taux de létalité est de 1 %.
Ces déclarations choc n’ont été suivies d’aucune annonce choc. Les personnes qui toussent et ont une température de plus de 37,8 degrés sont désormais priées de s’isoler pendant une semaine, certes. Les voyages scolaires à l’étranger sont dorénavant interdits et les Britanniques les plus âgés sont priés de ne pas partir en croisière. C’est à peu près tout.

À un stade ultérieur du plan d’action du gouvernement, les seniors seront poussés à s’isoler mais ce moment n’est pas encore venu car, a fait valoir M. Whitty, au bout d’un certain temps, les gens "s’ennuient" et n’appliquent plus les recommandations sanitaires.

Alors que les mesures drastiques se multiplient en Europe, le Royaume-Uni a décidé d’adopter une stratégie très différente et très critiquée par beaucoup de scientifiques : en résumé, tenter de freiner la propagation du virus sans le stopper pour autant, afin de créer un phénomène d’immunisation de groupe ("herd immunity") qui, selon les autorités, permettra de mieux faire face au Covid-19 sur le temps long.

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13 Mars 2020

     

- Aristocratie stato-financière - Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire et Franck Dedieu, publié le 24/01/2020

Emmanuel Todd : "En bas l'intelligence progresse, tout comme le taux de crétins diplômés en haut"

Au cours d'un entretien fleuve, nous avons interrogé Emmanuel Todd pour "Les luttes de classes en France au XXIe siècle", son livre-évènement.

❐ Cet article est à retrouver dans le magazine n°1194 en kiosques cette semaine "Non, Monsieur le Président, vous n'êtes pas un dictateur... mais vous êtes un néolibéral autoritaire", disponible en ligne pour 3,49 euros seulement.

Dans son dernier ouvrage, Les luttes de classes en France au XXIe siècle, inspiré par Karl Marx - auteur de Les luttes de classes en France (1850) - Emmanuel Todd réalise une photographie sociale de la France. Il cherche à répondre à un paradoxe : alors que l'euro a échoué économiquement, il a triomphé politiquement, au prix du retour de la lutte des classes.

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- 12 mars 2020, Par Jade Lindgaard - Blog : Thermolactyl, pour ne pas grelotter du chaos climatique

La démocratie n’est pas soluble dans le coronavirus

La crise du coronavirus révèle à quel point nos systèmes de défense sociaux sont défaillants : pas assez de moyens dans les hôpitaux, pas assez de moyens dans les écoles, pas assez de production locale pour s'affranchir des flux de la mondialisation. Et pas assez de culture démocratique.

Confinement, interdiction de rassemblements publics, fermeture d’écoles, d’universités, de magasins, de frontières : en France, en Europe et aux Etats-Unis, des mesures coercitives particulièrement graves en démocratie sont prises sans faire l’objet de consultation. Dans bien des cas, elles ne font même pas l’objet de discussion publique : est-ce efficace ? Opportun ? Proportionné au danger ?

Ces décisions portent pourtant atteinte à des libertés fondamentales : droit de se réunir, de s’éduquer, de commercer, de manifester, de se déplacer. Face à la contamination du Covid-19, l’inquiétude semble tout emporter, et en premier lieu, l’interrogation sur le bon dispositif de décision face à l’urgence sanitaire : qui doit en décider et sur la base de quels arguments ? Avec quelle place accordée au débat contradictoire ? Et pendant combien de temps ?

Le ministre de la santé, Olivier Véran, a ainsi pu annoncer dimanche 8 mars que les rassemblements de plus de mille personnes étaient interdits en France, à l’exception des "manifestations utiles à l’activité de la Nation". Cette déclaration a suivi la réunion exceptionnelle d’un Conseil de défense – depuis quand les ministères des armées et des affaires étrangères sont-ils connus pour leurs compétences en épidémiologie ? Le lendemain un décret est publié.

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- Analyse - 13 mars 2020 Par Ellen Salvi

Emmanuel Macron annonce une “rupture” en trompe-l’œil

Face à la crise sanitaire, Emmanuel Macron a vanté "l’État-providence" et promis "des décisions de rupture". Mais sur le fond, les mesures annoncées confirment que la politique pro-entreprises de l’exécutif reste sa principale boussole.

Emmanuel Macron a désavoué Emmanuel Macron. Jeudi 12 mars au soir, dans une allocution télévisée consacrée à l’épidémie du coronavirus, durant laquelle il a notamment annoncé la fermeture de tous les établissements scolaires "jusqu’à nouvel ordre", le président de la République s’est exprimé comme s’il venait tout juste d’être élu et qu’il découvrait à quel point notre système de santé est précieux.

"La santé n’a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu’il en coûte", a affirmé celui qui, en avril 2018, avait pourtant assuré à une aide-soignante qu’il ne pouvait pas faire plus pour l’hôpital en raison de la dette publique. "Je n’ai pas d’argent magique", avait-il répondu à l’époque.

Deux ans plus tard, à la faveur de ce qu’il qualifie de "plus grave crise sanitaire qu’ait connue la France depuis un siècle", le chef de l’État a longuement remercié "ces héros en blouse blanche, ces milliers de femmes et d’hommes admirables qui n’ont d’autre boussole que le soin".

Les mêmes qui se mobilisent depuis des mois dans l’espoir d’obtenir un peu plus que la charité d’un plan d’urgence a minima. Les mêmes à qui l’exécutif n’a accordé, pendant trois ans, que de faibles concessions, pour mieux imposer sa "transformation" néolibérale.

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- Reportage - 12 mars 2020 Par Faïza Zerouala

"Je n’y retournerai pour rien au monde": la grande déprime des enseignants

Le nombre de démissions de profs a bondi de 120 % chez les titulaires en cinq ans. Certains se sentent méprisés. Et depuis le début de l’année la rupture conventionnelle est possible dans la fonction publique… Le ministère a lancé une consultation.

"Je me suis heurtée à une réalité qui n’est pas de mon ressort. On peut bien dire ce qu’on veut : sans politique sociale, on n’arrivera à rien." Anne*, 27 ans, a enseigné cinq ans dans un collège de Seine-Saint-Denis par choix, pas par défaut, puis a perdu la foi, comme elle dit. Alors elle a décidé de partir. Cette ancienne professeure de français raconte l’histoire d’un rêve déçu, celui de contrecarrer "les déterminismes par la culture".

Au début, pourtant, sur le premier poste demandé dans un collège REP +, cela fonctionne, notamment grâce à une équipe pédagogique soudée et motivée. "La désillusion vient plus tard, la fatigue assez vite." Elle explique qu’en français, dans cette ville défavorisée, un enfant "niveau 6e" équivaut à un "niveau CM1" dans un quartier privilégié. Difficile de rectifier la situation quand "toutes les heures déléguées à l’accompagnement ont été supprimées. Sans oublier l’absence de transports en commun, de mixité sociale, la concentration urbaine intense…" Si des fonds sont débloqués pour l’éducation prioritaire, l’argent ne suffit pas, selon elle.

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- Virus - Aïna Skjellaug, publié jeudi 12 mars 2020

“Pour me protéger, j’ai décidé de ne plus voir mes petits-enfants”

Partout, face à la pandémie, des grands-parents prennent la difficile décision d’arrêter de côtoyer leurs petits-enfants, vecteurs de virus. Pour le médecin de famille, il s’agit de pondérer au cas par cas

"Je ne suis pas malade, pourquoi je ne peux plus voir grand-papa? Il me fait rire."

Pour le petit Albert, 4 ans et demi, difficile de comprendre l’éloignement soudain de son grand-père. C’est ce dernier qui en a décidé ainsi, après mûre réflexion, par mesure de précaution. Philippe Nordmann a 76 ans et six petits-enfants, dont quatre en bas âge.

"Mes enfants se font du souci pour moi. Je suis en bonne santé, mais à mon âge je fais partie des personnes à risque”, admet-il. “La décision d’éviter le contact direct avec mes petits-enfants en bas âge n’a pas été facile à prendre, je me suis entre autres basé sur les recommandations du médecin cantonal. Nous n’avons dorénavant plus de contrôle sur les chaînes de transmission du virus, il s’agit de ralentir la contamination, et je suis prêt à subir ces mesures d’éloignement jusqu’à cet été s’il le faut.”

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  Stéphane Bussard, publié jeudi 12 mars - Interview

Suerie Moon: "Avec le coronavirus, les Etats-Unis courent au désastre"

Experte dans les pandémies, la codirectrice du Centre de santé globale de l’Institut de hautes études internationales et du développement juge très dangereux le manque de leadership politique de la Maison-Blanche. Elle estime aussi que les Etats, trop repliés sur eux-mêmes, n’ont pas eu une réaction suffisante à la crise

Suerie Moon et Vinh-Kim Nguyen, les deux nouveaux co-directeurs du Global Health Centrer de l'IHEID à Genève, le 7 novembre 2019. — © David Wagnières pour Le Temps

❐ Codirectrice du Centre de santé globale de l’Institut de hautes études internationales, ex-directrice du groupe indépendant de Harvard-LSHTM sur Ebola, Suerie Moon jette un regard critique sur l’expansion du Covid-19.

Le président américain Donald Trump a décidé d’interdire les vols de l’Europe aux Etats-Unis. Il est fortement critiqué pour son manque de leadership. Quelles peuvent en être les conséquences?

☛ Le message que le président américain, ses ministres et ses conseillers, voire les membres de son parti, envoient à l’opinion publique au sujet de la crise du coronavirus est extrêmement dangereux. Donald Trump a laissé entendre que le coronavirus pourrait disparaître cet été. Personne n’a de réponse définitive à ce sujet. Mais minimiser ainsi la crise est irresponsable.

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- Tribune > 13 mars 2020 / Jean Gadrey

Le coronavirus révèle l’extrême fragilité de la mondialisation néolibérale

Un krach financier dû au coronavirus est fort probable. Plutôt que de se réjouir d’une récession mondiale imposée qui aurait des effets humains dévastateurs, « la crise actuelle peut agir comme un révélateur des fragilités extrêmes de la mondialisation et contribuer à sa condamnation », écrit l’auteur de cette tribune.

❐ Jean Gadrey, économiste, professeur honoraire à l’Université Lille I, est l’auteur d’Adieu à la croissance — bien vivre dans un monde solidaire (Les Petits matins, 2015).

Si l’on en croit les éditorialistes économiques qui tiennent le haut du pavé médiatique, le grand péril lié à la diffusion potentiellement mondiale du coronavirus n’est pas de type sanitaire comme le pensent les personnes ordinaires qui n’ont pas été formées ni déformées par l’économie. Les malades, les morts par milliers, certes c’est fâcheux. Mais il y a bien pire : la croissance mondiale est terriblement affectée, voire infectée. L’économie tousse et le phénomène devient, lui aussi, viral.

D’abord, la croissance chinoise est en train de plonger. Certains évoquent déjà en frémissant une récession à venir (Le Monde du 4 mars 2020) dans l’Empire du milieu, qui était devenu le symbole de l’hyper croissance : la croissance de l’économie chinoise entre 1983 et 2013 a été de 10,2 % par an en moyenne, ce qui laisse très loin derrière nos modestes « Trente Glorieuses ». Il est vrai qu’un essoufflement s’est produit depuis une dizaine d’années, avec « seulement » 8,1 % en moyenne entre 2008 et 2018, un petit 6,6 % en 2018 et 6,1 % en 2019.

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12 Mars 2020

     

- par Frédéric Lordon, 11 mars 2020

Coronakrach

Donc c’est reparti pour un tour ? En réalité, avec la mondialisation financière, on sait bien que le manège ne connaît pas la pause : la convulsion y est de droit et la tranquillité d’intervalle. Depuis belle lurette on voit venir la crise d’après — elle est désormais la crise présente.

Il ne faut cependant pas se tromper quant à sa nature. Dans la plupart des cas, les krachs proprement boursiers (c’est-à-dire n’impliquant que le compartiment des actions) sont davantage à grand spectacle qu’à grands effets. Celui de 1987 avait été absorbé comme une fleur, celui de la bulle Internet en 2001 était passé moins facilement, mais sans commune mesure avec les dévastations d’une crise de dette comme celle des subprimes. Au reste, sauf à tout confondre, la dégringolade des valeurs bancaires (c’est-à-dire du cours de leurs actions) n’a en soi aucune conséquence sérieuse : elle n’affecte que les détenteurs de ces valeurs, sans avoir en tant que telle le moindre effet sur la conduite des opérations des banques — et donc n’est, en soi, l’indice d’aucune nécessité de "sauver les banques". Que BNP Paribas perde 50 % en trois semaines, c’est totalement anecdotique, et n’inquiète que la direction qui voit sa boutique tellement dévalorisée en Bourse qu’elle en devient une cible affriolante pour une OPA.

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- Décryptage - 09 mars 2020 - Photo d'illustration Philippe HUGUEN/AFP

Le pétrole s'effondre, et ce n'est pas une bonne nouvelle (sauf à la pompe)

La baisse des prix à la pompe va se poursuivre ces prochaines semaines... et c'est à peu près la seule bonne nouvelle de l'effondrement des prix du pétrole.

Le prix du baril a été divisé par deux depuis le début de l'année: tutoyant les 70 dollars fin 2019, il se vendait ce lundi à moins de 35 dollars.

Le brent en chute libre

Lundi, la chute a été sans précédent depuis 30 ans, et la première guerre du Golfe de 1991: le pétrole a enregistré une baisse de 25% en une seule journée.

Les prix des carburants à la pompe, en baisse quasi continue depuis deux mois, devraient continuer à s'en ressentir ces prochaines semaines.

Une bonne nouvelle ? Pour les automobilistes et à court terme, oui. Mais tout n'est pas si simple.

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- Brèves > 11 mars 2020

Coronavirus : l’Europe suspend la règle poussant les avions à voler vides

☛ Actualisation - Mercredi 11 mars 2020 :

La Commission européenne a accepté mardi 10 mars de suspendre les règles qui obligent les compagnies aériennes à effectuer des "vols fantômes" à vide, alors que l’UE tente d’atténuer l’impact de l’épidémie de coronavirus sur l’économie.

Les compagnies aériennes se voient attribuer des créneaux horaires dans les aéroports, c’est-à-dire les heures auxquelles elles peuvent atterrir et décoller, mais risquent de les perdre si elles ne respectent pas au moins 80 % d’entre eux au cours d’une année civile.

Bien que l’épidémie de coronavirus ait freiné les projets de voyage et entraîné des annulations massives de vols afin de contenir la maladie, les transporteurs ont quand même dû mettre des avions en vol afin de sauvegarder le plan d’activité de l’année prochaine.

Les règles ont été suspendues dans le passé, après les attaques terroristes du 11 septembre, pendant l’épidémie de SRAS et à certains moments de la crise financière de 2008. Les coronavirus bénéficieront du même traitement.

La Commission a été mise sous pression pour agir sous plusieurs angles. Huit eurodéputés verts avaient déjà écrit à Adina Vălean, la responsable des transports de l’UE, pour lui demander de suspendre le règlement dit "80/20", en invoquant l’impact environnemental inutile d’un respect continu des règles.

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- Impunité ? - par Ludo Simbille, 12 mars 2020 - Recueilli par Ludo Simbille et Raphaël Godechot

"Dans les affaires de violences policières illégitimes, la justice fonctionne très mal"

L’avocat Yassine Bouzrou défend des familles de personnes tuées par les forces de l’ordre, ainsi que des gilets jaunes blessés. Au fil des affaires, il constate de graves dysfonctionnements : criminalisation ou disqualification post-mortem des victimes, instructions peu rigoureuses, expertises médicales contestables... Entretien.

Basta ! : Vous suivez depuis plusieurs années des affaires de décès liés aux forces de l’ordre, comme les affaires Adama Traoré ou Zineb Redouane. Quels points communs relevez-vous entre ces dossiers ?

☛ Yassine Bouzrou : On en constate un certain nombre sur ces affaires de violences policières illégitimes. Il y a d’abord un manque d’effectivité de l’enquête. Les magistrats instructeurs ne vont pas au bout des investigations. Je pense notamment aux reconstitutions, très importantes en la matière : les magistrats les refusent quasi systématiquement. Ces refus sont malheureusement confirmés par les cours d’appel.

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11 Mars 2020

     

- Enquête > 11 mars 2020 / par Moran Kerinec

Référendum ADP : la plateforme du gouvernement a-t-elle supprimé des votants ?

Alors que le recueil des soutiens se clôture demain, le 12 mars, le site du ministère de l’Intérieur dédié au référendum d’initiative partagée contre la privatisation des Aéroports de Paris est toujours truffé de bugs. "Un empilement d’incompétences graves dans une démocratie", dénonce un opposant à la privatisation.

Le compte à rebours bat ses dernières mesures. Les opposants à la privatisation des Aéroports de Paris (ADP) ont jusqu’à jeudi 12 mars, minuit, pour recueillir les signatures de 4,7 millions d’électeurs français nécessaires pour déclencher un référendum d’initiative partagée (RIP). Mardi 10 mars, leur nombre planait aux alentours de 1,07 million selon le collectif ADP RIP (pour Référendum d’initiative partagée).

Un score bien insuffisant pour enclencher le processus démocratique. D’autant que les problèmes à répétition du site internet du ministère de l’Intérieur consacré au recueil des signatures brident les citoyens qui souhaitent y participer.

Ces écueils ne sont pas récents. Dès son lancement, le 13 juin dernier, l’outil a été pointé du doigt pour son interface calamiteuse. "S’ils avaient voulu faire une plateforme anti-ergonomique, ils n’auraient pas fait autrement, fustige Benjamin Sonntag, cofondateur de la Quadrature du Net, nous sommes plusieurs geeks à ne pas avoir réussi à s’inscrire sur cette pétition. Il y a une volonté active de rendre cet outil non-démocratique." Au point de motiver les internautes à rédiger leurs propres modes d’emploi pour participer. Mais ces tutoriels ne suffisent pas toujours. Car le site du ministère de l’Intérieur est programmé pour comparer les informations saisies avec celles enregistrées au répertoire électoral unique, administré par l’Insee. Une seule différence d’accent, ou l’absence d’un tiret, peut enrayer l’inscription. Ce souci du détail s’explique par la volonté d’empêcher des imposteurs d’endosser d’autres identité pour voter, mais ces mesures pour déjouer la fraude nuisent à la capacité des citoyens à participer au RIP.

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- Sylvia Revello, publié mardi 10 mars 2020 - Prévention  

Coronavirus: des acteurs culturels alertent les jeunes

De Chappatte à Thomas Wiesel, dessinateurs et humoristes romands se mobilisent pour sensibiliser les adolescents aux risques du coronavirus et les inciter à appliquer les consignes de sécurité :

 

Télécharger la planche de Chappatte en PDF ici

"Tu ne te sens pas concerné par le coronavirus? N’oublie pas que ta grand-mère, elle, l’est peut-être."

Tel est le message qu’un collectif d’acteurs culturels romands souhaite faire passer auprès des jeunes pour les inciter à appliquer les consignes de sécurité, au même titre que le reste de la population. Chappatte, Thomas Wiesel ou encore Marina Rollman et le Grand JD: plusieurs dessinateurs, humoristes et youtubeurs participent à cette campagne de prévention spontanée menée en ligne et sur papier.

L’enjeu? Eviter que les jeunes, moins vulnérables, ne deviennent le maillon faible du dispositif de lutte contre l’épidémie.

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- 9 mars 2020, Laurie Debove

Coronavirus : des avions volent sans passagers pour garder leurs "créneaux de vols"

En France, le secteur aérien bénéficie toujours de larges faveurs gouvernementales, avec l’autorisation actée ou en cours de nombreux projets d’extension d’aéroports partout sur le territoire.

Pendant l’épidémie de coronavirus, des compagnies aériennes font voler des avions à vide pour ne pas perdre leurs créneaux de vol, brûlant et gaspillant des milliers de litres de carburant pour rien.

Des vols à vide

Derrière cette situation ubuesque, une règle surnommée "use it or lose it" : celle de lois européennes imposant aux compagnies aériennes d’effectuer 80% de leurs vols si elles ne veulent pas perdre les créneaux qui leur sont attribués au profit de leurs concurrents.

Résultat : certaines compagnies aériennes ont gaspillé des milliers de litres de carburant en faisant voler les avions vides à destination et en provenance de l’Europe

Face à cette situation aberrante, le ministre britannique des transports, Grant Shapps, a écrit à la Commission Européenne pour lui demander d’abolir cette règle, au moins durant le temps de la propagation du coronavirus, indiquant qu’une pause temporaire était une décision sensée à la fois sur le plan environnemental et financier. Même demande de la part du ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire.

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- Jonah Lipton, postdoctoral researcher at the Firoz Lalji Centre for Africa, London School of Economics, Wednesday 11 March 2020

What Ebola taught me about coronavirus: panic will get us nowhere

We must take care, but not lose sight of the bigger picture. Fixating on the virus means we often ignore wider social and economic priorities

Sierra Leone health officials check passengers crossing at the border with Liberia to curb the spread of Ebola. Photograph: Zoom Dosso/AFP

Coronavirus has become inescapable, with more than 100,000 confirmed cases and almost 4,000 deaths globally to date. Even for those of us who have not had direct contact with the virus, it has our attention. It dominates the news and our conversations. Livelihoods, healthcare, travel, and social life are being impacted in ways that are difficult to quantify.

As the virus – and the associated fear – spreads, containment controls, and their consequences, are likely to become more severe.

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⚠️ ⚠️ ⚠️ Ce n'est pas compliqué : ⚠️ ⚠️ ⚠️

Le nouveau coronavirus NCP peut ne pas montrer de signe d'infection pendant plusieurs jours, comment savoir s’il nous a infectés ?

Au moment où la fièvre est apparue et / ou de la toux et qu’on se rend à l'hôpital, les poumons sont généralement à “50% de fibrose” et il est trop tard !

Les experts de Taïwan fournissent une auto-vérification simple que nous pouvons faire tous les matins :

☛ Respirez profondément et retenez votre souffle pendant plus de 10 secondes.

☛ Si vous terminez le test avec succès, donc sans tousser, sans inconfort, étouffement ou oppression, cela prouve qu'il n'y a pas de fibrose dans vos poumons, ce qui indique essentiellement aucune infection.

☛ En période critique, veuillez-vous auto-contrôler chaque matin dans un environnement à l'air pur !

 

DES CONSEILS ESSENTIELS donnés par des médecins japonais traitant des cas de COVID-19.

☛ Tout le monde devrait s'assurer que bouche et gorge sont humides, jamais SÈCHES.

☛ Prenez quelques gorgées d'eau au moins toutes les 15 minutes.

POURQUOI ?

Même si le virus pénètre dans votre bouche ... l'eau potable ou d'autres liquides les LAVERONT à travers votre œsophage et dans l'estomac.

Une fois-là dans le ventre ... votre acide gastrique tuera tout le virus.

Si vous ne buvez pas assez d'eau assez régulièrement ... le virus peut pénétrer dans vos trachées et pénétrer dans les POUMONS. C'est ce qui est très dangereux.

☛ Envoyez et partagez avec la famille, les amis et tout le monde

 

 

     

- 11 mars 2020, Bruno CANARD

Coronavirus : le cri de colère d’un chercheur du CNRS

☛ Bruno Canard est directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille. Lui et son équipe travaillent depuis plus de 10 ans sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus. L’homme a poussé un cri de colère sur les réseaux sociaux et média français sur les raisons potentielles d’une situation devenue ingérable, jusqu’à précipiter l’économie mondiale dans le gouffre. Selon lui, pour des motifs de budget et d’économie sans vision, la recherche fondamentale sur les coronavirus n’a pas été suffisamment soutenue. On peut même parler d’abandon. Cette incapacité à saisir l’importance d’une démarche collective d’anticipation pose question. La logique politique triomphante est au court terme et les chercheurs sont désormais invités à réagir dans l’urgence alors qu’ils manquaient de moyens jusqu’à aujourd’hui en dépit des épidémies successives de ces dernières années.

Je suis Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille. Mon équipe travaille sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus. En 2002, notre jeune équipe travaillait sur la dengue, ce qui m’a valu d’être invité à une conférence internationale où il a été question des coronavirus, une grande famille de virus que je ne connaissais pas. C’est à ce moment-là, en 2003, qu’a émergé l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et que l’Union européenne a lancé des grands programmes de recherche pour essayer de ne pas être prise au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience.

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 - Entretien > 10 mars 2020 / Propos recueillis par Hervé Kempf

Julien Bayou : "Macron nous mène au précipice, l’écologie doit offrir une alternative heureuse"

"La politique brusque de Macron déchire méthodiquement les promesses sur l’environnement, la justice sociale et la démocratie", dit le secrétaire général d’Europe Écologie-Les Verts. Selon Julien Bayou, "il est essentiel d’offrir une alternative heureuse, un projet de société fédérateur, émancipateur”.

❐  Julien Bayou est secrétaire national d’Europe Écologie — les Verts (EELV). Il est également cofondateur de plusieurs collectifs comme Jeudi noir, Génération précaire ou l’association Mon revenu de base.

Reporterre — Quelle est la situation actuelle de l’écologie politique ?

Julien Bayou — L’écologie politique est à la croisée des chemins. Nous sommes à deux doigts de devenir la force majeure autour de laquelle se réorganise le champ. Mais nous pouvons aussi être sanctionnés durement si nous décevons. Il faut se souvenir qu’au sortir du quinquennat hollande, EELV a failli disparaître. On a dû vendre le siège, on a dû licencier, on n’avait plus de députés. EELV a disparu des radars entre 2016 et 2017. C’était une phase très difficile. Mais David Cormand a su amorcer le réarmement idéologique du mouvement en insistant sur la singularité de notre projet politique. Quand s’est opérée partir de 2018 une accélération de la prise de conscience écologique, autour des enjeux du climat, nous étions prêts.

Ce "moment vert" touche tous les âges, les ruraux comme les urbains et est plus interclassiste qu’on ne pourrait le penser. C’est fabuleux ! On est à un moment historique où se produit un basculement de l’opinion, une reconfiguration du débat autour des questions écologiques. Mais cela nous donne des devoirs et aucun droit.

Notre ennemi c’est l’excès de confiance. Aucun d’entre nous ne peut sérieusement dire : "Les Européennes, on a gagné." Certes notre boulot au Parlement européen était sérieux, certes Yannick Jadot a fait une très belle campagne, mais c’est bien un désir d’écologie qui dépasse notre seul parti qui explique notre bon score. Nous n’avons pas créé la vague verte. Mais nous étions les seuls légitimes à l’incarner, parce que nous n’avons jamais délaissé la casaque verte.

 

 

https://youtu.be/isnJrpSjaUI

 

 

 


10 Mars 2020

     

- Info > 10 mars 2020 / Marie Astier (Reporterre)

Numérisation des copies du bac, une décision énergivore et liberticide

Nouveauté du bac cette année : les copies des épreuves de contrôle continu sont numérisées et corrigées en ligne par les enseignants. Certains dénoncent un gâchis écologique et s’inquiètent de l’usage qui pourrait être fait de cette masse de données désormais accessibles aux algorithmes de l’intelligence artificielle.

Si le bac inaugure cette année une nouvelle formule (par ailleurs fort contestée), une autre nouveauté a été moins remarquée : toutes les copies des nouvelles épreuves vont être – ou l’ont déjà été pour celles qui viennent de se dérouler – numérisées.

Ces nouvelles épreuves, ce sont les E3C, ou "épreuves communes de contrôle continu". Passées en classes de première et de terminale par les filières générales et technologique, elles compteront pour 30 % de la note du bac. Elles se distinguent de l’épreuve terminale du baccalauréat car elles sont passées en cours d’année, à deux reprises (deuxième et troisième trimestre) et sont organisées au sein de chaque lycée : les sujets et la correction ne sont donc pas nationaux. Les élèves rédigent comme d’habitude sur papier, puis les copies sont passées dans des scanners qui les anonymisent. Chaque enseignant retrouve alors son lot de copies à corriger en ligne, dans un logiciel nommé Santorin.

Ce n’est pas la première fois que des copies d’examen sont numérisées dans l’Éducation nationale. C’est le cas depuis de nombreuses années pour les copies de bac des lycées français de l’étranger, et un test a été effectué l’an dernier pour certaines épreuves dans une quinzaine d’académies. Mais il s’agit de la première généralisation à tous les candidats du célèbre examen.

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- #Environnement - #Agriculture - 28/02/2020, Lila Meghraoua

"Les agriculteurs qui travaillent à échelle humaine sont le socle de la société du futur"

Une fois par mois, nous nous associons au Parisien, à Konbini News et à France Culture pour alerter et proposer des solutions face à l’urgence écologique. Pour ce 6e rendez-vous de l'opération #SauverLePrésent, consacré à la problématique de l'agriculture, nous avons discuté avec Stéphanie Maubé qui élève des moutons dans le Cotentin depuis près de 10 ans et qui a co-écrit Il était une bergère (éd. Le Rouergue, 2020). Elle nous a expliqué pourquoi berger, c’est un métier du futur.

Il y a encore dix ans, Stéphanie Maubé vivait à Paris et squattait les plateaux de tournage. Elle travaillait dans l’audiovisuel.

Un peu par hasard, elle a alors "remporté" un séjour à la campagne.

Une nuit, elle se retrouve à aider un berger à mettre bas ses brebis. Une épiphanie dans le sens le plus littéral. Depuis, elle a gagné au lycée agricole ses galons de bergère et est à la tête d’un troupeau d’une centaine de moutons qu’elle élève avec une approche naturelle. Dehors, à l’herbe et l’air libre.

Le journaliste Yves Deloison l’a suivie dans son quotidien. Ensemble ils ont écrit Il était une bergère, paru récemment aux Éditions Le Rouergue, un livre-témoignage, mais aussi une réflexion sur une agriculture à taille humaine.

On a discuté avec la bergère, à des années-lumière des codes pastoraux classiques. Être berger, c’est le futur.

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- Virginie Nussbaum, publié dimanche 8 mars - Cinéma

Iris Brey: "Nous avons été formatés par les images"

Et si les femmes étaient filmées comme des sujets plutôt que comme des objets de désir? Dans son nouveau livre, cette spécialiste du cinéma propose un regard alternatif et révolutionnaire, le "female gaze"

Adèle Haenel (à gauche) et Noémie Merlant dans "Portrait de la jeune fille en feu" de Céline Sciamma.— © DR

❐ A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, "Le Temps" propose un cycle d’articles pendant trois jours.

"La honte!" Ces mots sont ceux de l’actrice Adèle Haenel, quittant la cérémonie des Césars à grandes enjambées vendredi dernier à l’annonce du sacre de Roman Polanski, nommé meilleur réalisateur pour son film J’accuse. Une scène qui a fait polémique, récoltant tour à tour blâmes virulents et soutiens fervents – dont celui d’une alliée, Iris Brey.

Critique de films et de séries pour Les Inrocks et France Culture, universitaire spécialiste de la représentation du genre et des sexualités à l’écran, Iris Brey dénonce régulièrement la place accordée aux femmes dans le septième art, au sein des institutions mais aussi des images elles-mêmes.

Dans son livre paru le mois dernier, Le Regard féminin – Une Révolution à l’écran, elle décortique ce que Laura Mulvey qualifiait, en 1975 déjà, de "male gaze", cette manière très masculine de filmer l’expérience et le corps féminins. Et montre qu’il existe des alternatives… nécessaires.

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- Reportage - 10 mars 2020 Par Rozenn Le Saint

Mediator: comment l’agence du médicament a toléré les taupes de Servier

Un enregistrement inédit d’une réunion de la commission d’autorisation de mise sur le marché de la police sanitaire a été entendu au procès. Ses experts, par ailleurs consultants pour le laboratoire Servier, assistaient aux débats sur le Mediator.

Le temps de trois quarts d’heure, le tribunal correctionnel de Paris a vécu, le 4 mars, un voyage spatio-temporel. Il est remonté dans le temps pour se retrouver le 5 avril 2007 au cœur de la stratégique (d’habitude impénétrable) commission d’autorisation de mise sur le marché de l’agence du médicament, en plein débat sur le Mediator. La défense de Servier bataille depuis 2013 pour avoir accès au document sonore et qu’il soit instruit au dossier pénal. L’écoute en dit long sur ce que savait l’administration deux ans et demi avant qu’elle interdise enfin le dangereux médicament.

Les commissions de ce type ont été enregistrées à partir de 2006. Mais c'est le seul document sonore qu'a réussi à récupérer Servier dans le but de démontrer la mauvaise foi de l'agence du médicament. L'enregistrement avait cependant été écarté par les enquêteurs de la lutte contre le crime organisé et la délinquance financière. "Des enregistrements de mauvaise qualité" avaient étonnamment été évoqués. "Tout a été fait pour protéger l’État. Il s’agit pourtant d’un livre ouvert de l’historique réel", comme Me François De Castro qualifie le document inédit. "Très instructif", a aussi reconnu Sylvie Daunis, la présidente du tribunal. Le but premier est de clarifier les règles de déontologie qui s’imposaient à l’époque au sein de l’agence du médicament. 

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09 Mars 2020

     

  Enquête > 9 mars 2020 / Marie Astier (Reporterre)

Maires ruraux, ils sont à la pointe de la transition écologique

Langouët, Puy-Saint-André, Faux-la-montagne... Les petites communes sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans la transition écologique. Souvent à l’origine de projets précurseurs, leurs maires font montre d’un optimisme sans faille... Mais pointent aussi les difficultés que peut rencontrer un village sur le long chemin de la transition.

Là, c’est une cantine 100 % bio. Ici, une production d’énergie renouvelable et locale. Ailleurs, une impulsion décisive donnée à une agriculture paysanne. Plus loin, une école en matériaux écologiques et très peu consommatrice d’énergie. Ou encore, une rivière renaturalisée et la biodiversité revenue sur le territoire. À Reporterre, les reportages dans les (petits) villages faisant de grandes choses pour la transition écologique poussent tels des herbes folles au printemps. Et nous vous le rappelions grâce à un kit détaillé à l’usage des citoyens et de leurs futurs élus il y a quelques semaines : l’échelon de la commune est assurément l’un de ceux auxquels il faut et on peut agir.

Mais suffit-il de vouloir pour pouvoir ? Ce chapelet d’expériences est-il généralisable à l’ensemble des communes rurales ? Est-il plus facile de mener la transition écologique dans un village qu’en ville ? "Je peux sortir de mon bureau, mettre les bottes, et aller voir ce qui se passe. Le village est une échelle qui permet une prise sur le réel", dit Daniel Cueff, maire de Langouët, dans le Finistère. Désormais connu pour son arrêté anti-pesticides, il a aussi impulsé dans sa commune de 600 habitants la première cantine totalement bio, une école basse consommation, la construction de maisons "zéro carbone, zéro déchet de chantier", etc.

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- Reportage > 9 mars 2020 / Laury-Anne Cholez (Reporterre)

Convention citoyenne pour le climat : l’heure de rendre les copies

Pour sa sixième session, la convention citoyenne pour le climat a présenté 150 mesures visant à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Des propositions assez radicales qui doivent encore être votées et ne seront pas dévoilées publiquement avant le mois d’avril.

Paris, reportage - "Je vous propose d’être ambitieux et d’entrer dans l’histoire." Dans l’hémicycle du conseil économique, social et environnemental (CESE), les 150 membres de la convention citoyenne pour le climat applaudissent à l’unisson l’un des leurs. Depuis octobre dernier, ces femmes et ces hommes rencontrent experts, associations environnementales, scientifiques et lobbyistes afin de trouver des solutions pour réduire de 40 % de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici dix ans.

Travaillant d’arrache-pied, ils ont pris leur mission très à cœur, devenant de véritables experts de leur sujet. "Ce que nous faisons est historique et nous sommes regardés de près. Même si je sais que Reporterre, vous n’avez pas été spécialement tendre avec nous", remarque Sylvain, un Parisien membre de la convention. Il est vrai que ce processus de démocratie participative voulu par Emmanuel Macron a laissé certains acteurs assez dubitatifs. Comment de simples citoyens, pas spécialement écolos, seraient-ils capables de prendre de bonnes décisions et de se faire entendre sur la question climatique alors que les ONG et scientifiques prêchent dans le désert depuis des années ? Le 6 mars dernier, Attac a même publié une tribune les invitant à "porter des exigences à la hauteur des enjeux en faisant fi des carcans imposés" afin d’éviter "les mesures inoffensives et autres petits pas inefficaces".

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- 9 mars 2020, par Les invités de Mediapart - Blog : Le blog de Les invités de Mediapart

Assemblée de riposte aux violences d’État

Face aux "violences d'État", un large collectif de citoyens, intellectuels et militants, parmi lesquels Toni Negri, Arié Alimi, Ludivine Bantigny ou encore Annie Ernaux, appelle à une assemblée de riposte le 15 mars : "Nous ne pouvons pas en rester aux constats, ni à l’égrenage des témoignages, ni même à l'analyse d'une situation. Il est urgent de passer à l’offensive collective."

Violences policières, violences judiciaires, acharnement administratif : les violences d'État s’abattent depuis des années et nous le savions – parce que nous connaissons ce qui se passe dans bien des quartiers et que révèlent avec courage et ténacité les collectifs qui exigent justice et vérité ; parce que nous connaissons la violence féroce qui pourchasse les migrantes et migrants, que l’on traque, enferme, expulse, ou bien qu’on laisse mourir – une indignité.

Ou nous ne le savions pas, pas assez – parce que nous découvrons la répression implacable des mouvements sociaux, depuis la loi "Travail" jusqu’au soulèvement des gilets jaunes et à la mobilisation contre la casse des retraites, comme une révélation.

La violence policière, mais aussi administrative et judiciaire, sociale et politique humilie, matraque, mutile, condamne et incarcère ; elle tue aussi parfois, d’abord dans les quartiers populaires. Parce que nous lui disons non, elle voudrait nous briser.

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08 Mars 2020

     

- Entretien > 5 mars 2020 / Entretien avec Bastien François

"La brutalisation caractérise la manière de gouverner de M. Macron”

Selon Bastien François, professeur de science politique, les institutions de la Ve République favorisent les comportements autoritaires et l’usage du 49-3 pour faire passer la réforme des retraites est donc "logique". Désormais, "il faut imaginer un système démocratique plus ouvert, plus inclusif", doté de contre-pouvoirs.

Bastien François est professeur de sciences politiques à la Sorbonne. Il est également président de la Fondation de l’écologie politique et l’auteur, notamment, de La 6e République — Pourquoi comment ?, aux éditions Le petit matin, 2015.

Le 29 février, le Premier ministre Édouard Philippe annonçait qu’il recourait à l’article 49-3 de la Constitution pour faire passer le texte de la réforme des retraites. Le 3 mars, l’Assemblée a rejeté les deux motions de censure — de la droite et de la gauche — qui visaient à en sanctionner l’utilisation.

Reporterre — Comment réagissez-vous à l’usage du 49-3 par le gouvernement ?

Bastien François — Je trouve cet usage pathétique. Quand on possède une majorité à l’Assemblée nationale et que l’on est sûr qu’elle va nous suivre, on peut prendre le risque d’une "obstruction" et se laisser du temps pour examiner le texte et réfléchir à la procédure.

Après, l’utilisation du 49-3 à ce stade n’a rien d’exceptionnel. Il était attendu. C’est le prolongement logique de la séquence ouverte il y a deux ans : on a commencé avec une pseudo concertation où personne n’y comprenait rien, puis on a débouché sur un texte mal ficelé avec une étude d’impact critiquée même par le Conseil d’État, et enfin le texte a été étudié en procédure accélérée. Le gouvernement aurait pu faire un autre choix procédural. Depuis le départ, on est dans une forme de brutalisation du mode de décision, sur un sujet très important. La réforme des retraites impactera tous les Français mais aussi les Français à naître et les Français des Français à naître etc.

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- Enquête - 7 mars 2020 Par Pascale Pascariello

Les pratiques "illégales" du préfet Lallement

Mediapart s’est procuré plusieurs notes de la gendarmerie nationale et de CRS qui remettent en question la légalité des ordres donnés par le préfet de police de Paris. "Des pratiques contraires à la législation ainsi qu’à la réglementation" et "des emplois disproportionnés de la force" y sont pointés. 

Bien que vivement critiqué, le préfet de police de Paris Didier Lallement continue de bénéficier du soutien du ministre de l'intérieur Christophe Castaner qui affirmait le 19 février : "Il n’y a pas de problème Lallement."

Une assertion qui est n'est pas partagée au sein de son propre ministère, loin s’en faut. Mediapart a en effet obtenu des notes émises par les plus hauts gradés de la gendarmerie nationale et de compagnies républicaines de sécurité (CRS), qui alertent solennellement sur l’irrégularité et la disproportion de l’usage de la force ordonnée par le préfet Didier Lallement. 

Le 20 mars 2019, il y a presque un an, Didier Lallement a été nommé préfet de police de Paris, avec le soutien de l'Élysée. Et avec une nouvelle doctrine définie par le ministre de l'intérieur lui-même dans son discours d'intronisation : "Une stratégie de mobilité, de réactivité, de contact, d'interpellations" tout "en assumant. En assumant, oui, les risques que cela comporte".

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-  Publié dimanche 8 mars 2020, Eléonore Sulser

Phumzile Mlambo-Ngcuka: "Pour défendre les femmes, il faut trouver un langage commun au plus de gens possible"


❐ Phumzile Mlambo-Ngcuka, secrétaire générale adjointe de l’ONU, dirige l’une des plus jeunes agences de l’organisation: ONU Femmes. Apartheid, #MeToo, avortement, masculinité, elle aborde tous les sujets avec ouverture et détermination.

❐ A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, "Le Temps" propose un cycle d’articles pendant trois jours.

Ce matin-là, Phumzile Mlambo-Ngcuka arrive tout juste de New York pour assister à Genève à l’ouverture du Conseil des droits de l’homme.

Dans le hall de l’hôtel Intercontinental, elle combat la fatigue avec du thé noir, mais sa détermination est intacte et sa parole claire.

Phumzile Mlambo-Ngcuka est une femme politique à la présence tranquille et forte. Et il en faut de la force pour entraîner ONU Femmes qui, malgré sa jeunesse – l’entité n’a été créée qu’en 2010 – défend les droits de la moitié de l’humanité.

Son opiniâtreté et son charisme, Phumzile Mlambo-Ngcuka les puise dans son histoire. Dès l’abolition de l’apartheid qu’elle a combattu au sein de l’ANC, elle a été députée, ministre puis vice-présidente d’Afrique du Sud aux côtés de Thabo Mbeki. En 2013, elle prend la tête d’ONU Femmes, succédant à la Chilienne Michelle Bachelet. (...)

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- Reportage > 7 mars 2020 Par Emmanuel Riondé

Gilets jaunes: remue-méninges autour d’une nouvelle constitution

La cinquième assemblée des assemblées des "gilets jaunes" s’est ouverte vendredi à Toulouse. Plongée dans un atelier de travail consacré au "processus constituant".

Après Commercy, Saint-Nazaire, Montceau-les-Mines et Montpellier, c’est donc Toulouse, place forte du mouvement, qui accueille depuis vendredi et jusqu’à dimanche la cinquième assemblée des assemblées (ADA 5) des "gilets jaunes". Autour de 400 délégué·e·s, femmes et hommes venu·e·s de toute la France ont convergé dès hier matin au nord-est de la ville dans un entrepôt vide réquisitionné, équipé, apprêté et décoré en moins d’une semaine par les militant·e·s toulousain·e·s. À l’autre bout de la ville, la Maison du peuple, squat militant ouvert au printemps dernier, accueille une "ADA Off" durant ces trois jours.

Venu de Valence dans le Tarn-et-Garonne, Frédéric se définit comme "un gilet jaune de la quatrième semaine. Ce qui m’intéresse, c’est le côté démocratique, comment on avance sur cet enjeu, assure-t-il. Et “Processus constituant”, c’est déjà presque trop orienté dans le titre, ça va rassembler les gilets jaunes pour qui la constituante est le sujet majeur… Or ce n’est pas le cas de tout le monde…" Craignant "le syndrome du plouc", il discerne avec humour les "gilets jaunes des villes" et les "gilets jaunes des champs". Les premiers cités étant suspectés de priser les enjeux les plus "intellos". Une sécession de gilets jaunes urbains et constituants ? Très vite, ses inquiétudes seront levées.

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- 6 mars 2020, Sarah Roubato

Le plus vieux désert du monde meurt pour les batteries de nos voitures "vertes"

"L’extraction minière du lithium ne fait que commencer". Il assure que le dialogue avec les communautés locales est essentiel, et que le gouvernement mène actuellement des études pour évaluer d’autres déserts de sels où étendre l’exploitation du lithium "pour préserver les lagons de Atacama". Nous voilà rassurés.

Quand on parle des espaces en danger, on imagine volontiers les forêts et les espaces humides. Mais les déserts sont tout aussi essentiels. Dans le nord du Chili, le désert de sel Atacama est un trésor naturel, national et mondial. C’est le plus vieux désert de notre planète. Il est aussi le réservoir de la plus ancienne collection de météorites, certaines âgées de plus de 2 millions d’années.

Or ce désert détient 40 % des réserves mondiales de lithium, l’ingrédient principal utilisé pour… les technologies vertes !

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- Entretien > 7 mars 2020 / Entretien avec Myriam Bahaffou


"Il y a un continuum entre l’exploitation des femmes et celle des ressources naturelles”

"L’écoféminisme permet de faire le lien entre la crise écologique et l’oppression des femmes", explique la chercheuse Myriam Bahaffou, qui a découvert ce mouvement en plein essor en France avec "soulagement". Son espoir : "Qu’il renouvelle les modes et les stratégies de lutte."

Myriam Bahaffou est chercheuse en philosophie et études de genre et militante écoféministe. Le 13 mars prochain, elle participera à la conférence perturbée de Reporterre et du Samovar intitulée "Écoféminisme : capitalisme et patriarcat, même combat ?"

Reporterre — Pourquoi vous mobilisez-vous le 8 mars ?

Myriam Bahaffou — C’est la première fois que je me mobilise pour un 8 mars, à vrai dire je n’ai jamais aimé les rassemblements ou tous les événements publics avec de gros mouvements de foule. Mais cette fois-ci, j’ai le sentiment que je ne peux pas faire autrement, comme s’il y avait une espèce d’urgence. En plus, avec ce qui s’est passé aux Césars, où l’élite du cinéma a ouvertement récompensé un pédocriminel, je sens une vraie impossibilité à rester chez moi et ne rien faire dimanche. J’ai l’impression que si on ne réagit pas maintenant, personne ne le fera pour nous. Côté écologie, c’est pareil : on n’est même plus au bord du précipice, on est dedans. Il y a donc urgence à se mobiliser, en masse, et avec rage et détermination. Je ne vois pas ma participation au 8 mars comme un choix réfléchi, mais plutôt comme un moment forcé par une situation générale délirante, que ce soit l’écocide ou le patriarcat. Ça ne m’empêche pas d’y aller avec enthousiasme et rage.

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07 Mars 2020

     

- By George Monbiot, published in the Guardian 4th March 2020, 6th March 2020

Suing For Survival

Our legal action against the government aims to shut down fossil fuels

Our survival is not an afterthought. The defence of the living planet cannot be tacked retrospectively onto business as usual. Yet this is how almost all governments operate. They slap the word “sustainable” on damaging projects they have already approved, then insist this means they’ve gone green. If we are to survive and prosper, everything must change. Every decision should begin with the question of what the planet can withstand.

This means that any discussion about new infrastructure should begin with ecological constraints. The figures are stark. A paper published in Nature last year showed that existing energy infrastructure, if it is allowed to run to the end of its natural life, will produce around 660 gigatonnes of CO2. Yet, to stand a reasonable chance of preventing more than 1.5°C of global heating, we can afford to release, in total, no more than 580 gigatonnes. In other words, far from building new fossil power plants, the survival of a habitable planet means retiring the damaging projects that have already been built. Electricity plants burning coal and gas and oil will not secure our prosperity. They will destroy it.

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- Reportage > 6 mars 2020 / Raphaël Goument (Reporterre)

Femmes Gilets jaunes contre les violences : "Nous sommes des putains de guerrières"

"On est des putains de guerrières, on revient toutes de loin." Marie fait partie des Amajaunes, un collectif de femmes formé au sein du groupe des Gilets jaunes de Saint-Nazaire. Ensemble, ces femmes parlent de violences sexuelles ou conjugales, couchent leurs expériences sur papier et luttent pour faire changer la société.

Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), reportage - "Dis donc, ça fait du bien de voir tout ce monde !" Un Gilet jaune de Saint-Nazaire se réjouit sur le pas de la nouvelle Maison du peuple occupée depuis seulement quelques mois. Le jeune homme a le sourire jusqu’aux oreilles. "C’est vrai qu’on n’a plus l’habitude de voir autant de camarades", renchérit un autre, profitant des derniers rayons de soleil pour siroter sa bière. Nouveau souffle pour le mouvement ? Cette affluence répond en fait à l’invitation des Amajaunes, un collectif de femmes formé au sein du groupe des Gilets jaunes de la ville portuaire de Loire-Atlantique, en mai 2019. Preuve que même si le mouvement ne mobilise plus autant, il s’ancre dans la durée et s’approfondit.

"L’idée au départ [des Amajaunes] était juste de se retrouver entre nous, entre copines, histoire de discuter, mais on s’est vite aperçues qu’on avait des choses en commun dans nos vies, notamment des parcours compliqués", explique à Reporterre Marie, Gilet jaune de la première heure. C’était aussi un moment de creux pour le groupe, après le frisson de la première occupation et des manifestations monstres. "Quand l’ancienne Maison du peuple [un ancien bâtiment Pôle emploi occupé près de cinq mois en 2019 et qui avait notamment accueilli la deuxième Assemblée des assemblées] a fermé, qui a tenu la baraque ? Les femmes !" insiste l’assistante maternelle, tout en roulant sa cigarette.

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-  Tribune > 6 mars 2020 / Magali Treholan (The Conversation)

Les femmes sont conditionnées dans l’enfance à être plus écolos

Les femmes sont-elles plus écolos que les hommes ? Niveau activisme, les femmes et les hommes s’engagent tout autant. Au quotidien, dans le foyer, les femmes adoptent plus volontiers des comportements verts, tel que le recyclage des déchets. Motif : elles sont conditionnées dans l’enfance avec une valorisation du « soin » et de la coopération.

Les travaux de recherche menés jusqu’à présent montrent que les femmes sont plus préoccupées par l’environnement et qu’elles adoptent davantage des comportements pro-environnementaux que les hommes. Mais, quand on regarde les comportements dans le détail, on constate que cette différence est valable surtout pour les comportements liés au foyer (recyclage des déchets, achats de produits verts, économies d’énergie, etc.) alors que, s’agissant de l’activisme environnemental, les femmes et les hommes s’engagent tout autant.

Comment expliquer cette différence ? Une première piste serait de penser que les femmes sont naturellement plus connectées à la nature que les hommes. Comme si cela était inné pour elles. Pourtant, une étude menée en Italie en 2019 montre qu’il n’y a pas de différence significative entre hommes et femmes en termes de rapport à la nature.

L’explication se trouverait dans la théorie de la socialisation qui fait plutôt consensus. Elle met ainsi en évidence que les femmes sont plus préoccupées par l’environnement du fait de la construction sociale genrée de nos sociétés occidentales.

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-  Mars 2020, pages 22 et 23, par Catherine Samary 

Des mouvements oblitérés par les discours de l’après-1989

Quand les peuples de l’Est luttaient au nom de l’idéal communiste

La passivité des populations du bloc soviétique compte au nombre des idées reçues transformées en vérités historiques après la chute du Mur. Masses privées de libre arbitre, elles ne pouvaient, selon l’Occident, qu’obéir servilement tout en maudissant le communisme. Or nombre des mouvements sociaux qui émaillèrent l’histoire du bloc de l’Est aspiraient en réalité à un vrai socialisme.

 

Dessin de Selçuk

La mémoire de l’effondrement du bloc soviétique, en 1989-1991, se décline toujours comme une collection d’images d’Épinal.

"En 1989,” explique le politologue britannique Timothy Garton Ash, “les Européens ont proposé un nouveau modèle de révolution non violente — de révolution de velours" ;

une image inversée, en somme, de celle qui prenait le Palais d’hiver en octobre 1917. Rien n’incarnerait mieux ce modèle que la Tchécoslovaquie et le dissident célèbre qui devint son président en 1989, Václav Havel, un dramaturge longtemps emprisonné par le régime. Cette interprétation attribue à l’idéologie libérale et à ses représentants un poids prépondérant dans la victoire de l’Ouest au terme de la guerre froide. Mais Havel lui-même n’y croyait pas. En 1989, admettait-il,

"la dissidence n’était pas prête. (…) Nous n’avons eu qu’une influence minime sur les événements eux-mêmes".

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06 Mars 2020

     

- Environnement - 19 septembre 2019, de Madeleine Stone

La calotte du Groenland est victime d'un inquiétant phénomène

Rencontre entre la terre et la banquise photographiée depuis un avion survolant le Groenland. L'inlandsis du Groenland recule en raison du réchauffement des températures et les scientifiques constatent que la glace fond de nouvelles façons alarmantes. - Photographie de Mario Tama/ Getty

Lorsque la seconde vague de chaleur qui a frappé l'Europe cet été a ensuite migré jusqu'au Groenland à la fin du mois de juillet, plus de la moitié de la surface de l'inlandsis a commencé à fondre pour la première fois depuis 2012. Une étude publiée mercredi dans la revue Nature montre que ces méga-fontes amplifiées par le changement climatique n'ont pas pour seul effet de faire perdre au Groenland des millions de tonnes de glace, elles laissent également derrière elles une glace plus dense.

Des "plaques de glace", ces lames solides dont la taille peut atteindre des centaines de kilomètres carré sur une épaisseur de quinze mètres, se propagent à travers la surface poreuse et parsemée de poches d'air de l'inlandsis du Groenland à mesure qu'il fond puis se reforme de plus en plus souvent.

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https://www.youtube.com/watch?v=-JdzA6fC91s

 

 


05 Mars 2020

     

- Janvier 2020, pages 12 et 13 - par Nicolas Castel & Bernard Friot,

Retraites, la réforme de trop

Un statut nommé désir

En dépit de toutes les attaques qu’il a subies depuis trois décennies, le régime de retraite français reste pensé comme un droit au salaire continué. Une logique qui mériterait d’être non seulement préservée, mais étendue.

Aurélie Piau. — "La guérite du loisir", 2014

Un conflit séculaire oppose deux visions de la retraite. La première, née en 1853 dans la fonction publique, envisage la pension comme la poursuite du salaire : les retraités sont des travailleurs libérés du marché de l’emploi. La seconde, mise en œuvre en 1850 avec la caisse nationale de retraites pour la vieillesse, fait de la pension une contrepartie des cotisations.

Aujourd’hui, la première approche est largement majoritaire. Avec la création en 1946 du régime général unifié de la Sécurité sociale géré par les travailleurs, le système de retraite de la fonction publique s’est étendu au privé. À un âge donné, la pension remplace un salaire de référence en fonction des trimestres validés, dès lors qu’a été perçu un minimum de rémunération ; on ne tient aucun compte du montant des cotisations versées par l’intéressé. Les retraités du régime général ont droit au salaire dans la limite d’un demi-plafond de la Sécurité sociale, soit 1 688,50 euros en 2019 ; ceux de la fonction publique ou des régimes statutaires, à 75 % de leur meilleur salaire brut pour une carrière complète. Ainsi, les trois quarts des pensions (240 sur 320 milliards d’euros par an) représentent du salaire continué.

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- 5 mars 2020 - Par Pascal Maillard, Blog : POLARED - Petit observatoire des libertés académiques. Recherche, Enseignement, Démocratie

Pourquoi l’université s’arrête? Billet participatif

En ce 5 mars 2020 les facs et labos en lutte contre la Loi de précarisation et de privatisation de la recherche (LPPR) ont décidé de s’arrêter. Proposition d’un billet participatif pour en expliquer les raisons.

❐ Le présent billet formule une série de 10 premières propositions sur le modèle syntaxique de l’opposition entre un "Ils" et un "Nous" :
L’Université s’arrête parce qu’ils…… . Nous

❐ J’invite chaque membre de la communauté d’enseignement et de recherche qui se sentirait impliqué dans ce "Nous" à formuler dans les commentaires de nouvelles propositions. Je les remonterai progressivement dans le billet. Je rappelle sous l'affiche d'Olivier Long deux extraits du discours de Simon Leys.

 
☛ L’Université s’arrête parce qu’ils ont fermé les portes de l’enseignement supérieur aux enfants des classes sociales les plus pauvres. Nous sommes l’Université Ouverte et nous demandons la disparition de Parcoursup. 

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- Fiona Harvey, Environment correspondent, Wednesday 4 March 2020

Tropical forests losing their ability to absorb carbon, study finds

Amazon could turn into source of CO2 in atmosphere by next decade, research suggests

Amazon forest canopy at dawn. The loss of forests as ‘carbon sinks’ is likely to make climate breakdown more severe. Photograph: Peter Vander Sleen/PA

Tropical forests are taking up less carbon dioxide from the air, reducing their ability to act as “carbon sinks” and bringing closer the prospect of accelerating climate breakdown.

The Amazon could turn into a source of carbon in the atmosphere, instead of one of the biggest absorbers of the gas, as soon as the next decade, owing to the damage caused by loggers and farming interests and the impacts of the climate crisis, new research has found.

If that happens, climate breakdown is likely to become much more severe in its impacts, and the world will have to cut down much faster on carbon-producing activities to counteract the loss of the carbon sinks.

“We’ve found that one of the most worrying impacts of climate change has already begun,” said Simon Lewis, professor in the school of geography at Leeds University, one of the senior authors of the research. “This is decades ahead of even the most pessimistic climate models.”

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- 03/03/2020, AFP, A. Nimani

La "pandémie" de la pollution de l’air provoque 8,8 millions de décès prématurés par an

La "pandémie" de pollution atmosphérique réduit l’espérance de vie dans le monde de près de trois ans en moyenne, et provoque 8,8 millions de décès prématurés par an, selon une étude publiée mardi.

"La pollution de l’air est un plus grand risque pour la santé publique que le tabagisme", dit Jos Lelieveld de l’Institut Max Planck (Mayence, Allemagne) premier auteur de l’étude parue dans la revue de la Société européenne de cardiologie, Cardiovascular Research. Un désastre qui pourrait être évité "en grande partie en remplaçant les combustibles fossiles par des énergies renouvelables propres", relève-t-il.

Comparée à d’autres causes de décès prématuré, la pollution de l’air tue 19 fois plus de personnes chaque année que le paludisme, neuf fois plus que le VIH/sida, et près de trois fois plus que l’alcool, d’après l’étude. Les maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) représentent près de la moitié de ces décès, les maladies pulmonaires et d’autres maladies non transmissibles comme le diabète et l’hypertension artérielle constituent la majeure partie du reste.

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- Monnaie - Frédéric Faux, Publié jeudi 5 mars 2020

La Suède revient à l’argent liquide

La nation du "paiement tout numérique" fait marche arrière: une nouvelle loi vient d’entrer en vigueur pour obliger les banques à fournir des services en liquide. Une petite victoire contre les inégalités sociales et les craintes face aux possibles cyberattaques

L'actrice Greta Garbo sur des couronnes suédoises, le 21 février 2019 — © Chris J. Ratcliffe/Bloomberg via Getty Images

Qui, ces derniers temps, aurait misé une seule couronne sur la pérennité de l’argent liquide en Suède? Dans ce pays où l’on peut tout payer par carte bancaire, sans minimum d’achat, que ce soit un paquet de chewing-gums ou un ticket de bus, ils sont de plus en plus nombreux à n’avoir aucune pièce ou aucun billet dans leur porte-monnaie.

Dans les églises, la traditionnelle quête a été remplacée par la possibilité de verser son obole par Swish, un système de paiement instantané par téléphone qui lie votre numéro à votre compte bancaire. Même les mendiants, plutôt que de tendre la main en vain, arborent sur leur poitrine leur numéro de Swish. Les 56 milliards de couronnes qui circulent encore dans le pays ne représentent plus que 1,2% du PIB, le plus bas niveau du monde (la moyenne dans l’Eurozone est de 10%), et le cash n’est plus utilisé que dans 6% des transactions.

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- Société - Natacha Polony, Directrice de la rédaction, publié le 04/03/2020

Virginie Despentes : "meuf", tu délires…

Dimanche 1er mars, "Libération" publiait une tribune de Virginie Despentes saluant un coup d'éclat d'Adèle Haenel lors de la cérémonie des Césars. Un texte en forme de diatribe contre les riches, les puissants, les hommes. Un texte qui méritait une réponse.

Au début, on se dit que c’est insignifiant. Qu’un texte publié dans Libération, même sur une page et demie, ça va intéresser quoi ? Dix mille personnes en France, en priorité chez les intellectuels urbains, qui communient déjà dans la détestation des mâles blancs "cisgenres". D’accord, Virginie Despentes est une icône branchée, des centaines de milliers de livres vendus, des interviews fleuve dans les Inrocks. Mais cette histoire de cérémonie des Césars, ce grand psychodrame du petit milieu, pendant qu’un satrape turc précipite dans des canots pneumatiques des dizaines de milliers de malheureux, pendant que les aberrations du système néolibéral sont mises à nu par un virus, c’est tellement dérisoire.

Et puis on entend des filles, de celles qui ne sont pas particulièrement militantes, pas des obsédées de la lutte contre le patriarcat, qui trouvent que ce texte est très bien.

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04 Mars 2020

     

- Primaires démocrates - par Cole Stangler, 4 mars 2020

Qu’est-ce que le Green New Deal, cette ambitieuse politique qui pourrait radicalement changer les États-Unis ?

Bernie Sanders comme Joe Biden, les deux principaux candidats démocrates à l’investiture pour affronter Donald Trump en novembre, soutiennent le “Green New Deal”. Avec cependant quelques nuances. Décryptage d’un plan qui pourrait changer en profondeur les États-Unis et... contribuer à sauver la planète.

C’est l’une des propositions phares de la gauche américaine. Le Green New Deal place l’écologie et la crise climatique au cœur des débats de la primaire démocrate. Suite au Super Tuesday – quatorze États américains ont voté ce 3 mars –, les enjeux sont encore plus élevés. Le plus fervent partisan de ce Green New Deal, Bernie Sanders, talonne le favori, l’ancien vice-président Joe Biden, dans la quête à l’investiture pour affronter Donald Trump à l’élection présidentielle de novembre. Si le Sénateur du Vermont parvient à devancer son rival dans les semaines qui viennent – 60 % des délégués sont toujours en jeu –, ce Green New Deal pourrait constituer l’armature du programme politique démocrate.

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- Social - Par PIERRE ZEAU, 04 Mars 2020

À Toulouse, des ingénieurs fabriquent des abris pour les SDF

Ils utilisent des matériaux recyclés pour les construire et sont déjà venus en aide à plusieurs sans-abri.

De toutes pièces, ils créent des abris pour ceux qui n’en ont pas. Le collectif Arch Crowd, qui vient de souffler sa première bougie, offre des solutions provisoires à des sans domicile fixe. Pour cela, un groupe de six ingénieurs bénévoles actifs répondent à différents appels de SDF ou de personne en extrême précarité du côté de Toulouse pour leur fournir un toit. Le prototype : une pièce étanche et fermée de 2,4 mètres sur 1,2 mètre, dans laquelle on peut aisément installer un matelas. Ces abris ont tous la même particularité, ils se montent en 40 minutes et se démontent en quelques instants.

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- 2nd March 2020, by George Monbiot, published in the Guardian 26th February 2020

A Slow-Burning Scandal

The government refuses to act on toxic flame retardants in our bedding and furnishings.

Everything gets buried by Brexit – that, after all, is the point. It’s the great disrupter and the great distractor. Under the cover of chaos, essential public protections are destroyed.

Take the scandal that should be creating headlines everywhere: the toxic flame retardants now penetrating the lives of everyone in the UK. If you don’t know what I’m talking about, that – as far as government and industry are concerned –  is job done.

Every night, millions of children and adults sleep on mattresses treated with a class of chemicals that was long ago banned from sheep-dips and pesticides. Every day, we sit on furniture containing the same toxic compounds, absorbing them through our lungs and skin. According to Parliament’s Environmental Audit Committee, mothers in the UK and the US have the world’s highest recorded concentrations of a toxic class of flame retardants in their breastmilk. Banned fire retardants have recently been discovered in umbilical cord blood. We have no clear idea of how they might affect the development and future health of foetuses.

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- Info > 3 mars 2020 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Contre la crise climatique, les grandes entreprises françaises ne font rien

Dans une étude publiée lundi 2 mars, l’ONG Notre Affaire à tous constate que l’écrasante majorité de 25 grandes entreprises françaises n’a pris aucune mesure pour limiter les conséquences de son activité sur le climat.

Pas de quoi lancer un cocorico : nos entreprises nous emmènent droit dans le mur du réchauffement. C’est le résultat d’une étude publiée lundi 2 mars par l’ONG Notre Affaire à tous sur la "vigilance climatique" des entreprises françaises : "Aucune multinationale française n’a adopté d’objectif à 1,5 °C", alertent ses auteurs. En clair : aucun des 25 plus gros pollueurs hexagonaux n’a mis en place une stratégie de diminution des conséquences de son activité sur le climat en lien avec une trajectoire visant à maintenir à 1,5 °C l’augmentation des températures par rapport à l’ère préindustrielle. BNP, Total, Engie, Bouygues… "ces 25 entreprises ont pourtant un bilan carbone huit fois supérieur à celui du territoire français", précise Paul Mougeolle, auteur principal de ce rapport.

Les gaz à effet de serre auxquelles ces entreprises sont liées contribuent dangereusement au dépassement de l’objectif 1,5 °C de l’Accord de Paris. Le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] a confirmé en 2018 les risques d’atteintes graves et irréversibles aux droits humains et à l’environnement qui surviendront au-delà d’un tel réchauffement. Malgré cela, aucune entreprise ne s’est fixé un tel objectif de limitation de la température.

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le rapport de 'Notre affaire à tous' (pdf - 4,4 Mo)

 

 

 

 

     

- France > 3 mars 2020, par Nejma Brahim

Santé: la casse des droits des étrangers est lancée

Une salve de décrets est venue, en début d’année, durcir l’accès aux soins pour les demandeurs d’asile et "sans-papiers". Des associations s’alarment, des hôpitaux aussi, et jusqu’à l’Académie de médecine dans un rapport paru le 26 février.

Les conséquences pour les malades et les hôpitaux pourraient être catastrophiques. En application de son plan "immigration" de novembre dernier, le gouvernement a récemment signé plusieurs décrets visant à durcir, pour certains étrangers, les conditions d’accès aux soins. Objectif affiché : lutter contre "le tourisme médical" et la fraude présumés.

"La première cible : les nouveaux entrants dûment enregistrés en tant que demandeurs d’asile et en séjour régulier", relève Didier Maille, responsable du pôle social et juridique de l’association Comede (Comité pour la santé des exilés). Pour mieux faciliter la compréhension de ces changements réglementaires, l’association a adressé une fiche explicative à ses partenaires.

D’abord, un décret paru pendant les vacances de Noël introduit un délai de trois mois de présence en France pour qu’ils soient éligibles à une couverture maladie. Une réforme épinglée le 26 février dernier, dans un rapport de l’Académie de médecine. Jamais, jusqu’ici, l’accès à la PUMa (protection universelle maladie, anciennement CMU) n’avait été remis en cause pour les demandeurs d’asile…

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03 Mars 2020

     

- Enquête > 22 février 2019 / Louise Delamotte (Reporterre)

Avec la 5G, nous sommes tous des rats de laboratoire

La France s’apprête à déployer la 5G, qui repose en partie sur l’utilisation d’ondes à très haute fréquence. Aucune étude épidémiologique n’ayant été faite, scientifiques, médecins, et jusqu’aux services de l’État s’alarment.

La cinquième génération de standards pour la téléphonie mobile, ou 5G, est la promesse de pouvoir se connecter d’où que l’on soit sur la planète. C’est aussi l’occasion d’aligner les superlatifs : de partout et tout le temps, ultra haut débit, transmission à moins d’une milliseconde. À tel point que certains parlent "de changement sociétal sans précédent à l’échelle mondiale", avec l’arrivée des objets connectés, 155 milliards d’ici 2025, des villes intelligentes, des voitures autonomes, des robots chirurgiens, etc. Revers de la médaille, "la 5G augmentera l’exposition aux champs électromagnétiques de radiofréquence (CEM-RF)", ont prévenu, en septembre 2017, plus de 170 scientifiques issus de 37 pays. Ils réclament un moratoire "jusqu’à ce que les dangers potentiels pour la santé humaine et l’environnement aient été (...) évalués par des scientifiques indépendants de l’industrie (...) Il est prouvé que les émissions CEM-RF sont nuisibles à l’homme et à l’environnement".

Dès 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait classé les radiofréquences comme « cancérogènes possibles pour l’Homme". Puis en 2016, une étude étasunienne du National Toxicology Program de grande ampleur montrait que des rats exposés à des ondes développent des cancers. La même année, en juillet, une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) estimait que ces "ondes ont des effets possibles sur les fonctions cognitives et le bien-être des plus jeunes".

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- François Ruffin, 02 Mars 2020

Pour une dissolution de l’Assemblée nationale

Une motion de censure, c’est du bidon. De l’agitation, qui demeure dans le ronron des institutions. Il nous faut exiger, dans l’immédiat, une dissolution de l’Assemblée nationale. Tant le fossé est grand, comme cause le président, entre "pays légal" et "pays réel". Et surtout, il nous faut unir les forces, pour vaincre Macron, dans la rue et dans les urnes…

Allons-y donc pour les motions de censure. On a signé, avec les autres, mais sans illusion : c’est du bidon. De l’agitation, qui demeure dans le ronron des institutions. Nous ferons, à coup sûr, de belles diatribes à la tribune, nous dénoncerons le "passage en force", le "LBD parlementaire", et d’autres formules mieux léchées encore, ironiques et véhémentes. Le Premier ministre donnera la réplique, et la majorité applaudira en cadence, puis se lèvera pour une standing ovation, avant de voter le rejet. Peut-être les médias évoqueront-ils "une ambiance électrique", mais qui y croit encore ? Qui croit encore à ce théâtre sans suspense ? Qui croit encore que la démocratie se passe ici ?

Un seul homme compte : le président.

La République, c’est lui.

La démocratie, c’est lui.

Le reste suit.

Cette réforme des retraites l’illustre, jusqu’à la caricature.

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- > Mars 2020, page 7, par Serge Halimi 

Haro sur Bernie Sanders

Vers la bérézina des médias ?

Seize articles hostiles à M. Bernie Sanders en seize heures ! Le Washington Post aura du mal à égaler sa performance d’il y a quatre ans. Depuis, le candidat de la gauche américaine n’a cependant rien fait pour courtiser la presse. Elle le hait ; il le sait. Il lui arrive même d’en jouer. Ces temps-ci, rituellement, il interroge ses partisans : "Savez-vous combien Jeff Bezos a payé d’impôts l’année dernière ?" "Zéro !", répondent-ils alors, dans un échange parfaitement rodé. Le sénateur du Vermont enchaîne : "J’en parle tout le temps, et je me demande ensuite pourquoi le Washington Post, qui appartient à Jeff Bezos, également propriétaire d’Amazon, n’écrit pas de très bons articles sur moi. Je ne sais vraiment pas pourquoi."

Mais les articles le concernant ne sont pas meilleurs ailleurs. Peut-être pour les mêmes raisons : un ponte des médias, qui gagne énormément d’argent, comprend que le programme fiscal de M. Sanders ne l’épargnerait pas. Et puis, se déclarer favorable au socialisme, même "démocratique", n’est pas le meilleur des accélérateurs de carrière à la télévision.

Sam Donaldson fut pendant des décennies le journaliste-vedette de la chaîne ABC. Il vient d’apporter son soutien à M. Michael Bloomberg. Face à M. Sanders, appuyer un milliardaire qui fut longtemps républicain est le seul moyen, estime-t-il, de battre ensuite M. Donald Trump et de s’assurer que l’Amérique demeurera "cette cité qui brille sur la colline dont Ronald Reagan nous parlait et qui faisait pâlir d’envie le monde entier”.

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- ENVIRONNEMENT - Publié le 21 février 2020, Concepcion Alvarez

Les zones humides disparaissent trois fois plus vite que les forêts... et c’est très grave

Pour protéger la planète, le geste réflexe est de planter des arbres. Mais il y a un autre écosystème vital qui se meurt trois fois plus vite et dans l’indifférence : les zones humides. Peu connues du public, elles désignent aussi bien les marais, rivières, lacs, tourbières que les mangroves ou les récifs coralliens. À l'approche du Congrès mondial de la Nature qui se tiendra en juin à Marseille, la France souhaite mobiliser tous les acteurs concernés.

Les Vallées de la Scarpe et de l'Escaut sont le 50e site à avoir reçu le label Ramsar pour la protection des zones humides. - @Bruno Bosilo / Ramsar

À l’échelle mondiale, 35 % des zones humides ont disparu entre 1970 et 2015, un rythme trois fois supérieur à celui des forêts, selon le panorama dressé en 2018 par la Convention Ramsar sur les zones humides. Les menaces sont nombreuses : agriculture intensive, usage croissant d’engrais, urbanisation, extraction minière, changement climatique, espèces envahissantes et pollution. Plus de 80 % des eaux usées sont ainsi déversées dans les zones humides sans traitement adéquat.

Pourtant, les zones humides que constituent les marais, rivières, lacs, tourbières, mangroves et récifs coralliens, jouent un rôle fondamental pour la vie sur Terre. Elles fournissent, directement ou indirectement, presque toute l’eau douce consommée dans le monde et sont une source d'aliments pour plus d’un milliard de personnes. Elles sont aussi une source de matières premières, de ressources génétiques pour la pharmacopée et d’énergie hydroélectrique. Elles nous protègent des catastrophes et elles stockent plus de carbone que tout autre écosystème terrestre.

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- Special Series - Environment And Energy Collaborative - February 18, 2020, Lauren Sommer , Mose Buchele , Molly Samuel , Patty Wight , Michael Elizabeth Sakas, Amy Mayer , Nat Herz

How Warming Winters Are Affecting Everything

Winters are warming faster than other seasons across much of the United States. While that may sound like a welcome change for those bundled in scarves and hats, it's causing a cascade of unpredictable impacts in communities across the country.

Illustrations by Cornelia Li for NPR

Temperatures continue to steadily rise around the globe, but that trend isn't spread evenly across the map or even the yearly calendar.

"The cold seasons are warming faster than the warm seasons," says Deke Arndt, chief of climate monitoring at the National Oceanic and Atmospheric Administration's National Centers for Environmental Information. "The colder times of day are warming faster than warmer times of day. And the colder places are warming faster than the warmer places.”

In the U.S., that means winters in both Maine and Alaska are around 5 degrees Fahrenheit hotter on average since the early 1900s. One reason: The snowpack, which is a good reflector of sunlight, is melting earlier in the season. With fewer days of snow cover, sunlight is absorbed into the ground and warms the surrounding area.

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02 Mars 2020

     

- - Août 2011, pages 1, 8 et 9, par Frédéric Lordon

☛ Vendredi 28 février 2020 - L’épidémie de coronavirus bouleverse déjà l’économie mondiale et ses réseaux de production transnationaux. Au point qu’une question longtemps méprisée refait surface : la démondialisation. Quoiqu’en disent ses détracteurs, cette question “ne s’épuise nullement dans celle du protectionnisme (où les mondialisateurs voudraient tant la cantonner)”, expliquait Frédéric Lordon en 2011 (lire aussi "Contre les pandémies, l’écologie" dans le numéro de mars, en kiosques).

Comment rompre avec le libre-échange

La démondialisation et ses ennemis

Perchées sur le fil de la dette, les économies occidentales flageolent de crise en crise. Réunions et sommets “exceptionnels" où se joue le sort d’un pays, d’un continent, constituent désormais l’ordinaire des responsables politiques. Depuis trois ans, ces derniers ont endossé le rôle de voiture-balai de la finance. Mais une autre piste s’ouvre, suscitant déjà craintes et controverses : qui a peur de la démondialisation ?

Au commencement, les choses étaient simples : il y avait la raison — qui procédait par cercles (avec M. Alain Minc au milieu) —, et puis il y avait la maladie mentale. Les raisonnables avaient établi que la mondialisation était la réalisation du bonheur ; tous ceux qui n’avaient pas le bon goût d’y croire étaient à enfermer. "Raison" cependant confrontée à un léger problème de cohérence interne puisque, se voulant l’idéal de la discussion conduite selon les normes de la vérité et du meilleur argument, elle n’en aura pas moins interdit le débat pendant deux décennies et n’aura consenti à le laisser s’ouvrir qu’au spectacle de la plus grande crise du capitalisme.

Le Monde n’hésite pas à souhaiter la "bienvenue au grand débat sur la démondialisation", et l’introduit (en guise de "bienvenue", sans doute) par une tribune expliquant que la démondialisation est "absurde" et, pour l’équité des points de vue, par un entretien certifiant qu’elle est "réactionnaire" — en effet ça n’est pas la même chose et les deux méritaient d’être mentionnés.

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- Mars 2020, pages 1 et 21 - par Sonia Shah

D’où viennent les coronavirus ?

Contre les pandémies, l’écologie

Même au XXIe siècle, les vieux remèdes apparaissent aux yeux des autorités chinoises comme le meilleur moyen de lutter contre l’épidémie due au coronavirus. Des centaines de millions de personnes subiraient des restrictions dans leurs déplacements. N’est-il pas temps de se demander pourquoi les pandémies se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu ?
 
Serait-ce un pangolin ? Une chauve-souris ? Ou même un serpent, comme on a pu l’entendre un temps avant que cela ne soit démenti ? C’est à qui sera le premier à incriminer l’animal sauvage à l’origine de ce coronavirus, officiellement appelé Covid-19, dont le piège s’est refermé sur plusieurs centaines de millions de personnes, placées en quarantaine ou retranchées derrière des cordons sanitaires en Chine et dans d’autres pays.

S’il est primordial d’élucider ce mystère, de telles spéculations nous empêchent de voir que notre vulnérabilité croissante face aux pandémies a une cause plus profonde : la destruction accélérée des habitats.

Depuis 1940, des centaines de microbes pathogènes sont apparus ou réapparus dans des régions où, parfois, ils n’avaient jamais été observés auparavant. C’est le cas du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), d’Ebola en Afrique de l’Ouest, ou encore de Zika sur le continent américain. La majorité d’entre eux (60 %) sont d’origine animale. Certains proviennent d’animaux domestiques ou d’élevage, mais la plupart (plus des deux tiers) sont issus d’animaux sauvages.

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01er Mars 2020

     

- Politique - Par Romain Masson, le 25 février 2020

Corinne Morel-Darleux, pour une éthique de l’effondrement

Étendard pour les uns, repoussoir pour les autres, la collapsologie, largement popularisée par Pablo Servigne et Raphaël Stevens, est aujourd’hui au cœur des débats qui agitent l’écologie politique. À l’heure des marches pour le climat, de Greta Thunberg et de l’émergence de nouveaux mouvements écologistes prônant l’action directe, comme Extinction Rebellion, l’ancienne figure de la France Insoumise Corinne Morel-Darleux propose dans son dernier livre, “Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce” (éditions Libertalia, 2019), une réflexion pour repolitiser la question de l’effondrement.

Après un doctorat britannique et une carrière de consultante pour des entreprises du CAC 40, Corinne Morel Darleux entame un virage à 180° et devient en 2008 co-fondatrice du Parti de Gauche. Elle y développe pendant dix ans une nouvelle approche de l’éco-socialisme jusqu’à son départ du parti comme de la France Insoumise en 2018, pour se mettre davantage à l’écoute des mouvements de désobéissance. Son dernier livre, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, est une méditation personnelle à la fois politique et philosophique, qui emprunte notamment au panthéon de la pensée libertaire, afin de proposer une éthique de l’effondrement.

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- Mars 2020, page 21, par Martine Bulard 

Contre les pandémies, l’écologie

Une épidémie peut en cacher une autre

"Pékin a des allures de ville fantôme", témoigne un interlocuteur qui vit dans la capitale chinoise.

Sur ordre des autorités, tout le monde est calfeutré. Dans le pays, près de 760 millions de personnes verraient leurs sorties interdites, limitées ou contrôlées. Chaque jour,

"on reçoit sur notre téléphone portable des statistiques et d’autres informations sur le coronavirus".

Ainsi, le 18 février 2020, on recensait 70 643 cas avérés dans le pays, 10 853 guérisons et 1 772 morts. La veille, en plus des données quotidiennes, les informations signalaient que "plus de 16,3 millions de faux masques avaient été saisis par la police de Wuhan". Visiblement, le pouvoir, dans l’espoir de prévenir tout mécontentement, veut donner l’impression qu’il joue la transparence et qu’il garde le contact avec la population.

Nul ne sait si ces statistiques, par définition mouvantes et difficiles à récolter dans un pays aussi vaste, reflètent la réalité. Le nombre de nouveaux cas par jour semble s’infléchir, mais rien ne dit que cette décrue soit durable. Pour l’heure, il faut s’en tenir aux quelques informations apportées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : le virus est bien plus contagieux que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS, 2002-2003), mais son taux de mortalité est nettement plus faible (environ 2 %). Si, en deux mois, il a tué 2 000 personnes environ, il meurt en moyenne 80 000 personnes chaque mois dans ce pays de 1,4 milliard d’habitants. L’épidémie risque donc d’avoir plus de conséquences économiques, sociales et politiques que d’influence sur le taux de mortalité chinois…

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- Opinions -Contribution externe, publié le mardi 18 février 2020, Philippe Lamberts et d'Olivier De Schutter

Comment le coronavirus pointe la fragilité de nos sociétés néolibérales

❐ Une opinion de Philippe Lamberts et d'Olivier De Schutter, respectivement coprésident du Groupe des Verts/ALE au Parlement européen et professeur ordinaire à l'UCLouvain.

L’épidémie actuelle éclaire un paradoxe : plus nos sociétés modernes tendent vers "l’efficacité" économique, plus elles sont vulnérables à des chocs systémiques. Diversifions-les et relocalisons-les pour les rendre plus résistantes.

© D.R.

Elle n’a certes pas (encore) atteint le stade de pandémie. Mais l’épidémie de coronavirus - qui sévit en Chine depuis la mi-décembre 2019 et se propage désormais à plus d’une vingtaine de pays - est déjà devenue plus qu’une simple crise sanitaire. Ses effets menacent à présent la santé même de l’économie mondiale.

Le cas du secteur automobile est particulièrement éclairant à ce sujet : les mesures de quarantaine et de confinement de la population en Chine risquent bien de plomber les résultats des constructeurs pour une double raison. D’une part, elles mettent à l’arrêt leurs chaînes de montage sur place, et font dès lors chuter leurs ventes. D’autre part, en dehors des frontières chinoises, elles mettent en péril l’approvisionnement de leurs usines d’assemblage qui - de Détroit à Wolfsbourg, en passant par Clermont-Ferrand - utilisent des pièces "made in China" (volants, tableaux de bord, portes, etc.).

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